Le texte qui suit est une contribution d’un camarade directement concerné par les questions de psychiatrie et de santé mentale. Nous avons choisi de le publier parce qu’il soulève des enjeux politiques importants sur les rapports entre souffrance psychique, psychiatrie et capitalisme. Nous en partageons les préoccupations essentielles, ainsi que la nécessité d’inscrire ces questions dans une critique d’ensemble de la société capitaliste.
Cela étant, certaines analyses et certains jugements formulés ici sont volontairement tranchés. Les débats qu’ils ouvrent sont complexes et méritent une discussion de fond, afin d’élaborer une position qui tienne compte de l’ensemble des dimensions du sujet, qu’il s’agisse des pratiques psychiatriques, des soins sous contrainte, de la place des traitements ou des perspectives d’une psychiatrie véritablement émancipatrice.
Nous publions donc ce texte comme une contribution au débat. Il n’engage pas, en tant que tel, la position officielle de l’OCF et de la JDM. Nous espérons qu’il contribuera à nourrir la réflexion, la confrontation des analyses et l’élaboration collective de perspectives pour répondre aux enjeux soulevés.
Antipsychiatrie & Anticapitalisme
La souffrance psychique du prolétariat sous le capitalisme est indéniable. Décompensation, dépression, burn-out, tant de mots pour décrire des phénomènes ou pathologies liées directement au mode de production capitaliste.
Le système psychiatrique actuel a des années de retard et rien n’est fait pour le rattraper. Pour soigner, il faut s’attaquer à la source du problème, au fond. Les traitements sont censés n’être qu’une « béquille », comme on nous le répète si souvent en psychiatrie. Mais cette « béquille » ne sert, non pas à nous aider à aller mieux, mais à nous rendre efficaces et capables de fonctionner dans une société capitaliste. Les SIMOT en sont le parfait exemple, Services d’Insertion en Milieu Ordinaire de Travail, dont le seul et unique but est de permettre aux personnes en situation de handicap psychique de travailler en « milieu ordinaire », soit dans le système capitaliste.
La psychiatrie est un système de mise au pas des personnes atteintes par une pathologie psychique, parfois lourde comme les formes graves de bipolarité ou de schizophrénie. Parlons d’ailleurs des SSC, soit Soins Sans Consentement ou Soins Sous Contrainte. Véritable système carcéral parallèle servant à réprimer la folie plus qu’à la soigner. Une nouvelle fois, la violence du capitalisme se fait ressentir jusque dans les soins. La camisole physique, bien qu’existant toujours, est doucement remplacée par la camisole « chimique », soit l’utilisation massive de neuroleptiques pour rendre inopérants les sujets considérés comme présentant un danger pour les autres ou pour eux mêmes. Bien que cette camisole soit parfois justifiée dans les cas les plus graves, elle est très souvent abusive et renforce encore la dimension répressive de la psychiatrie.
Rajoutons à tout cela le manque de moyens dont souffre la psychiatrie et notamment les Centre Médico-Psychiatriques, l’empêchant ainsi de soigner en profondeur les personnes concernées et l’empêchant d’évoluer vers un autre système de pensée via des recherches. Tout ce qu’inventent les chercheurs sont des nouveaux traitements, de nouvelles « béquilles » – véritables camisoles chimiques une nouvelle fois, servant à contrôler ceux catégorisés par la société comme « fous », loin de rechercher un nouveau mode d’organisation et de prise en charge des patients.
Cessons de subir ce système et commençons dès maintenant la lutte pour une véritable alternative : un système humain mettant le patient à égalité avec le psychiatre, la fin de l’usage abusif des camisoles et des unités fermées, la mise en place de centres de soin libres ambulatoires permettant un suivi correct et la fin du système productiviste capitaliste.
« Nous ne sommes rien, soyons fous ! »
Salut et fraternité,
Martin












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