Ce texte de Lénine, rédigé et diffusé en août 1904 sous le titre Au Parti, s’inscrit dans un moment décisif de l’histoire du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, moins d’un an après le IIᵉ congrès de 1903 qui a consacré la scission entre bolcheviks et mencheviks. En 1904, le parti est encore une organisation clandestine, jeune, soumise à la répression tsariste, mais confrontée à une montée rapide des luttes sociales, à l’arrière-plan de la guerre russo-japonaise et d’une crise générale de l’autocratie. Cette conjoncture impose selon Lénine une capacité d’action centralisée et disciplinée, précisément au moment où le parti est paralysée par une crise interne profonde.
Le cœur de l’analyse repose sur une lecture marxiste des conditions sociales de production de la vie intellectuelle et organisationnelle du mouvement social-démocrate. Lénine ne réduit pas la crise à des divergences personnelles ou doctrinales abstraites, mais la rapporte à une transformation historique : le passage d’une social-démocratie structurée en cercles à un véritable parti politique. Les cercles, adaptés à une phase antérieure de propagande et de formation, reposaient sur des liens personnels étroits, une forte autonomie intellectuelle et une faible discipline collective. Or, ces formes deviennent un obstacle dès lors que le parti prétend diriger un mouvement ouvrier de masse. La crise actuelle est ainsi interprétée comme une crise de croissance, inévitable mais transitoire, née du décalage entre de vieilles formes organisationnelles et des tâches nouvelles.
Ce qui frappe toutefois dans le texte est l’absence d’acrimonie personnelle et la volonté constante de replacer le conflit sur un terrain historique et organisationnel. Lénine ne diabolise pas la minorité comme une trahison morale, mais comme une survivance de formes anciennes rendues obsolètes par le développement du mouvement. Même lorsqu’il dénonce les pratiques polémiques de la nouvelle Iskra et la désorganisation qu’elles entraînent, il maintient l’idée que ces dérives sont liée à une incapacité structurelle à sortir de la logique de cercle. La solution proposée, la convocation d’un IIIᵉ congrès, vise précisément à dépasser cette crise par des moyens statutaires et collectifs, en transformant les conflits inévitables en une lutte régulée et digne au sein du parti.

Au Parti
Lénine, août 1904
Récemment s’est tenue une réunion privée de 22 membres du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) professant les mêmes opinions et partageant le point de vue de la majorité du IIe Congrès du Parti. Cette conférence a examiné la question de la crise de notre Parti et des moyens d’en sortir. Elle a décidé d’adresser à tous les social-démocrates de Russie l’appel que voici.
Camarades ! La grave crise de la vie du Parti se prolonge ; on n’en voit pas la fin. La confusion grandit, suscitant des conflits toujours nouveaux, entravant à l’extrême et sur toute la ligne le travail positif du Parti. On gaspille stérilement, et dans une mesure alarmante, les forces du Parti, jeune encore et mal affermi.
Or, le moment historique présente au Parti des exigences plus vastes que jamais. L’effervescence révolutionnaire grandit dans la classe ouvrière, la fermentation s’accroît également dans les autres couches de la société, la guerre et la crise, la disette et le chômage sapent inexorablement les racines de l’autocratie. La fin honteuse d’une guerre honteuse n’est déjà plus bien loin ; elle décuplera inéluctablement l’effervescence révolutionnaire, elle placera inéluctablement la classe ouvrière face à face avec ses ennemis, elle exigera de la social-démocratie une activité prodigieuse, une tension formidable de ses forces en vue d’organiser la lutte finale décisive, contre l’autocratie.
Notre Parti peut-il satisfaire à ces exigences dans l’état où il se trouve actuellement ? Tout homme de bonne foi répondra : non, sans hésiter.
L’unité du Parti est profondément atteinte ; la lutte qui se déroule dans son sein est sortie du cadre qu’un parti peut admettre. La discipline d’organisation est ébranlée jusque en ses fondements ; la capacité d’action commune pour le Parti, de mener une ligne, cohérente devient illusoire.
Et malgré tout, nous estimons que cette maladie du Parti est une maladie de croissance. La source de la crise, nous la voyons dans le fait que la social-démocratie est passée d’une forme d’existence caractérisée par des cercles aux formes d’un parti ; dans son essence, la lutte qui se déroule en son sein est un conflit entre l’esprit de coterie et l’esprit de parti. Aussi notre Parti ne peut-il devenir réellement un Parti qu’en mettant un terme à cette maladie.
Sous le nom de « minorité » se sont groupés, dans le Parti, des éléments hétérogènes qu’unit le désir, conscient ou non, de maintenir les rapports de cercle, les formes d’organisation antérieures au Parti.
Certains militants éminents des anciens cercles les plus influents, n’ayant pas l’habitude des restrictions en matière d’organisation, que l’on doit s’imposer en raison de la discipline du Parti, sont enclins à confondre machinalement les intérêts généraux du Parti et leurs intérêts de cercle, qui, effectivement, dans la période des cercles, pouvaient souvent coïncider ; plusieurs de ces militants, donc, se sont placés à la tête de cette lutte de l’esprit de cercle contre l’esprit de parti (une fraction de l’ancienne rédaction de l’Iskra et de l’ex-Comité d’organisation, les membres de l’ancien groupe de « Ioujny Rabotchi », etc.).
Tous les éléments qui, en théorie ou en pratique, renonçaient aux principes rigoureux de la social-démocratie sont devenus leurs alliés, car seul un système de cercles pouvait sauvegarder l’individualité idéologique et l’influence de ces éléments que l’esprit de parti menaçait d’absorber ou de priver de toute influence (économistes, adeptes du Rabotchïé Diélo et autres). Enfin, le gros de l’opposition a été formé principalement par les éléments intellectuels de notre Parti. Comparés aux prolétaires, les intellectuels sont toujours plus individualistes, ne fût-ce qu’en raison de leurs conditions essentielles d’existence et de travail, qui les empêchent de se grouper largement et de travailler spontanément, d’acquérir directement cette éducation qu’assure un travail en commun organisé. Aussi est-il plus difficile aux éléments intellectuels de s’adapter à la discipline de la vie du Parti, et ceux d’entre eux qui ne peuvent y parvenir, lèvent naturellement l’étendard de la révolte contre les restrictions indispensables qu’exige l’organisation, et ils érigent leur anarchisme spontané en principe de lutte, qualifiant à tort cet anarchisme de tendance à « l’autonomie », de revendication en faveur de la « tolérance », etc.
Cette portion du Parti qui se trouve à l’étranger, où les cercles se distinguent par une longévité relative, où se groupent les théoriciens des différentes nuances, où les intellectuels ont une nette prédominance, cette portion du Parti devait s’avérer la plus encline à adopter le point de vue de la « minorité ». Aussi est-ce là qu’elle s’est trouvée bientôt être effectivement la majorité. Par contre, la Russie, où s’entend mieux la voix des prolétaires organisés, où les intellectuels du Parti eux aussi, en contact plus direct et plus étroit avec ces derniers s’éduquent dans un esprit plus prolétarien, où le poids de la lutte immédiate fait plus fortement sentir la nécessité d’un travail organisé et concerté — la Russie, elle, s’est prononcée résolument contre l’esprit de cercle, contre les tendances anarchistes désorganisatrices. Elle a nettement fait connaître son attitude à leur égard dans toute une série de déclarations émanant des comités et autres organisations du Parti.
La lutte gagnait en ampleur et en acuité. Et à quelles extrémités ne s’est-elle pas portée !
L’organe du Parti, dont la « minorité » est parvenue à s’emparer en dépit de la volonté du congrès et grâce aux concessions personnelles des rédacteurs élus par le congrès, est devenu un organe de lutte contre le Parti !
Ce qu’il est le moins aujourd’hui, c’est un guide idéologique du Parti dans sa lutte contre l’autocratie et la bourgeoisie ; il est avant tout le dirigeant de l’opposition des cercles en lutte contre l’esprit de parti. D’une part, conscient de sa position inadmissible dans l’essentiel, du point de vue des intérêts du Parti, il s’occupe activement de rechercher des désaccords, réels et imaginaires, afin de masquer idéologiquement cette position ; et, se cramponnant dans ces recherches aujourd’hui à un mot d’ordre, demain à un autre, il puise de plus en plus ses matériaux chez l’aile droite du Parti, — chez les anciens adversaires de l’Iskra, s’en rapproche idéologiquement de plus en plus, restaurant leurs théories répudiées par le Parti, ramenant la vie idéologique du Parti à la période, révolue semblait-il, de confusion doctrinale, de flottements et de fluctuations idéologiques. D’autre part, s’attachant à saper l’influence morale de la majorité du Parti, la nouvelle Iskra s’emploie plus activement encore à rechercher et à dénoncer les erreurs des militants de cette majorité, grossissant monstrueusement chaque lacune et s’efforçant d’en faire retomber la responsabilité sur l’ensemble de la majorité du Parti, reprenant tout ragot de cercle, toute insinuation pouvant nuire à ses adversaires, sans se soucier non seulement de les contrôler, mais souvent même de la vraisemblance.
Dans cette voie, les collaborateurs de la nouvelle Iskra ont été jusqu’à attribuer aux membres de la majorité des méfaits non seulement entièrement imaginaires, mais même impossibles, et non seulement sous le rapport politique (ainsi, l’accusation qu’on adresse au Comité central de casser par la force individus et organisations), mais encore au point de vue moral en général (accusation de faux et de complicité morale en matière de faux, portée contre des militants en vue du Parti). Jamais encore le Parti n’avait baigné dans une mer de boue comme celle qu’a formée la minorité à l’étranger au cours de l’actuelle polémique.
Comment tout cela a-t-il pu se produire ?
La façon d’agir de chacune des parties correspondait au caractère fondamental de ses tendances. La majorité du Parti, soucieuse d’en sauvegarder à tout prix l’unité et la cohésion de son organisation, n’a usé dans sa lutte que de moyens loyaux, ne contredisant point aux principes du Parti, et elle a plus d’une fois consenti des concessions afin d’aboutir à la réconciliation. S’attachant à faire triompher sa tendance anarchiste, la minorité n’avait cure de la paix ni de l’unité du Parti. De chaque concession, elle faisait un instrument de lutte ultérieure. De toutes les revendications de la minorité, une seule n’a pas été satisfaite jusqu’à présent — celle de semer la discorde au Comité central du Parti par la cooptation de membres de la minorité qu’on prétend lui imposer —, et les attaques de la minorité se sont faites plus violentes que jamais. Désormais maîtresse de l’organe central et du Conseil du Parti, la minorité ne se fait plus aucun scrupule d’exploiter dans ses intérêts de cercle cette même discipline contre laquelle, au fond, elle mène la lutte.
La situation est devenue intolérable, impossible ; la prolonger davantage serait tout simplement criminel.
Le premier moyen d’en sortir c’est, selon nous, une clarté et une franchise entières dans les rapports au sein du Parti. Dans la boue et le brouillard, impossible de retrouver le droit chemin. Chaque courant au sein du Parti, chaque groupement doit dire, haut et clair, ce qu’il pense de la situation actuelle du Parti et comment il veut en sortir. Telle est la proposition que nous adressons à tous les camarades, aux représentants de toutes les nuances dans le Parti. Pratiquement, nous voyons une issue à la crise dans la convocation immédiate du IIIᵉ Congrès du Parti. Lui seul peut éclairer la situation, trancher les conflits, ramener la lutte dans le cadre qui doit être le sien. Sans lui, on ne peut s’attendre qu’à une désagrégation progressive du Parti.
Toutes les objections que l’on élève contre la convocation du congrès sont, selon nous, absolument inconsistantes.
On nous dit : le congrès conduira à la scission. Mais pourquoi ? Si la minorité reste intransigeante dans ses tendances anarchistes, si elle est prête à la scission plutôt que de se soumettre au Parti, c’est qu’elle s’en est déjà détachée en fait, et retarder alors une scission formelle inévitable serait plus que déraisonnable ; rivées à une même chaîne, les deux parties gaspilleraient d’une façon toujours plus insensée leurs forces dans une lutte et des querelles mesquines où elles s’épuiseraient et se diminueraient moralement. Mais nous n’admettons pas la possibilité d’une scission. Devant la force effective du Parti organisé, les éléments à tendances anarchistes devront, et, pensons-nous, sauront s’incliner, car de par leur nature même, ils ne sauraient constituer une force indépendante.
On indique la possibilité d’une réconciliation sans convoquer le congrès. Mais de quelle réconciliation ? La capitulation définitive devant l’esprit de cercle, la cooptation de la minorité au Comité central, et, par conséquent, la désorganisation complète des organismes centraux. Alors, le Parti ne serait plus qu’un mot, la majorité du Parti se verrait contrainte de recommencer la lutte. Et la minorité ? Jusqu’à présent, chaque concession arrachée par elle n’a été qu’un encouragement à poursuivre son travail de désorganisation ; même de son point de vue, la lutte est sortie bien au-delà du cadre des mesquines querelles cooptationnistes ; comment dans ces conditions pourrait-elle cesser la lutte ? À plus forte raison ne la cessera-t-elle pas sans avoir obtenu toutes les concessions. On nous dit : le congrès ne peut atteindre son but, car jusqu’à présent, les divergences ne sont point élucidées. Mais maintenant s’achemine-t-on vers leur élucidation, et la confusion ne grandit-elle pas sans cesse ? On ne s’attache pas, à présent, à élucider les divergences, on les recherche et on les crée, et seul un congrès peut y mettre un terme. Lui seul, en plaçant face à face les parties qui s’affrontent, les obligera à formuler haut et clair leurs aspirations, lui seul est en mesure d’apporter une entière clarté dans les rapports mutuels des courants et des forces au sein du Parti. Mais on peut fausser le congrès en cassant les organisations, déclare la minorité. C’est une insinuation mensongère, répliquerons-nous, une insinuation à l’appui de laquelle on n’allègue pas un seul fait. S’il existait des faits, la minorité qui dispose de l’organe du Parti, aurait, certes, eu tôt fait de leur assurer une large publicité, et avec le Conseil du Parti entre ses mains, elle aurait eu toute possibilité de les rectifier. Enfin, la récente résolution du Conseil, qui ne signale aucun de ces faits dans le passé, garantit définitivement leur impossibilité pour l’avenir. Qui croira désormais à cette insinuation invraisemblable ? On exprime la crainte que le congrès détournera du travail positif trop de forces et de ressources. Amère dérision ! Conçoit-on, en effet, plus de forces et de ressources détournées que par cette discorde ? Le congrès est une nécessité ! Il l’eût été, même si la vie du Parti eût suivi son cours normal, en raison du caractère exceptionnel du moment historique, en raison des tâches nouvelles que peuvent poser devant le Parti des événements d’une importance mondiale. Il l’est doublement, étant donné la crise actuelle du Parti, afin de trouver à celle-ci une issue honnête et raisonnable, de conserver les forces du Parti, d’en sauvegarder l’honneur et la dignité.
Que doit faire le IIIe Congrès pour mettre fin à la confusion, pour ramener le Parti à une existence normale ? À cet égard, nous estimons essentielles entre toutes les mesures suivantes de réorganisation, que nous défendrons et que nous nous attacherons à faire triompher par tous les moyens loyaux.
I. Passage de la rédaction de l’organe central aux mains des partisans de la majorité du Parti. La nécessité en est suffisamment motivée par l’incapacité manifeste de l’actuelle rédaction de maintenir l’organe central au niveau des intérêts de l’ensemble du Parti. L’organe d’un cercle ne peut pas et ne doit pas être l’organe du Parti.
II. Réglementation précise des rapports entre l’organisation locale à l’étranger (la Ligue) et le centre unique en Russie, qui est le Comité central. L’attitude actuelle de la Ligue qui s’est transformée en un second centre du Parti et dirige sans contrôle les groupements adhérents, tout en méconnaissant complètement le Comité central, cette attitude est manifestement anormale ; il faut y mettre fin.
III. Garantie statutaire de méthodes dignes du Parti de mener la lutte au sein de ce dernier. Toute l’expérience de la lutte qui a suivi le congrès a fait apparaître la nécessité de cette réforme. Il faut que les statuts du Parti garantissent les droits de toute minorité, afin que les sources constantes et intarissables de désaccords, de mécontentement et d’irritation soient ainsi détournées de l’ancienne voie philistine de scandales et mesquines querelles, qui était celle des cercles, et canalisées dans la voie encore nouvelle d’une lutte correcte et digne pour la défense des convictions. Parmi les conditions qu’exige un semblable revirement, nous rangeons les suivantes : octroi à la minorité d’un (ou plusieurs) groupe littéraire, avec droit de représentation aux congrès ; garanties formelles les plus larges quant aux publications consacrées à la critique de l’activité des organismes centraux du Parti. Reconnaissance formelle du droit, pour les comités, de recevoir (du service général d’expédition du Parti) les publications du Parti qu’ils désirent. Détermination précise des limites du droit, pour le Comité central, d’influer sur la composition des comités. Nous estimons qu’il importe beaucoup que les mesures proposées par le Comité central à la minorité du IIIᵉ Congrès, en vue d’éditer les écrits des mécontents, soient consacrées par les statuts, afin de dissiper le mirage de l’« état de siège » créé par la minorité elle-même, afin que la lutte inévitable au sein du Parti soit menée d’une manière correcte et n’entrave point le travail positif.
Nous n’exposons pas ici, en détail, nos propositions, car nous proposons non un projet de statuts, mais uniquement un programme général de lutte pour l’unité du Parti. Aussi n’indiquons-nous que sommairement dans quel sens il serait, selon nous, désirable d’apporter aux statuts certaines modifications partielles, sans le moins du monde se lier les mains relativement à leur élaboration ultérieure sur la base des indications nouvelles de l’expérience. Par exemple, il est indispensable de réformer le Conseil du Parti, institution qui s’est révélée dans la pratique incapable, sous sa forme présente, d’accomplir la tâche qui lui est assignée — coordonner les activités des organismes centraux et les contrôler en qualité d’instance suprême. Il doit être un collège entièrement élu par le congrès, et non l’arbitrage qu’exerce un cinquième membre élu par le congrès à l’égard des organismes centraux, lesquels se défendent par l’entremise de leurs délégués. Il faut aussi, conformément aux suggestions de la critique faite par le Parti, réviser le § 1 des statuts afin de déterminer avec plus de précision les limites du Parti, etc.
Formulant ce programme de lutte pour l’unité du Parti, nous invitons les représentants de toutes les autres nuances ainsi que toutes les organisations du Parti, à se prononcer explicitement sur leurs programmes, afin de permettre une préparation sérieuse et conséquente, consciente et méthodique en vue du congrès. C’est pour le Parti une question de vie ou de mort, une question d’honneur et de dignité : existe-t-il, en tant que force idéologique et pratique, capable de s’organiser rationnellement de façon à apparaître comme le dirigeant effectif du mouvement ouvrier révolutionnaire de notre pays ? La minorité à l’étranger répond : non ! Et elle continue d’agir dans ce sens-là avec assurance, résolument, se fiant à l’éloignement de la Russie, au changement fréquent des militants de là-bas, à l’impossibilité de remplacer ses chefs, ses cadres littéraires. Notre Parti est en train de naître ! disons-nous en constatant les progrès de la conscience politique des ouvriers avancés, en constatant que les comités interviennent activement dans la vie du Parti dans son ensemble. Notre Parti est en train de naître ; nos jeunes forces se multiplient, capables de remplacer et de ranimer les vieux groupes littéraires, qui perdent la confiance du Parti ; nous avons toujours plus de révolutionnaires pour qui une ferme orientation de la vie du Parti passe avant un cercle d’anciens chefs, quel qu’il soit. Notre Parti est en train de naître, et nul subterfuge ou atermoiement ne l’empêchera de prononcer son arrêt, catégorique et irrévocable.
C’est dans ces forces de notre Parti que nous puisons notre foi en la victoire.
Camarades, imprimez et diffusez cet appel !
Écrit dans la première moitié d’août 1904.
Publié pour la première fois sous forme de tract en août 1904.
Conforme au texte de la brochure « Au Parti ».
Genève, 1904.












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