
Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, a réservé à Israël sa première visite d’État depuis son élection. Quelques mois plus tôt, Israël était devenu le premier État membre de l’ONU à reconnaître officiellement l’indépendance du Somaliland, territoire séparé de la Somalie depuis 1991 mais toujours non reconnu par la communauté internationale, à l’exception notable du régime de Tel-Aviv.
Pour Hargeisa, cette relation avec Tel-Aviv est d’abord un moyen d’obtenir une légitimité internationale longtemps refusée. Le Somaliland dispose de ses propres institutions, de sa monnaie, de ses forces de sécurité et d’une stabilité relative dans une région marquée par les guerres, mais son statut reste contesté par Mogadiscio et par l’Union africaine. En s’adossant à Israël, ses dirigeants espèrent ouvrir une brèche diplomatique.
Mais pour Israël, l’enjeu est surtout stratégique. Le Somaliland occupe une position décisive à l’entrée de la mer Rouge, face au Yémen et à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, passage majeur du commerce mondial et zone de confrontation avec les Houthis. Dans le contexte de la guerre à Gaza et de la militarisation croissante de la mer Rouge, le sionisme cherche à consolider des points d’appui hors de Palestine, en lien avec les Émirats arabes unis et les accords d’Abraham.
Cette reconnaissance s’inscrit dans une logique coloniale plus large : sécuriser les routes maritimes, encercler les forces hostiles à Israël, fragmenter les espaces politiques africains et arabes, et transformer des territoires en quête de reconnaissance en relais de l’ordre régional dominé par Tel-Aviv, Washington et leurs alliés du Golfe.
Sous couvert de souveraineté, le Somaliland se transforme en avant-poste du sionisme dans la Corne de l’Afrique, au moment même où Israël poursuit sa guerre contre le peuple palestinien, contre le peuple libanais, et dans l’escalade contre l’Iran. Tel-Aviv cherche ainsi à étendre son dispositif militaire et diplomatique autour de la mer Rouge.












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