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Portugal : la construction d’une victoire ouvrière contre le paquet travail

par | Juin 29, 2026 | Luttes | 0 commentaires

Le gouvernement PSD/CDS a perdu. Son paquet travail a été rejeté le 19 juin 2026 à l’Assemblée de la République, après 330 jours de lutte. Cette défaite n’est pas seulement parlementaire : c’est d’abord une victoire ouvrière, construite par la mobilisation organisée des travailleurs portugais, qui ont imposé un rapport de force que le pouvoir n’a pas réussi à briser.

La force de cette victoire tient à son double caractère. Elle a marché sur deux jambes : une jambe syndicale, avec la CGTP-IN au cœur de la mobilisation, et une jambe politique, avec le PCP dans la bataille d’explication, de dénonciation et d’orientation. Cette articulation entre organisation syndicale de classe et parti communiste donne à la lutte portugaise une portée particulière.

Le paquet travail ne menaçait pas seulement quelques droits isolés. Il visait à aggraver l’ensemble du rapport de force en faveur du capital et ouvrait la voie à davantage de licenciements, de précarité, de bas salaires et de dérégulation des horaires. Il attaquait aussi les droits collectifs : la négociation collective, le droit de réunion syndicale, l’information des travailleurs et le droit de grève.

Dès le mois de mai, la CGTP-IN a appelé à faire du 3 juin une journée nationale de grève générale. Cette mobilisation n’est pas restée symbolique. Elle s’est enracinée dans les entreprises, dans les secteurs industriels et dans les lieux de travail.

Quelques semaines plus tard, la grève touchait fortement la métallurgie, la chimie, l’agroalimentaire, le textile, l’automobile ou encore les chantiers navals. C’est cette continuité de l’action syndicale qui a transformé le refus du texte en force matérielle.

Mais une lutte sociale ne gagne pas seulement par son ampleur. Elle gagne aussi quand elle comprend clairement ce qu’elle affronte. Le PCP a joué ce rôle politique. Dès le départ, il a dénoncé le paquet travail comme une offensive du grand capital contre les droits individuels et collectifs des travailleurs. Il a montré que le gouvernement PSD/CDS ne menait pas une simple réforme technique, mais une attaque de classe.

Cette bataille d’explication a permis d’isoler le gouvernement. Elle a aussi placé le parti d’extrême droite Chega devant ses contradictions. Selon Francisco Lopes1, membre du secrétariat et de la commission politique du PCP, ce parti voulait voter en faveur du paquet travail. La pression de la lutte organisée des travailleurs l’a finalement contraint à voter contre. La mobilisation ouvrière a ainsi démasqué le double langage social de l’extrême droite.

La victoire portugaise montre que le rapport de force peut changer lorsque l’action syndicale et l’intervention politique avancent ensemble. La CGTP-IN a organisé la mobilisation concrète des travailleurs. Le PCP a donné à cette mobilisation une lecture de classe, une continuité et une perspective politique. C’est ce couple, syndical et politique, qui a permis de transformer la colère en victoire.

Cette leçon dépasse le Portugal. Partout en Europe, les gouvernements attaquent les droits sociaux au nom de la compétitivité, de la dette ou de la modernisation. Partout, le capital cherche à affaiblir les droits collectifs pour isoler les travailleurs. La réponse portugaise montre qu’une lutte ouvrière peut encore faire reculer un gouvernement lorsqu’elle s’organise durablement.

Le rejet du paquet travail ne règle pas toutes les attaques accumulées contre les travailleurs portugais. La législation du travail reste marquée par des reculs imposés par les gouvernements successifs du PSD, du CDS et du PS. Le patronat continuera à pousser pour les bas salaires, la précarité et la dérégulation.

Mais cette victoire ouvre une nouvelle phase. Elle montre que l’organisation paie et confirme le rôle irremplaçable du syndicalisme de classe. Elle rappelle aussi qu’un parti communiste utile aux travailleurs n’est pas un simple commentateur des luttes : il aide à les orienter, à les politiser et à les inscrire dans une bataille plus large contre le capital.

Au Portugal, la classe ouvrière n’a pas seulement obtenu le rejet d’un texte. Elle a démontré qu’une lutte conduite avec une organisation syndicale solide et une orientation politique claire pouvait imposer une défaite au gouvernement et au patronat.


  1. Vitória!, Avante, 25 juin 2026. ↩︎

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