Par Gilliatt De Staerck, secrétaire général de l’OCF,
Et William Nugues, rédacteur en chef du site Jeunesse du monde
Le 8 juin 2026

Dans un récent article publié par Initiative Communiste, une critique singulière est adressée aux méthodes de diffusion du site Jeunesse du monde. Il y est affirmé que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour condenser ou restituer des analyses théoriques s’apparenterait à un « pillage » du travail, entre autres (mais surtout !), de celui du PRCF. Au-delà de la querelle d’organisation, cette accusation mérite que l’on s’y arrête, car elle est le symptôme précis d’une déviation idéologique bien connue : la pénétration de la pensée petite-bourgeoise dans le mouvement communiste.
Qu’est-ce que le caractère petit-bourgeois appliqué à la production intellectuelle ? C’est, fondamentalement, le réflexe du petit propriétaire. C’est la transposition de la notion de propriété privée capitaliste au domaine des idées et du savoir, ainsi que l’émergence de la crainte de voir cette « propriété privée » se diffuser. En criant au « pillage » parce que des outils technologiques modernes s’emparent de concepts ou de textes pour les synthétiser, ces critiques révèlent qu’ils considèrent la théorie marxiste non pas comme un outil d’émancipation universel appartenant au prolétariat, mais comme leur patrimoine exclusif, leur petite production artisanale qu’il faudrait protéger de la concurrence ou de la socialisation.
Pourtant, le matérialisme dialectique nous enseigne exactement le contraire. Aucune pensée ne naît ex nihilo, de manière magique ou isolée. Karl Marx et Friedrich Engels n’ont pas inventé le socialisme scientifique en partant d’une page blanche : ils ont synthétisé, critiqué et poussé à un niveau supérieur l’économie politique anglaise, la philosophie idéaliste allemande et le socialisme utopique français. Toute production humaine — qu’elle soit matérielle ou intellectuelle — s’appuie nécessairement sur le « déjà-fait ». Le PRCF lui-même ne produit pas une pensée tombée du ciel ; il utilise le patrimoine théorique accumulé par des générations de révolutionnaires avant lui.
L’intelligence artificielle, en tant que force productive moderne, ne fait qu’accélérer ce processus historique de traitement et de socialisation des données. Face à cela, se cache en réalité le vieux réflexe de l’artisan qui refuse la machine, du propriétaire qui tremble pour son lopin de terre intellectuel : la peur d’être dépassé par la socialisation des moyens de production et la démocratisation des savoirs. Au lieu de voir dans ces nouveaux outils un levier — qu’il s’agit d’apprendre à utiliser avec prudence — pour l’agitation, la propagande et la formation des travailleurs, cette vision étriquée préfère défendre ses « structures » et ses chasses gardées intellectuelles.
Pour les communistes, la théorie n’est pas une marchandise soumise au droit d’auteur ou à des barrières douanières d’organisation. Elle est un guide pour l’action qui demande à être diffusé, réapproprié et vulgarisé par tous les moyens modernes disponibles, sans esprit de clocher ni réflexe de propriétaire. N’en déplaise aux petits artisans du PRCF qui s’appuient de fait sur le travail de penseurs communistes et révolutionnaires de tous temps, ainsi que sur la « mémoire rouge », et qui préfèrent se l’approprier à leur seul compte pour ensuite hurler au « pillage ».
À la Jeunesse du monde, nous apprenons et nous progressons : nous n’utilisons pas l’intelligence artificielle à l’aveugle. Elle sert à accélérer et perfectionner notre travail, mais ne dispense jamais de la lecture, de l’écriture, de la relecture, ni de la réflexion en amont et en aval sur ce qui est, au final, produit et validé par notre comité de rédaction.
Ajoutons à cela que le sous-entendu du PRCF selon lequel Jeunesse du monde “pillerait” principalement les travaux du PRCF révèle un certain égocentrisme. Bien sûr, la quasi-totalité des rédacteurs de Jeunesse du monde étant constituée d’ex-militants du PRCF qui reconnaissent sans problème leur dette intellectuelle et politique, il n’y a rien de surprenant à ce que nous ayons des analyses qui puissent être proches sur bien des sujets, et évidemment influencées par l’arrière-fond théorique et politique que nous avons acquis grâce au PRCF. Cependant, nos articles sont systématiquement des articles originaux, indépendants du PRCF, avec des analyses et réflexions menées en toute autonomie. Et surtout, pour ce qui est de la majorité de nos articles – pas de la totalité, bien entendu –, les articles et vidéos d’Initiative communiste et du PRCF ne font même pas partie de nos sources !
Que les petits propriétaires en soient informés.












Merci pour cette mise au point utile !
Pour compléter, il serait pertinent, à chaque fois qu’un article utilise l’IA, fût-ce de façon limitée, de le mentionner explicitement, et d’indiquer comment elle a été employée (recherche bibliographique, réalisation d’une illustration, première version d’un article…).