Depuis le 7 février, à Nantes, un mouvement de grève touche les Machines de l’île et s’est élargi à d’autres services du Voyage à Nantes, une société publique locale à cheval entre le public et le privé qui exerce une mission de service public touristique pour la ville. Un salarié, que nous appellerons Pierre, revient sur les raisons de la mobilisation et ses perspectives.

Jeunesse du Monde : Peux-tu nous présenter la situation aux Machines de Nantes et nous expliquer pourquoi une telle mobilisation a lieu aujourd’hui ?
Pierre :
Les Machines font partie du Voyage à Nantes, une délégation de service public subventionnée principalement par Nantes Métropole. Nous ne sommes pas fonctionnaires : notre employeur, c’est le Voyage à Nantes. La mobilisation ne sort pas de nulle part. Ça fait deux ou trois ans qu’on alerte la direction sur tout un tas de problèmes : les salaires, les conditions de travail et l’absence d’évolution au sein de l’entreprise. Le déclic, ça a été les négociations annuelles de décembre : on demandait une augmentation de salaire décente. La direction a proposé 0,6 %, puis 0,9 %, à peine le niveau de l’inflation. Beaucoup ont vécu ça comme du mépris et un certain nombre de collègues l’avaient encore au travers de la gorge.
Un collègue machiniste a relancé la dynamique en janvier. On a alors posé un premier préavis de grève qui court du 7 février jusqu’au 1er mars et couvre volontairement les vacances scolaires, parce que c’est là qu’il y a le plus de fréquentation. L’idée, c’était de créer un vrai rapport de force. La mobilisation s’est même étendue aux salariés d’autres sites du Voyage à Nantes – le Château et l’office du tourisme.

Jeunesse du Monde : Quelles sont les revendications des salariés ?
Pierre : La première revendication, c’est l’augmentation des salaires. Beaucoup de collègues, notamment à l’accueil, sont proches du SMIC. Et il y a énormément de temps partiel subi car la majorité des CDI n’ont pas de réelle possibilité d’augmenter le volume horaire. À cela s’ajoutent les plannings volatiles, donnés tardivement, qui changent souvent, ce qui rend impossible un second emploi. Résultat : on ne peut pas vivre correctement de notre travail. Certains collègues vivent carrément sous le seuil de pauvreté à cause de cela.
Il y a aussi la pénibilité des conditions de travail. Les placiers du carrousel travaillent dehors, parfois par –7 degrés avec du verglas. Et lors des épisodes de canicule, ils nous font travailler jusqu’à 35 degrés. On nous demande d’ouvrir “quoi qu’il en coûte”, au nom de la mission de service public, même quand les conditions sont dangereuses.
On dénonce aussi l’absence totale d’évolution verticale au sein de l’entreprise, que ce soit en termes de formation ou de prime d’ancienneté.
Et puis enfin, on critique certains choix de gestion : recours à des prestataires extérieurs alors que des salariés pourraient assurer ces missions, multiplication de postes de cadres, organisation d’événements privés où nous travaillons sans majoration particulière. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent, mais les priorités budgétaires interrogent.
Jeunesse du Monde : Y a-t-il de l’appui syndical dans cette lutte ?
Pierre : Oui, la mobilisation est accompagnée par la Confédération générale du travail (CGT). Le délégué syndical nous a aidés à déposer le préavis, à organiser les réunions et à porter notre parole dans les médias. Il est seul pour près de 300 salariés, donc la charge est lourde. Mais il a mis à disposition des locaux pour les assemblées générales et a assuré le lien avec la direction.
Le mouvement a aussi entraîné une dynamique de syndicalisation. Plusieurs collègues ont rejoint la CGT récemment. On est en train de structurer une caisse de grève pour aider les plus précaires.
Jeunesse du Monde : Quel bilan pour ces premières semaines de grève ?
Pierre : Le premier samedi, jour de réouverture après la maintenance annuelle, a été un moment fort : 100 % des machinistes et des placiers étaient en grève. La galerie et le carrousel ont fermé. L’éléphant a tourné à vide.
Ensuite, on a adopté des stratégies de débrayage ciblé : grève sur des créneaux stratégiques pour bloquer l’exploitation tout en limitant les pertes de salaire. Le mardi 17 février, le mouvement s’est élargi à plusieurs sites du Voyage à Nantes, avec une quasi grève générale des salariés du VAN. La direction a récemment repris contact avec le délégué syndical pour rouvrir la discussion mais pour l’instant il n’y a rien de concret. C’est pourquoi on a décidé de prolonger le préavis de grève jusqu’au 15 mars avec l’organisation d’une grosse journée de mobilisation interpro jeudi 5 mars prochain. On ne lâchera rien tant que nos revendications ne seront pas adressées.
Jeunesse du Monde : Et sur le plan politique, quelles sont les perspectives ?
Pierre : On est dans un contexte municipal sensible. Certains collègues craignent une récupération par la droite ou l’extrême droite qui pourraient en profiter pour taper sur la mairie sortante. D’autant que le directeur artistique des machines, François Delarozière, tente un rapprochement avec le candidat LR qui est un maxi facho. C’est pourquoi il est important qu’on arrive à faire comprendre aux personnes qu’on est pas de ce bord là, la majorité des collègues sont de gauche, et que notre combat vise pas tant la mairie – dont les subventions ne constituent que 20% du budget des Machines de l’Île –, mais bien la direction de l’entreprise.
Pour la suite, tout dépendra des négociations. Si la direction fait une vraie proposition, le mouvement pourra s’arrêter. Si ce sont des miettes, beaucoup sont prêts à continuer. Ce qu’on a déjà appris, en tout cas, c’est une chose : sans les salariés, les Machines ne tournent pas.












Tout notre soutien ! On attend les infos pour la caisse de grève.