Le 1er juillet 2026, l’attaquant américain Folarin Balogun recevait un carton rouge parfaitement logique lors du seizième de finale face à la Bosnie-Herzégovine. Quelques jours plus tard, la commission de discipline de la FIFA « suspendait » cette sanction, permettant au joueur de disputer le huitième de finale contre la Belgique. Entre les deux, un fait que nul ne conteste, pas même l’intéressé : Donald Trump lui-même a appelé Gianni Infantino pour obtenir ce réexamen, avant de remercier publiquement l’instance d’avoir « réparé une grande injustice » (1). Il n’y a là aucune théorie, aucune spéculation : c’est le président des États-Unis qui l’a confirmé de sa propre bouche (2).

On pourra épiloguer sur l’article 27 du code disciplinaire, sur les précédents invoqués, sur la distinction technique entre « annulation » et « sursis probatoire ». Le camarade juriste de la bourgeoisie trouvera toujours l’alinéa qui permet de faire passer un coup de fil présidentiel pour une simple application du règlement. Mais l’essentiel est ailleurs, et il est d’une simplicité désarmante : dans le sport comme dans la diplomatie, dans le commerce comme dans la guerre, l’empire américain ne demande pas, il exige, et les institutions internationales, aussi « autonomes » se prétendent-elles, s’exécutent.
Nous écrivions il y a un mois (3) que le football populaire passait sous l’emprise de l’empire américain à l’occasion de cette Coupe du monde co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Le scandale Balogun n’est pas un accident regrettable dans un système par ailleurs sain : c’est la démonstration, à ciel ouvert, de ce que nous dénoncions. Une Fédération belge « stupéfaite », des observateurs qui parlent de traitement de faveur, des joueurs eux-mêmes américains embarrassés au point que l’un d’eux ira jusqu’à dire publiquement sa gêne : tout cela ne pèse rien face à un coup de téléphone. Gianni Infantino, déjà connu pour avoir remis à Trump un prix de la paix quelques mois plus tôt, confirme une fois de plus qu’à la tête du football mondial se trouve moins un gardien du jeu qu’un obligé du capital et de la puissance impériale qui le domine.
Il y a une justice presque poétique, quoique bien insuffisante, dans le fait que les États-Unis, ainsi « aidés », se soient effondrés 4 buts à 1 face à une Belgique galvanisée par ce sentiment d’injustice. Les commentateurs sportifs eux-mêmes ont noté qu’une équipe entière semblait porter le poids d’une victoire volée d’avance, quand l’adversaire jouait libéré, presque investi d’une mission de réparation. On ne tirera pas de cet épisode une quelconque loi de la justice immanente du terrain : le capital et ses obligés perdent rarement à ce point, et quand cela arrive, ils se relèvent toujours ailleurs, sur un autre dossier, avec un autre coup de fil. Mais l’épisode a au moins le mérite de rendre visible, pour des millions de spectateurs qui n’avaient jusque-là aucune raison de s’y intéresser, ceci : le sport n’est pas un espace neutre, encore moins un espace de fraternité universelle au-dessus des classes et des nations, mais un terrain que l’impérialisme étasunien entend, comme les autres, plier à son intérêt.
Le problème est structurel : il tient à la position de l’impérialisme américain dans le système mondial, à sa capacité à faire plier des institutions qui se présentent comme internationales et neutres, qu’il s’agisse de la FIFA, du FMI, de l’UE ou de l’OTAN en matière militaire. Pour un football populaire, il n’y donc qu’une seule solution : rompre avec toutes ces institutions impérialistes, sortir de l’UE et de l’OTAN, reconstruire un parti communiste qui puisse porter les aspirations populaires et les diriger politiquement vers la rupture avec le capitalisme et la construction du socialisme.
(2) Coupe du Monde 2026, États-Unis : pourquoi le carton rouge de Folarin Balogun a été annulé












0 commentaires