Le nouveau livre d’Alain Bihr, « l’écocide capitaliste », vient combler un vide dans la pensée marxiste en montrant, contrairement à ce qu’on dit souvent, que Marx et Engels ont toujours été préoccupés par l’écologie. Selon lui, la catastrophe écologique actuelle provient des rapports capitalistes de production, qui détruisent la nature.

Dès le début, Marx voit que le capitalisme engendre un rapport destructeur à l’environnement. Il n’est pas productiviste (le productivisme vise à produire plus avec moins de temps et de ressources. À ne pas confondre avec le développement des forces productives, qui permet de travailler moins et de développer les arts et l’humanité), mais il reconnaît que le capitalisme favorise la croissance et le progrès, tout en soulignant aussi le lourd prix à payer, comme l’expropriation des producteurs. Selon lui, l’histoire avance souvent par des sacrifices. Le développement est à la fois civilisateur et déshumanisant.
Marx montre aussi que le capital réalise ce qui ne s’était jamais produit, une parfaite séparation entre producteurs et moyens de production. La nature nous devient étrangère et nous devenons étrangers à la nature. Cette aliénation détruira les communautés rurales, mènera à une agriculture mécanisée, chimique, à l’exode. Cette destruction atteint notre corps avec la malbouffe et les maladies. Le capital détruit la nature extérieure et intérieure.
Dans le capitalisme, la production vise surtout à faire du profit, non à répondre aux besoins. Il choisit de produire ce qui rapporte le plus, comme l’armement, parce que très rentable, tandis que certains biens, comme le logement, sont négligés pour maximiser la plus-value. Le capital ne cherche que les besoins solvables. Il pousse à produire toujours plus vite en utilisant moins de travail, pour battre la concurrence, en augmentant sans cesse la productivité, sinon il ne s’en sort pas. Le productivisme est donc au cœur de ce système. Lié à sa nature même, il doit constamment s’étendre, accélérer sa rotation et se renouveler. Cela entraîne des déchets, la surconsommation et une croissance démesurée. Il détruit l’environnement à grande échelle : changement climatique, pollution des mers, acidification, déforestation, dégradation des sols, pollution de l’air, de l’eau, des océans, des zones humides et des forêts. Il menace la biodiversité, provoque des crises sanitaires comme la Covid-19, et continue d’utiliser le feu comme énergie. Tout cela met en danger la santé humaine, provoquant une crise écologique et sanitaire profonde. Il est écocidaire !
Au contraire, le socialisme et le communisme visent à donner le pouvoir aux travailleurs, en planifiant rationnellement l’économie pour répondre aux besoins réels, et non à produire pour produire.
Du côté des économistes, le capitalisme était considéré comme naturel et éternel. Ils savent aujourd’hui que la situation est catastrophique, mais leur réponse est de renforcer le capitalisme. Ils voient la nature comme un facteur de production qui peut être optimisé à l’instar du capital et du travail. Cette idée, que Marx critiquait déjà, issue de l’école néoclassique, ajoute un troisième élément à la dyade capital-travail.
Le capitalisme vert, lancé dans les années 1980 pour sauver le système, promet une croissance durable, trouve des solutions aux problèmes environnementaux simples, comme la couche d’ozone. Mais en réalité, il a échoué face aux défis majeurs comme le changement climatique, qui continue de s’aggraver. Ce modèle ne remet pas en question la logique du capitalisme, il ne fait que masquer ses limites, et ses solutions restent insuffisantes. Chaque COP promet toujours de faire mieux, sans expliquer comment. C’est juste un « on fera mieux demain », alors qu’on aurait pu agir plus tôt.
Quels sont les horizons possibles pour sortir de la crise écologique ? Le scénario de l’effondrement proposé par Jared Diamond est fragile, car il s’appuie sur des sociétés précapitalistes. Certes le profit sera de moins en moins facile à réaliser, car les ressources (matières premières, énergies, travail) coûteront de plus en plus cher. Le chaos écologique se développant, nous approchons d’une situation désastreuse avec la paupérisation des populations, la multiplication des maladies, le risque de guerres pour les ressources naturelles. C’est une apocalypse qui menace notre planète. Une perspective sombre est en marche si on ne réagit pas. Pour préserver l’avenir et défendre la vie face au pouvoir du capital, il faudra relier lutte écologique et communisme. C’est l’objet de son prochain livre.
https://www.youtube.com/watch?v=jt499gp9OcM
https://www.syllepse.net/l-ecocide-capitaliste-_r_65_i_1155.html












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