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Plâtré sous la menace : l’héritage radioactif du fort de Vaujours

par | Juin 11, 2026 | Actualités locales | 0 commentaires

**AVERTISSEMENT : Ce document est un article de sensibilisation qui n’a pas vocation à se substituer à une expertise technique ou juridique. Il se base sur des sources accessibles au public, principalement des articles de presse et des rapports d’associations, afin d’éclairer les enjeux d’un débat public qui mérite toute l’attention des citoyens.**


Capture d’écran du reportage de Complément d’enquête – Un secret explosif (France 2, 14 décembre 2017)

Le projet d’exploitation de gypse par Placoplatre, filiale du groupe Saint-Gobain, sur l’ancien centre d’expérimentation nucléaire du fort de Vaujours, suscite une vive inquiétude parmi les riverains et les associations environnementales. Pendant près de quarante ans, de 1955 à 1997, le site a été le théâtre d’expériences menées par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) dans le cadre de la mise au point des détonateurs de la première bombe atomique française. Aujourd’hui, alors que le groupe Saint-Gobain projette d’exploiter la plus grande carrière de gypse à ciel ouvert d’Europe, la population craint la dispersion de poussières et de microparticules radioactives, avec des conséquences sanitaires potentiellement graves.

Cet article, bien loin d’être exhaustif, entend alerter sur la nécessité impérieuse de replacer les enjeux économiques, sanitaires et environnementaux au cœur du débat public.

I. Une institutionnalisation de la Ve République impérialiste au détriment de la classe ouvrière : les fondements d’une décision imposée.

Image d’un essai nucléaire dans le désert du Sahara en 1960 – source Aven.org

Le fort de Vaujours n’a pas été choisi au hasard par l’industrie nucléaire militaire. Dès les années 1950, l’État français, à travers le CEA, décide de se doter de l’arme atomique. Un lobby informel composé de hauts responsables militaires (Ailleret, Gallois), politiques (Chaban-Delmas, Bourgès-Maunoury) et scientifiques (Francis Perrin) pousse à l’accélération des recherches, souvent sans contrôle politique réel. Le site de Vaujours est ainsi transformé en une véritable « antichambre des essais de Mururoa », où l’on procède à **jusqu’à 50 essais de détonateurs par jour**, certains à l’air libre, projetant des éclats d’uranium jusqu’à un kilomètre à la ronde.

Cette course à l’armement s’est faite au mépris des populations locales et des travailleurs, confinés dans une logique de raison d’État et de secret défense. La voie était ouverte pour l’installation d’une « technostructure » déconnectée des réalités humaines. Le dossier de Vaujours illustre parfaitement cette institutionnalisation d’une Ve République impérialiste où la raison industrielle et militaire l’emporte systématiquement sur la protection des citoyens.

II. La nécessaire prise en compte de la parole des victimes de « la gerboise bleue » : un risque sanitaire bien réel.

Le site du fort de Vaujours a été utilisé par le CEA pour des essais de détonique mettant en jeu de l’uranium naturel et de l’uranium appauvri, des matériaux dont la dangerosité est aujourd’hui largement documentée. L’association indépendante CRIIRAD a, dès 2001-2002, démontré la persistance d’une contamination résiduelle des sols, en particulier par l’uranium et des substances explosives. Pourtant, les autorités et le CEA ont longtemps minimisé ces risques, parlant d’un site « assaini » dès 1998, avant que les contrôles de la CRIIRAD ne prouvent le contraire.

Les habitants vivant à proximité de cette « bombe implosive » témoignent de pathologies inquiétantes. « Mes parents, ils sont morts du cancer », déclare un riverain. « Il y a pas mal de gosses et puis il y a toujours des malades ». Une étude réalisée dans la commune voisine de Courtry (77) fait état de **55% de décès par tumeur chez les hommes et 49% chez les femmes**, des chiffres qui ne peuvent être ignorés. L’Agence régionale de santé (ARS) a certes relativisé ces données, mais le sentiment d’abandon et de non-transparance est prégnant. La voix des « victimes de la gerboise bleue », terme symbolique rappelant le premier essai nucléaire français dans le désert algérien, doit être entendue.

III. Les implications politiques et bureaucratiques de la Ve République dans les conséquences morbides sur les territoires désindustrialisés.

400 000 terrains toxiques, pollués en France (2015) à cause de la désindustrialisation provoquée par les industriels français.

En 2010, l’État a cédé le site à la société Placoplatre, filiale du groupe Saint-Gobain. Ce transfert de propriété cristallise les critiques : comment justifier la vente d’un terrain pollué par des déchets radioactifs à un industriel pour un projet d’extraction massive de gypse ? La polémique enfle d’autant plus que des objets contaminés à l’uranium ont été régulièrement découverts par des sous-traitants, et que des enfouissements illégaux de déchets ont été signalés.

L’absence de transparence des autorités et l’opacité entretenue par le secret défense créent un terreau fertile pour l’inquiétude. Le projet de carrière à ciel ouvert suscite une levée de boucliers des associations locales, alertant sur le risque de dispersion de poussières radioactives dans l’air. Ces poussières, si elles sont inhalées, peuvent provoquer des cancers du poumon ou des os, selon le Dr Abdenour Amarouche de France Environnement. Le groupe Saint-Gobain, premier plâtrier mondial, justifie le projet par des impératifs économiques (création d’emplois, maintien de l’activité), mais pour les riverains, ce sont les vies et la salubrité publique qui sont en jeu.

IV. L’actualité et l’avenir de la carrière d’exploitation de Gypse par Placoplatre

L’actualité récente montre que le combat n’est pas fini. En juillet 2024, le tribunal administratif de Montreuil a suspendu l’autorisation environnementale du projet, contraignant Placoplatre à revoir sa copie. Une nouvelle enquête publique a été organisée fin 2025, et une décision préfectorale était attendue pour mars 2026.

Le 13 mai 2026, le préfet de la Seine-Saint-Denis a autorisé Placoplatre à exploiter la carrière de gypse à ciel ouvert du Fort de Vaujours pour une durée de 30 ans. L’arrêté a été publié après la finalisation des conclusions de l’enquête publique qui s’était tenue fin 2025, visant à statuer sur les études complémentaires.

Cette autorisation n’est pas un blanc-seing. Elle impose à Placoplatre une série de nouvelles mesures. Pour l’entreprise, cette décision marque l’aboutissement d’un long processus de plus de 12 ans. Elle lui permet d’extraire le gypse destiné à son usine de plâtre, un site industriel majeur en France qui fournit 25% de la production nationale de plaques de plâtre et emploie 550 personnes. Les associations environnementales, qui soupçonnent le site d’être encore contaminé par des poussières radioactives liées aux essais nucléaires du passé, ont annoncé leur intention de déposer un nouveau recours.

En résumé, la décision préfectorale de mars 2026 (les résultats de l’enquête et l’arrêté préfectoral complémentaire) n’était qu’une étape. L’autorisation finale a été délivrée le 13 mai 2026, validant le projet sous conditions, mais le feuilleton judiciaire pourrait bien se poursuivre.

Conclusion

Au-delà du cas de Vaujours, c’est toute une philosophie politique qu’il faut questionner : comment la République peut-elle laisser un héritage aussi toxique aux générations futures ? Comment accepter que l’intérêt économique d’un géant du CAC 40 prime sur la santé des populations et la préservation de l’environnement ? Cet article n’apporte pas de réponses définitives, mais il entend poser les bonnes questions et rappeler que la mobilisation citoyenne centralisée sur les effets de l’exploitation capitaliste touchant la classe la plus exploitée, celle qui reste malgré tout ouvrière depuis l’ère du salariat, reste le seul rempart contre un modèle de société capitaliste qui a trop longtemps ignoré ses propres déchets.

Erol – JDM


Pour aller plus loin :

https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/seine-saint-denis/ils-pouvaient-faire-jusqu-a-50-tests-de-detonateurs-de-bombes-atomiques-par-jour-des-riverains-redoutent-l-exploitation-d-une-carriere-sur-un-ancien-site-nucleaire-3337277.html

https://www.criirad.org/ancien-fort-cea-dam-de-vaujours-3/

https://youtu.be/aJiwVpZFonk?si=o-qe6Beuu2ncCHbO

https://www.aven.org/gerboise-bleue

https://youtu.be/0jjiFI897mc?si=f0ZClK0svwSBCN2y

https://www.placo.fr/usine-placo-de-vaujours

https://youtu.be/aJiwVpZFonk?si=W6AkqFOaHqeHevdR

https://youtu.be/cx8hj7SO1tI?si=aXZsxnKh7HGgey1q

https://youtu.be/lBcD9lqcoWc?si=cN8hBjGmfnjlMrJj

https://www.actu-environnement.com/ae/news/polemique-contamination-radioactive-fort-vaujours-21039.php4

https://youtu.be/Lo4YzNy2rkc?si=qpYQp-PiZMBhLerp

https://www.criirad.org/categorie/nucleaire-militaire/sites-en-france/vaujours-sites-pollues

https://www.criirad.org/ancien-fort-cea-dam-de-vaujours-3/

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