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ALGÉRIE : LÉGISLATIVES DU 2 JUILLET 2026

par | Juil 13, 2026 | Théorie-débats | 0 commentaires

Le collectif « ÉCHOS DE LA VIE ICI-BAS » poursuit dans cette nouvelle contribution son travail d’analyse des transformations politiques, économiques et sociales de l’Algérie contemporaine. À partir des élections législatives du 2 juillet 2026 et de l’abstention massive, il propose une lecture matérialiste des contradictions qui traversent le pays, entre restructuration de l’État, développement d’un capitalisme national, crise du mouvement communiste et nécessité historique de reconstruire une avant-garde révolutionnaire.

Un homme dans un bureau de vote à l’occasion des élections législatives à Alger, 2 juillet 2026 ( AFP)

ALGÉRIE : LEGISLATIVES DU 2 JUILLET 2026. Les limites historiques du projet de la bourgeoisie nationale et la mystification de l’abstention passive

Au-delà des résultats, l’analyse matérialiste-historique de la formation sociale algérienne contemporaine, et singulièrement le traitement du phénomène de l’abstention de masse lors de ces élections législatives, exige de dépasser les apparences phénoménales pour saisir la dynamique profonde des contradictions de classes qui configurent l’État et ses choix stratégiques.

Restructuration de l’appareil d’État et émergence d’un capitalisme national-bureaucratique hors hydrocarbures

Dans cette perspective, la brutale mise hors-jeu de l’oligarchie prédatrice, criminelle, de l’ère Bouteflika et la relégation de la bourgeoisie compradore, issue des contre-réformes libérales de la décennie quatre-vingt, ne sauraient être interprétées comme de simples règlements de comptes inter-claniques. Les faits démontrent qu’il s’agit d’une tentative de restructuration globale menée par une fraction spécifique de la classe dominante, que l’on peut qualifier de bourgeoisie nationale à ancrage militaro-bureaucratique.

Cette fraction cherche à résoudre une contradiction historique. D’un côté, le pays demeure dans une dépendance structurelle à la « rente pétrolière », conséquence de son statut périphérique au sein du système capitaliste mondial. Ce statut lui a été assigné par le Centre capitaliste à la suite du virage libéral du début des années 1980, le cantonnant au rôle de fournisseur d’énergie brute et de débouché captif pour les produits finis occidentaux. De l’autre, cette même fraction est confrontée à la nécessité de développer les forces productives internes afin de dépasser les limites de ce modèle de dépendance, un impératif de sécurité nationale.

En cherchant à relancer une économie productive (hors hydrocarbures) et en mobilisant l’intelligence technocratique et scientifique autour d’un projet de développement souverain, cette direction politique cherche à stabiliser sa propre hégémonie en rompant avec le capitalisme bazariste de pur comptoir qui menaçait les fondements mêmes de l’État-nation.

Cette orientation interne trouve son prolongement dialectique naturel dans une diplomatie qui réactive la tradition anti-impérialiste issue de la guerre de libération et de la période boumédienniste. Face au capitalisme mondialisé et aux pressions des puissances hégémoniques, l’appareil d’État algérien maintient une posture de refus des alignements subordonnés, affirmant une souveraineté géopolitique qui sert de bouclier à son projet de capitalisme d’État national.

Le boycott léniniste face à l’apathie populaire : Critique de l’opportunisme petit-bourgeois et de l’abstention passive

C’est précisément à la lumière de cette configuration socio-économique qu’il convient d’analyser le comportement électoral des masses et d’évaluer la validité théorique des revendications de l’opposition. Lorsque les pseudo-opposants, qu’ils soient issus de la petite bourgeoisie locale ou installés en exil, qualifient, de façon incantatoire, l’abstention massive et le désintérêt manifeste pour les urnes d’acte politique ou de boycott, ils commettent une confusion théorique majeure au regard des réalités matérielles et économiques de notre époque.

Nos références léninistes nous enseignent que le boycott des institutions bourgeoises n’est jamais une posture morale ou un geste de retrait passif, mais une tactique de combat strictement subordonnée à l’existence d’une phase d’offensive révolutionnaire ascendante. Le but d’un véritable boycott (léniniste) est d’empêcher le pouvoir en place de canaliser la colère populaire vers des voies réformistes ou parlementaires, afin de rediriger cette énergie vers des structures de pouvoir alternatives et d’organiser l’assaut contre l’appareil d’État.

Ce que l’on observe en Algérie relève d’une réalité tout autre car il s’agit d’un retrait passif, de l’ordre du fatalisme, d’une apathie politique généralisée des masses face à un système verrouillé, dictée par le constat empirique du prolétariat que l’assemblée nationale (les partis et les personnalités politiques qui la composent) n’a factuellement aucune emprise sur ses conditions matérielles d’existence. En s’appropriant ce désintérêt populaire pour le repeindre en mot d’ordre conscient, la petite bourgeoisie se rend coupable d’une récupération opportuniste et cède à l’illusion de la pureté morale, transformant une absence d’alternative révolutionnaire en un choix délibéré pour masquer sa propre coupure d’avec les masses. Cette récupération opportuniste est une imposture politique. Elle est l’illustration parfaite de ce que Lénine stigmatisait comme l’« infantilisme de gauche » cette pseudo-révolutionnalité puérile qui érige le refus de tout compromis pragmatique en posture d’absolu moral. Pour le théoricien du bolchevisme, une telle phraséologie « de gauche » dissimule le plus souvent une banqueroute politique et une incapacité à déchiffrer le rapport des forces concret, opposant la naïveté des déclamations romantiques à la rigueur matérialiste qui exige de savoir calculer les réalités sociales plutôt que de s’abriter dans des mots d’ordre intransigeants. En l’espèce, cette grille d’analyse léniniste dévoile la mystification consistant à parer l’abstention passive, fruit d’un abandon objectif des masses, des habits d’une opposition volontariste, ne faisant que sceller définitivement la coupure de cette petite bourgeoisie d’avec le prolétariat désorienté.

La liquidation de l’avant-garde communiste et progressiste et le vide historique : Du révisionnisme du PAGS à l’abandon des masses

Dans ce contexte on mesure l’ampleur des dégâts causés par la liquidation du mouvement communiste, marxiste-léniniste, algérien dans le cadre d’un processus où se sont accumulés d’innombrables sacrifices et, hélas, toute une série d’erreurs, d’abandons et de trahisons qui ont jalonnées l’histoire de ce mouvement.

Dans les faits, cette histoire (douloureuse en fin de compte pour les travailleurs et les masses populaires) n’est pas seulement une somme d’accidents ou de trahisons individuelles, mais le déploiement d’une nécessité dialectique. Autrement dit, l’effondrement ou l’autodissolution de ce courant ne relève pas de la fatalité subjective, mais exprime le produit inévitable des contradictions objectives entre les structures de classe de l’Algérie post-coloniale, l’hégémonie du nationalisme d’État et les limites matérielles du mouvement ouvrier de l’époque.

La liquidation historique du mouvement marxiste-léniniste en Algérie, parachevée par la dissolution opportuniste du PAGS dans le sillage de la dérive révisionniste de la Pérestroïka, ne saurait être réduite à une suite de renoncements individuels. Elle procède, d’une nécessité dialectique, au carrefour de contradictions objectives insurmontables et de graves défaillances subjectives du facteur conscient.

Sur le plan objectif, l’avant-garde a buté contre les séquelles structurelles d’une colonisation de peuplement féroce, caractérisée par une base industrielle embryonnaire et, par conséquent, un prolétariat numériquement restreint et insuffisamment structuré. Face à lui s’est dressé l’État post-colonial, appareil hégémonique contrôlé par la petite bourgeoisie nationaliste.

Si cet appareil de pouvoir a impulsé une voie de développement non-capitaliste à travers des nationalisations historiques et une réelle redistribution sociale, il a néanmoins bloqué l’initiative révolutionnaire des masses au profit d’un socialisme d’État dirigiste.

Ce choix stratégique a favorisé l’émergence d’une nomenklatura bureaucratique qui, sous le couvert d’un équilibre fragile et personnalisé, captait les privilèges du pouvoir en attendant les conditions de sa conversion future au libéralisme.

Sur le plan subjectif, les directions successives du mouvement marxiste-léninisteont sombré dans l’opportunisme de droite et le suivisme idéologique à l’égard du FLN. En abandonnant le principe léniniste de l’indépendance de classe et en théorisant une « alliance sans rivages » avec le pouvoir, elles ont désarmé idéologiquement les travailleurs.

Cette capitulation s’est traduite, finalement, par la désertion massive des cadres et des intellectuels progressistes vers l’exil, dès la fin des années 1980, le renoncement ou le ralliement au néolibéralisme triomphant. En abandonnant le terrain de la lutte, ils ont laissé les masses populaires sans boussole révolutionnaire. Ce vide politique a mécaniquement livré le prolétariat et le sous-prolétariat aux ravages du capitalisme informel, à la paupérisation absolue et à l’offensive réactionnaire de l’obscurantisme religieux, instrumentalisé pour canaliser la détresse sociale vers le défaitisme et la division identitaire.

C’est dans cette réalité qu’il faut chercher les causes et les raisons du désintérêt populaire aux élections. Ce ne sont pas les réflexes de récupération petits-bourgeois ou la bonne conscience de l’élite déserteuse qui clarifieront la situation et mobiliseront les masses. Ces attitudes politiquement immorales servent les sectes nihilistes et les partisans du chaos au service d’agendas élaborés dans l’outre-méditerranée.

Bonapartisme économique et contrôle des masses : La peur organique des contre-pouvoirs autonomes

La contradiction principale de ce projet de la bourgeoisie nationale réside en réalité dans son incapacité organique à tolérer l’émergence d’une démocratie ouvrière et populaire réelle. La peur panique des contre-pouvoirs autonomes, qu’il s’agisse de syndicats de combat, d’organisations de jeunesse ou de mouvements de femmes indépendants, révèle que la bourgeoisie nationale redoute par-dessus tout que le prolétariat et les masses populaires ne s’organisent pour la défense de leurs propres intérêts de classe.

Pour conjurer le spectre d’une contestation populaire et transformer l’abstention passive en consentement silencieux, l’État déploie la stratégie classique du bonapartisme économique en s’érigeant en arbitre suprême au-dessus des classes. Profitant de la neutralisation simultanée de la bourgeoisie compradore, de l’ancienne oligarchie d’affaires et du mouvement citoyen, l’appareil d’État s’érige en tuteur unique et centralisé de l’économie nationale. Ce dirigisme unilatéral utilise les grands chantiers et des concessions sociales ciblées pour pacifier les tensions sociales, garantissant ainsi, sous le prétexte de l’intérêt général, la pérennité des structures de profit et le maintien de l’ordre établi.

En effet, faute de pouvoir ou de vouloir offrir une émancipation politique réelle, le pouvoir utilise les ressources issues de la centralisation de la valeur économique et des recettes des hydrocarbures pour opérer une distribution des richesses plus importante mais strictement contrôlée et encadrée par la bureaucratie. Cette politique de concessions matérielles, par le biais de subventions, d’allocations et d’investissements sociaux, vise à acheter la paix sociale et à désamorcer l’allumeur de la lutte des classes.

En sapant préventivement l’organisation autonome des masses par une intégration « clientéliste » et un contrôle des structures intermédiaires, la bourgeoisie nationale algérienne tente de figer l’histoire et de neutraliser le potentiel subversif de l’abstention. Elle aspire à réaliser le développement des forces productives sous sa stricte tutelle, tout en maintenant les forces laborieuses dans un état d’atomisation politique, confirmant ainsi l’axiome léniniste selon lequel seule la classe ouvrière organisée, et non la bourgeoisie la plus nationale soit-elle, peut mener la lutte pour la démocratie et le socialisme jusqu’à son terme d’émancipation totale. Sans boussole, point d’horizon !

L’urgence historique

Ainsi, le boycott passif des urnes ne saurait servir de paravent à l’opportunisme stérile d’une opposition petite-bourgeoise structurellement déconnectée des masses. L’urgence historique n’est pas aux lamentations électoralistes, mais à la reconstitution du facteur subjectif : cela exige la reconstruction d’organisations ouvrières indépendantes et la renaissance d’un parti d’avant-garde, boussole indispensable pour guider la transition socialiste.

Pour triompher, cette avant-garde doit fusionner organiquement avec les forces motrices de l’Algérie contemporaine : sa jeunesse ardente et ses femmes, qui forment aujourd’hui les bataillons majoritaires des forces intellectuelles et universitaires du pays. Cette alliance de combat doit se traduire par l’émergence d’un contre-pouvoir populaire sain, porté par des syndicats autonomes et des associations démocratiques de jeunes et de femmes. Ce bloc historique aura pour double mission de participer directement aux décisions stratégiques qui engagent la nation et d’exercer un contrôle ouvrier et populaire permanent sur l’appareil d’État, garantissant que l’action publique serve exclusivement les intérêts supérieurs du pays et des classes laborieuses.

C’est à cette seule condition que le peuple travailleur, conscient et organisé, pourra reconquérir l’héritage de la révolution de libération nationale et le dépasser. Ce dépassement dialectique signifie qu’il ne s’agit plus simplement de restaurer le projet initial de développement et de progrès social de l’Algérie post-indépendance, qui a fini par buter sur ses propres contradictions et les limites du capitalisme d’État, mais de le hisser à un stade supérieur : celui d’une authentique société plus juste et solidaire brisant définitivement les structures de l’exploitation et de la dépendance.

Alger, le 9 juillet 2026

Collectif « ÉCHOS DE LA VIE ICI-BAS »

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