Alors que le trafic aérien a retrouvé son niveau d’avant la pandémie, les conditions d’obtention et de travail se dégradent sur l’aéroport Roissy-CDG et ses alentours. Ceux qui y travaillent depuis longtemps subissent une pression accrue continuellement. Chez Servair (groupe Gate) comme chez FedEx, les effectifs diminuent, l’intérim se généralise et les mouvements sociaux se multiplient. Retour sur une situation qui illustre la précarisation organisée de tout un secteur.

Le secteur aéroportuaire de Roissy-CDG et la logistique francilienne connaissent une dégradation continue des conditions de travail. Cette tendance, qui touche aussi bien les salariés en CDI que les intérimaires et les sous-traitants (pardonnez mon offense RH – je voulais dire collaborateur ou prestataire de service !!!), s’est accélérée depuis la reprise d’activité post-Covid. Deux entreprises illustrent particulièrement ce phénomène : Servair, filiale du groupe Gate spécialisée dans la restauration aéronautique (catering), et FedEx, qui a racheté TNT en 2016.
Chez Servair, la précarisation comme méthode de gestion
Les effectifs en CDI chez Servair sont passés de 2 000 à 1 400, tandis que plus de 300 intérimaires viennent compléter la main-d’œuvre, alors même que l’activité a retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire1. Une pratique courante consiste à fermer des sites pour les rouvrir ailleurs, dans une logique de « low cost ». La création d’une nouvelle filiale, Eat and Fly, est décrite par les syndicats comme un « laboratoire » aux conditions de travail « exécrables », que la direction cherche ensuite à imposer sur les autres sites2.
Les mouvements sociaux se sont multipliés ces derniers mois. En janvier 2024, des débrayages ont eu lieu chez ACNA, filiale de Servair employant environ 1 000 salariés. La direction a dû accorder une prime de 700 euros et de faibles augmentations3. En mars-avril 2024, les sites PAC CDG et PAC EST ont été touchés à leur tour. Les syndicats dénoncent des conditions de travail qui s’aggravent en raison du manque de personnel et d’un matériel en mauvais état2. Le 2 avril 2024, 80 % des chauffeurs de Servair, soit 200 travailleurs, se sont mis en grève contre un projet visant à réduire les équipes de quatre à trois, augmentant d’autant la charge de travail2.
La CGT a par ailleurs porté plainte contre Servair pour l’obliger à appliquer la convention collective du transport aérien, plus favorable que celle de la restauration qu’elle appliquait jusqu’ici1.
FedEx : une reprise qui pèse sur les salariés
Du côté de FedEx, le rachat de TNT en 2016 n’a cessé d’alimenter les inquiétudes syndicales. Dès 2017, les représentants du personnel s’alarmaient de l’arrivée de renforts étrangers et des différences de statuts entre les salariés TNT, régis par la convention des routiers, et ceux de FedEx, soumis à la convention de l’aérien. En 2024, FedEx a annoncé la suppression de 5 500 à 6 300 emplois en Europe pour éviter les doublons.
Les conditions de travail sont régulièrement dénoncées. En décembre 2020, des débrayages en série ont mobilisé jusqu’à une centaine de salariés à Roissy, réclamant de meilleures conditions salariales, une prime Covid et une prime pour le pic d’activité2. En mars 2020, un intérimaire de FedEx est décédé du Covid-19. Les syndicats ont dénoncé un non-respect des mesures d’hygiène : longues files d’attente, absence de nettoyage des appareils à empreintes, rupture de stock de gel hydroalcoolique, non-respect des distances de sécurité5. Dès 2016, des grévistes dénonçaient déjà des conditions de travail précaires et la pratique de la « double fenêtre », une journée de travail fractionnée en deux plages horaires6.
Un modèle de sous-traitance généralisé
Ces situations ne sont pas isolées. À Roissy, les sous-traitants jouent un rôle crucial, mais les pratiques de mise en concurrence brutale entraînent un « nivellement par le bas » des conditions de travail. Chez WFS, les syndicats dénoncent des horaires étendus sans compensation adéquate et un nombre important d’accidents du travail5. Le syndicat FO pointe également l’accélération de la sous-traitance par ADP pour contourner le statut du personnel et réduire les coûts.
Dans la logistique francilienne, qui représente 8 % de l’emploi salarié, soit 347 600 salariés, la sous-traitance est prédominante. Un rapport indique qu’elle conduit à des salaires plus bas et à de moins bonnes conditions de travail2. La CGT FAPT estime que 80 à 90 % de l’activité est sous-traitée en Île-de-France et réclame un véritable statut protecteur pour les travailleurs, quel que soit leur employeur.
Le choix du capital : précariser pour maximiser les profits
Derrière ces dégradations, c’est la même logique qui s’impose : celle du capital, qui sacrifie les conditions de travail sur l’autel de la rentabilité. La réduction des effectifs, le recours massif à l’intérim, la sous-traitance en cascade et l’allongement des horaires ne sont pas des accidents, mais des choix délibérés de gestion. À Roissy comme dans l’est francilien, les travailleurs paient le prix fort d’un modèle qui les rend interchangeables et précaires. Les luttes qui se multiplient – grèves, débrayages, plaintes syndicales – montrent que la résistance s’organise. Mais pour inverser la tendance, il ne suffira pas d’obtenir des primes ponctuelles : c’est l’ensemble du système qui doit être remis en cause.
Erol – JDM
Notes :
1 https://lutte-ouvriere.org/journal/article/2022-11-02-servair-roissy-la-colere-saccumule_432423.html
2 https://www.lutte-ouvriere.org/portail/journal/servair-roissy-reactions-multiplient-165735.html
3 https://lutte.online/journal/article/roissy-debrayages-restauration-165338.html
4https://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/aeroport-de-roissy-debrayages-en-plein-rush-de-noel-chez-fedex-12-12-2020-8413872.php
5 https://politique.pappers.fr/question/situation-salaries-wfs-roissy-QANR5L16QE10127?q=
6 https://adp.force-ouvriere.org/-du-cote-des-sous-traitants-et-des-filiales–
Sources :
1. Lutte Ouvrière, octobre 2024, et Lutte Online, 2024.
2. Le Parisien, 2017, et Challenges, 2024.
3. Le Parisien, 2020, Actu.fr, 2020, et Zonebourse, 2016.
4. Sénat, question écrite, 2023 ; Assemblée nationale.
5. CGT FAPT ; rapport sur la sous-traitance dans la logistique.












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