Le RN trahit ses électeurs. Voici le constat ébahi que portent quelques-uns de nos esprits les plus brillants. Quelle trahison ? Laisser passer l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (1), imposant de facto le contrôle d’identité des utilisateurs, actuels et futurs, de réseaux sociaux.
“Liberticide ! Traîtres !” Crient les youtubeurs Greg Tabibian (2), Tatiana Ventôse (3) et consorts de la fachosphère qui voient avec acrimonie leur business internet mis en cause par le parti dont ils défendent la cause depuis plusieurs années.

Allons, chers amis confus, quiconque observe la vie politique française ne sera pas surpris de ce choix de l’extrême droite. Rajoutons à leur désarroi ceci : seule la gauche s’est opposée à cette loi. Ils tombent de haut… Jusqu’à menacer de ne pas voter pour Marine aux prochaines élections, et certains allant même jusqu’à soudainement affirmer voter Mélenchon en cas de second tour. Cocasse ! Laissons Jean-Philippe Tanguy (député et bras droit de Marine Le Pen) se débattre comme il peut sur X (Twitter) afin de défendre une énième trahison. Retenez ceci, que trahir signifie pour nos “influenceurs” toucher à leur petite boutique numérique. La petite bourgeoisie individualiste et fascisante dans toute sa splendeur.
Aucune personne sérieuse n’est surprise de cette situation. Le Rassemblement national sert les intérêts de classe de la bourgeoisie française depuis toujours, se teint d’un vernis populaire avec Marine et d’un vernis monégasque avec Jordan, pour ratisser large, aussi large qu’il faut pour mieux défendre les capitalistes : ils ont voté contre l’augmentation du SMIC, contre l’ISF (bolchéviques !), contre le blocage des prix des produits de première nécessité, pour le permis de tuer de la police, puis, cerise sur le gâteau : Le Pen et ses sbires subissent une enquête pour détournement de fonds publics (4 millions d’€) (4), sans oublier l’affaire des assistants parlementaires (5). Leur volonté de neutraliser la lutte des classes derrière un “patriotisme” xénophobe et l’usage révisionniste du drapeau révolutionnaire tricolore de notre pays ne sauront nous tromper. Qu’il est loin le temps du Frexit, de la sortie de l’euro et de la retraite à 60 ans ! Ils n’essaient même plus de manipuler décemment les travailleurs maintenant qu’ils sont intégrés au système.
Quant à cette loi à l’origine du chaos au sein de la fachosphère, la France est en pointe d’un mouvement plus général. Et quel oracle sommes-nous ! L’Union européenne souhaite généraliser le contrôle d’identité sur toutes les plateformes numériques (au même motif mensonger de protéger nos enfants), avec l’initiative “Chat Control” portée par la Commission européenne de la bourgeoise et allemande Ursula Von der Leyen. La France devance le calendrier de l’UE qui souhaite aller encore plus loin que nos législateurs en élargissant le contrôle d’identité et de contenu non seulement aux réseaux sociaux mais à des messageries en ligne, type WhatsApp ou Discord.
Concrètement, cela veut dire que les autorités seront en capacité de regarder les contenus de nos échanges et photos privés, sous couvert de lutter contre la pédopornographie. Motif noble, mais méthode dangereuse : ils pourront tout aussi bien en profiter pour répertorier, classer et fliquer les militants, activistes et syndicalistes qui s’opposent à l’ordre capitaliste et impérialiste imposé par l’UE et les États-Unis. Ce qu’ils ne se priveront pas de faire. Dérive autoritaire inquiétante, gracieusement anticipée par la servile droite et extrême droite française.
Quoi qu’il en soit, cette affaire pose la question de notre rapport à l’Union européenne, dont on voit l’agenda réactionnaire et impérialiste s’étendre, que tout militant doit se poser : faut-il ou non la quitter ? Nous, communistes, répondons que oui, il faut un Frexit progressiste qui puisse nous donner la souveraineté nécessaire pour faire une politique de rupture d’avec l’ordre capitaliste occidental, pour gouverner pour les intérêts populaires, reprendre les moyens de production et planifier l’économie. La France insoumise, qui souhaite rompre avec le néolibéralisme de l’UE, doit à ce titre réellement affronter la question des voies et moyens pour désobéir aux traités européens, s’opposer aux politiques autoritaires que Bruxelles impose aux États, affronter les marchés financiers et pousser jusqu’à son terme la contradiction avec l’UE que sa politique, si elle est mise en œuvre, posera tôt ou tard. Tout sera fait pour mettre des bâtons dans les roues à la gauche de rupture, et ce n’est pas une élection qui fera trouver la raison à ces vampires assoiffés de capitaux. Un jour ou l’autre, le choix nous sera posé en ces termes : faut-il ou non se fondre dans un État fédéral européen ?
Le marxisme, et le matérialisme dialectique qui en est la méthode et la philosophie de fond, nous apprennent qu’un état concret des choses (thèse) appelle sa propre contradiction matérielle (antithèse), puis un dépassement de la contradiction (synthèse) dans un troisième et dernier temps après que la confrontation ait été menée à son terme. La situation avec l’UE est claire, le dépassement de la contradiction entre souveraineté nationale populaire et Union européenne sera la fédération technocratique ou la Nation populaire. Il faut donc être conséquent : Frexit progressite.
Nathan
(2) https://youtube.com/shorts/Oii9nEEHOes?si=J1I4bnMu4IrUaVnd
(3) https://www.youtube.com/shorts/3unF6KbBMGA
(5) https://jeunessedumonde.fr/2026/07/07/marine-le-pen-2027-bracelet-electronique/












Bonjour.
Vous reprenez les éléments de langage et le positionnement habituel de la gauche antipopulaire. Le PRCF dont vous êtes issus prône pourtant un rassemblement transpartisan et transclasse pour lutter contre la Haute Bourgeoisie, si je ne me trompe. Cela ne se traduit pas en acte.
En cela, objectivement, vous apportez votre contribution au maintien du système en place.
Pire, en jetant l’opprobre sur ceux qui à droite (pour faire simple) prônent un tel rassemblement populaire, vous rendez plus difficile encore ce pont indispensable entre le prolétariat et la petite bourgeoisie pour renverser le capitalisme.
Alors que justement cette « prise de conscience » de leur part serait l’opportunité d’un tel rapprochement autour du souverainisme.
C’est bien triste tout cela… Saurez-vous le voir ?
Cordialement.
Luc Laforets
Merci pour cet article, qui soulève une question importante : celle du contrôle croissant des espaces numériques et, plus largement, de la dérive sécuritaire qui accompagne la crise du capitalisme contemporain.
Je partage également l’idée que le RN ne constitue pas une force de rupture avec l’ordre économique dominant et que son évolution mérite d’être analysée avec sérieux, au-delà des discours. En revanche, je crois que le commentaire de Luc Laforets soulève une interrogation stratégique qui mérite d’être discutée sans être écartée d’un revers de main.
La question n’est peut-être pas tant de savoir si le RN est un parti au service des intérêts du capital que de comprendre pourquoi une partie importante du monde du travail, des classes populaires, mais aussi de la petite bourgeoisie productive et des indépendants, se tourne aujourd’hui vers lui. Le mouvement communiste a toujours distingué les directions politiques des masses qu’elles influencent. C’est d’ailleurs tout le sens de la stratégie du Front populaire développée par Georgui Dimitrov : combattre les forces réactionnaires, certes, mais travailler en permanence à gagner les couches populaires et intermédiaires qui peuvent être entraînées dans une autre direction. C’est le discours de la main tendue au volontaire national de Maurice Thorez de 1936.
C’est pourquoi je serais prudent avec des formules qui semblent homogénéiser la « petite bourgeoisie fascisante ». Les classes intermédiaires sont traversées de contradictions et suivent plutôt la bourgeoisie. Certaines peuvent donc basculer vers les solutions autoritaires et d’autres peuvent rejoindre un projet populaire dès lors qu’il répond à leurs intérêts matériels.
Enfin, je crois que le débat sur l’Union européenne mérite lui aussi d’être approfondi. La question n’est peut-être pas seulement le Frexit en tant que tel, mais celle de la souveraineté populaire face aux logiques du capital financier, des traités européens et des marchés. Le Frexit peut être un moyen ; il ne saurait constituer à lui seul une stratégie. L’exemple du Brexit est parlant.
Au fond, notre tâche n’est pas seulement de dénoncer les contradictions du système, mais de construire une majorité populaire capable de les dépasser. Cela suppose de maintenir une analyse de classe rigoureuse, tout en recherchant les convergences nécessaires avec toutes les catégories sociales qui ont objectivement intérêt à rompre avec la domination du capital financier.
C’est peut-être là que le débat gagnerait encore à être approfondi, dans un esprit fraternel et constructif.