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Domenico Losurdo : Le Marxisme Occidental

par JdM | | Théorie-débats | 2 commentaires

Débat | Marxisme

Domenico Losurdo : https://editionsdelga.fr/portfolio/domenico-losurdo/

Considéré comme l’ouvrage ultime de Domenico Losurdo, il nous propose une véritable et salutaire cure de désintoxication idéologique et politique. Il sera présenté demain, mardi 8 septembre à 19h30, à la Librairie Tropiques, par l’éditeur, qui a fait un très beau travail de traduction et d’édition : illustrations, notes explicatives, annexes et préface d’Aymeric Monville (1). Un régal.

Il s’agira d’une présentation par le traducteur, le préfacier et l’éditeur, suivie d’un débat auquel participera, en outre, Luigi-Alberto Sanchi, érudit et communiste inoxydable.

Ce livre est salutaire en ce qu’il anéantit l’autorité d’intellectuels présentés comme indépassables, jugés impossibles à discuter, à critiquer.

Eh bien, c’est fait. Dans la charrette, on reconnaît Sartre, Ernst Bloch, Horkheimer et Adorno, Althusser, Arendt, Foucault, Badiou, Agamben, Negri et Hardt… Leur tort principal et impardonnable est de ne pas tenir compte de l’émancipation du colonialisme, de l’impérialisme, de l’esclavage et du racisme.

La supériorité du monde occidental, le suprémacisme blanc, est donnée comme évidente, en dépit des révolutions et luttes de libération nationale : 1789, Saint-Domingue, révolution bolchevique, révolutions chinoise et cubaine, guerre d’Indochine-Vietnam, guerre et indépendance de l’Algérie…

À la lutte des classes dans le cœur des empires coloniaux s’ajoutent indéniablement les luttes anticoloniales, déterminantes du point de vue de la théorie marxiste.

En outre, autre point aveugle pour nos auteurs « marxistes occidentaux » : la nécessité, après la révolution et la libération, d’œuvrer à la construction du pays par l’effort d’éducation, d’acquisition de connaissances, et de production industrielle, agricole, informatique, pour ne plus dépendre des puissances industrielles occidentales et les concurrencer.

C’est bien à ce basculement du monde que nous assistons aujourd’hui : Chine, Russie, Cuba, Iran, Corée du Nord en fer de lance.

Le livre de Losurdo actualise les visions de Robespierre, Marx et Engels, Lénine, Staline, Mao Tsé-Toung, Ho Chi Minh, Fidel Castro. C’est une mise à niveau.

Il pointe en passant la pertinence du travail de Hegel et de Marx, capables d’avoir une vision du tout en train de se construire, pour accéder au vrai : ils étaient très bien informés, leurs bureaux étaient couverts de journaux, comme celui de Noam Chomsky.

Le marxisme, pour être cohérent, se doit d’être exhaustif, de comprendre l’histoire en train de se faire, à laquelle nous œuvrons et participons.

Le marxisme occidental a sombré dans le discrédit.

Quelle perspective ?

La dernière phrase de Domenico Losurdo doit être méditée et mise en œuvre :

« Le dépassement de toute attitude doctrinaire et la volonté de se mesurer à son époque et de philosopher plutôt que de prophétiser, sont les conditions nécessaires pour que le marxisme puisse renaître et se développer en Occident. »

Le chantier est ouvert !

Christian – JDM


(1) https://www.librairie-tropiques.fr/2026/08/programme-actu-2026-2027.html

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2 Commentaires

  1. Lafleur

    Merci à Christian pour cette mise en lumière de Domenico Losurdo. Ce qui me paraît particulièrement fécond dans sa critique du « marxisme occidental », c’est qu’elle rappelle une exigence matérialiste essentielle : on ne peut comprendre le capitalisme sans intégrer à l’analyse les rapports de domination impérialiste, le colonialisme, les luttes de libération nationale et les conditions matérielles du développement des peuples.

    La lutte des classes ne se déroule donc pas dans un espace abstrait. Elle s’articule aux rapports entre nations, aux rapports de domination impérialiste, au développement des forces productives et aux rapports de forces internationaux. La question nationale et anticoloniale ne remplace pas la lutte des classes : elle en constitue, dans certaines conditions historiques, une dimension déterminante. C’est ce que l’expérience des révolutions et des luttes de libération du XXe siècle oblige à intégrer à la théorie marxiste.

    Je mettrais cependant une réserve sur une lecture qui opposerait trop simplement un « marxisme occidental » à un marxisme révolutionnaire incarné par quelques États. Le matérialisme historique commande aussi de distinguer les trajectoires, les structures sociales, les rapports de propriété et les contradictions propres à chaque expérience. Rompre avec l’eurocentrisme ne signifie pas remplacer une lecture dogmatique par une autre.

    C’est d’ailleurs là que la dernière formule de Losurdo prend toute sa portée : « philosopher plutôt que prophétiser ». Pour le marxisme, cela signifie partir des contradictions concrètes de chaque époque et de chaque société, plutôt que chercher à faire entrer la réalité dans un modèle préétabli.

    C’est une question particulièrement actuelle pour nous communistes français et ceci indépendamment de nos partis : ni copier les expériences étrangères, ni réduire le marxisme à une critique intellectuelle du capitalisme, mais construire à partir des contradictions françaises et européennes une stratégie permettant au monde du travail de conquérir des pouvoirs sur la production, le crédit, l’investissement et les choix économiques.

    Un marxisme vivant ne prophétise pas le socialisme : il analyse les conditions concrètes de son émergence et agit pour transformer les rapports de forces qui peuvent le rendre possible. Souhaitons un front de classe pour 2027 et un rassemblement populaire triomphant de la fascisation !

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  2. ELMIR

    C 'est vraiment une bonne initiative de la part de la librairie les tropiques. Losurdo que j'ai eu la chance de le rencontrer à Lyon en 2013 alors qu'il était à Lyon pour la présentation de son livre, sur l'apolitisme, est un personnage fascinant et brillant. à ma demande, son éditeur italien m'a envoyé ses principaux ouvrages et j'ai pu acquérir ses autres ouvrages en français par les éditions DELGA.

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