
Une courageuse avocate, Maître Christelle Mazza, a été auditionnée au Sénat. Elle a l’expérience éprouvante de la défense des fonctionnaires dits « en souffrance au travail » (https://www.youtube.com/watch?v=FFhRtFsCv8w). Mais cette audition, en fait un véritable réquisitoire – un comble pour une avocate – a été censurée. La publication du rapport de la commission n’ayant pas été autorisée (https://outrenoir-avocats.com/le-senat-invisibilise-les-travaux-sur-la-souffrance-au-travail-il-y-a-toujours-des-solutions/). Mais impossible d’imposer le silence sur cette abomination. Maître Mazza a publié un pavé de 720 pages, qui, lancé dans la vitrine des « élites » du néolibéralisme, l’a fait voler en éclats. Le titre : « Souffrance au travail dans le service public. Sortir du silence. Entrer en résistance. » Editions du puits fleuri.

Abomination parce que cette souffrance, individuelle, insupportable, aboutit à l’isolement, à la dépression, et oui, au suicide ! Pour Christelle Mazza, les survivants, comme les revenants d’Auschwitz, sont des zombies, de retour du séjour des morts. Abomination parce que briser les fonctionnaires, au service de tous par vocation, c’est détruire le service public, l’intérêt général. C’est détruire la société, aboutir au chaos.
Ceux qui se sont battus dans les instances judiciaires et qui ont, au bout d’années de procédures, obtenu gain de cause, pensaient que les pouvoirs en tireraient les conséquences et rectifieraient le tir. Eh bien non, jamais !!! Fini les bisounours. En face, ouvrons les yeux : des sadiques, des cyniques.
Cette situation se généralise : chantage aux soignants, aux pompiers, aux enseignants… pour les pousser à la limite, jusqu’à les empêcher de pouvoir penser à leur famille, à leurs enfants, à eux-mêmes. Jusqu’au « burn-out ». Mais pas que les fonctionnaires, pas que dans le service public, comme les suicides d’étudiants dans les écoles vétérinaires rapportés dans « Reporterre » (https://reporterre.net/Detresse-psychologique-des-etudiants-veterinaires-ces-nombreuses-alertes-qui-ont-ete).
On transforme les fonctionnaires, les citoyens en esclaves. Bien sûr sans possibilité de s’affranchir. On divise les citoyens en traitant les fonctionnaires en boucs émissaires : « feignant (fainéant), invalide, tire-au-flanc, vendu, incompétent, bureaucratique, mou, vieux, mal habillé, déconnecté, inutile, lent… » (p.16). Bref, « qui veut noyer son chien… » La préface de Christophe Dejours pointe l’essentiel : il fait débuter cette histoire à la trahison-Mitterrand de 1983, le fameux « tournant libéral ».
Christelle Mazza précise et contre-attaque : « Alors que l’exception d’urgence est devenue la norme, l’actualité met au jour une quantité effrayante d’atteinte à la probité jusqu’au plus haut sommet de l’Etat : corruption, détournement de fonds, conflits d’intérêts, privilèges, dogmatisme, libéralisme autoritaire… Nous assistons à l’un des braquages les plus pernicieux du siècle, au préjudice du peuple », précise-t-elle en présentant son livre (4ème de couverture).
Si nous avons, dans le meilleur des cas, réussi dans la défense individuelle solidaire, cela a demandé des années de difficultés et de subtiles stratégies procédurales. Ne comptons plus sur cette solution. Le problème est systémique. C’est l’organisation collective qui est à construire, car ce sur quoi nous pensions pouvoir nous appuyer, comme les syndicats, dit-elle, ne nous sont pas un secours.
Nous touchons le fond. Un coup de talon et nous remontons ! Visionnez l’audition, lisez le livre. Dans la seconde vidéo, Christelle Mazza fournit des perspectives. Organisons-nous, associons-nous.
Elle résume et accuse : « Au fil de ses interpénétrations avec le marché, et de l’avidité illimitée de certains acteurs, l’Etat de droit, fragilisé, cohabite désormais avec d’autres dont celui de la criminalité organisée. » Et du coup elle lance un appel impérieux : « Fonctionnaires, il devient urgent d’entrer en résistance. L’action devra passer par l’éveil d’une conscience juridique et politique pour retrouver dignité humaine et éthique. » Conclusion : « la démocratie est en danger : nous sommes tous concernés ». Vous vous souvenez : « La Patrie en danger !… »
Par Christian












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