L’expression « deux poids, deux mesures » signifie appliquer des jugements ou des règles différentes à des situations similaires de manière injuste. L’image vient du commerce ou de la justice antique, où l’on utilisait une balance avec deux plateaux. Quand on dit « deux poids, deux mesures », cela évoque l’idée d’avoir deux poids différents (un pour untel, un autre pour un autre) et donc d’obtenir deux mesures différentes pour une même quantité supposée.

Cela illustre le fait de traiter différemment des cas identiques. Pour être juste, on devrait utiliser une seule mesure (un seul poids-étalon, un seul critère) et obtenir un seul résultat appliqué aux deux.
La gauche française et « occidentale » dans une plus large mesure sortait à peine de ses controverses sur le soutien ni-niste à l’égard du Venezuela (ni Trump, ni Maduro) qu’une nouvelle occasion s’est présentée à eux pour faire briller ostensiblement leur irréprochabilité morale. Mais que leur a-t-on demandé au fond ? Eux en tout cas l’affirment haut et fort et de concert cette fois-ci : Ni Mollah, Ni USA (position dite « ni-niste ») ! Etonnement, ceux qui hurlaient au scandale de la position de Révolution Permanente sur la dénonciation de « l’autoritarisme anti-ouvrier de Maduro » alors qu’il était capturé par les faucons états-uniens, ne semblent aucunement perturbé de tenir exactement la même position sur l’Iran aujourd’hui.
Il faut dire que ce pays est un poids pour la conscience de nos ni-nistes bien-aimés, il leur fallait donc prendre au plus vite des mesures qui, à défaut d’être matérielles (puisqu’au fond, que changera leur positionnement, rien évidemment), seront spirituelles et à leurs yeux, d’autant plus belles et rebelles :

Cette image suffit en effet à émoustiller tous ces révolutionnaires impatients de voir l’impérialisme mettre en place la Révolution qu’ils appellent de leurs vœux. Pourtant, Venezuela ou Iran, la même mesure (au sens mathématique plus que politique) s’impose, contrairement à l’expression consacrée, deux poids font bien la même mesure et non deux. Et celle-ci est celle de l’anti-impérialisme qui s’impose au Venezuela tout comme en Iran, quel que soit le poids que fait porter sur la conscience la nature politique du pouvoir iranien certes réactionnaire, obscurantiste, anti-ouvrier et totalement hostile aux forces progressistes. Mais pour cause, la conscience est un poids bien plus lourd à porter pour la gauche occidentale que le fardeau immense, bien réel cette fois, qu’impose l’impérialisme aux iraniens et vénézuéliens.
Il faut dire que cela était plus simple à comprendre au Venezuela, si l’on s’en tient comme la plupart de la gauche occidentale à une analyse superficielle et bourgeoise de l’impérialisme comme « le méchant qui envahit son voisin ». On à tôt fait alors de condamner ceux qui n’accusent pas unilatéralement l’Empire et de jeter l’opprobre (à juste titre d’ailleurs) aux trotskystes.
Mais voici que l’impérialisme ne prend pas une forme d’apparence évidente (le kidnapping, voilà du spectacle !), les choses se compliquent pour qui n’analyse pas les choses scientifiquement mais moralement. Pourtant, tout ce qui bouge n’est pas rouge, et pour l’Iran en ce moment, c’est tout l’inverse. La morale occultant aujourd’hui très souvent (malheureusement) les faits, revenons sur le contexte de ces soulèvements :
Commençons peut-être par le plus important, quelles classes composent ces révoltes ? Les mêmes que celles du Maïdan en 2014, des gusanos anti-Maduro, et celles au service de l’Impérialisme de façon générale : propriétaires d’entreprises et commerçants, petite et moyenne bourgeoisie. Au total, seul 1% de la population a participé à ces manifestations sur les 90 millions d’habitants.
Les sanctions à l’origine des difficultés économiques de l’Iran, aggravées ces derniers temps en même temps que l’aggravation des sanctions, durent depuis 1979. Cela en fait le deuxième pays le plus sanctionné au monde avec des conséquences gravissimes pour le pays. Les agressions impérialistes perdurent depuis 1953, lorsque la CIA et le MI6 organisèrent un coup d’état pour renverser le premier ministre élu Mossadegh qui avait nationalisé le pétrole dans le pays. La contradiction principale réside bien là, et condamner moralement aujourd’hui les Mollahs ou l’Ayatollah relève de la même erreur que pour le Venezuela. Cela ne signifiant pas pour autant que nous soutenons la politique iranienne bien au contraire, mais nous parlons ici de l’analyse scientifique et de la mesure des rapports de forces en jeu à l’heure actuelle. Ainsi, parler d’une « troisième voie », face à un soi-disant « faux-dilemme » ou à un « faux choix » en prenant le parti pour « le peuple » relève de l’abstraction caractéristique d’une posture permettant d’afficher sa bonne conscience. Pourtant, cela se comprend aisément, une barricade n’ayant que deux côtés, la troisième voie se trouverait au sommet de celle-ci, entre deux feux, et donc, comme toutes les « troisième voie », soit elle n’existe pas soit elle mène au suicide.
S’il est évident que nous devons soutenir les forces d’opposition progressistes iraniennes, et en premier lieu communistes et ouvrières, qui subissent la répression du régime bourgeois réactionnaire iranien, il est tout aussi évident que cela ne doit pas conduire à soutenir les forces impérialistes et fascistes qui, sous une apparence « populaire », tentent de renverser le gouvernement pour instaurer par une « révolution de couleurs » un régime qui, sous couvert de « démocratie » et de « droits de l’homme », serait catastrophique non seulement pour le peuple iranien mais aussi pour tous les peuples qui résistent à l’impérialisme, notamment le peuple venezuelien dont la survie dépend en grande partie de ses liens économiques avec l’Iran. Bien au contraire, les forces populaires iraniennes doivent plus que jamais s’affirmer comme les véritables forces de défense de la souveraineté nationale et populaire contre les déstabilisateurs impérialistes occidentaux. Ce n’est pas par un anti-ayatollisme primaire profitant aux impérialistes que le peuple iranien pourra se libérer, mais c’est par un anti-impérialisme conséquent qu’il pourra conquérir la véritable démocratie, c’est-à-dire le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple. Les deux côtés de la barricade ne sont pas la « dictature » et la « démocratie ». Il s’agit des forces impérialistes dirigées par les américains avec le régime fasciste israélien en première ligne d’un côté, et les forces anti-impérialistes dont le mouvement doit être impulsé et la direction conquise par la classe ouvrière iranienne de l’autre côté.
Quatre signes caractéristiques montrent que les États-Unis se préparent à une attaque militaire contre l’Iran :
1️⃣ Ordre d’évacuation des citoyens
Les États-Unis ont exhorté leurs citoyens à quitter l’Iran immédiatement et à éviter tout voyage dans ce pays, quelles que soient les circonstances. Historiquement, ces alertes sont émises lorsque les gouvernements anticipent une escalade sérieuse ou un risque militaire, et non lors de troubles routiniers.
2️⃣ Les Forces Delta près du flanc occidental de l’Iran
Des rapports indiquent que des unités d’opérations spéciales américaines — dont les Forces Delta — sont déployées plus près de la frontière entre l’Irak et l’Iran. Les forces Delta ne sont habituellement utilisées que dans des cas où les États-Unis ont besoin de capturer ou éliminer (comme pour la traque de Saddam Hussein ou le projet d’enlèvement de Nicolas Maduro), pour des opérations clandestines en territoire hostile, et pour des opérations de préparation pré-conflit.
3️⃣ Un pont aérien massif dans le golfe Persique
Depuis début décembre, des dizaines d’avions-cargos militaires américains, principalement des C-17 et des C-5, ont afflué vers les bases du golfe Persique, notamment la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, quartier-général avancé de la guerre aérienne du CENTCOM. Les données OSINT et de suivi des vols montrent un trafic soutenu de transport lourd en provenance des États-Unis et d’Europe vers le Qatar, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. On peut considérer cela comme une signature classique de logistique pré-conflit, et non pas une simple rotation routinière. De tels ponts aériens transportent typiquement des systèmes de défense aérienne, des munitions, des pièces détachées et des infrastructures de commandement, ce qui suggère une préparation pour une campagne centrée sur la puissance aérienne et une défense renforcée des bases contre des représailles iraniennes.
4️⃣ Un durcissement du langage politique
Des hauts responsables américains ont ouvertement fait référence à des « options très fortes » si Téhéran devait escalader la situation, en interne ou dans la région. Cela marque un changement, passant d’une logique de dissuasion à une justification conditionnelle de l’action.
Nous sommes face à un schéma classique de pré-conflit. Que cela débouche sur des frappes directes ou sur une pression coercitive, Washington prépare clairement le terrain pour des scénarios où l’usage de la force devient envisageable.
En plus de cela, il est probable que les États-Unis et Israël alimentent les révoltes antipopulaires en cours, cela en ne se limitant pas au discours. Semble en témoigner une interview accordée au média iranien IRIB news[1], certes à prendre avec des pincettes compte-tenu de la nature de la source (média de propagande du régime iranien) mais tendant à montrer néanmoins quelque chose de tout à fait plausible, où un manifestant iranien détenu a expliqué qu’il « avait consommé de la drogue pour se donner du courage » et qu’on lui avait demandé de « frapper des gens ». Ce jeune homme a déclaré avoir tiré sur des policiers dans la ville iranienne de Yasuj. Ce « on » pourrait bien désigner les agents du Mossad qui semblent opérer en ce moment en Iran. En effet le groupe de hackers lié à l’Iran, Handala, a publié une série de messages sur les réseaux sociaux, affirmant avoir découvert l’identité d’agents coordonnant les opérations du Mossad en Iran[2].
Ainsi, il faut rappeler que la volonté impérialiste de provoquer une guerre civile en Iran, comme ce fut le cas en Ukraine après le Maïdan ou comme la guerre en l’Irak et toutes les autres imposées à des peuples innocents à travers le monde par l’impérialisme, n’a rien à voir avec la démocratie, la liberté ou des valeurs quelconques comme « Femme, Vie, Liberté ». Elle est motivée par la stratégie impériale, la crise économique et la réorganisation du capitalisme mondialisé dans un contexte de déclin. La propagande occidentale insiste ainsi sur une seule conclusion : confrontation sans fin, militarisation permanente et servilité à l’égard de l’impérialisme.
L’ennemi n’est pas ailleurs, dans un adversaire fantasmé à nos sacro-saintes valeurs occidentales. Avec Karl Liebnechkt affirmons donc que : « L’ennemi est ici, dans notre propre pays ! »

Anatole
[1] https://x.com/RT_com/status/2010270925527155171?
[2] https://www.jpost.com/middle-east/article-88279












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