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« L’Est progresse tandis que l’Occident est en déclin »

par | Juin 9, 2026 | International | 0 commentaires

En 2014, Xi Jinping soutient que “l’Est progresse tandis que l’Occident est en déclin”[1]. Compte tenu du tollé que cette déclaration provoque en Occident, certains diplomates et journaux chinois, à l’instar du China South Morning Post, croient bon qu’en s’essayant à l’approfondir, les mauvaises langues se tairaient par souci d’honnêteté intellectuelle : “[Cette phrase se réfère à] une dynamique et à une tendance historiques”, explique Yuan Peng, président d’un think tank chinois cité par le journal ; or, comme on le constate aujourd’hui, on la retrouve à outrance dans les médias des pays capitalistes occidentaux, qui pensent y déceler une politique agressive de la part de la Chine “anti-Occident”, qui mettrait en péril l’ordre international basé sur des règles.

         Ce paradigme de lecture a été de nouveau employé lors de la visite de Trump en Chine, du 13 au 15 mai, puis de celle de Poutine, du 19 au 20 mai. D’après certains “experts”, la Chine chercherait à tout prix à anéantir le premier à l’aide du deuxième, satisfaisant les fantasmes des politologues de la Guerre Froide.

            Mais qu’en est-il réellement ? La Chine fonctionne-t-elle de la même manière que les Etats-Unis ? N’est-elle que les “Etats-Unis” asiatiques ? L’alliance avec la Russie nous renvoie-t-elle au temps du partenariat entre la Chine de Mao et l’URSS de Staline ? Enfin, l’Est progresse-t-il vraiment tandis que l’Occident est en déclin ?

Les relations diplomatiques sino-américaines (1950-1972) : des débuts compliqués

              Après la proclamation de la République Populaire de Chine par Mao en 1949, les États-Unis s’empressent de trouver un moyen de la tuer dans l’œuf. En effet, le pays venait de sortir de plusieurs décennies de guerres civiles et impérialistes, notamment la Seconde Guerre Mondiale qui aurait coûté la vie à plus de 35 millions de chinois (soit le nombre le plus élevé de morts)[2], du “Siècle d’humiliation”, où en 1906 pas moins de 27 % de la population masculine était accro à l’opium[3], et où le pays était sous domination impérialiste, c’est-à-dire largement sous-développé (la Chine était plus pauvre que la majorité des colonies en Afrique) ; “La Chine d’avant 1949, rappelle Alain Peyrefitte, c’est un pays du Moyen-Âge, (..) un pullulement de mendiants à moignons, d’enfants couverts de plaies, de cochons noirs et de chiens efflanqués ; des loques, parmi lesquelles se glissent quelques brocards. Quand les éléments se fâchaient, la famine balayait tout. Les paysans étaient ruinés d’avance ; en cas de sécheresses ou d’inondations, ils ne disposaient pas de la moindre réserve”[4], relève Bruno Guigue. “Par conséquent, la Chine avait urgemment besoin d’investissements étrangers (IDE), d’équipement de pointe et d’une expertise technique”, notent Peng Bo et Shi Cheng, respectivement chercheur au Ministère du Commerce de Chine et professeur d’histoire à l’université[5]. Il était donc préférable de profiter de la situation plutôt que de laisser l’opportunité aux communistes de changer la donne.

                 “En décembre les Etats-Unis imposent un embargo total sur la Chine, après que la Chine soit entrée dans la Guerre de Corée [aux côtés des communistes (déclenchée par les Etats-Unis contre les communistes coréens)]”[6]. Les pays socialistes en firent également les frais au même moment ; Washington va jusqu’à refuser son aide financière (pour rappel, les Etats-Unis sont déjà la première puissance mondiale après la Seconde Guerre Mondiale et maintiennent l’Europe de l’Ouest sous perfusion, grâce au Plan Marshall) aux pays qui refuseraient de participer à l’embargo. “En novembre 1949, les Etats-Unis chapeautent la création d’un Comité de coordination pour le contrôle multilatéral des exportations (COCOM) – une coalition de 14 pays capitalistes basée à Paris – afin de renforcer les restrictions stratégiques d’échanges contre les pays socialistes.”[7] Bien que ce soit difficile à imaginer, les conséquences d’un embargo économique, surtout de la part de la première puissance mondiale sur l’un des pays les plus pauvres du monde, ne sont pas à prendre à la légère. Qu’on se souvienne des chiffres alarmants révélés par une étude publiée dans le journal de médecine The Lancet en 2025, qui fait état de 38 millions de morts liés aux sanctions économiques étasuniennes dans le monde en 30 ans, de 1971 à 2021[8].

                    Or malgré la pression, la Chine, qui ne comptait en 1953 que pour 2,3% du “potentiel industriel mondial” comme l’observe Cheng Enfu[9], ne céda pas et multiplia les accords commerciaux avec les pays socialistes : 

                        “À travers ces années [les années 1950], l’Union Soviétique et les autres pays socialistes en Europe de l’Est ont fourni à la Chine des quantités importantes de marchandises qui étaient sous embargo étasunien, dont divers outils d’industries, des machines, des produits en fer […]. L’établissement et le développement de l’échange sino-soviétique a eu une importance et un rôle majeurs dans le contexte de développement et de relance économiques de la Chine, ainsi que dans le renforcement de la défense nationale pendant la période de résistance victorieuse contre l’agression étasunienne en Corée”, écrivent Bo et Cheng.

                       Par ailleurs, le comportement paternaliste des Etats-Unis eût tôt fait d’agacer certaines bourgeoisies occidentales (France, Japon, Allemagne de l’Ouest, Italie, etc.) qui firent fi de leurs injonctions, et prirent ainsi les devants dans les relations commerciales avec la Chine, et ce dès les années 1950 : “En 1955, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays d’Europe de l’Ouest a triplé par rapport à celui de 1952”.

                    En jouant sur le renforcement des relations commerciales extérieures et – notamment – sur la politique socialiste du pays, la Chine connaît une croissance “très rapide” pour les chercheurs Rémy Herrera et Zhiming Long (qui se basent sur la croissance annuelle moyenne du PIB chinois de 8,2% entre 1963 et 1978)[10]. La rupture sino-soviétique (commencée dans les années 1950 et à son comble dans les années 1960) va mettre un coup d’arrêt aux échanges avec les pays socialistes et va durement affaiblir la Chine qui va accumuler les erreurs, mais ne va pas non plus l’empêcher de poursuivre son développement sur le long terme, comme l’explique l’économiste Jean-Claude Delaunay dans un article publié dans la World Marxist Review[11].

                De plus, en dépit de l’opinion de leurs vassaux, les Etats-Unis ne vont faire que renforcer l’embargo jusqu’au début des années 1970 et la déclaration de Nixon en 1971 suivie de sa visite en Chine en 1972 qui y mettent définitivement un terme[12] – et qui signent la défaite des Etats-Unis dans la guerre commerciale contre la Chine de Mao. Soit dit en passant, c’est parce que les sanctions économiques étasuniennes ont mis autant de temps à être levées que la “Réforme et Ouverture” des années 1980, représentée par Deng Xiaoping, fut établie aussi tardivement, et non pas à cause d’un rejet tardif post-Mao du marxisme au sein du Parti Communiste Chinois.

                     À partir de cette période, la Chine poursuit son ascension entamée par Mao[13], pour finir par arriver là où elle en est aujourd’hui en 2026, au rang de première économie mondiale, moins de 100 ans après la proclamation de la RPC à Beijing. Elle est parvenue à sortir de son état de pauvreté malgré les immenses défis auxquels elle dut faire face : “Depuis 1978, la Chine a participé à plus de 70% à l’effort de lutte contre la pauvreté dans le monde”, indique le journal Wenhua Zongheng[14] ; “La pauvreté absolue a presque intégralement été éradiquée en Chine”, d’après Herrera et Long. En 40 ans, la Chine “a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté”, souligne la Banque Mondiale[15].

                       Pourtant, il est une chose que les impérialistes occidentaux ont un mal fou à comprendre, c’est son “caractère socialiste”, qui se trouve par ailleurs encore au “stade primaire”[16], qui n’est donc pas “pur”, mais dominant sur son caractère capitaliste. Le fait que, par exemple, elle ait, d’après des experts, “annulé plus de 3,4 milliards de dollars et restructuré 15 milliards de dollars de dette en Afrique entre 2000 et 2019”, et “qu’au moins 26 prêts individuels aux pays africains ont été renégociés”[17], alors que les impérialistes pillent le continent depuis plusieurs siècles maintenant et n’ont que faire de l’avis des africains, qu’ils assassinent comme bon leur semble s’ils se montrent rebelles[18],[19],[20]. La logique socialiste, si elle prend des formes variées selon les contextes nationaux et historiques, est différente de la logique capitaliste étasunienne qui a façonné les esprits du monde impérialiste contemporain, mais qui est, pour la Chine, “en déclin”.

                    Comme nous venons de le voir, la Chine n’a pas tenté de mener une politique agressive envers les Etats-Unis – de toute manière, elle n’aurait pas été en capacité de le faire -, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Mais il s’agit aussi d’une question de structure économique et des intérêts qui en découlent. Car comme l’exprimaient déjà les diplomates chinois lors de la Conférence Internationale Économique de Moscou en 1952, à l’heure où les pays capitalistes maintenaient leur embargo, “la Chine est prête à reprendre et à développer le commerce avec tous les gouvernements et peuples, indépendamment de leurs croyances, systèmes politiques et organisations sociales et économiques, tant qu’ils sont fondés sur l’égalité et le bénéfice mutuel”[21],[22].

Années 2010 : le retour de la Guerre Froide ?

                 Après une longue période d’apaisement relatif entre la Chine et les Etats-Unis, les tensions vont reprendre du poil de la bête dans les années 2010, depuis le “Pivot vers l’Asie” mis en place par l’administration d’Obama, qui “[vise] à faire de la région sa priorité en matière de politique étrangère”[23]. La crise des subprimes venait de mettre la lumière sur l’Asie en 2008, qui “est, pour de hauts responsables militaires, une année “pivot”, “marquante”, où une crise économique importante part des États-Unis pour finir par être endiguée par la Chine”[24]. Les discours critiques de la Chine commencent à pulluler aux Etats-Unis, jusqu’à tourner à l’obsession et à la paranoïa. En 2018, Trump impose de nouvelles taxes douanières à la Chine, dont la plupart seront conservées par Biden, et certaines doublées voire quadruplées[25]. En 2021, ce dernier qualifie la Chine de “compétiteur le plus sérieux” pour les Etats-Unis[26].

                           Entre-temps, la Guerre en Ukraine, la “guerre commerciale” des Etats-Unis contre la Chine, l’enlèvement du président vénézuélien Maduro, les révolutions en Afrique de l’Ouest, l’accélération du génocide en Palestine, le renforcement du blocus à Cuba, des conflits en Mer de Chine et l’agression étatsunienne en Iran à l’origine de la crise pétrolière la plus importante de l’histoire[27], entre autres, ont été lancés. Tous ces événements ont contribué à séparer encore plus nettement le monde, entre les Etats-Unis, l’UE et l’OTAN impérialistes, et les BRICS, dont sont membres la Chine et la Russie. En 2025, le ton est monté au point de faire dire publiquement à Trump qu’il est en capacité de “détruire la Chine” – même si l’on sait ce que valent les paroles d’une telle énergumène[28].

                 Depuis son second mandat inauguré la même année, Trump s’est montré particulièrement hargneux vis-à-vis de la Chine, lui imposant en avril des tarifs douaniers exorbitants à hauteur de 34 %, à l’instar de nombreux pays, déclarant une guerre commerciale planétaire.

                      Néanmoins, comme dans les années 1950, la Chine ne s’est pas laissé abattre – plus, elle ne s’est pas laissé faire – et a répliqué par une augmentation égale des tarifs douaniers imposés aux produits chinois. Le même mois, les tarifs douaniers pour les produits chinois ont grimpé à 145%, et pour les produits étasuniens, à 125%.

                 Cette escalade délirante des tarifs douaniers étasuniens et chinois diminue drastiquement en novembre de la même année pour atteindre, respectivement, 30% et 10%[29]. Finalement, ce sont les étasuniens qui finissent par plier, les faisant chuter, en février 2026, à 10% pour 150 jours. Alors que la Chine avait mis 21 ans à gagner la guerre commerciale contre les Etats-Unis par le passé, aujourd’hui ce n’est seulement qu’en quelques mois qu’elle tempère l’Oncle Sam.

Les échanges commerciaux contemporains entre la Chine et les États-Unis

                        Les médias des impérialistes ont beau mettre l’accent sur les psychologies des deux leaders pour expliquer leur politique, il n’en demeure pas moins que l’aspect économique des relations Chine-États-Unis reste leur déterminant principal, leur moteur. D’après le Council of Foreign Relations, leurs économies comptent à elles seule pour 43 % du PIB mondial en 2023[30].

                              Depuis quelques années, la Chine s’extraie d’une relative dépendance commerciale aux Etats-Unis, comme le montrent ces graphiques :

                            En effet, ses exportations se destinent, depuis 2022, davantage aux pays de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) qu’aux États-Unis, alors que la balance commerciale de ces derniers par rapport à la Chine est la plus déficitaire qu’ils aient avec n’importe quel pays. “Sous la présidence française du G7 en 2026, les déséquilibres « excessifs » de la balance courante [dont fait partie la balance commerciale] ont été érigés en priorité absolue” défend l’économiste Hélène Rey, qui pointe la responsabilité des États-Unis dans le “déséquilibre économique mondial” et son comportement excessif de débiteur[31]. C’est d’ailleurs au moment où le déficit de la balance commerciale des États-Unis était le plus important, en 2018 (plus de 377 mille milliards de dollars), que Trump a déclaré la guerre commerciale à la Chine, afin de réduire les importations en provenance de cette dernière[32]. Il est clair que les deux économies ont pâti de telles mesures. Afin de mettre un terme à la guerre commerciale et de rééquilibrer la balance commerciale des États-Unis, en 2020, Trump négocie un accord avec la Chine qui promet d’acheter pour 200 mille milliards de dollars de biens et de services étasuniens sur la période 2020-2021, ce qu’elle ne parvient pas à faire, en partie à cause de la crise Covid. Selon “plusieurs économistes”, la Chine aurait également volontairement dévalué sa monnaie (le renminbi), environ 10 ans après avoir rejoint l’OMC en 2001, dans le but de rendre très abordables les produits chinois aux acheteurs étasuniens, ce qui lui permet de creuser le déficit budgétaire étasunien.

                  Pour la chercheuse Inu Manak, l’objectif pour les États-Unis de réduire les exportations chinoises au niveau mondial n’a pas du tout été atteint[33] ; cela a même, il faut le croire, été relativement contre-productif au niveau national puisqu’entre 2001 et 2023, la valeur totale des importations des biens chinois aux États-Unis est passée de 100 mille milliards à 400 mille milliards de dollars.

               En revanche, plusieurs indicateurs suggèrent que la Chine n’est pas la seule à bénéficier de la situation :

                  “Les entreprises étasuniennes ont aussi immensément profité de l’accès au marché chinois. Dans une étude publiée en 2019, les économistes Xavier Jaravel et Erick Sager ont démontré que l’augmentation des échanges commerciaux avec la Chine a dopé le pouvoir d’achat annuel des ménages étasuniens de 1 500 dollars entre 2000 et 2007”[34].

                    En réalité, le monde est bien trop moderne pour se passer de la Chine. Je veux dire par là que la Chine exporte principalement vers les États-Unis et le reste du monde des produits électroniques et des machines :  “La Chine est […] le premier fournisseur mondial de composants électroniques et de machines, y compris les smartphones, les ordinateurs et les composants clés nécessaires à la production de ces produits.”

             Pendant ce temps, la Chine importe des États-Unis des produits chimiques, des minéraux et des végétaux consommables (comme du soja), alors que le sol chinois abrite une énorme quantité de minéraux, qu’il est capable de fournir une quantité astronomique de nourriture, et que la Chine investit de plus en plus dans les domaines de la santé (son marché de dispositifs médicaux est le deuxième au monde après les États-Unis[35]). Pour autant, il s’agit tout de même, pour les États-Unis, de leur troisième plus gros marché d’exportation, de même que la Chine “détient également une participation importante de bons du Trésor américains (environ 760 milliards de dollars), ce qui en fait le deuxième plus grand créancier étranger des États-Unis, après le Japon.”

             L’agressivité commerciale permanente dont font preuve les États-Unis est effectivement étrangère à la Chine. Victor Gao, vice-président d’un think tank chinois, expliquait clairement que “la Chine veut devenir le plus grand marché pour les produits étasuniens”[36].

Le nerf de la guerre commerciale : les semi-conducteurs (et plus particulièrement les puces pour IA)[37]

                 Ce qu’il faut savoir cependant, c’est que le nerf de la guerre commerciale, ou des échanges commerciaux, ce qui pousse autant les États-Unis à harceler la Chine, ce sont les puces pour l’Intelligence Artificielle. C’est pourquoi Xi Jinping déclare en 2023 que “la clé permettant de savoir si nous pouvons construire pleinement un pays socialiste moderne réside dans l’indépendance scientifique et technologique”[38]. Ce secteur des puces IA est aujourd’hui le plus rentable d’entre tous comme le montre l’entreprise étasunienne conceptrice de puces pour IA les plus avancées, Nvidia, qui est aussi celle avec le plus de capitalisation boursière de l’histoire de l’humanité, 4,4 trilliards de dollars. Par conséquent, en faisant sous-traiter la production de ses puces à Taïwan, où 90% des semi-conducteurs du monde sont produits[39], elle fait d’elle un moyen de pression puissant des États-Unis sur la Chine.

                       En 2025, ces derniers ont empêché Nvidia d’accéder au marché chinois, réduisant, selon son PDG Jensen Huang, ses parts de marché en Chine de 95% à 0%[40]. Pourtant le résultat escompté d’un effondrement de l’économie chinoise n’a pas, une nouvelle fois, été au rendez-vous. Effectivement, la Chine n’est pas seulement consciente de l’importance stratégique du secteur, elle dispose également de plusieurs atouts non négligeables sur les États-Unis qui lui permettent de leur faire face.

                             Déjà, la Chine compte pour “plus des ¾ de la production mondiale de métaux rares” essentiels à la production des puces pour IA, loin devant les États-Unis. C’est ce qui leur a permis, en grande partie, de contraindre les États-Unis à baisser leurs tarifs douaniers[41].

              En outre, avant même la recrudescence des sanctions étasuniennes qui a motivé le gouvernement chinois à construire l’indépendance numérique[42],[43], la Chine s’est mise à investir énormément dans la Recherche & Développement (R&D) et plus particulièrement, depuis quelques années, dans l’IA. Par exemple, le 15ème plan quinquennal (“feuille de route de l’économie chinoise pour les années 2026 à 2030”), publié en mars 2026, prévoit que

               “Les dépenses de R&D (déjà 2,8% du PIB en 2025) doivent croître de plus de 7% par an en 2026-2030, comme dans le 14e plan, mais l’accent est davantage mis sur la recherche fondamentale. Alors que la Chine s’est longtemps concentrée sur le développement et la commercialisation de technologies appliquées, le 15e plan appelle à des « percées décisives » pour « remporter la bataille des technologies clés ».

La Chine compte continuer à monter en gamme, à développer les technologies critiques et les industries du futur, et à consolider rapidement son avantage comparatif dans un nombre croissant de secteurs. Les industries clés ciblées comprennent, en particulier, les batteries de nouvelle génération et les énergies vertes, les semiconducteurs, l’IA, la robotique, les biotechnologies et l’aérospatial”, note l’économiste Christine Peltier[44].

                             La Chine est également le pays qui, depuis quelques années, fait le plus de demandes de dépôts de brevets au niveau mondial.

                  Cette situation est due à une forte implication du gouvernement chinois dans l’industrie que ses adversaires capitalistes occidentaux accusent de “concurrence déloyale”[45], qui dure maintenant depuis plus de 10 ans  :

                 “En 2014 et 2015, le gouvernement chinois a lancé son plan le plus ambitieux pour promouvoir l’expansion et la compétitivité internationale des fabricants de puces nationales, ainsi que pour construire une infrastructure nationale de fournisseurs d’équipements et de matériaux. Jusqu’à présent, on estime que 150 milliards de dollars de financement public ont été consacrés à ce plan, qui s’est fixé un objectif de 70 % en termes de présence de puces chinoises sur l’ensemble du marché chinois, d’ici la fin de 2025. Par comparaison, la principale initiative fédérale récente sur les semi-conducteurs aux États-Unis a été la loi CHIPS et Science de 2022, qui autorise environ 52,7 milliards de dollars d’initiatives à la fabrication, à la recherche et au soutien de la main-d’œuvre, soit une échelle nettement inférieure à celle de la Chine – et la majeure partie de la partie R&D de la Loi sur les puces [étasunienne] est désormais suspendue”, remarquent les chercheurs Sujai Shivakumar, Charles Wessner, and Thomas Howell[46].

                 L’économiste Marc Vandepitte explique qu’

            “Avec la campagne « nouvelles forces productives », la Chine mise pleinement sur des industries de pointe comme les véhicules électriques, les batteries et la biotechnologie. Avec un investissement annuel gigantesque de 1 600 milliards de dollars, la Chine veut briser sa dépendance à l’égard de la technologie occidentale et protéger le pays contre l’agression américaine.”[47]

            En janvier de cette année, les États-Unis avaient autorisé, sous quelques conditions, la vente à la Chine des deuxièmes puces pour IA les plus performantes de Nvidia (les H200), avant d’apprendre que les autorités chinoises n’ont pas autorisé ces puces à pénétrer le marché chinois, selon Reuters[48]. Ben Norton, de la chaîne Youtube Geopolitical Economy Report qui soutient activement la Chine (et qui se fait sûrement soutenir par la Chine), en a également parlé[49]. La Chine parierait sur sa capacité à rattraper les États-Unis, qui n’est désormais plus un secret pour personne. En novembre 2025, le PDG de Nvidia disait que “la Chine va gagner la course de l’IA”[50]. Bien entendu, la formule est polémique, car il ajoute, dans une interview, que “nous [les États-Unis] avons des générations d’avance par rapport à la Chine”[51]. Mais sur le long-terme, tous les experts s’accordent à dire que, si les choses continuent d’évoluer de la même manière qu’aujourd’hui, c’est la Chine qui, une fois de plus, sera la grande gagnante.

               Dernièrement, la première carte graphique 100% chinoise de l’histoire a été mise en vente, la LX 7G100, pour 436 dollars contre une carte graphique moins performante de Nvidia, la RTX 3060, qui coûte environ 500 dollars[52]. L’application chinoise DeepSeek sortie en 2023 s’est également distinguée de son rival étasunien ChatGPT, dont le coût d’entraînement (training cost) avoisine les 100 millions de dollars, contre 6 millions de dollars pour DeepSeek[53].

            Pour le Foreign Affairs, qui titre “Les États-Unis n’ont plus le dessus sur la Chine”, les tout derniers accords et échanges commerciaux entre ces deux puissances étaient “impensables un an auparavant” et expliquent que certains observateurs fassent un comparatif avec la Guerre Froide ayant opposé les États-Unis à l’URSS.[54]

                 Néanmoins, même si l’on peut se réjouir de voir un opposant à l’ordre impérialiste performer de cette façon, il ne faut pas se bercer d’illusions et relativiser un tant soit peu : l’Oncle Sam reste le pays le plus puissant au monde, militairement, et économiquement, le dollar est bien plus puissant que le renminbi chinois[55], comme le souligne Le Grand Continent : “les États-Unis restent le fournisseur privilégié d’actifs sûrs au niveau mondial, et cette centralité financière continue de façonner la balance commerciale et la structure de l’économie américaine”[56].

“Une visite historique” pour Xi, des “accords commerciaux fantastiques” pour Trump[57] précédés par quelques récents soubresauts

                    Dans ce contexte de tensions accrues, il était indispensable que les chefs d’État des deux pays les plus puissants au monde au niveau économique se retrouvent en Chine, alors que les États-Unis ne s’y étaient pas rendus depuis 9 ans.

                  Mais si les deux dirigeants se sont réjouis publiquement de leur rencontre, les médias attendaient plus de frictions, du fait que seulement la veille de l’événement, le 11 mai, les États-Unis ont sanctionné au mépris du droit international 12 personnes et entreprises actrices économiques de l’approvisionnement chinois de pétrole iranien, tandis qu’un “groupe de sénateurs a poussé [sans succès] Trump à approuver une livraison d’armes d’une valeur de 14 mille milliards de dollars à Taïwan”[58]. Même si cela paraît insensé pour des esprits raisonnés, ça ne l’est pas pour les États-Unis qui avaient livré à Taïwan en décembre 2025 des armes d’une valeur totale de 11 mille milliards de dollars, soit la livraison la plus coûteuse jamais contractée par l’île[59]. En outre, “du 20 avril au 8 mai, sept pays – les Philippines, les États-Unis, le Canada, la France, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – ont envoyé 17 000 membres de leur personnel militaire pour s’entraîner [militairement] le long de la côte occidentale des Philippines”[60]. Il s’agit de l’exercice le plus large coordonné par les États-Unis dans la région, alors que ces derniers cherchent en même temps à amadouer les pays voisins de la Chine pour mieux l’étouffer.

                En avril,

                “Le commandant des forces américaines en Corée, le général Xavier Brunson, a déclaré au Japan Times que Washington est en train de construire une « toile meurtrière » – un système en réseau fusionnant la Corée, le Japon et les Philippines en une seule architecture contre la Chine, la Russie et la Corée du Nord. [L’année dernière], Trump a déclaré aux journalistes de la base américaine de Pyeongtaek qu’il aimerait « obtenir la propriété des terres où nous avons une base militaire massive » en Corée du Sud, un pays où les États-Unis ont 66 bases militaires. Au Japon, les dépenses militaires sont doublées – le plus grand réarmement depuis 1945 – avec l’achat de 400 missiles américains Tomahawk, un projet qui s’est poursuivi et accéléré sous la direction de la Première Ministre de droite Sanae Takaichi”, indique People’s Dispatch[61].

                Le même mois, le Secrétaire du Trésor étasunien, Scott Bessent, avait déjà menacé deux banques chinoises de sanctions s’il découvrait que celles-ci entretenaient des liens avec l’Iran[62], alors même que la Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et que 80% du pétrole qu’importe la Chine est iranien et passe par le Détroit d’Ormuz[63],[64].    

               Ce qui est d’autant plus ridicule se trouve dans le fait que c’est Trump lui-même qui a demandé la tenue de cette rencontre, après que la guerre qu’il a déclenchée en Iran l’ai reportée à une date indéterminée[65].

               Or au lieu de répondre par une augmentation des tarifs douaniers, la Chine a, pour la première fois depuis sa validation en 2021, activé sa loi anti-sanction (Rules on Counteracting Unjustified Extra-territorial Application of Foreign Legislation and Other Measures) ; en d’autres termes, pour les entreprises et individus chinois visés, “les sanctions américaines  ne doivent être “ni reconnues, ni mises en œuvre, ni respectées” sur le territoire chinois[66].

                 En avril toujours, la Chine s’était déjà opposée farouchement aux sanctions européennes délivrées en violation du droit international contre la Russie, qui impliquaient des firmes chinoises, prévenant Bruxelles qu’elle aura à “assumer les conséquences” de ses actes[67]. Sans compter ses multiples oppositions à l’agression étasunienne en Iran, à l’enlèvement de Maduro, au blocus à Cuba, etc. Bref à toutes les actions illégales au regard du droit international que déploient les États-Unis.

La rencontre

                          Le contexte de la guerre d’agression menée par les États-Unis contre l’Iran a été l’un des principaux moteurs de la volonté de Trump de rencontrer Xi Jinping, voyant dans la Chine un moyen de négocier la fin de la guerre. En effet, depuis quelques temps maintenant les États-Unis constatent qu’ils sont en train de la perdre, et que seule la médiation diplomatique chinoise pourrait les sortir de ce bourbier. Les prix du pétrole ont explosé aux États-Unis et la crise au niveau national continue de s’accentuer (l’inflation y a bondi de 3,8% à cause de la guerre en Iran) alors que les élections de midterm approchent (novembre 2026) et que la cote de popularité du “président de la paix” baisse de jour en jour. Pour Vandepitte, “dans cette nouvelle réalité, Washington ne dicte plus les conditions, mais doit même demander de l’aide au président Xi pour garder ouvertes les voies navigables internationales. En Chine règne la conviction que la puissance des États-Unis diminue de manière irréversible”[68].

                      De son côté, Xi Jinping estime que “la sauvegarde de la paix et de la stabilité à travers le détroit de Taiwan [est le] plus grand dénominateur commun entre la Chine et les États-Unis ». Il a exprimé son inquiétude par rapport au renforcement de la présence militaire américaine sur l’île et des armes qu’elle lui vend, n’apportant rien de bon à la stabilité économique de la région, et s’est montré intransigeant vis-à-vis de la recherche de sa pseudo-indépendance. Xi Jinping est allé jusqu’à avertir les États-Unis que si la question de Taïwan était “mal gérée”, celle-ci pourrait entraîner des “heurts, voire des conflits”[69].

                   Au sujet des puces pour les IA et des terres rares, les deux parties sont plus ou moins restées sur leurs positions, les États-Unis sur leurs restrictions, la Chine sur leur demande d’accès aux puces étasuniennes. En effet, “en amont du sommet, les deux parties avaient intensifié et accéléré l’arsenalisation de leurs avantages respectifs : Washington en renforçant ses contrôles à l’exportation, Pékin en ripostant par des restrictions à l’exportation sur le gallium, le germanium et, désormais, le traitement des terres rares en général — exerçant, par ces rétorsions, une forme de contre-encerclement face aux mesures américaines visant à brider ses possibilités”, relève Le Grand Continent[70]. D’après RFI, “les États-Unis reconnaissent une amélioration des exportations chinoises de minerais stratégiques, essentiels aux batteries, aux semi-conducteurs ou encore à l’industrie militaire, même si Pékin continue de ralentir certaines licences”[71]. Et bien que Trump soit sûrement venu flanqué de plusieurs bourgeois étasuniens de la tech (Tim Cook, Jensen Huang, Elon Musk, etc.) pour faire pression, il faut croire que cela n’a pas intimidé les chinois. Ainsi, le léger progrès qui a pu être fait au niveau commercial a permis d’apaiser un tant soit peu les tensions qui caractérisent la relation entre les deux pays.

                    Du reste, on ne sait pas grand-chose des accords qui auraient été signés durant ces trois jours, excepté un, concernant la vente de Boeing d’une ampleur remarquable :

                 “Bien que Xi ait accepté d’acheter 200 jets Boeing, ce chiffre était bien inférieur aux 500 que Trump avait avancés auparavant. Les investisseurs américains ont donc été déçus et les actions du constructeur ont chuté de 4 % à Wall Street. Une importante commande de Boeing était l’une des nombreuses transactions commerciales attendues à l’issue de ces pourparlers très suivis. Pourtant, lorsque Donald Trump a quitté la Chine vendredi, il s’agissait du seul accord majeur annoncé.”[72]

             Même Donald Trump, d’habitude si loquace et provocateur, s’est montré étonnamment discret. Au niveau diplomatique, le flou est maintenu : “les comptes rendus publics des discussions font état du lancement de nouveaux organes pour le commerce, de cadres réglementaires pour l’investissement, des rumeurs selon lesquelles des sociétés financières américaines auraient enfin réussi à percer sur le marché chinois et que des entreprises chinoises de technologies vertes s’implanteraient bientôt aux États-Unis. Le ton positif de ces annonces est délibéré et vise à rassurer les marchés”, indique Le Grand Continent[73]. Pourtant, il est moins rassurant d’apprendre que “Les États-Unis n’ont pris aucun engagement clair concernant un éventuel arrêt des ventes d’armement à Taïwan”. “La question de Taïwan n’apparaît même pas dans le communiqué américain” post-rencontre, note RFi[74].

                       Enfin, Xi Jinping a mis en exergue le danger que représentait la situation actuelle en grande partie déterminée par les manœuvres agressives des États-Unis : “La Chine et les États-Unis pourront-ils éviter le piège de Thucydide et bâtir un nouveau paradigme de relations entre grands pays ?”[75] Xi Jinping veut dire par là qu’un affrontement militaire peut avoir lieu si la puissance hégémonique déclinante refuse l’essor de la nouvelle puissance, comme ce fût le cas avec la Guerre du Péloponnèse au Vème siècle avant J.-C. Un écho évident à l’idée que “l’Est progresse tandis que l’Occident est en déclin”.  

Le partenariat Russie-Chine, c’est n’est pas l’OTAN

                   Quelques jours seulement après Trump, c’est au tour de Poutine de rencontrer Xi Jinping, du 19 au 20 mai, à l’occasion du 25ème anniversaire du traité de bon voisinage et de coopération fraternelle entre la Chine et la Russie.

                Le contexte est tout autre : les relations Chine-Russie n’ont fait que s’améliorer ces dernières années, en particulier à cause des sanctions étasuniennes et européennes touchant les deux pays – et surtout depuis la guerre en Ukraine, à partir de laquelle la Chine est devenue la principale partenaire commerciale de la Russie[76]. Cela les a poussés, par exemple, à développer l’échange en monnaies nationales, qui était presque inexistant en 2008 où tout se réglait en dollars. Mais pour le journaliste chinois Wang Guan, on ne peut pas pour autant parler d’autre “OTAN” concernant leurs relations, qui ne sont pas basées sur des questions militaires et impérialistes[77]. En effet, il s’agit ici d’échanges commerciaux entre deux puissances caractérisées par leur rôle anti-impérialiste objectif, et proches d’un point de vue géographique. C’est dans cette optique qu’elles ont publié une déclaration commune défendant la multipolarité dans le monde et “un nouveau type de relations internationales” face à l’unipolarité agressive qu’imposent les États-Unis et leurs vassaux impérialistes[78].

                    La rencontre s’est effectivement démarquée par une complicité plus marquée avec la Russie qu’avec les États-Unis. Alors que Trump et Xi Jinping n’ont signé aucune déclaration commune et qu’aucune signature d’accord n’a été faite en public, l’on sait en revanche que la Chine et la Russie ont signé plus de 40 accords[79]. Ces derniers couvrent toute une série de domaines divers et variés : l’innovation technologique, les transports, la question énergétique et celle des ressources naturelles, la culture, le cinéma, le tourisme, les investissements, etc[80].

                       La Russie aurait proposé à la Chine un accord sur la construction d’un gazoduc reliant la Sibérie à la Chine, un projet qui existe depuis longtemps mais qui, durant ces deux jours, n’a toujours pas trouvé d’écho favorable en raison de son prix, selon certains observateurs[81]. En effet, la question du gaz est éminemment importante pour la Russie depuis les sanctions européennes liées à la Guerre en Ukraine, car les pays de l’Union Européenne étaient quasiment placés dans un état de “dépendance” vis-à-vis du gaz russe[82]. Bien que cette affaire de sanctions cache une hypocrisie sans équivoque de la part des dirigeants européens, comme je l’expliquais dans mon article La question du gaz en Union européenne publié l’année dernière[83], elle revêt une importance réelle pour l’économie russe. Fort heureusement pour elle,

              “Les achats chinois de pétrole et de gaz russes permettent à Moscou de continuer à financer son économie et son effort de guerre malgré les sanctions occidentales. Selon les données du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (Crea), la Chine a acheté pour près de 319 milliards de dollars (272 milliards d’euros) de combustibles fossiles russes entre le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 et le 15 mai 2026. La Chine est d’ailleurs le premier acheteur de combustibles fossiles russes devant l’Union européenne et l’Inde, selon un graphique du Crea”, écrit FranceInfo[84].

               En somme, en voulant affaiblir la Russie, l’Union Européenne renforce… les parts de marché de la Chine et finit elle-même par perdre à son propre jeu, puisque le prix du gaz dans les pays de l’UE a “fortement augmenté” depuis la guerre en Ukraine[85]. De plus, cette confiance accrue envers la Russie révélerait l’inquiétude de la Chine par rapport à Taïwan : “[…] Pékin pourrait chercher à sécuriser encore davantage ses approvisionnements énergétiques auprès de Moscou, notamment en vue d’un potentiel conflit autour de Taïwan”. Le projet de gazoduc de la Russie s’inscrit justement dans cette conjoncture, puisqu’il permettrait de poursuivre l’approvisionnement en pétrole à la Chine en cas de conflit à Taïwan et de fermeture du Détroit de Malacca, alors que “près de 90% de leur approvisionnement en pétrole passe par la mer, et notamment par ce détroit”[86]. Cette prudence est tout à fait compréhensible quand on regarde ce qu’il se passe en Iran, où l’agression étasunienne a provoqué la crise pétrolière la plus importante de l’histoire. Là où dans les pays impérialistes les prix ont flambé, en Chine l’inflation a été beaucoup plus maîtrisée, d’autant qu’en plus de ses réserves de pétrole, elle peut compter sur ses investissements dans les énergies renouvelables[87] dans lesquelles elle est hégémonique : “La Chine contrôle à elle seule 60 à 85 % de la chaîne d’approvisionnement en panneaux solaires, pompes à chaleur, éoliennes, batteries et électrolyseurs à hydrogène, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). […] La Chine représente environ 85 % de la capacité de production de la chaîne l’approvisionnement du secteur solaire et 80 % de celle des batteries lithium-ion, avec des parts encore plus élevées pour les plaquettes photovoltaïques (95 %)”[88], lit-on dans Reporterre. En effet, comment concurrencer énergétiquement un pays “à l’origine des deux tiers des projets solaires et éoliens dans le monde” ?[89]

                 En s’approvisionnant principalement à la fois en Iran et en Russie et en diversifiant ses sources d’énergie, la Chine évite donc de s’enliser dans une forme de dépendance. Malgré cela, les États-Unis persistent à vouloir attaquer l’économie chinoise, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils font la guerre à l’Iran, qui, je le rappelle, est le principal fournisseur de pétrole de la Chine. Ainsi la tactique inlassable de laisser l’Union Européenne s’occuper du front est-européen pendant que les États-Unis “pivotent” vers l’indo-pacifique est de nouveau justifiée[90].

                        Or, ce faisant les États-Unis se heurtent à une nouvelle contradiction qui est celle du renforcement… de l’économie Russe ! Car depuis la guerre en Iran et le durcissement des sanctions à son encontre (avant même le début de la guerre, l’Iran était le deuxième pays le plus sanctionné au monde), le prix de vente du pétrole russe a bondi à l’instar des recettes économiques de la Russie. Même si l’économie d’un pays entier ne peut reposer sur l’exportation de son pétrole, certains chercheurs, comme ceux du think tank européen Bruehull, reconnaissent qu’elle agit comme un “bol d’air frais financier” pour la Russie[91],[92]. Car depuis le début officiel de la guerre en Ukraine en 2022 et les sanctions imposées à la Russie par l’UE et les États-Unis, c’est en partie grâce aux dépenses militaires que la croissance de l’économie du pays s’est maintenue. En revanche, si elle connaît des soubresauts et des ralentissements, elle n’est pas prête de s’effondrer comme le prophétisent depuis des années les médias des impérialistes (il est attendu que la croissance du PIB russe soit de 0,4% pour 2026, c’est-à-dire la même que celle prévue pour l’Allemagne[93]) . Au contraire, le Kremlin a conscience des problèmes qu’il rencontre et compte relancer à nouveau une croissance rapide de son économie d’ici 2029 [94],[95].

Quel avenir pour le monde ?

             Le dernier jour de la visite de Trump en Chine, le Wall Street Journal a publié un article d’opinion dont le titre a prêté beaucoup à rire : “Le futur n’est pas chinois. Nous avons Apple, la NBA et Sydney Sweeney. Et eux, qu’est-ce qu’ils ont ?”[96] Visiblement, l’auteur semble être le seul à avoir des œillères de cette nature si têtue.

               Même JD Vance, le vice-président des États-Unis a fait l’aveu, alors que Poutine était en Chine, que “les États-Unis ne peuvent pas être les gendarmes du monde”[97]. En effet, ils ont fini par se rendre compte que leur complexe militaro-industriel leur permettant de mettre le monde sans dessus dessous repose dans une large mesure sur l’approvisionnement en terres rares chinoises, qui servent elles-mêmes la progression à vitesse grand V de l’armée chinoise : “l’USGS Mineral Commodity Summaries (MCS) confirme que les États-Unis dépendent à 100 % des importations nettes de plus de 15 minéraux critiques [sur lesquels la Chine est dominante sur le marché]”[98]. Par exemple, les restrictions sur l’exportation des terres rares chinoises ont contraint les États-Unis à reporter à 2031 l’amélioration technologique de leur avion F-35 Block 4, d’après HR News.

                Sur Taïwan, il semble que les États-Unis se prononcent désormais – en parole, du moins, comme ils l’ont toujours fait diplomatiquement[99] – contre son indépendance : “je ne cherche pas à ce que personne ne devienne indépendant […] Vous savez, on devrait parcourir 15 000 km pour faire une guerre là-bas. Je ne cherche pas cela”, confie Donald Trump à Fox News, à la fin de sa rencontre avec Xi[100].

               En parallèle, l’Union Européenne s’inquiète fortement de la montée en puissance de la Chine et pense à imposer plus de restrictions sur l’importation de produits chinois[101].               

                    Alors, est-ce que “l’Est progresse tandis que l’Occident est en déclin” ? En tout cas, tous les indicateurs nous montrent que c’est le cas. Les contradictions de l’impérialisme pourrissant ne pourront pas le maintenir en vie éternellement ; son stade supérieur, qui se trouve dans le mode de production socialiste, n’a même plus à prouver son efficacité, et notre devoir de communistes est de le défendre là où il se trouve concrètement, en Chine mais aussi à Cuba, au Vietnam, au Laos, etc. Les peuples n’en peuvent plus de ne plus pouvoir faire le plein d’essence, de ne plus réussir à boucler les fins de mois, du génocide à Gaza et au Congo, des agressions permanentes des impérialistes, des sanctions économiques, de l’absurdité d’être dirigés par des multi-millionaires corrompus et criminels qui ne savent pas quoi faire de leur argent quand des milliards de personnes portent sur leurs épaules toute la société, de la culture et de la morale bourgeoises décadentes pleine d’entre-soi et d’hypocrisie, de la nourriture et de l’eau contaminées qu’on leur vend à des prix exorbitants, bref, de tout ce qu’un système à l’agonie peut produire.

                        En 1989, le chercheur étasunien Francis Fukuyama prédit la chute de l’URSS en ajoutant que celle-ci incarnerait la victoire de la “démocratie libérale” sur le reste du monde, la “fin de l’Histoire” (une référence à un concept marxiste). Autrement dit, la mort définitive du socialisme.

                         Moins de 40 ans plus tard, le 22 mai 2026, il publie une vidéo sur sa chaîne Youtube où il déclare que “la dernière visite de Donald Trump à Pékin démontre amplement le déclin des Etats-Unis comme une grande puissance par rapport à la Chine”[102].

        Alors, pour notre prophète yankee, la fin de l’histoire ne serait-elle pas plutôt la fin de l’histoire du capitalisme-impérialisme et le début de celle du socialisme ?

Maxime – JDM


[1] https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3153379/china-says-east-rising-and-west-declining-has-it-been

[2] https://www.facebook.com/ChinaGlobalTVNetwork/posts/china-suffered-more-than-35-million-military-and-civilian-casualties-with-countl/1432932621533539/

[3] https://www.aljazeera.com/features/2016/7/6/chinas-new-opium-wars-battling-addiction-in-beijing

[4] Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, 1973, T. 2, p. 85

[5] https://thechinaacademy.org/how-mao-zedong-led-china-to-break-though-the-us-blockade/#

[6] https://openscholar.uga.edu/record/15486?v=pdf

[7] Op. Cité. https://thechinaacademy.org/how-mao-zedong-led-china-to-break-though-the-us-blockade/#

[8] https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(25)00278-5/fulltext

[9]  China’s Economic Dialectic : the Original Aspiration of Reform, International Publishers, 2019.

[10] La Chine est-elle capitaliste ? Éditions Sociales, 2019.

[11] https://worldmarxistreview.org/index.php/wmr/article/view/98/77

[12] https://www.nytimes.com/1971/06/11/archives/president-ends-21year-embargo-on-peking-trade-authorizes-export-of.html

[13] Contrairement aux idées reçues en Occident largement démenties aujourd’hui.

[14] https://thetricontinental.org/wenhua-zongheng-2023-2-editorial-socialism-historical-process/

[15] https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2022/04/01/lifting-800-million-people-out-of-poverty-new-report-looks-at-lessons-from-china-s-experience#:~:text=BEIJING%2C%20April%201%2C%202022%E2%80%94,by%20close%20to%20800%20million.

[16] http://french.china.org.cn/china/archives/china_key_words/2014-11/18/content_34276735.htm

[17] Guigue, B. L’Odyssée Chinois : de Mao Zedong à Xi Jinping, Editions Delga, 2025, p. 342.

[18] Lumumba, Sankara, Cabral, Kadhafi, etc.

[19] Voir https://www.youtube.com/watch?v=vYN4Zup4PGg&t=505s   

[20] Sur le partenariat Chine-Afrique (jusqu’en 2018), voir https://www.siis.org.cn/Commentary/3025.jhtml

[21]  Op. Cité. https://thechinaacademy.org/how-mao-zedong-led-china-to-break-though-the-us-blockade/#

[22] Apparemment, la déclaration ne visait pas l’URSS. Blague à part, il faudrait écrire un article entier sur le sujet pour comprendre la rupture sino-soviétique.

[23] https://blogue.corim.qc.ca/pivot-americain-asie/

[24] https://jeunessedumonde.fr/2025/07/02/la-marine-francaise-dans-lespace-maritime-contemporain/

[25] https://www.cfr.org/backgrounders/contentious-us-china-trade-relationship

[26] https://chinaeconomicreview.com/biden-calls-china-the-most-serious-competitor-to-the-us-in-first-foreign-policy-speech-as-president/

[27] https://youtu.be/NrlXNHSCfoQ

[28] https://www.youtube.com/watch?v=VLHe8A1Llhg

[29] Op. Cité https://www.cfr.org/backgrounders/contentious-us-china-trade-relationship

[30] Idem.

[31] https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/30/desequilibres-mondiaux-helene-rey/

[32]Idem.

[33] Idem.

[34] Idem.

[35] https://www.teamfrance-export.fr/fiche-marche/sante/dispositifs-medicaux/CN

[36] https://www.youtube.com/watch?v=2J0X4gG2GGE

[37] Je ne vais pas revenir en détail sur le sujet. Le camarade Silco a fait d’importantes recherches dessus, qui se trouvent compilées dans l’article suivant :

https://jeunessedumonde.fr/2026/02/19/la-guerre-des-semi-conducteurs-le-dernier-point-de-bascule-avant-le-monde-nouveau/

[38] Traduction approximative (je ne parle pas le mandarin) https://www.cac.gov.cn/2023-05/30/c_1687090904636982.htm

[39] https://www.reuters.com/world/china/xi-putin-meet-beijing-tea-diplomacy-after-trump-visit-2026-05-19/

[40] https://www.01net.com/actualites/de-95-a-0-nvidia-raye-de-la-carte-en-chine-son-pdg-fustige-la-politique-americaine.html

[41] https://www.foreignaffairs.com/united-states/america-has-lost-its-leverage-over-china

[42] https://restofworld.org/2025/china-chipmakers-nvidia-tsmc-gap/

[43] https://www.csis.org/analysis/chinas-localization-drive-semiconductors-gains-impetus-allied-chip-export-controls

[44] https://economic-research.bnpparibas.com/html/fr-FR/15e-plan-quinquennal-Chine-puissance-reduction-desequilibres-11/05/2026,53469

[45] https://www.facebook.com/BFMBusiness/posts/les-europ%C3%A9ens-d%C3%A9noncent-de-longue-date-la-concurrence-d%C3%A9loyale-exerc%C3%A9e-selon-eux/1407519188088959/

[46] Op. Cité https://www.csis.org/analysis/chinas-localization-drive-semiconductors-gains-impetus-allied-chip-export-controls

[47] https://investigaction.net/la-rencontre-entre-trump-et-xi-expose-la-faiblesse-americaine/

[48] https://www.reuters.com/world/china/chinas-customs-agents-told-nvidias-h200-chips-are-not-permitted-sources-say-2026-01-14/

[49] https://www.youtube.com/watch?v=PtuYVMrXmAM

[50] https://www.reuters.com/world/asia-pacific/nvidias-jensen-huang-says-china-will-win-ai-race-with-us-ft-reports-2025-11-05/

[51] https://www.youtube.com/watch?v=aJmHfmrRMUE

[52] https://www.facebook.com/TomsHardwareFrance/posts/malgr%C3%A9-des-performances-proches-dune-rtx-3060-pour-un-prix-avoisinant-les-500-do/1454744170019424/

[53] https://www.uc.edu/news/articles/2025/03/chatgpt-vs-deepseek–how-the-two-ai-titans-compare.html

[54] Op. Cité https://www.foreignaffairs.com/united-states/america-has-lost-its-leverage-over-china

[55] https://foreignpolicy.com/2026/05/06/china-us-sanctions-ban-trump-xi-iran-war-oil-trade/

[56] https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/12/pourquoi-le-dollar-est-de-nouveau-un-piege-imperial/

[57] https://www.rfi.fr/fr/monde/20260515-sommet-chine-%C3%A9tats-unis-accords-commerciaux-fantastiques-pour-trump-la-visite-fera-date-dit-xi-jinping

[58] https://www.bbc.com/news/articles/c232z4yk437o

[59] Idem.

[60] https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3354621/why-largest-ever-us-philippine-drill-and-japans-role-it-making-china-uneasy

[61] Op. Cité https://peoplesdispatch.org/2026/05/13/trumps-state-visit-to-beijing-and-the-new-cold-war-on-asia/

[62] https://www.trtworld.com/article/a232d0167d2d

[63] https://www.youtube.com/watch?v=IeMumy1q-GI

[64] https://www.youtube.com/watch?v=hsA9ob3Lp3Q

[65] https://youtu.be/y7MnTzKOANg

[66] https://info.fr/chine-loi-anti-sanctions-mofcom-tech-decouplage/

[67] https://www.politico.eu/article/eu-will-bear-all-consequences-china-lashes-out-over-russia-sanctions/

[68] Op. Cité https://investigaction.net/la-rencontre-entre-trump-et-xi-expose-la-faiblesse-americaine/

[69] https://francais.cgtn.com/news/2026-05-14/2054814292186009602/index.html

[70] https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/15/bilan-trump-xi-pekin/

[71] https://www.rfi.fr/fr/monde/20260515-sommet-chine-%C3%A9tats-unis-accords-commerciaux-fantastiques-pour-trump-la-visite-fera-date-dit-xi-jinping

[72] https://fr.euronews.com/2026/05/15/les-resultats-decevants-du-sommet-en-chine-ramenent-donald-trump-a-la-realite

[73] Op. Cité https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/15/bilan-trump-xi-pekin/

[74] https://www.rfi.fr/fr/monde/20260514-entre-sourires-symboles-et-mises-en-garde-sur-ta%C3%AFwan-un-sommet-chine-%C3%A9tats-unis-sous-tension

[75] https://francais.cgtn.com/news/2026-05-14/2054916004697849858/index.html

[76] https://www.franceinfo.fr/monde/russie/pourquoi-la-visite-de-vladimir-poutine-en-chine-est-plus-importante-pour-moscou-que-pour-pekin_8011730.html

[77] https://www.youtube.com/watch?v=sM5-P0a7F6s

[78] https://www.youtube.com/watch?v=83hf9iHSFYo

[79] https://youtu.be/5xFZ-DYNI1E

[80] Op. Cité https://www.youtube.com/watch?v=83hf9iHSFYo

[81] https://www.theguardian.com/world/2026/may/20/china-russia-xi-jinping-vladimir-putin-meet-beijing-after-trump-visit

[82] https://www.touteleurope.eu/environnement/fact-checking-l-union-europeenne-est-elle-toujours-dependante-des-energies-fossiles-russes/

[83] https://jeunessedumonde.fr/2025/07/27/la-question-du-gaz-en-union-europeenne/

[84] Op. Cité https://www.franceinfo.fr/monde/russie/pourquoi-la-visite-de-vladimir-poutine-en-chine-est-plus-importante-pour-moscou-que-pour-pekin_8011730.html

[85] https://www.optima-energie.fr/blog/actualites/prix-de-lelectricite-et-du-gaz-evolution/

[86] https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/visite-de-vladimir-poutine-a-pekin-la-russie-est-devenue-extremement-dependante-de-la-chine-selon-un-specialiste-1823909

[87] https://www.slate.fr/monde/chine-investi-energie-verte-crise-petroliere-mondiale-effets-eolien-electrique-iran-etats-unis-ormuz-guerre-jinping

[88] https://reporterre.net/La-Chine-domine-sans-partage-le-marche-des-energies-renouvelables

[89] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/energie-renouvelable-energies-renouvelables-chine-origine-deux-tiers-projets-solaires-eoliens-monde-114561/

[90] Voir mon dossier en trois parties sur la marine française et la nouvelle “stratégie indo-pacifique” : https://jeunessedumonde.fr/2025/07/02/la-marine-francaise-dans-lespace-maritime-contemporain/ / https://jeunessedumonde.fr/2025/07/19/la-marine-francaise-dans-lespace-maritime-contemporain-2-3/ / https://jeunessedumonde.fr/2025/08/17/la-marine-francaise-dans-lespace-maritime-contemporain-3-3/

[91] https://www.theguardian.com/world/2026/may/20/china-russia-xi-jinping-vladimir-putin-meet-beijing-after-trump-visit

[92] https://www.mk.co.kr/en/world/12056772 

[93] https://foreignpolicy.com/2026/05/21/russia-ukraine-war-economy-putin-tooze/

[94] Idem.

[95] Op. Cité  https://www.mk.co.kr/en/world/12056772

[96] https://www.wsj.com/opinion/free-expression/the-future-is-not-chinese-3781f318

[97] https://www.instagram.com/reel/DYjQZaEnzFi/

[98] https://www.instagram.com/p/DXxUN9ziF19/?img_index=4

[99] https://www.moustique.be/notre-epoque/les-infos/2022/08/04/taiwan-la-chine-et-les-usa-tout-comprendre-sur-les-tensions-actuelles-LNXLKBD2KJE43E7PMVN2PMXMXM/

[100] https://www.bbc.com/news/articles/ce8p61v7l68o

[101] https://finance.yahoo.com/economy/policy/articles/eu-warns-trade-relationship-china-115616325.html

[102] https://www.youtube.com/watch?v=3V48nZHKih8

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