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54ème CONGRÈS DE LA CGT : RENONCER OU COMBATTRE

par | Mai 27, 2026 | Théorie-débats, Une | 0 commentaires

Par Lorris, le 27/05/2026

Du 1ᵉ au 5 juin 2026, la ville de Tours accueille le 54ᵉ congrès de la CGT. Ce rendez-vous majeur ne se tient pas dans un moment ordinaire de l’histoire sociale : il s’inscrit au cœur d’une crise systémique d’une violence rare. Entre la menace de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir et la multiplication des offensives et conflits de l’impérialisme UE-OTAN à l’échelle internationale, les travailleurs subissent des attaques frontales sur leurs salaires directs et socialisés, sur leurs services publics et sur leur bien-être en général. Dans ce contexte de guerre sociale, le rôle de la CGT devrait être historique. Le document d’orientation confédéral soumis au vote des syndicats a la lourde tâche de définir la feuille de route du combat pour les trois années à venir. Mais est-il réellement à la hauteur des affrontements qui nous attendent ?

I. L’effacement des mots et le renoncement aux idées

L’abandon des mots d’ordre historiques est un choix politique

On pourrait être tenté de balayer les débats de vocabulaire d’un revers de manche, en les reléguant à de simples querelles de puristes. Ce serait une erreur politique majeure. Dans l’histoire des luttes ouvrières, les mots sont des armes théoriques, des repères pour la conscience des travailleurs. Or, il est une réalité alarmante : le projet de document d’orientation confédéral opère un gommage méthodique et continu de l’identité révolutionnaire de la CGT. Des concepts fondamentaux comme « lutte des classes », « antagonisme de classe », « classe ouvrière », « révolution » ou « expropriation capitaliste » ont tout simplement disparu ou ont été réduits à la portion congrue. Remplacer ces marqueurs historiques par des formules consensuelles n’est pas une modernisation, c’est un désarmement idéologique.

Du syndicalisme de combat au jargon managérial

Car à la place de la grille de lecture conflictuelle qui oppose le Capital et le Travail, la direction confédérale introduit une sémantique directement empruntée aux institutions réformistes et aux ONG. On y parle de « transition juste », de « responsabilité », de « révolution numérique » ou de « démocratie ». Ce glissement lexical opère une transformation profonde de la nature même du syndicalisme. En cessant de nommer le système capitaliste comme la source de l’exploitation et de la misère sociale, le texte confédéral ouvre la porte à l’illusion qu’un aménagement du système serait possible. On ne cherche plus à renverser le capitalisme, on cherche à négocier la longueur de la chaîne. C’est le passage, plus ou moins assumé mais tout de même réel, d’un syndicalisme de lutte à un syndicalisme d’accompagnement et de gestion de la crise.

Ce que les travailleurs attendent de la CGT : une boussole claire face au capitalisme sauvage

Pour les travailleurs comme pour la jeunesse qui entre aujourd’hui sur le marché du travail — une jeunesse précarisée, isolée et individualisée, soumise à des contrats de sous-traitance et privée d’avenir —, ce cap est un piège mortel. Ceux-là ne se mobilisent pas pour obtenir des « clauses de bonne conduite » de la part du patronat ou pour participer à des comités de concertation stériles. Ils subissent la violence de la mondialisation capitaliste et ont besoin d’une organisation syndicale qui nomme l’ennemi pour mieux le combattre pied à pied dans nos entreprises où se joue quotidiennement l’exploitation capitaliste : la mondialisation capitaliste qui dérègle le monde et le plonge vers l’abîme ; ces carcans économiques et militaires comme l’Union européenne et l’OTAN qui emprisonnent les peuples, écrasent les conquis sociaux et embrasent les relations internationales ; l’impérialisme, « stade suprême — monopoliste et particulier — du capitalisme » (Lénine 1916), et qui est en conséquence et tout autant « le prélude de la révolution sociale du prolétariat » (Lénine 1920).

Pour retrouver des couleurs, la CGT n’a pas besoin de singer le vocabulaire tiède de la social-démocratie ; elle doit au contraire réaffirmer avec force et clarté son identité de classe et son ancrage prolétarien, car c’est dans la cohérence théorique et le monde du travail, classe ouvrière en tête, que se construisent les grandes victoires de demain.

II. Une grille de lecture « sociétale » au détriment de l’analyse économique et géopolitique

Une juxtaposition de constats sans causes : Quand le capitalisme devient invisible

Le préambule du document confédéral dresse un inventaire alarmant des maux de notre époque : guerres aux quatre coins du globe, dérèglement climatique dévastateur, montée des courants fascistes et de l’extrême droite. Pourtant, face à ce tableau sombre, la direction de la CGT commet une erreur théorique majeure : elle juxtapose ces crises comme si elles étaient des fatalités déconnectées les unes des autres. En refusant de lier explicitement l’impérialisme, la destruction de l’environnement et la fascisation de la société aux contradictions intrinsèques du mode de production capitaliste, le texte passe à côté de la racine du problème. Ce manque de rigueur systémique n’est pas neutre. En rendant le capitalisme invisible dans ses causes, la Confédération s’interdit d’apporter les bonnes réponses, d’actionner les bons leviers de mobilisation et désarme les militants.

L’Union européenne et l’OTAN, les grands absents

Au-delà de la simple juxtaposition des conflits, le projet d’orientation confédéral brille par un silence assourdissant sur les structures mêmes qui orchestrent la guerre à l’échelle planétaire : l’Union européenne et l’OTAN. Comment prétendre analyser l’embrasement du monde et la montée des tensions internationales en taisant le rôle de premier plan joué par ce bloc atlantique et ses alliés stratégiques, qu’il s’agisse de l’axe militariste au Japon ou du régime criminel d’Israël ? En occultant la responsabilité de ces alliances impérialistes, la direction de la CGT s’interdit toute compréhension réelle de la géopolitique contemporaine.

Le texte esquive le débat en proposant une « sortie de l’OTAN » qui n’est qu’un trompe-l’œil, puisqu’elle s’embourbe immédiatement dans le mirage d’une « armée européenne » ou d’une prétendue « autonomie stratégique européenne ». C’est une impasse théorique et politique majeure : cette Europe de la défense est précisément souhaitée par l’OTAN elle-même pour rationaliser les coûts et déléguer la gestion des conflits régionaux. Et si ce projet d’armée européenne piétine, c’est uniquement en raison des contradictions internes et des rivalités d’intérêts entre les différents impérialismes du bloc UE-OTAN. En aucun cas cette structure militaire supranationale ne constituera une sortie de la logique atlantiste ; elle en sera la béquille et le prolongement.

Enfin, ce silence sur le bloc impérialiste UE-OTAN mène à une autre impasse théorique monumentale dans le document confédéral : celle qui consiste à expliquer que la guerre est le produit exclusif de l’extrême droite. Une telle analyse est un contresens historique qui dédouane le cœur du système. En théorisant ainsi, la Confédération efface le rôle primordial, agressif et déstabilisateur de l’UE et de l’OTAN dans le déclenchement et l’entretien du conflit en Ukraine par leur stratégie d’encerclement de la Russie. Sous prétexte que Vladimir Poutine incarne un régime nationaliste et réactionnaire, cette grille de lecture paresseuse jette sur lui l’unique responsabilité de la guerre, s’alignant de fait sur la propagande de guerre des gouvernements occidentaux et du patronat. Pour les militants de classe, la guerre n’est pas une question d’idéologie des dirigeants, elle est le produit inévitable du capitalisme parvenu à son stade impérialiste, dont l’UE et l’OTAN sont aujourd’hui les fers de lance.

Le piège du « syndicalisme rassemblé » et des alliances citoyennes

Pour pallier son manque de stratégie de rupture, la direction confédérale mise massivement sur ce qu’elle appelle le « syndicalisme rassemblé » et sur des alliances horizontales avec la « société civile » (ONG, collectifs, associations). Si la convergence des forces peut sembler séduisante sur le papier, la réalité du terrain est tout autre. En s’alignant systématiquement sur des intersyndicales nationales souvent frileuses et sur le cahier des charges d’ONG réformistes, la CGT accepte de diluer et de beaucoup trop, en dessous d’un seuil minimum de combat, ses propres revendications. Ces alliances de sommet, rarement suivies par la base, agissent comme des bâillons. Elles empêchent de diffuser largement un contenu revendicatif de classe et d’impulser de véritables actions interprofessionnelles dures. Les travailleurs n’ont pas besoin d’une énième coalition citoyenne tiède, ils ont besoin d’un outil syndical indépendant et offensif.

L’impératif écologique face aux réalités industrielles : le refus de la planification ouvrière

Le texte confédéral intègre à forte dose la thématique environnementale, mais il le fait à travers le prisme de concepts flous de « transition » qui s’alignent trop souvent sur l’écologie d’accompagnement promue par les institutions capitalistes. Cette approche occulte l’antagonisme fondamental entre la préservation de la planète et la course au profit capitaliste. En voulant verdir le système sans lutter pour la socialisation des moyens de production, cette orientation menace directement notre outil industriel et l’emploi des travailleurs. Une écologie véritablement révolutionnaire ne peut pas se construire contre l’industrie ou contre la classe ouvrière, mais par elle. C’est par la réappropriation des moyens de production, la nationalisation des secteurs clés et la planification sous contrôle des travailleurs — et non par des chartes de bonne conduite environnementale — que nous répondrons à la fois aux besoins humains et à l’urgence climatique.

Le rapprochement CGT-FSU au détriment de l’identité de classe et du monde ouvrier

Un autre symptôme alarmant de la dérive contenue dans le document d’orientation réside dans l’accélération des rapprochements avec la FSU (Fédération Syndicale Unitaire) et la promotion de la « maison commune ». Sous des dehors de renforcement et de recherche d’unité, cette stratégie de fusion rampante cache une réalité beaucoup moins vertueuse. Car la « Mason commune » de Benoit Frachon était un outil d’offensive et de combat de masse, et non une alliance de sommet entre directions réformistes destinée à gérer ou accompagner le système capitaliste. Loin de renforcer le camp des travailleurs, cette dynamique s’apparente à un alignement par le bas, la FSU étant elle-même une structure largement conquise par les orientations d’accompagnement et de cogestion malgré la radicalité de façade de certains de ses mots d’ordre.

Au-delà de la stricte question idéologique, ce projet de fusion présente un risque majeur de déstabilisation des rapports de force internes entre les différentes fédérations de la CGT. La FSU étant une organisation quasi exclusivement dédiée aux travailleurs de la fonction publique (et en particulier de l’Éducation nationale), son intégration globale viendrait bouleverser l’équilibre sectoriel historique de la CGT. En gonflant artificiellement le poids des services publics au détriment des secteurs productifs industriels, une telle fusion risquerait de faire des fonctionnaires de l’Enseignement, et non plus des ouvriers du secteur privé industriel, l’élément central et majoritaire de ce futur grand syndicat « rassemblé ».

Cette modification profonde du centre de gravité de la CGT est un signal extrêmement dangereux. S’il ne s’agit pas de rejeter les luttes des enseignants et l’alliance nécessaire entre tous les champs professionnels, le syndicalisme de classe, lui, ne peut faire l’économie de son ancrage premier dans les secteurs clés de la production et de l’industrie privée, là où la plus-value est créée et là où le rapport de force avec le grand patronat est le plus direct. Reléguer le monde ouvrier au second plan derrière les logiques de la fonction publique d’État achèverait de transformer la CGT en un syndicat de gestion institutionnelle. L’unité ne peut pas être un slogan fétiche qui justifie le reniement de nos bases stratégiques et tactiques et la marginalisation du prolétariat industriel. Pour l’ensemble de la classe ouvrière, le besoin pressant n’est pas d’élargir les structures à n’importe quel prix, mais bien de maintenir une CGT forte, souveraine et fermement ancrée sur le terrain de la rupture et de l’indépendance syndicale. Ce n’est qu’ainsi que se construira un grand syndicat de rassemblement sur des bases de luttes de l’ensemble des secteurs laborieux de France.

III. Internationalisme : le choix de la capitulation réformiste (CES/CSI) contre la solidarité de combat (FSM)

Le mirage de la CES et de la CSI

L’internationalisme a toujours été le prolongement naturel de la lutte des classes : face à un capital mondialisé, la réponse des travailleurs doit être globale. Pourtant, la stratégie internationale défendue par la direction confédérale dans son projet d’orientation s’avère profondément déconnectée de cette nécessité de combat. Le texte réaffirme le choix d’investir massivement la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et la Confédération Syndicale Internationale (CSI) pour en faire toujours plus. Or, ces structures ne sont pas des outils de rupture, mais des institutions d’accompagnement de la mondialisation capitaliste. Financée en grande partie par l’Union européenne, la CES privilégie constitutionnellement le dialogue social et la cogestion. La CSI de son côté ne cesse d’accompagner la construction d’une économie de guerre à l’échelle atlantique, pourvu que les travailleurs en perçoivent quelques miettes. S’en remettre à de telles instances pour défendre les intérêts des travailleurs revient à accepter les règles du jeu fixées par le patronat européen et plus largement atlantique.

La Fédération Syndicale Mondiale (FSM) : porter haut la bannière du syndicalisme révolutionnaire

Face à cette dérive euro-réformiste, une alternative est à remettre sur le devant de la scène : la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Contrairement à la CSI, qui s’aligne sur les positions des puissances impérialistes occidentales, la FSM incarne le seul véritable outil mondial du syndicalisme de classe. Elle regroupe les forces syndicales qui refusent le pacte social avec le capital et luttent activement pour le renversement du système d’exploitation. Pour une organisation comme la CGT, tourner le dos à la FSM ou marginaliser son rôle au profit de structures dociles constitue une rupture grave, depuis de nombreuses années désormais, avec notre tradition de solidarité anti-impérialiste. Le syndicalisme de combat ne peut pas se contenter de faire de la figuration dans les salons feutrés de Bruxelles.

Pour un internationalisme de combat face aux bruits de bottes

Cette question internationale revêt une urgence brûlante pour les peuples, pour les travailleurs, pour la jeunesse. À une époque marquée par la multiplication des conflits armés, l’aggravation des logiques impérialistes et le pillage des ressources du Sud global par les multinationales, ils refusent d’être de la chair à canon ou de la chair à profit. Ils n’attendent pas de la CGT qu’elle signe des communiqués tièdes aux côtés de syndicats européens complaisants. Ils exigent une solidarité concrète, anti-guerre et anti-impérialiste. La CGT doit rompre avec les illusions du syndicalisme institutionnel international et rebâtir des alliances de combat avec les peuples et les travailleurs en lutte partout sur la planète.

IV. Stratégie des luttes : Le grand flou d’une Confédération qui refuse de diriger

L’absence de stratégie nationale coordonnée

Il ne suffit pas d’agiter les concepts de « rapport de force » ou de « grève » pour construire une victoire sociale. C’est pourtant le piège dans lequel tombe le document d’orientation. Si le texte prône la nécessité de « regagner la culture de la grève » — quoique cette expression de « culture » de la grève pourrait elle aussi être largement débattue, l’auteur de ces lignes, délégué syndical, ne considérant pas la grève comme une culture mais comme une arme — et d’élaborer des plans pour « bloquer l’économie », il brille par son absence totale de stratégie nationale de lutte. La direction nationale semble abdiquer son rôle de direction politique de lutte. En listant quelques vœux pieux tout en traçant une ligne directrice de réformisme, le texte transforme la Confédération en une simple centrale technique au seul service des forces politiques de la social-démocratie, un fournisseur de visuels et de « boîtes à outils », plutôt qu’en un état-major de combat capable d’articuler et de planifier la riposte dans les entreprises.

La défausse sur les structures locales : le refus confédéral d’assumer la convergence

La faille la plus critique de cette orientation stratégique réside dans la délégation systématique des responsabilités. Le projet confédéral appelle à la convergence des luttes, mais il en laisse l’entière charge aux structures de base : les syndicats, les Unions Locales (UL) et Départementales (UD). En refusant de s’engager nationalement et institutionnellement à orchestrer cette convergence interprofessionnelle, la direction confédérale condamne les initiatives à l’isolement. La base se retrouve à porter le poids de l’organisation de la grève générale sans l’impulsion centralisée indispensable pour faire plier le patronat et le gouvernement. Ce renoncement laisse le champ libre à l’éparpillement des forces et à l’épuisement des militants sur le terrain.

Une posture d’accompagnement qui tourne le dos à l’idéologie révolutionnaire

Au bout du compte, cette esquive stratégique révèle une posture de fond : celle de l’accompagnement du système plutôt que de sa rupture. Un syndicalisme qui refuse d’assumer la direction d’une stratégie offensive nationale est un syndicalisme qui craint le conflit politique majeur avec l’État bourgeois. Pour les secteurs les plus combatifs, cette frilosité est incompréhensible et contre-productive. Face à un pouvoir qui ne recule devant rien, la réponse ne peut pas être un syndicalisme de gestion qui attend passivement le dialogue social à chaque NAO. La CGT doit redevenir cette organisation capable de planifier, d’impulser et de mener le conflit jusqu’au bout, en assumant pleinement l’objectif révolutionnaire qui a fait sa force historique : la transformation radicale de la société par l’action directe et collective des travailleurs.

V. QUE FAIRE ?

Pas de chèque en blanc à la direction

Face au document proposé, l’attitude des syndicalistes de classe ne peut être celle de la complaisance ou de la passivité. Ce texte d’orientation présenté par la direction confédérale sortante s’inscrit dans la triste continuité des mandats précédents, marqués par l’alignement sur le réformisme et l’affaiblissement du rapport de force. Les délégués présents à Tours doivent refuser de donner un chèque en blanc à une direction confédérale qui acte le renoncement. Adopter une attitude révolutionnaire au congrès, c’est refuser les consensus de façade imposés d’en haut. Chaque syndicat, chaque délégué doit porter une parole offensive, exigeante, et utiliser le droit d’amendement et de vote non pas pour toiletter le texte, mais pour contrer toute orientation réformiste.

La ligne à défendre : reconstruction du syndicalisme rouge et souveraineté de la base

La ligne politique à défendre de manière intransigeante tout au long des débats s’articule autour de trois piliers incontournables :

  • La réaffirmation de la lutte des classes : il faut réintégrer d’urgence dans les statuts et la feuille de route la socialisation des moyens de production et l’objectif de rupture avec le capitalisme, contre les glissements réformistes de tous genres.
  • Le retour à la souveraineté des travailleurs : Contre le « syndicalisme rassemblé » de sommet et les intersyndicales nationales pro-Union européenne qui figent et confinent l’action dans le « non-agir » ou les simulacres de mobilisation, il faut défendre la démocratie ouvrière à la base. Ce sont les travailleurs en assemblées générales qui doivent décider des modalités et du rythme de la grève, et non des états-majors syndicaux déconnectés.
  • L’ancrage anti-impérialiste à l’international : Face à l’économie de guerre et aux bruits de bottes, les délégués doivent exiger le désengagement progressivement total de la CGT vis-à-vis de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), inféodée à la Commission européenne de Bruxelles. La seule ligne internationaliste valable est le soutien aux forces de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), anticapitaliste et anti-impérialiste.
  • La fusion syndicale de classe : Il importe enfin non pas de repousser mais de se saisir des débats liés aux fusions à venir de la CGT et de la FSU, voire de Solidaire. La volonté d’un « tous ensemble », parfaitement sain et légitime, est très grande chez les syndiqués et les travailleurs. C’est ce qui justifia pour Benoit Frachon son combat pour une « maison commune » et il importe donc de batailler, aujourd’hui encore, pour mettre au centre des débats les questions sur la nature du travail en commun actuel, voire des fusions à venir, entre ces confédérations syndicales. De classe et de masse ? Ou de dialogue social et de compromission ?

L’appel à l’action : participer à la convergence des forces révolutionnaires

Ce congrès de Tours ne doit pas être une fin en soi, mais le point de départ d’un sursaut. L’émancipation du syndicalisme rouge, de classe, sera l’œuvre des syndicalistes eux-mêmes. L’attitude à adopter après le vote est donc celle de l’organisation pratique. Les militants de classe doivent se tenir réellement prêts à participer à toutes les rencontres, toutes les élaborations collectives et tous les appels à l’action immédiate. Il s’agit de bâtir, au sein même de la CGT et en lien avec les structures de combat qui se reconnaîtront, un bloc révolutionnaire capable d’impulser de véritables grèves d’ampleur interprofessionnelle pour préserver les conquis historiques — comme la Sécurité sociale et les retraites par répartition —, repasser à l’offensive dans une France quasi-bouillonnante qui s’apprête à glisser définitivement dans une économie de guerre, et sortir définitivement le monde du travail des griffes du capital.

Conclusion

L’heure de vérité face aux illusions réformistes

Le 54ᵉ congrès de la CGT à Tours ne doit pas être le théâtre d’une simple validation mécanique d’un projet d’orientation tiède et managérial. L’analyse critique rigoureuse met en lumière le gouffre qui sépare la ligne confédérale des réalités de la lutte des classes. En effaçant les mots d’ordre historiques, en diluant les combats dans des intersyndicales dociles, en s’alignant sur des structures internationales euro-réformistes comme la CES et en refusant d’assumer une stratégie offensive nationale, la direction confédérale choisit la voie de l’adaptation au système. Or, face à la violence du capitalisme et à la menace fasciste, l’adaptation est une capitulation qui ne dit pas son nom.

Redonner sa force historique au syndicalisme de classe et de rupture

Notre syndicalisme ne peut pas être un simple outil d’accompagnement de la crise ou de négociation des reculs sociaux. Face à un système qui détruit les vies et la planète, la seule réponse valable demeure la rupture. Il est urgent de redonner à la CGT sa vocation première : être l’outil du renversement du capitalisme et de la réappropriation des moyens de production par les travailleurs. Cela exige de rompre définitivement avec les illusions du dialogue social stérile et de renouer avec les principes révolutionnaires, car c’est en assumant le conflit et en rebâtissant un rapport de force authentique que nous pourrons faire plier le patronat.

En imposant le retour d’une ligne claire de lutte des classes, en exigeant une véritable stratégie nationale de blocage économique et en réaffirmant notre solidarité anti-impérialiste mondiale, les syndicats de lutte peuvent — et doivent — replacer la CGT à l’avant-garde du combat révolutionnaire.

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