Nous publions ci-dessous un gros travail de recherche mené par notre camarade Silco. Ce travail constitue une première prospection d’un sujet extrêmement vaste et complexe, et est destiné à alimenter l’analyse politique des communistes et autres militants progressistes. Le comité de rédaction de la JDM peut avoir quelque désaccord sur tel ou tel point secondaire, mais l’analyse fournie, documentée et sourcée, constitue une ressource très précieuse sur laquelle les militants pourront s’appuyer pour analyser le monde, traiter d’autres sujets liés directement ou indirectement au sujet de cet article, voir enrichir et développer les bases de réflexion et de travail posées ici. Il s’agit donc d’un article non pas simplement à lire, mais à étudier.
Par Silco – JDM

Plan de l’article :
- Introduction
- Un semi-conducteur ?
- Taïwan
- Géostratégie du secteur
- Développements
- Issue
- Conclusion
- Sources
1. Introduction
“Si l’on n’a pas compris l’origine économique de ce phénomène, si l’on n’en a pas mesuré la portée politique et sociale, il est impossible d’avancer d’un pas dans l’accomplissement des tâches pratiques du mouvement communiste et de la révolution sociale à venir. L’impérialisme est le prélude de la révolution sociale du prolétariat.”
Lénine, Préface à “L’impérialisme, stade suprême du capitalisme”, 6 juillet 1920
La putréfaction terminale du capitalisme mondial est désormais évidente pour la plupart des classes et couches moyennes et exploitées de tous les pays du monde, ainsi que pour une partie des classes dirigeantes. Ce processus de putréfaction gagna une suspension temporaire au sein des nations impérialistes durant la période néo-Keynésienne dite des “30 glorieuses” permise par la formidable destruction de forces productives en Eurasie durant la seconde guerre mondiale, étendue ensuite à la périphérie par les indépendances factices qui ont maintenu un semblant d’engouement populaire, mais il reprit il y a 50 ans, lorsque le consensus néo-Keynésien laissa place au retour du libéralisme d’avant-guerre, et qui montre aujourd’hui les résultats de la “fin de l’histoire”, qui ressemble de plus en plus à une “fin du monde” : l’enfoncement progressif dans la paupérisation, dans l’exploitation, dans le chômage, dans le foulement de la “démocratie”, et dans les extinctions de masse d’espèces animales et végétales provoquées par la pollution incontrôlée, sacrifices nécessaires sur l’autel de la valeur.
Le symbole de cette putréfaction, c’est le produit caricatural de la “démocratie” bourgeoise en perte de force, le second mandat de Donald J Trump. Celui-ci tire les enseignements de l’échec des méthodes d’endiguement précédentes, mises en place par l’administration de Joseph R Biden, et soutient de façon ininterrompue un mode de gestion de la crise qui ne peut être qualifié autrement que de violence permanente à tous les étages. Nombreux sont ceux qui ont vu les similitudes entre le projet politique de la deuxième administration Donald J. Trump de reconquête effective (non plus seulement néocoloniale) de l’hémisphère ouest (la “Donroe Doctrine”) afin de regagner la vigueur économique pour lutter contre la République Populaire de Chine, et celui de Adolf Hitler de conquête de l’espace vital à l’Est pour retrouver le souffle qui lui permettra de vaincre les autres puissances impérialistes d’alors. Apparaissant une première fois comme tragédie, puis la deuxième fois comme une farce, le projet fasciste actuellement de vigueur ne rompt pas complètement avec le système électoral bourgeois qui lui est consanguin, il s’en nourrit au contraire pour maintenir son hégémonie culturelle et asseoir sa dictature de fer, en finançant des forces policières spéciales fonctionnant effectivement comme des milices fascistes autonomes, recrutées avec une propagande dont l’imagerie évoque directement celle du 3ème Reich, faisant des salut Hitlériens dans des rues bondées, et qui assassinent de sang-froid des innocents en plein jour et en pleine rue. Le maintien de la cohésion en interne se fait par le raidissement général de la société autour des 5 piliers de la société bourgeoise : “L’impôt, c’est la cinquième divinité, à côté de la propriété, de la famille, de l’ordre et de la religion.” (Les luttes de classes en France, Karl Marx, 1850).
Dans ce projet néo-fasciste, né des mêmes contradictions que le premier, mais dans des circonstances différentes expliquant ses caractéristiques spécifiques, l’entièreté des pays du monde sont attaqués. Mais tandis que les États-Unis d’Amérique kidnappent des présidents démocratiquement élus, excitent des “manifestants” petit-bourgeois pro-US et les abreuvent d’armes et d’argent, multiplient les contraintes diplomatiques et économiques, traitent verbalement leurs alliés comme des chiens, exportent leur inflation galopante, provoquent un ouragan politique général et un vacarme médiatique incessant, le fait le plus assourdissant demeure le silence que fait l’éléphant dans la pièce : la première concernée par toutes ces manœuvres, d’abord d’endiguement, puis de sape méthodique, la République Populaire de Chine, qui refuse systématiquement toute confrontation directe, fuit le rôle qu’on veut lui adosser de nouvelle Union Soviétique, et contourne les provocations à mener une deuxième guerre froide.
La suprématie actuelle du centre impérialiste, qui lui permet de recevoir la majorité de la valeur produite dans le Tiers-Monde, ne repose pas sur la propriété directe des entreprises ou des gouvernements. Elle repose au contraire sur des monopoles spécifiques, très précis, qui lui permettent d’imposer le rapport de force nécessaire dans les négociations générales sur le partage de la valeur produite par le prolétariat mondial. Dans ce contexte d’avancée très tardive d’interdépendance et de socialisation objective du système économique mondial, certains secteurs clefs concentrent toutes les contradictions de la chaine globale de valeur et de la hiérarchisation des entreprises dans la division générale du travail de production de valeur. Parmi ces secteurs, le plus “chaud”, en partie parce-qu’il est un des plus centraux, des plus déterminants, et parce-qu’il est un des derniers bastions de l’exceptionnalité du petit cercle impérialiste, est celui des “semi-conducteurs”.
Cet article a pour objectif de faire un état des lieux du conflit en cours, d’en dégager les circonstances primitives, ainsi que les développements récents et décisifs, pour éclairer le chemin que nous sommes en train de prendre et que nous avons encore beaucoup de mal à complètement appréhender.
Labellisé garanti 0% IA.
2. Un semi-conducteur ?
“L’établissement d’une économie domestique communautaire a pour conditions préalables le développement du machinisme, celui de l’utilisation des forces naturelles et de nombreuses autres forces productives – par exemple des conduites d’eau, de l’éclairage au gaz, du chauffage par la vapeur, etc., la suppression de la ville et de la campagne. Sans ces conditions, l’économie en commun ne constituerait pas elle-même à son tour une force productive nouvelle, elle manquerait de toute base matérielle, ne reposerait que sur une base théorique, autrement dit serait une simple lubie et ne mènerait qu’à l’économie monacale.”
Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie Allemande, 1932
La notion de “semi-conducteur” est en fait un mot-valise. Stricto-sensu, il s’agit d’un matériau qui n’est ni isolant, ni conducteur, mais est conducteur sélectivement selon des circonstances spécifiques. En économie (selon les définitions de l’OCDE), les semi-conducteurs regroupent deux types de produits composés de ces matériaux : les Circuits Intégrés (puces), et les “OSD” (optoélectroniques, capteurs, et semi-conducteurs discrets). De façon interchangeable, le terme de “semi-conducteur” en économie est utilisé soit pour parler de ces deux groupes de produits, soit pour parler exclusivement du premier, du fait de son importance économique résultante autant de l’ampleur du marché que du caractère stratégique des technologies nécessaires à leur production.

Je ne crois pas avoir besoin d’expliquer en quoi la production de puces est centrale dans l’économie actuelle, surtout en cette période de fuite en avant dans l’intelligence artificielle et d’envolée des cours de bourse du secteur, qui nécessitent toujours plus de “datacenters”, de courant, et de composants à la pointe de la technologie moderne. Je me contenterai simplement de ce fait : en 2025, l’investissement dans les datacenters aux États-Unis a davantage contribué à la croissance économique que la consommation des ménages. La capitalisation boursière des entreprises participant au secteur de l’IA atteint des sommes inouïes, même pour les marchés États-uniens, faisant craindre à de très nombreux observateurs à la présence d’une bulle spéculative d’une taille record. Témoin de la fébrilité du secteur, NVIDIA, entreprise possédant la capitalisation boursière la plus élevée au monde, est montée jusqu’à plus de 5 000 milliards de dollars USD (oui oui !) avant de perdre en quelques jours 800 milliards de dollars USD (oui oui !!!) pour se stabiliser ensuite à 4,4 mille milliards de dollars USD.

La production des puces n’est pas un secteur stratégique depuis 10, 20, ou même 30 ans. Depuis les années 50, la CIA surveillait ce secteur qui était déjà identifié comme stratégique et qui allait bénéficier jusqu’à aujourd’hui du soutien économique et logistique total du Pentagone, comme une des technologies clé du complexe militaro-industriel. L’un des principaux déclencheurs de cet engouement pour la technologie des semi-conducteurs, du fait de la panique qu’il inspira à la maison blanche, fut le premier vol spatial de Sputnik le 4 octobre 1957, symbole de la supériorité technologique de l’Union Soviétique dans le domaine de la conquête spatiale. Mais sur le domaine des semi-conducteurs, et malgré ses efforts, l’URSS n’a jamais su être un acteur majeur, contrainte d’importer les composants les plus puissants, de copier les moins bons, jusqu’à disparaître totalement des communications internes de la CIA dans les années 80, éclipsée par le Japon. Celui-ci a été un véritable casse-tête dans ces mêmes années, menaçant franchement le monopole États-unien grâce à des pratiques agressives de protectionnisme et d’investissement, jusqu’à devenir le leader mondial de la DRAM (mémoire vive dynamique). La situation était telle que les États-Unis ont craint une inversion du rapport de force entre les deux pays avec le risque d’une dépendance technologique envers le Japon, donnant à ce dernier un moyen de pression diplomatique et économique formidable. Les câbles internes racontent le souci de la CIA pour la compétitivité en berne des entreprises États-uniennes et les recommandations de pression qu’elle conseille aux administrations de l’époque, passant notamment par l’imposition du respect de la propriété intellectuelle et les moyens de pression diplomatique pour ouvrir le marché. Mais ce qui a finalement changé la donne, c’est l’avènement du PC et des microprocesseurs, que le Japon a totalement négligé, trop confiant dans son succès, et sur lequel Intel a parié. La suite de l’histoire, c’est la crise économique Japonaise, l’effondrement prolongé des cours de bourse rendant impossible le surinvestissement étatique précédent, et le retour en force de la supériorité États-unienne sur le marché mondial des semi-conducteurs.

L’évolution de la performance des puces a suivi une régularité singulière. En 1965, le docteur en physique et en chimie Gordon E Moore établit une loi empirique, qui sera révisée en 1975, et qui sera ensuite suivie avec beaucoup de précision par l’Histoire : la première loi de Moore, énonçant que le nombre de transistor d’un semi-conducteur doublerait tous les 2 ans. Aujourd’hui, la finesse de la coupe atteint les 2nm, avec comme horizon le 1nm, taille indépassable car elle revient à couper à l’atome près.

Les composants de ces semi-conducteurs sont loin d’être des matières rares et chères. 3 matériaux sont principalement utilisés : le germanium, le silicium, et le carbure de silicium. Le plus utilisé, le silicium, est le deuxième élément le plus abondant de la croûte terrestre après l’oxygène, et son exploitation est largement répandue, la Chine est responsable de 70% des exportations de silicium. Mais pour des applications de haute technologie, le silicium doit être très pur, seuls certains dépôts de quartz sont de qualité suffisamment haute pour les usages de pointe, et la plupart se trouvent en Allemagne.
Là où la véritable complexité se terre, c’est dans l’architecture de la puce. Car la puissance de la puce dépend avant tout du nombre de transistors qui la composent, et conformément à la première loi de Moore, celle s’est considérablement décuplée ces dernières décennies. Aujourd’hui, les puces IA destinées à l’industrie peuvent atteindre plusieurs milliers de milliards de transistors. Cette architecture nanoscopique nécessite des équipements de pointe, car de simples particules atmosphériques microscopiques peuvent rendre une puce totalement inutilisable. Les processus les plus performants impliquent une lithographie par Ultra-Violets Extrêmes (UVE), c’est à dire la taille de très fines couches successives de silicium par des rayonnements lumineux dont la longueur d’onde est si fine (120-10nm) qu’ils frisent les rayons X. Cette technologie est le monopole d’ASML (Advanced Semiconductor Material Lithography), une entreprise Néerlandaise qui a mis près de 17 ans à produire sa première puce à partir de son premier prototype. Les machines de lithographie, coûtant en moyenne 250 millions d’euros, sont des merveilles de technologies, reposant sur la pulvérisation 50 000 fois par seconde contrôlée par caméra de micro-gouttes d’étain par des lasers amplifiés, dont la transformation en plasma génère les rayons qui nécessitent le strict vide environnemental pour ne pas être absorbées par les particules atmosphériques, réfléchis ensuite par des suites de miroirs, taillés à l’atome près, composés de dizaines de couches nanométriques de silicium et de molybdène.

Avant de traiter d’un état des lieux de la place de l’industrie des semi-conducteurs dans la captation globale de valeur mondiale, nous devons faire un détour historique pour parler d’un territoire qui concentre toutes les contradictions.
3. Taïwan
“C’est parce que l’aspect argent de la valeur est sa forme indépendante et tangible que la forme de circulation A … A’, dont le point de départ et le point final sont de l’argent réel, exprime de la façon la plus tangible l’idée « faire de l’argent », principe moteur de la production capitaliste. Le procès de production apparaît seulement comme un intermédiaire inévitable, un mal nécessaire pour faire de l’argent. C’est pourquoi toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production.”
Karl Marx, “Le Capital, Livre II”, 1885
Lorsque des doutes ont commencé à émerger quant à la nocivité des cigarettes, les vendeurs de cigarettes ont diffusé dans les médias l’idée que “c’était plus compliqué que ça”, “qu’il y avait encore du doute”, que la question n’était pas tranchée”, alors que pour la plupart des chercheurs, les preuves devenaient accablantes. Lorsque le réchauffement climatique devenait indéniable, les vendeurs de pétrole ont recouru à la même méthode, et c’est ainsi que nous avons vu fleurir des débats engageant, d’un côté, quelqu’un qui était accoutumé des travaux scientifiques, et de l’autre, un climatosceptique accoutumé aux éléments de langage. De tels débats télévisés n’ont qu’un seul but et qu’un seul effet : semer le doute là où la raison n’a que des certitudes.
Contrairement à ce qu’en disent en chœur les journaux, la question de Taïwan n’est pas une question complexe, et les faits sont têtus.

Taïwan est une île d’à peu près 35 millions de km², à peu près l’équivalent de la Belgique, à 139km de la Chine. A part diverses micro-îles sous contrôle du Japon, son autre voisin le proche est les Philippines à approximativement 400km. Les éléments archéologiques montrent que ses premiers habitants viennent (logiquement) de Chine continentale. Pendant plusieurs millénaires, comme la plupart des systèmes esclavagistes et féodaux (la Chine n’avait pas stricto sensu un mode de production féodal mais le mode de production “asiatique” est ce qui s’en rapproche le plus), la Chine n’était pas une nation, mais une civilisation, tenue par des liens politiques et économiques fluctuants et sujets à de nombreuses recompositions, et dont la question de l’unification a longtemps été une préoccupation pour le peuple Chinois. C’est sur cet argument que se fondent de nombreuses réfutations malhonnêtes de l’inclusion de Taïwan en Chine, arguant qu’elle n’apparaît qu’avec l’officialisation de la Chine comme nation en 1912 sous l’appellation de “République de Chine”. Ce point de vue consiste à appliquer les critères d’aujourd’hui aux situations d’hier, à nier l’existence d’un cadre national pour la simple raison qu’elle ne remplit pas les critères d’un cadre national contemporain. Bien qu’il soit bien entendu que la “nation” soit un phénomène dont la définition économico-politico-culturelle naît avec l’émergence du capitalisme et la nécessité de délimitation légale d’un marché intérieur, selon ces critères, la France n’existe que depuis 1789 et il est de ce fait tout à fait douteux que la Bourgogne en fasse partie.
Après l’invasion japonaise au cours de la deuxième guerre mondiale (plus proprement appelée en Chine la “guerre mondiale antifasciste”), les deux forces ayant combattu plus ou moins côte à côte l’envahisseur japonais, le Parti Communiste Chinois (PCC) dirigé par Mao Zedong, et le Kuomintang (KMT) dirigé par Tchang Kai-Chek (parti alors également fasciste mais dont la composition de classe, étant issu d’une alliance entre une bourgeoisie non monopoliste et des reliquats de classes pré-capitalistes, la prédisposaient à refuser le capital monopoliste japonais), règlent leurs comptes au cours de la guerre civile Chinoise, qui avait démarré en 1927, avait observé une trêve anti-japonaise, puis reprit de plus belle en 1946 pour se terminer en 1949 par la victoire du PCC et le retrait du KMT sur l’île de Taïwan, qui va y imposer la terreur blanche et près de 40 ans de dictature.

Depuis lors, la notion de “deux chines” n’a jamais été d’actualité pour aucune des deux parties du conflit. Non seulement le PCC a toujours déclaré que la République Populaire de Chine s’étendait sur tout le territoire national (incluant Taïwan, qui représente donc 0,36% de son territoire), mais le KMT également a toujours déclaré que la République de Chine s’étendait sur tout le territoire national (incluant la chine continentale, qui représenterait donc 99,64% de son territoire). Tous les deux reconnaissent que “la Chine” est composée à la fois de Taïwan et de la Chine continentale. Ainsi, le fait d’entretenir des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine (RPC) ou avec la République de Chine (que nous abrégerons ici RC) revient à reconnaître l’un ou l’autre comme le gouvernement légitime de toute la Chine.
Taïwan est-il un État ? C’est un État de fait, puisque le gouvernement détient de fait la souveraineté légale et économique sur le territoire de Taïwan. Cependant, Taïwan ne constitue nullement une nation, mais bien une province de la Chine. Seuls douze États entretiennent des relations diplomatiques officielles avec Taïwan, et la reconnaissent donc de fait comme la seule Chine, en grande majorité des micro-États (à titre de comparaison, 34 pays reconnaissent à ce jour la République Arabe Sahraouie Démocratique). Il s’agit de : le Belize, l’Eswatini, le Guatemala, Haïti, les Îles Marshall, les Palaos, le Paraguay, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Lucie, Saint-Vincent-les-Grenadines, Les Tuvalu, et le Vatican qui n’est par ailleurs pas membre de l’ONU (mais Taïwan non plus). Vous noterez la stricte absence de cette liste de, au hasard : les États-Unis d’Amérique, la France, le Royaume-Uni, le Japon, l’Allemagne, le Canada, la République de Corée, et Israël, qui entretiennent cependant tous des relations officielles avec la RPC. En fait, depuis le début de la politique “One China” en 1979, les États-Unis ont officiellement reconnu la RPC comme le gouvernement légitime de toute la Chine et fermé les relations officielles (mais non pas officieuses, ce qui n’est pas un mal en soi) avec la République de Chine. Je me permets de citer le président des États-Unis d’Amérique de l’époque, M Jimmy Carter : “En reconnaissant la République Populaire de Chine comme le seul gouvernement de Chine, nous reconnaissons la simple réalité”.
Mais si Taïwan est un élément important de la Chine, elle est aussi un élément très important pour une puissance étrangère : les États-Unis d’Amérique. Pour le gouvernement États-Unien, le repli du KMT sur Taïwan a représenté une aubaine : cette bourgeoisie déchue, fragile, réfugiée, allait avoir besoin d’alliés, et avait trouvé logis sur un bout de terre dont l’emplacement géographique était idéal pour menacer militairement la RPC. Bien que les États-Unis n’y aient pas posé de base militaire américaine stricto sensu, ils ont massivement financé le gouvernement de la RC pour qu’elle y construise ses propres bases, dans lesquelles les États-Unis ont bien sûr droit de séjour, d’autant qu’ils financent massivement tous les efforts de militarisation de l’île (cadeaux qui, comme souvent, reviennent à la maison, puisque les armes achetées sont “made in USA”). Ils sont même allés jusqu’à placer des armes nucléaires sur l’île, qu’ils ont retiré dans les années 70. Encore aujourd’hui, près de 500 troupes États-Uniennes stationnent à Taïwan.
Avec le temps, le KMT s’est progressivement mis à adoucir sa ligne anti-RPC, à préférer le statu quo, voire à envisager une réunification pacifique. Les États-Unis, qui avaient dès le début des réserves vis-à-vis de Tchang Kaï-Chek (que la CIA a par ailleurs essayé d’assassiner) qui n’était pas assez « compliant » à leur goût, se sont mis à financer une autre ligne dans les médias locaux, et à soutenir un autre parti, le “Parti Démocrate Progressiste”, pour porter la voix de l’indépendance de Taïwan. Ce parti a été au pouvoir de 2000 à 2008, puis est au pouvoir depuis 2016 jusqu’à ce jour. La vie politique de Taïwan est aujourd’hui déchirée entre la “coalition pan-bleue », menée autour du KMT sur une ligne plutôt réunificatrice en faveur du statu quo, et la “coalition pan-verte », menée autour du PDP sur une ligne indépendantiste.

Si Taïwan est un État de fait, possède sa propre économie, mais reste légalement et de façon internationalement reconnue une province de la RPC et non pas une nation indépendante, il n’empêche que de l’eau a coulé sous les ponts depuis la guerre civile et la répression des natifs par la clique du Kuomintang fraîchement débarquée du continent. Les efforts des médias et de l’institution scolaire depuis quelques décennies pour insuffler une identité Taïwanaise, pour regarder avec méfiance la Chine, pour ne pas se sentir “Chinois”, ont payé, et les jeunes aujourd’hui ne voient pas l’intérêt de “retourner au continent” comme les vieux pouvaient l’imaginer. Nous pouvons discuter longtemps de la légitimité ou non de cette évolution, mais elle constitue un fait culturel qu’une réunification ne peut se permettre d’ignorer et de respecter, sous peine de faire payer aux jeunes générations le prix des manigances des vieilles générations et des puissances étrangères.
Pourquoi passer autant de temps à parler de Taïwan ? Parce-que, comprenant l’importance du secteur pour les États-Unis, et voyant que les coûts de production de nouvelles usines devenaient exponentiels à mesure que les avancées technologiques s’enchaînaient, le gouvernement de la RC a décidé de proposer aux États-Unis d’implanter des usines de Texas Instruments, afin de diminuer les coûts de production. Cette stratégie s’est intitulée le “bouclier de silicium” de Taïwan, et a démarré avec la première implantation d’une usine de Texas Instruments en 1969, et s’est poursuivie jusqu’à la mise en place, coordonnée entre l’État Taïwanais et le secteur financier Taïwanais, ainsi que des fonds États-uniens, de ce qui allait devenir un fleuron de l’industrie Taïwanaise, l’entreprise TSMC (Taïwan Semiconductor Manufacturing Company), qui allait produire la majorité des puces que les entreprises États-uniennes allaient concevoir, et dont elles allaient revendre le produit final. Accompagnant la transition vers la “mondialisation”, TSMC est devenue incontournable, et le bouclier de silicium est devenu une armure, puisque la production de semi-conducteurs représente aujourd’hui 20% du PIB Taïwanais, l’État allant jusqu’à organiser des coupures d’eau dans les communes et limiter l’irrigation des champs de riz pour maintenir les entrées d’eau nécessaires à TSMC.
4. Géostratégie du secteur
“Étant donné que le profit peut être inférieur à la survaleur, et donc que le capital peut s’échanger avec profit, sans se valoriser au sens strict, il s’ensuit que, non seulement des capitalistes individuels, mais aussi des nations, peuvent procéder entre eux continuellement à des échanges, et répéter continuellement l’échange sur une échelle toujours croissante sans avoir besoin pour autant d’en retirer un gain uniforme. L’une peut continuellement s’approprier une partie du surtravail de l’autre, pour laquelle elle ne donne rien en échange, simplement, la mesure de cette appropriation n’est pas la même que dans l’échange entre capitaliste et ouvrier.”
Karl Marx “Introduction générale à la critique de l’économie politique”, 1859
Replaçons tout d’abord l’église au milieu du village. L’économie, depuis plusieurs siècles déjà, est mondialisée. Le capitalisme a créé progressivement mais résolument le marché mondial par la force des canons à une date qui, pour être précisée, nécessiterait des recherches importantes qui dépassent le sujet de cet article, mais qui est bien antérieure aux travaux de Marx, qui a pu l’étudier sans peine. Avec la fin de la conquête des marchés extérieurs précapitalistes par les puissances capitalistes, ce marché mondial a changé de mode de fonctionnement. Bien que toujours capitalistes, les flux économiques ne se résumaient plus seulement à des flux de marchandises qui motivaient des conquêtes de marchés, mais à des flux de capitaux qui se faisaient le moyen de conquêtes de forces productives. C’est ce système que nous appelons l’impérialisme.
Cette exportation de capitaux ne permet l’augmentation du taux de plus-value que parce qu’elle est soutenue par d’autres mécanismes qui permettent au capitaliste d’augmenter la plus-value relative (sinon elle n’est qu’un fastidieux déménagement). L’augmentation des taux d’exploitation que l’on observe dans les colonies jusqu’à la moitié du 20ème siècle par rapport aux taux qu’on observe dans les nations impérialistes est rendu possible par le poids écrasant du capital monopoliste des nations impérialistes contre les masses inorganisées des colonies, leurs faibles moyens matériels de résistance et la faiblesse de l’organisation étatique, incapable de faire contre-pouvoir.
Avec l’organisation progressive des résistances nationales au milieu du 20ème siècle, et constituant une alternative moins coûteuse que l’occupation directe, le pas du néo-colonialisme a dû être franchi pour temporiser la révolte. Les indépendances politiques se faisaient au prix du maintien de la dépendance économique, qui rendaient par conséquent la première caduque. Néanmoins, le capital local, non monopoliste, pouvait exister, peut-être pas fleurir, mais en tous cas bourgeonner, amorcer un début d’essor, jusqu’à devenir, dans de nombreux pays, la majorité du tissu économique national, où les firmes étrangères n’ont que peu de propriété légale, sinon des propriétés d’actions qui ne résument pas toute l’affaire.
Aujourd’hui, la plus grande partie du tissu productif du “Tiers-Monde” est exploitée par les bourgeoisies locales. Cependant, force est de constater la dépendance réelle de ces bourgeoisies envers celles des nations impérialistes, qui semblent toujours se tailler la plus grande part du gâteau. Ce phénomène, c’est celui dit de “l’échange inégal”, c’est à dire du transfert de valeur entre capitalistes, déjà décrit par Marx et issu de la compétition entre capitalistes.
Mais, comme toujours dans l’histoire du capitalisme, la compétition n’est pas un jeu fair-play. Ce qui permet la victoire systématique du capital monopoliste des nations impérialistes contre le capital non-monopoliste des nations du “Tiers-Monde », c’est que l’un possède les arguments qui contraignent l’autre à accepter les prix de vente, autant que les prix d’achat, qu’il souhaite lui imposer. Ainsi le monde se trouve séparé entre un petit nombre de nations captatrices de valeur, un très grand nombre de nations émettrices de valeur, et une quantité infime de nations qui se situent entre ces deux blocs. Ainsi se constitue le rapport entre le “centre impérialiste” et la “périphérie”.

Bien que l’échange inégal devienne aujourd’hui irréfutable, tant il devient étayé jusqu’à devenir mesurable (on estime que 265 000 milliards de dollars USD équivalent 2010 ont été pillés de la périphérie vers le centre de 1990 à 2015 dans le monde), les mécanismes qui produisent ce transfert sont encore largement débattus. Nous ne tenterons pas ici de clarifier le débat sur ces mécanismes, formidablement complexe, entre des économistes très talentueux (bien que pour beaucoup révisionnistes, à commencer par le premier ayant décrit l’échange inégal, Emmanuel Arghiri, dans un livre massif de 500 pages, mais allons-nous exiger un deuxième Marx avant de commencer à travailler ?). Cependant, nous nous appuierons quand même sur certains mécanismes décrits, puisque sans cela, il est impossible d’analyser des évolutions dans le rapport de force.
Sans constituer une rupture dans le mode de production capitaliste et dans l’organisation générale de l’impérialisme, la mondialisation a cependant modifié divers aspects du fonctionnement économique général, notamment dans l’organisation interne des entreprises multinationales et dans l’internalisation du procès de production. Cette modification consiste essentiellement dans la focalisation, pour les entreprises multinationales implantées dans le centre impérialiste, sur les taches de conception et d’organisation générale de la production mondiale, tandis que la grande majorité de la production se trouve reléguée aux capitalistes sous-traitants de la périphérie, qui sauront plus facilement comprimer les coûts de production et abaisser les salaires bien en dessous de la valeur de la force de travail qui produit le capital variable, à l’exception des secteurs technologiques les plus sensibles, dont le monopole de la production doit rester “à domicile”. Les divers objets de consommation courante pour les masses du centre impérialiste (vêtements, ordinateurs, meubles…) verront leurs prix baisser, et ce faisant, les populations du centre verront la valeur de leur force de travail diminuer de fait, puisque ses composants diminuent de valeur, augmentant la plus-value relative que le capitaliste peut obtenir en vendant des avions, des logiciels, des machines-outils.
Il n’est pas lieu d’y insister, mais d’autres mécanismes, comme le maintien d’un taux d’inflation constant avec stagnation des salaires, permettent d’éroder la valeur de la force de travail, en érodant la valeur de l’argent, puisque, sur le marché, le travailleur se présente soit en possesseur de force de travail contre un salaire, soit en possesseur d’argent contre des marchandises. L’érosion de la valeur de l’argent par rapport à celle des marchandises en présence d’un taux d’échange constant de la force de travail permet de dévaluer la force de travail, ou en tous cas de dévaluer sa rémunération, sans porter un seul coup. Revenons au sujet qui nous intéresse.
La mondialisation a fait à l’industrie des semi-conducteurs ce qu’elle a fait à la plupart des autres secteurs. De 100% de production nationale de semi-conducteurs aux États-Unis dans les années 60, elle est passée à 37% dans les années 90, et atteint 8% aujourd’hui. Le modèle initial du secteur était celui des “IDM” (Integrated Device Manufacturers), qui contrôlaient le procès de production localement du début jusqu’à la fin, comme Intel par exemple. Aujourd’hui, le standard du secteur est plutôt une division du travail entre les fonderies, ceux qui fabriquent, et les “fabless”, ceux qui ne fabriquent pas, mais conçoivent le produit, ordonnent les sous-traitants, et revendent le produit fini. Les plus grands exemples de ce modèle sont NVIDIA, pour les “fabless”, et TSMC, pour les fonderies. A d’autres entreprises de la périphérie sont reléguées les taches plus ingrates, moins rémunératrices, comme la production de produits finis (ordinateurs, téléphones…) à partir de ces composants technologiques de pointe, et bien entendu, elles ont longtemps été l’apanage des entreprises Chinoises.

Le maintien du contrôle des “fabless” sur les fonderies, et encore plus sur les manufacturiers finaux, nécessite bien entendu le maintien d’une supériorité technologique constante. Si les fonderies deviennent capable de concevoir des produits de meilleure qualité que ceux qui leur font commande, c’est à dire si elles deviennent de meilleurs “fabless” que les “fabless”, alors leurs produits s’écouleront avec un plus grand rendement, leur permettant de remporter le marché, et alors les fabricants pourront imposer aux “fabless” les tarifs qui leur plairont, ne voyant pas pourquoi ils devraient produire pour d’autres des produits de moindre qualité alors qu’il est bien plus lucratif de produire ses propres puces de qualité supérieure et dont la demande est plus importante. Pour les entreprises qui produisent les marchandises finales, ne savoir ni conceptualiser une puce, ni la fabriquer localement, constitue une dépendance économique directe, qui les contraint à accepter les tarifs des entreprises étrangères, sous peine de voir toute leur chaîne de production finir à l’arrêt par manque de capital circulant pendant que les salaires continuent d’être exigés.
Cette supériorité technologique nécessite deux composantes fondamentales : tout d’abord, un niveau de financement élevé de la recherche et développement (R&D). C’est ainsi que les pays impérialistes, qui attirent la valeur produite dans le reste du monde, partent avec un gros avantage puisque leurs possibilités d’investissement dans la R&D sont plus volumineuses. La deuxième composante fondamentale, c’est la production d’une couche de population suffisamment éduquée aux technologies les plus avancées pour pouvoir entreprendre d’utiliser les moyens alloués pour développer de nouveau les connaissances. Il s’agit par conséquent de maximiser autant les moyens de production de connaissance que la force de travail capable de les mettre en application. Et là encore, les pays impérialistes ont un tour d’avance, puisque non seulement ils possèdent déjà la technologie la plus avancée, mais leur richesse leur permet a priori de financer un système éducatif qui permet de produire un ensemble de chercheurs plus nombreux et qualifiés que le reste du monde.
Ainsi, si ce système n’est pas rigide, totalement imperméable aux changements d’équilibre, il tend spontanément vers la stabilité, voire vers le creusement des inégalités, puisque ceux qui présentent un avantage initial ont tendance à prendre toujours plus d’avance et creuser l’écart qui les sépare des nations périphériques.
Du fait du degré de complexité du procès général de production, la production des semi-conducteurs de haute qualité illustre à merveille le niveau d’interdépendance qu’atteignent les nations dans la production de marchandises. Chaque nation se situe à des maillons clefs de la chaîne de production mondiale, et peut constituer un nœud d’étranglement en cas de dysfonctionnement.

Nous allons tenter de résumer la chaîne de production des semi-conducteurs les plus avancés, en gardant bien en tête que de nombreux acteurs participent à la production générale à côté des “géants”, que ce soit accessoirement pour les puces les plus avancées ou principalement pour les puces les moins avancées.
- Dans la recherche et développement, nous l’avons dit, ce sont les entreprises États-uniennes qui sont principalement à la manœuvre pour les semi-conducteurs de haute qualité, principalement NVIDIA et AMD. Cette supériorité, supportée par 580 milliards de dollars USD en 2018, est soutenue notamment par de larges subventions étatiques (si 15% du budget alloué directement à la R&D sur les semi-conducteurs provient des gouvernements fédéraux et des universités/ONG, lorsqu’on compte la recherche fondamentale et appliquée, le taux d’investissement de ces deux entités compte pour 30% de l’investissement total) mais aussi en ces temps de spéculation sur l’IA par de formidables investissements privés sous forme d’achat d’actions. Aujourd’hui, NVIDIA est l’entreprise qui possède la capitalisation boursière la plus élevée au monde, culminant à 4,463 mille milliards de dollars USD.
- La production des matières premières rares est assurée essentiellement par les nations du centre impérialiste, que ce soit l’Allemagne et les États-Unis pour le silicium de haute qualité, ou le Japon pour les gaz spéciaux (ex : silanes, ammoniacs, trifluorure d’azote, fluorure d’hydrogène, etc) et autres produits chimiques de très haute pureté. La RPC est leader dans l’export de germanium et de carbure de silicium, moins prisés mais néanmoins stratégiques.
- Pour ce qui est des “wafers” (tranches) de semi-conducteur, matière première nécessaire pour la production des puces, le Japon est de loin le premier exportateur.
- Les équipements industriels (machines-outils) sont produits en écrasante majorité par les Pays-Bas, le Japon et les États-Unis, avec l’iconique ASML Néerlandais comme monopole des appareils de lithographie avancée utilisant les Ultra-Violet Extrêmes (UVE), indispensables à la production des puces les plus performantes.
- La production des semi-conducteurs de plus haut niveau est quasiment exclusivement assurée par des fonderies situées à Taïwan, pour ce qui est des circuits logiques (processeurs) avec TSMC comme entreprise principale, et en Sud-Corée avec Samsung pour ce qui est notamment des circuits mémoire.
- Les semi-conducteurs finis sont envoyés aux “OSAT” (Outsourced Semiconductor Assembly and Testing), se chargeant du contrôle de qualité, afin de classer les puces les “mieux réussies”, qui feront donc partie des lots les plus puissants et les plus prisés, et les “moins réussies”, qui seront vendues à prix moindre, ainsi que de l’assemblage de ces puces. La majorité des OSAT qui traitent les semi-conducteurs avancés produits à Taïwan sont situés directement sur place (ASE et SPIL par exemple), mais aussi exportés vers la Sud-Corée (Amkor par exemple) et Singapour (AEM et UMS par exemple).
- Au bout de la chaîne de valeur, ces produits finis sont exportés vers la RPC, qui se charge de les intégrer dans diverses marchandises, ordinateurs, outils électroménagers, véhicules, avant d’être réexportés vers l’Europe, les États-Unis, et le Japon en majorité. La plupart des processeurs Taïwanais les plus performants, en revanche, ne sont pas exportés vers la Chine, ils sont envoyés à Singapour et en Sud-Corée.



Ce tableau d’ensemble se concentre sur les semi-conducteurs les plus performants, ceux qui sont notamment prisés pour les applications industrielles, la R&D, et les infrastructures de l’économie de l’IA. Mais le secteur comprend beaucoup d’autres acteurs chargés de produire des semi-conducteurs de qualité bien inférieure, dont le niveau de définition ne se compte pas en 3, en 5, ou en 7 nanomètres, mais en dizaines de nanomètres. Ainsi, la RPC est un producteur majeur de semi-conducteurs, principalement destinés à son énorme marché intérieur, via notamment la fonderie SMIC, mais aussi via JCET pour ce qui est des services OSAT. D’autres pays comme le Vietnam, la Thaïlande, ou la Malaisie, produisent aussi des semi-conducteurs pour les biens de consommation courants qui ne nécessitent pas de puissance particulière, et sont le premier fournisseur des États-Unis pour ces produits.

5. Développements
“La révolution veut dire mener la lutte de classe, mais pas seulement. Le développement des forces productives est également une forme de révolution, une très importante. C’est la plus fondamentale des révolutions du point de vue du matérialisme historique. […] Toute révolution est faite pour libérer les obstacles au développement des forces productives. Puisque le socialisme est supérieur au capitalisme, les pays socialistes doivent pouvoir développer leurs économies plus rapidement que les pays capitalistes, améliorant graduellement le niveau de vie des populations, et développant leur puissance.”
Deng Xiaoping, “Pour construire le socialisme, nous devons développer les forces productives”, 1980
Si le procès de production mondial des semi-conducteurs avancés est aussi verrouillé entre des acteurs qui prennent une place précise dans la chaîne globale de valeur, et que tout ce système aurait pu perdurer longtemps (au prix de quelques changements de “places” du fait de l’évolution des rapports de force), c’était sans compter sur la bombe économique qu’a constitué la RPC. Le mélange fragile et tâtonnant de planification et de marché, de capital et de collectivisé, ainsi que d’ouverture aux investissements étrangers sans ouverture du marché interne, a permis à la RPC de progressivement grimper dans la chaîne globale de valeur, à un rythme inégalé dans l’histoire (à l’exception probablement du formidable développement des forces productives impulsé par le gouvernement de Staline en URSS dans les années 30), sans subir les multiples plafonds de verre auxquels ont pu faire face toutes les nations capitalistes et socialistes du tiers-monde, que ce soit la dépendance à l’exportation de matières premières, à la petite production agricole, la fuite des cerveaux, le “piège du revenu intermédiaire”, le développement d’industries sans industrialisation, l’isolement économique et politique, ou encore la thérapie de choc, qu’elle soit d’origine interne comme en Russie soviétique ou d’origine externe comme la crise économique asiatique de 1997 pilotée par les capitaux États-Uniens.
Dans cette quête de libération nationale des chaînes de l’impérialisme, et espérant emporter le reste de la périphérie avec elle, la question de la conquête technologique a été depuis le début une question centrale, pour les raisons déjà évoquées d’importance de ce sujet dans le maintien de la compétitivité des monopoles du centre impérialiste sur les capitaux périphériques. Et ce souci a fini par porter ses fruits. En 2023, sur 44 technologies identifiées comme “clef” par l’ASPI (Australian Strategic Policy Institute), la RPC était leader mondial dans 37. Les 7 autres technologies, dominées par les États-Uniens, sont les vaccins, les systèmes de lancer spatiaux, les petits satellites, l’informatique quantique, le traitement automatique des langues, l’informatique de haute performance, et… la fabrication et la conception de circuits intégrés avancés.
En effet, comme on l’a vu, la RPC s’est longtemps vue reléguée au rôle d’emballeur de puces toutes faites, et c’est toujours aujourd’hui sa place principale dans la chaîne de production pour ce qui est des semi-conducteurs avancés, ceux qui sont aujourd’hui produits massivement par TSMC à Taïwan avec une définition de 3nm, et ceux qui arrivent cette année en production de masse à 2nm. Malgré qu’elle ne maîtrise pas cette technologie, la RPC est néanmoins une très grande productrice de semi-conducteurs, d’une finesse allant aux dizaines de nanomètres, que ce soit pour son énorme marché intérieur, ou pour l’exportation. Mais, cette technologie constituant un maillon central de l’économie mondiale, la RPC n’ayant par ailleurs pas démordu de son ambition “Made in China 2025”, et les États-Unis n’ayant pas démordu de leur “Pivot to Asia”, une véritable guerre politique et commerciale devait nécessairement émerger comme point culminant de la compétition entre les deux nations.
Il faut dire que la tâche n’est pas simple. La quantité de connaissances et d’investissements nécessaires pour produire des semi-conducteurs avancés est formidablement élevée et n’a jamais pu être entreprise par une nation capitaliste seule, États-Unis compris. La technologie d’Ultra-Violets Extrêmes est issue de près de 20 ans de recherches et de la collaboration entre Intel, ASML, Samsung et TSMC. Aujourd’hui, construire une usine de semi-conducteurs met entre 3 et 5 ans, et le processus de changement de fournisseurs pour une “fabless” peut mettre plusieurs années le temps de s’assurer que tous les composants seront bien compatibles dans la chaîne de production. La première loi de Moore, plutôt sympathique, prédisait que tous les deux ans, la puissance des semi-conducteurs doublerait, mais la deuxième loi, moins accommodante, nous dit que le coût des équipements double tous les 4 ans. Certaines machines de pointe peuvent coûter plusieurs centaines de millions de dollars USD, et une usine de semi-conducteurs coûte fréquemment 3 à 4 milliards de dollars USD à construire, voire 10 à 20 milliards pour les plus avancées.

Tentant d’étouffer le secteur, de détruire les efforts de rétro-ingénierie, et d’installer la dépendance aux exportations par suite du camouflet qu’a représenté l’essor de la 5G Chinoise entre 2015 et 2018, les États-Unis ont déclenché la première mesure commerciale ayant pour objectif direct d’attaquer au cœur les efforts Chinois dans le domaine des puces : un embargo sur les produits de Huawei et ZTE via le NDAA 2019 (National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2019). L’objectif : asphyxier Huawei, le fleuron Chinois.
A cet époque, Huawei était déjà étudiée en long, en large et en travers par les États-Unis. En fait, dès 2009, les services secrets États-uniens avaient flairé le problème et engagé, sous le nom “opération Shotgiant”, des efforts massifs d’espionnage de l’entreprise, jugée dangereuse pour le monopole impérialiste sur les télécommunications. C’est en 2014 que cette affaire sera révélée par Edward Snowden.
En 2015, étudiant les raisons du succès de la firme, la Harvard Business Review publiait “Huawei: A Case Study of When Profit Sharing Works”. Cherchant à comprendre le succès de l’entreprise en termes de productivité, de croissance, et d’innovation, les auteurs avaient disséqué le mode d’organisation de l’entreprise et découvert précisément ce qui manque aux entreprises capitalistes : la touche de socialisme. Huawei a réussi à transformer le système d’actionnariat pour que celui-ci ne serve plus à rémunérer les investisseurs extérieurs, mais les travailleurs, selon le principe socialiste “de chacun selon ses moyens, à chacun selon son travail”, non pas selon le travail abstrait mesuré en temps de travail, mais selon le travail concret mesuré en résultat. Au total, la somme des salaires, dividendes et bonus reçus par les employés représentait 2,8 fois le profit net annuel de l’entreprise, transformant une multinationale en coopérative de fait (pour les Chinois, car les employés hors de RPC ne bénéficient pas de ce système). Le succès de Huawei et sa domination du secteur de la 5G a été la goutte de trop pour Washington qui a décidé de déclarer la firme indésirable sur sol États-unien, espérant que la chute de revenus brise l’élan de l’entreprise et lui donne une longueur de retard. Du jour au lendemain, tous les smartphones Huawei étaient retirés des étals des supermarchés, des distributeurs, des revendeurs de seconde main. Le coup est dur pour l’entreprise qui devenait déjà très prometteuse en tant que “fabless” Chinoise, et dont le marché États-unien restait, comme pour la plupart des entreprises Chinoises, une source de revenus centrale, mais la croissance sera tout de même au rendez-vous les années suivantes.

Suite à la signature du NDAA 2019 en août 2018, d’autres mesures suivront, comme l’interdiction en octobre des exportations vers Jinhua Fujian, entreprise d’État constructrice de DRAM et partie intégrante du programme Made in China 2025. Durant les deux années suivantes, Washington maintiendra des efforts de pression intenses sur ASML pour l’empêcher de revendre ses machines de lithographie à la RPC. Des salves de restrictions d’exportations vers les entreprises chinoises, mises sur liste noire, vont ensuite suivre. Huawei sera la première visée, puis suivront SMIC, et des dizaines d’autres. En 2022, ces mesures seront encore renforcées. Peu après que NVIDIA et AMD ait dénoncé les pressions du gouvernement pour les empêcher d’exporter vers la RPC des produits utilisés dans l’industrie de l’IA, l’administration Biden met en place le “United States New Export Controls on Advanced Computing and Semiconductors to China” une série de mesures qui bloquent notamment l’exportation vers la RPC de certains semi-conducteurs, fabriqués où que ce soit dans le monde, produits avec du matériel américain, et interdisent directement les citoyens États-uniens de soutenir le développement ou la production des semi-conducteurs dans certains sites Chinois, de quelque manière que ce soit.
Le cas le plus emblématique de cette hargne anti-Chinoise est l’expropriation de Nexperia par le gouvernement Néerlandais suite aux pressions de l’administration Trump. Basé aux Pays-Bas, Nexperia est un producteur de semi-conducteurs basiques destinés à l’industrie automobile, et est une filiale de Wingtech, un producteur de semi-conducteur de propriété étatique Chinoise partielle sur liste noire États-unienne, le 30 septembre 2025. Prétextant des irrégularités administratives et des risques de sécurité, le gouvernement saisit la société, bloque les transferts d’actifs, suspend le PDG Zhang Xuezheng et contraint les changements de personnel.

Non seulement il est emblématique du zèle des impérialistes à traquer le moindre morceau de RPC où qu’il soit, qu’importe qu’il soit un composant stratégique ou non, mais il est un symbole également de l’inefficacité de ces méthodes. Car suite à cette décision, qui n’eut que peu d’importance pour le développement général de la RPC, bien que beaucoup pour Wingtech qui perdait sa filiale, la RPC engagea des restrictions d’exportation de composants Chinois pour semi-conducteurs dans l’industrie automobile. L’annonce fut une onde de choc pour l’industrie. Volkswagen annonce n’avoir qu’une semaine de stocks de puces. L’ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobile) relaie les inquiétudes du secteur et met en garde contre des “arrêts imminents des chaînes d’assemblage”. En novembre, la Haye plie, et suspend l’expropriation de Nexperia, les chaînes de production reprennent, et l’ordre impérialiste démontre qu’il est devenu bien plus dépendant de la RPC qu’elle ne l’est de lui.
6. Issue
“L’extension de la compétition monopoliste dans la sphère de la reproduction [sociale] signifie que cette sphère est également entraînée dans les mêmes patterns que la hiérarchie technique et la polarisation qui se produit dans la sphère de la production elle-même. Par conséquent, si nous considérons les sociétés du Tiers-Monde qui escaladent la “chaîne de valeur”, à une position équivalente à celle de l’impérialisme, et non pas seulement échangent leurs positions avec d’autres sociétés pauvres, la reproduction de leur force de travail doit faire bien plus que des améliorations incrémentielles. Elle doit briser la domination impérialiste sur la production mondiale des intelligentsias techno-scientifiques et social-scientifiques, sur le savoir scientifique, et sur le développement en général.”
Sam King “Imperialism and the development myth” 2021
Commençons par la fin et établissons quels ont été les résultats de cette stratégie de sabotage systématique de la part de Washington.
Le résultat, c’est un fiasco monumental. Au début de la présidence Joe Biden, l’objectif était de maintenir un avantage technologique de 4-5 ans sur la RPC. Aujourd’hui, cette marge se situe entre 6 et 18 mois. Car malgré les sanctions, la RPC a trouvé le moyen de produire elle-même, plus rapidement, et à plus grande échelle, les avancées technologiques que le centre impérialiste lui interdisait. Les progrès touchent tous les domaines. Listons-en quelques-uns :
- Huawei a trouvé le moyen d’utiliser les Ultra-Violets Profonds (cette catégorie d’UV moins fine et moins coûteuse que les Ultra-Violets Extrêmes) pour concevoir des puces avec une finesse de 2nm, contournant les coûts de la technologie.
- Un prototype parfaitement fonctionnel a été testé avec succès de lithographie par Ultra-Violets Extrêmes, qui ne taillent pas encore en dessous de 14nm, mais qui constituent l’acquisition de la technologie par les Chinois. Ce succès, comparé au projet Manhattan, est le résultat de la coordination de multiples entreprises et d’instituts de recherche d’État par Huawei, pour le compte du PCC, impliquant des milliers d’ingénieurs. Les États-Unis pensaient que la RPC obtiendrait cette technologie entre 2035 et 2040.
- SMIC, l’entreprise d’état principale productrice de semi-conducteurs, produit désormais en masse des puces de 5nm à base d’Ultra-Violets Profonds, une technologie que les nations impérialistes ne sont pas capables d’utiliser aussi finement du fait de la taille des longueurs d’onde (plus de 121nm).
- Le ministère de l’Intérieur annonce être parvenu à produire des contenants spécialisés pour la résine photorésistante qui constitue les “wafers”, un goulot d’étranglement qui permettait jusqu’alors au Japon de contrôler la production et l’exportation de résine.
- Huawei développe sa propre gamme de puces IA, baptisée “Ascend”.
- La mise au point de puces IA intégrant la technologie ACCEL (All-Analogue Chip Combining Electronic and Light Computing) – basée sur la technologie analogique, c’est à dire qui utilise des valeurs continues (0.00001, 2.881, 126.4…), contrairement à la technologie numérique dominante qui utilise des valeurs numériques discontinues (0, 1…), auparavant jugée trop imprécise – qui tournent à 74,8 millions de milliards d’opérations par watt par second, ce qui les rend non seulement bien plus efficaces que les puces classiques, mais les rend beaucoup moins énergivores : avec 12x l’efficacité et 1/200ème de la consommation, l’énergie nécessaire pour faire fonctionner une puce classique pendant une heure pourrait alimenter cette puce ACCEL pendant 5 siècles.
- Sur le plan des OSAT, la RPC est désormais le leader mondial en termes de performance technologique. Le secteur, qui représentait 35 milliards de yuan en 2020, pèse en 2024 70 milliards de yuans. Les méthodes de conditionnement avancées, basées sur les technologies 2.5D/3D, permettent de tirer bien plus de performances de puces de capacités inférieures.
- L’Université de Pékin invente le tout premier transistor 2D au bismuth, intégralement dénué de silicium, à la fois plus efficace et moins consommateur d’énergie que les semi-conducteurs traditionnels.
Bien que les puces produites par la RPC soient toujours de qualité inférieure aux meilleures puces conçues par NVIDIA, comme la micro-architecture Blackwell, ou la nouvelle gamme qui démarre la production, Rubin, toutes ces avancées technologiques sont des percées qui ne constituent pas un simple “rattrapage” des technologies occidentales, mais le développement de nouvelles technologies, équivalentes ou supérieures, par le propre chemin du développement scientifique du pays. Ensemble, elles ne permettent pas de poser la question “la Chine rattrapera-t-elle les États-Unis », mais n’autorisent que celle-ci : “quelles seront les conséquences de cet inévitable rattrapage ?”
Puisque nous avons pris la question par la fin, en établissant d’abord les résultats de la stratégie Chinoise, nous devons reprendre les choses depuis le début, et entreprendre d’analyser les raisons de ce succès.
La réponse courte serait de dire qu’elles sont les conséquences du 13ème plan quinquennal du PCC, et la formulation du projet “Made in China 2025” (“中国制造2025”), poursuivi par le quatorzième plan quinquennal. Mais toute seule, cette réponse ne nous dit rien.
La réponse, pour être complète, et du fait de la nature du processus historique en cours, doit nécessairement passer par une articulation en deux étapes, qui s’inscrit sur le temps long. La première étape doit consister à décrire le cadre général dans lequel s’inscrit le MIC2025, et la deuxième consiste à décrire les conséquences de l’adoption du MIC 2025.

Tout d’abord, le cadre global. Précisons l’éléphant au milieu de la pièce : l’objectif général formulé il y a plus de 40 ans, durant les premières années de la réforme et ouverture, de “sortir du stade primaire du socialisme au milieu du siècle suivant”, par le développement des forces productives, des acquisitions technologiques, du développement du niveau de vie, de la prospérité commune, et par la modernisation socialiste. Il est impossible de comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui sans comprendre ce qui s’est joué durant ce tournant historique.
Ensuite, le mode de production qui a abouti au “miracle Chinois”, né des réflexions sur les succès et les échecs de l’économie planifiée soviétique, sur les fondations de l’économie construite sous Mao Zedong, sur les réflexions économiques historiques Chinoises sur la question du prix et du marché (notamment le “Guanzi” édité en –26 et la “Dispute sur le sel et fer” de –81), et sur les enseignements fondamentaux de Marx, construit progressivement, au fil des débats, avec de nombreuses erreurs, de nombreux sacrifices, “l’économie socialiste de marché” consiste en une voie impliquant la nécessité d’articuler la planification socialiste avec la libération des forces productives en maintenant sous contrôle une certaine portion de capital, c’est à dire de procès de production orienté vers la production de valeur à réaliser sur un marché. Afin de sortir de la relative stagnation inhérente à l’hypertrophie bureaucratique soviétique et de la relative stagnation inhérente à la vétusté du mode de production capitaliste verrouillé par les monopoles et la perte d’énergie que représente la compétition acharnée, le pari a été fait de trouver un équilibre entre l’entreprise individuelle et la planification nationale, entre la compétition et la coopération, équilibre qui devait toujours se trouver sur le chemin du développement socialiste, qui impliquait que l’allocation de ressources par la valeur reste toujours dans les limites de la valeur d’usage déterminée par les plans quinquennaux. Ce processus “d’économie de cage à oiseaux”, loin d’être parfait, et qui a bien failli basculer à plusieurs reprises, porte comme composantes fondamentales le maintien du pouvoir du Parti Communiste (en collaboration avec les partis minoritaires), l’établissement des plans quinquennaux, le maintien de sécurités sociales minimales préservées du marché (comme le Projet du Panier de Légumes) ou maintenues du fait du marché par la constitution d’une surproduction systématique (impossible dans le capitalisme monopoliste, qui nécessite la mise en place contrôlée d’une sous-production systématique, dopant les prix par la restriction de l’offre, et doit avoir recours à la redistribution et son lot de contradictions et de conflictualités sociales), l’incitation à l’entreprise individuelle et le réemploi des personnels et technologies lors des faillites pour maintenir l’acquisition de compétence, le contrôle de la contradiction inhérente au capital entre capitaliste et ouvrier par le biais de la généralisation de la syndicalisation et du siège du parti communiste dans les conseils d’administration (y compris dans les entreprises étrangères), le contrôle des prix et de l’orientation productive par le maintien d’entreprises d’État dans chaque secteur stratégique (représentant 40% du PIB) articulées avec tout un dégradé fluide d’entreprises de propriété d’État partielle, d’entreprises “non publiques” (privées), d’entreprises avec “chaise dorée”, de coopératives, incluant tout un ensemble de statuts où le degré et les moyens du contrôle sont adaptés sur mesure, entre autres traits caractéristiques. Dans les milieux où l’État est le moins présent, jugés moins stratégiques, l’optique est assez simple, bien que les moyens soient plus sinueux : encercler la production de valeur de mécanismes aboutissant à sa conversion en valeur d’usage dans le cadre de la construction du socialisme. Et lorsque la production de valeur dévie trop loin du chemin socialiste, c’est l’heure de l’intervention directe, comme lors de l’éclatement volontaire de la bulle spéculative immobilière, lors de la descente sur le trading à haute fréquence, ou des multiples emprisonnements et exécutions de milliardaires arrogants.
Un autre élément de la réponse se situe dans la vigueur du système éducatif Chinois. D’après le classement Nature Index, en 2025, sur les 30 meilleures universités au monde, 21 sont Chinoises, y compris la première, L’Académie Chinoise des Sciences. Constituée dès la révolution comme une institution centrale, et plus encore après la réforme et ouverture, son financement est resté un poste de dépense majeur, dont le bond le plus significatif s’est trouvé en 1986 lors du 7ème plan quinquennal qui a abouti à une augmentation du budget du ministère de l’Éducation de 72%, représentant 24% du budget de l’État. Contrairement aux universités capitalistes, destinées essentiellement à la reproduction sociale et idéologique de la classe bourgeoise et munies de multiples mécanismes écartant subtilement ou ouvertement les classes moyennes et populaires des institutions les plus prestigieuses, le secteur privé n’y est pas le fleuron, mais plutôt le refuge des privilégiés incompétents. Les universités publiques sont les plus prestigieuses, les plus demandées, et le niveau y est si élevé que certains Chinois préfèrent aller étudier dans les universités Japonaises, tristement célèbres pour leur taux de suicide. Là où la méfiance envers l’IA règne dans les pays capitalistes, où l’usage de ChatGPT pour la rédaction est vu comme de la triche, les universités chinoises s’emparent de tous les outils qui permettent d’augmenter les compétences des élèves, de valoriser la production de la force de travail la plus complexe possible. Là où les sondages montrent que 35% des sondés États-uniens ont un engouement pour l’IA, en RPC, ils sont 80%. La MIT Technology Review a étudié 46 des meilleures universités Chinoises, et a découvert que 100% de ces universités avaient implémenté des cours interdisciplinaires généraux sur l’utilisation de l’IA. Le résultat de ce système qui privilégie l’éducation à tout autre considération, c’est la formidable expansion des capacités scientifiques du pays. Augmentant constamment le volume de sa production scientifique, la qualité de ses travaux, et depuis quelques années, sa concentration sur ses propres centres de recherche plutôt que sur des partenariats internationaux, la RPC est aujourd’hui la première contributrice mondiale à la recherche scientifique, avec 35% de publications dans les revues les plus prestigieuses.

C’est dans ce contexte général qu’est formulée l’ambition du MIC 2025. De nombreuses mesures seront prises et de nombreux projets seront mis en place, en premier lieu la réorientation des efforts scientifiques et du réinvestissement productif dans les secteurs considérés comme clefs pour la souveraineté technologique, produits de base comme avancés.
Le secteur de l’éducation est le premier à avoir bénéficié de cette redirection. A titre d’exemple, avec l’émergence de l’IA, en 2020, le premier cours sur les semi-conducteurs et l’infrastructure IA a été lancé. Depuis, plus de 100 universités ont adopté cette composante dans leur cursus, y compris les très prestigieuses Université de l’Académie Chinoise des Sciences, l’Université de Pékin, et l’Université de Beihang, formant chaque année plusieurs centaines de milliers de professionnels. La reconcentration de l’éducation et de la recherche aboutit à ce résultat stupéfiant : La RPC certifie 4 fois plus d’ingénieurs STEM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Mathématiques) que les US, produit la moitié des docteurs en ingénierie du monde, et la moitié des demandes de brevets du monde. Les succès de rétro-ingénierie de machines ASML importées, qui sont déjà un challenge en soi au vu de la complexité des machines, sont loin d’être le seul effort Chinois. L’investissement dans la recherche étudie toutes les voies possibles, plutôt que de se concentrer sur la voie la plus évidente. En sont exemples le réemploi d’UVP pour obtenir un résultat équivalent aux UVE (2nm de précision de coupe), ou l’utilisation des lasers à état solide, largement maîtrisés dans l’industrie, pour contourner les brevets de laser à CO2 d’ASML. Le produit de ce système est sans appel : aujourd’hui 34% des articles scientifiques concernant les semi-conducteurs dans le monde ont été publiés par des universités Chinoises, contre 15% pour les États-uniens et 18% pour les Européens. Non contents d’être leaders mondiaux dans le volume brut, ils le sont également dans la qualité : parmi les 10% d’articles sur les semi-conducteurs les plus cités, la RPC en a produit 50%, contre 22% pour les États-Unis et 17% pour les Européens.

Les gouvernements locaux ont également contribué à l’investissement, que ce soit par l’injection de liquidité, par la coordination des acteurs locaux, ou par la gestion du foncier (rappelons qu’en RPC, la propriété foncière est, comme pour les autres pays socialistes, en dernier recours totalement contrôlée par l’État et les collectivités et ne peut être que réattribuée ou louée, rappelons également que la propriété privée de la terre constitue un élément constitutif sine qua non du capitalisme, voir le livre 3 du Capital) permettant aux fabricants comme SMIC, Hua Hong et Nextchip d’étendre leurs chaînes de production et de développer de nouveaux projets. Le développement de la CAO (Conception Automatisée par Ordinateur) impliquant à la fois le secteur non public avec Xepic, les entreprises d’État et les universités, a permis d’accélérer les avancées dans la conception des puces avancées. L’imposition de quotas et le recyclage de chercheurs étrangers ont permis de développer le secteur des équipements et machines-outils, avec comme leader l’entreprise non-publique Naura et l’entreprise de propriété d’État partielle AMEC. Les investissements massifs dans le secteur productif ne se suffisent pas à eux-mêmes, comme c’est souvent le cas dans les pays capitalistes. D’abord, les subventions sont attribuées de façon variable à tous les acteurs du secteur, et ceux-ci sont ensuite non pas mis en compétition, mais contraints de travailler en coopération, se nourrissant chacun des avancées des autres et assurant une certaine division du travail. Ensuite, la confiance n’interdit pas le contrôle, et les subventions ont intérêt à être réemployés correctement. Les scandales de corruption et d’abus de pouvoir ont abouti à des réponses très fermes.
Mais le projet le plus “James Bond” du lot, c’est le réemploi systématique de chercheurs et ingénieurs occidentaux travaillant dans les secteurs de pointe, comme ASML, NVIDIA, etc. Attirés par des salaires astronomiques, de très nombreux avantages de fonction, accompagnés par les services secrets, un drainage des cerveaux à l’envers est mis en place pour prendre les connaissances et les compétences déjà maîtrisée à l’étranger. C’est grâce à ce système, ainsi que tout ce que nous avons déjà cité, que la RPC est parvenue à produire son propre prototype d’UVE après 6 ans de recherches secret d’État sur sol chinois, tandis que leur mise au point initiale avait mis 20 ans à ASML, Samsung, TSMC et Intel. Aujourd’hui, parmi les “4 petits dragons”, les très récentes et très prometteuses start-ups spécialisées dans la production de processeurs (Moore Threads, Biren Technology, MetaX et Enflame) possèdent toutes dans leur conseil d’administration des anciens membres de NVIDIA, AMD, ou Samsung.
Depuis 10 ans donc, de multiples stratégies ont été mises en place pour réorienter les efforts productifs vers l’extension des capacités de production des secteurs clefs et le développement des connaissance scientifiques. Aujourd’hui, la RPC n’est pas encore souveraine technologiquement. Elle dépend encore des technologies étrangères, des équipements et des puces avancées qui sont encore la chasse gardée des entreprises du centre impérialiste. Est-ce donc l’échec du projet MIC2025 ? Non, car celui-ci n’a jamais établi la nécessité de la souveraineté totale en 10 ans. Il ne constitue qu’une marche essentielle dans le cadre du projet d’atteinte d’une société modérément prospère pour 2035 et d’être la nation la plus technologiquement avancée pour 2049.
Maintenant, comparons ces résultats au capitalisme d’État États-unien dont le cœur battant est le Complexe Militaro-Industriel et Académique. Face à la menace du rattrapage Chinois et de la reprise en main de Taïwan, afin de ne pas perdre le savoir-faire de TSMC, une relocalisation est tentée en convainquant TSMC d’investir dans de nouvelles usines et notamment en Arizona, où doit voir le jour une “giga-fab” composée de 6 usines, 2 installations de conditionnement avancé, et un centre de R&D. Le site, prévu en 2020, devait démarrer la production en 2024 avec un rythme annuel de 20 000 “wafers” (tranches) de semi-conducteurs par mois. Le résultat est un fiasco. Entre racisme au travail (autant du côté États-unien que du côté Taïwanais), frictions syndicales, ingénieurs mal formés, bureaucratie pesante, matériel inadapté, le chantier a pris beaucoup de retard, et aujourd’hui seule une usine est entrée en production de masse. Son bilan comptable 2024 : 441 millions de dollars USD de déficit. L’usine suivante est prévue pour… 2027. Cette farce, qui devait initialement coûter 65 milliards de dollars USD à TSMC, lui coûte finalement 165 milliards de dollars USD, c’est à dire la somme que le gouvernement de la RPC a investi dans ses programmes de semi-conducteurs depuis… 10 ans. Sur le plan du coût de la production comme sur celui de la recherche, le mode de production capitaliste démontre que son obsession pour la compétition à tous les étages est un gouffre financier comparé à un juste dosage de compétition et de coopération qui n’est possible que dans le cadre d’une économie planifiée.

7. Conclusion
“Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme, conçue d’après le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d’État méthodique qui ordonne des dizaines de millions d’hommes à l’observation la plus rigoureuse d’une norme unique dans la production et la répartition des produits. […] Quant aux meilleurs, ils n’ont pas compris que ce n’est pas pour rien que les maîtres du socialisme ont parlé de toute une période de transition du capitalisme au socialisme et que ce n’est pas sans raison qu’ils ont insisté sur les “longues douleurs de l’enfantement de la société nouvelle”, celle-ci n’étant du reste elle-même qu’une abstraction et ne pouvant s’incarner dans la vie qu’à travers toute une série de tentatives concrètes diverses et imparfaites visant à créer tel ou tel État socialiste.”
Lénine, “Sur l’infantilisme « de gauche » et les idées petites-bourgeoises”, 1918
Aujourd’hui, le monde a de plus en plus une odeur de bascule sur tous les plans. Incapable de freiner un mode de production objectivement supérieur et dont il ne comprend pas les règles, l’impérialisme États-unien est aux abois. Dans sa course en avant, il fracture le bloc que les autres nations impérialistes avaient consenti à former autour de lui, ainsi que le consentement des bourgeoisies compradore qui pensaient être en sécurité en vendant leurs nations à un protecteur solide.
Survoltés, intolérants à la contradiction, les marchés États-uniens s’enflamment sur l’IA, y voyant le dernier moyen d’obtenir un retour sur investissement à la hauteur de leurs attentes. Mais cette orgie d’investissements, qui ne constitue pas seulement une bulle spéculative, mais constitue bel et bien une bulle spéculative, cache mal sa fébrilité. Lorsque le petit Deepseek R1 est dévoilé par surprise et en open source début 2025, avec des capacités comparables à ChatGPT pour le dixième du coût de fonctionnement et presque le trentième de la consommation en énergie, Wall Street tousse. ASML (Néerlandais) perd 9% de sa capitalisation, Siemens (Allemand) perd 17%, Broadcom perd 11%, Microsoft perd 7,5%, et NVIDIA perd 20% de son stock de l’époque, soit 600 milliards de dollars USD, en quelques jours.

Alors que, après les discussions à Madrid en septembre 2025, les États-Unis avaient brutalement augmenté toutes les sanctions anti-Chinoise par le biais d’une “règle 50%” au BIS (Bureau of Industry and Security), qui sanctionne automatiquement non seulement une liste “d’entités” mais également toutes les entités contrôlées à au moins 50% par ces entités listées, ces sanctions sont finalement abandonnées en novembre quelques jours après d’autres discussion à Busan (Sud-Corée). Certaines sources suggèrent que la RPC aurait révélé aux États-Unis l’existence de ce projet d’Ultra-Violets Extrêmes Chinois, créant un vent de panique, par la suite modéré par la prise de conscience, de plus en plus répandue au sein de l’administration Trump, que cette bataille est perdue.
La bataille, mais pas la guerre. L’administration Trump est remplie de fanatiques qui n’attendent que la guerre totale contre la RPC, comme Pete Hegseth ou Marco Rubio. Les oligarques de la Silicon Valley sont également parmi les plus fervents prêcheurs contre la Chine, comme Peter Thiel (fondateur de Paypal, membre du conseil d’administration de Meta, capitalisation de 1690 milliards USD, et de Palantir, capitalisation de 375 milliards USD) ou Sam Altman (fondateur et PDG d’OpenAI, valorisation estimée à 500 milliards USD). Mais parmi ces voix, de nombreuses autres considèrent que la guerre à outrance est une erreur, que les États-Unis doivent adopter une retraite stratégique afin de mieux préparer la bataille suivante, comme Jensen Huang (PDG de NVIDIA), qui considère que l’accès à l’immense marché Chinois peut permettre un rebond économique qui, couplé à la colonisation effective de l’hémisphère ouest, peut donner aux États-Unis un nouveau souffle pour contrer la RPC.
C’est ainsi qu’il faut comprendre la récente affaire des puces H200. Bien qu’inférieures en qualité aux puces Blackwell, NVIDIA a été contre toute attente autorisé à en exporter en masse vers la RPC par l’administration Trump, qui espère que l’accès à ces puces minera la fièvre techno-scientifique Chinoise, comme des “balles enrobées de sucre”. Les entreprises Chinoises en ont aussitôt commandé 2 millions d’exemplaires, ce que NVIDIA ne peut pas fournir, n’en ayant que 700 000 en stock (et celui-ci demande un paiement dès la commande, voulant se prémunir d’un éventuel refus gouvernemental). Le gouvernement Chinois a finalement autorisé ces importations à une hauteur limitée de 400 000 exemplaires, en imposant aux entreprises un minimum de 50% d’achats nationaux sur les semi-conducteurs, et arguant que la production nationale est déjà suffisamment performante pour ne pas nécessiter ces puces, la Huashan de Moore Threads étant déjà au niveau de la H200 de NVIDIA, et les assemblages de puces inférieures permettant des performances suffisantes pour les besoins de l’IA Chinoise économique et optimisée.
C’est également ainsi qu’il faut comprendre l’insistance de Biden puis Trump à la construction de l’Arizona fab. Il ne s’agit pas seulement d’apporter les compétences et la production au sein du territoire États-unien. Il s’agit également de sauvegarder les acquis technologiques qu’une réunification avec Taïwan ferait inévitablement perdre au camp impérialiste. Et cette réunification devient de plus en plus inévitable à mesure que les États-Unis se concentrent sur l’hémisphère ouest. Alors que de nouvelles armes sont vendues à Taïwan, Washington sait pertinemment qu’elles ne lui seront d’aucun secours, puisque le 15ème plan quinquennal Chinois favorise une intégration progressive de l’île par les partenariats économiques, une carotte que la classe capitaliste Taïwanaise, isolée et de plus en plus consciente que la protection États-unienne ne protégera personne (comme le savent la plupart du reste des bourgeoisies impérialistes hors US), aura beaucoup de mal à refuser. D’autant que l’île est tiraillée par un bourbier politique inextricable.
A l’heure où cet article est écrit, le KuoMinTang (KMT) a prévu d’envoyer une délégation le représentant au “Cross-Strait Exchange and Cooperation Forum”, programmé du 3 au 5 février, coorganisé entre le PCC et le KMT pour discuter opportunités d’échanges et de coopération entre les deux côtés du Détroit de Taïwan. Le Parti Démocratique Progressiste (PDP), désormais minoritaire face à la coalition d’opposition menée par le KMT au parlement, est menacé de perdre le pouvoir alors que le président, Lai Ching-Te, refuse de comparaître à la procédure d’impeachment à son encontre, déclenchée par de franches controverses constitutionnelles sur les questions de budget. Sa cote de popularité, comme la plupart des présidents bourgeois, élus par leurs paroles puis jugés par leurs actes contre lesquels aucun citoyen ne peut voter, a chuté jusqu’à 28% de taux de soutien dans la population en août 2025. Si le gouvernement tombe et que de nouvelles élections sont convoquées, il est très probable que la coalition derrière le KMT reprenne le pouvoir, et avec elle les opportunités de rapprochement avec la RPC, allant enfin vers la résolution de la guerre civile Chinoise démarrée le 1er août 1927 et de fait encore jamais aboutie.
Taïwan ne sera pas la seule à se rapprocher de la RPC. Les États-unis fragilisent eux-mêmes constamment non seulement l’allégeance de bonne comme de mauvaise volonté que lui prête la plus grande partie des nations périphériques, mais également l’alliance de circonstance qu’ils avaient avec les autres puissances impérialistes, qui avaient initialement accepté de faire bloc contre l’Union Soviétique, puis contre la RPC, mais rechignent à payer les pots cassés du comportement diplomatique explosif et puéril de l’aigle blessé qui décide de bouder l’ONU et de créer son propre club de petits princes serviles en guise de communauté internationale sous le curieux nom de “conseil de la paix”, dont Trump est par ailleurs, selon la charte, président à vie.

Le front des semi-conducteurs constitue donc une bataille charnière dans la lutte pour le renversement de l’impérialisme. La guerre hybride que mènent les États-Unis, représentant les nations impérialistes, contre la RPC, représentant le Tiers-Monde, concentre ses contradictions sur ce front, mais ne s’y résume absolument pas. La quête à la souveraineté, à la dé-néocolonisation effective, ne peut que passer par le développement technologique endogène des nations périphériques, dont la RPC ne constitue qu’un élément pionnier. Seul le socialisme bien organisé peut amener à ce développement, et déjà on voit des développements très encourageants en République Socialiste du Vietnam, ou en République Populaire et Démocratique de Corée. La petite République Démocratique et Populaire Lao, également, sort de l’ombre après des décennies de suffocante stagnation. L’extension des relations commerciales entre la RPC et le reste du Tiers-Monde, dont elle est de plus en plus dépendante comparé au marché États-unien, constitue ainsi le meilleur moyen “d’exporter la révolution”, puisque seul le développement des forces productives, rendu impossible par le pillage systématique de la plus-value par les nations impérialistes, peut rendre désuètes et insupportables les relations de production capitalistes, ainsi qu’amener à son terme un système capitaliste qui a depuis bien longtemps fait son temps au sein des nations impérialistes et ne se maintient artificiellement en vie que par la perfusion du pillage.
Le renversement de l’impérialisme n’est pas encore pour demain. Mais nous assistons à une bascule inédite. Les rivalités inter-impérialistes reprennent, les contradictions entre les bourgeoisies nationales s’accentuent, et la RPC s’impose progressivement comme l’arbitre silencieux de tous les conflits. La crise économique menace les États-Unis, dont l’infrastructure énergétique ne permet pas de soutenir les ambitions sur l’IA, allant jusqu’à proposer d’utiliser les terrains militaires pour alimenter des centres de données, tandis que la RPC multiplie les projets d’énergie propre de grande envergure, comme le barrage des trois gorges, le barrage de Medog, la grande muraille solaire, ou encore la méga-station solaire spatiale envoyant son énergie à la Terre par micro-ondes. Ce retard infrastructurel fondamental ne manquera pas de bousculer la capitalisation boursière des géants États-uniens de l’IA, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer sur les marchés boursiers. Espérons pour les civils que les conséquences ne soient pas comparables à celle de la crise de 1929.
Quant à nous, il n’est pas question d’attendre l’Histoire les bras croisés. Il est du rôle des communistes de toujours chercher à y prendre place, à étudier ses lois historiques, pour en dicter le cours. Une fenêtre de tir historique s’ouvre pour la reprise en main de notre sort sur la scène politique et économique. Sachons profiter de la discorde dans le camp adverse et l’amplifier, sachons produire les alliances de classes les plus larges et les plus résolues, et mettons-nous au travail. Le socialisme va bientôt avoir le vent en poupe, et l’avenir est aux révolutionnaires.
8. Sources
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