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Bolivie : la colère ouvrière et paysanne ébranle le pouvoir

par | Mai 20, 2026 | Luttes | 2 commentaires

Depuis plusieurs semaines, la Bolivie connaît une montée spectaculaire des luttes de classes. Grèves illimitées, barrages routiers, affrontements avec la police, mobilisation des mineurs, des enseignants, des travailleurs des transports et des organisations paysannes : le pays andin traverse une crise politique et sociale majeure. Derrière les images de chaos relayées par les médias occidentaux, c’est avant tout l’expression d’une profonde colère populaire face à l’aggravation des conditions de vie des masses laborieuses.

© AIZAR RALDES / AFP

Le 1er mai, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principal syndicat du pays, a lancé une grève illimitée contre le gouvernement du président de droite Rodrigo Paz. La COB exige notamment une augmentation de 20 % du salaire minimum, l’abrogation d’une réforme fiscale frappant les petits commerçants et une hausse des pensions de retraite.

Cette explosion sociale, qui fait suite à celle qui avait déjà eue lieu en décembre-janvier dernier (1), s’inscrit dans un contexte de crise économique brutale. Après des années de ralentissement, la Bolivie fait face à une inflation élevée, à des pénuries de carburant et à une raréfaction des devises étrangères. Les politiques de suppression des subventions et les mesures d’austérité engagées par le gouvernement Paz ont aggravé la situation des classes populaires.

Les mobilisations ont rapidement dépassé le cadre strictement syndical. Mineurs, organisations paysannes, communautés indigènes, enseignants et travailleurs des transports ont convergé dans un vaste mouvement de contestation. Des dizaines de barrages routiers paralysent aujourd’hui le pays, notamment autour de La Paz et d’El Alto.

Dans les rues de La Paz, les affrontements se multiplient entre manifestants et forces antiémeutes. Les mineurs, historiquement au cœur du mouvement ouvrier bolivien, ont de nouveau joué un rôle central dans les manifestations, certains utilisant des explosifs artisanaux face à la répression policière.

Le pouvoir accuse l’ancien président Evo Morales d’attiser les troubles afin de déstabiliser le gouvernement. Mais la réalité est qu’à la racine du soulèvement se trouvent des contradictions matérielles profondes : hausse du coût de la vie, chômage, précarité croissante, effondrement du pouvoir d’achat et colère contre les politiques libérales imposées au nom de la « stabilité économique ».

Durant les années Morales et Arce, la Bolivie avait connu une certaine amélioration des conditions de vie grâce à la nationalisation partielle des ressources naturelles et à une politique de redistribution sociale. Cependant, le modèle bolivien demeurait fortement dépendant des exportations de matières premières et n’a jamais rompu avec les structures fondamentales du capitalisme dépendant.

Lorsque les revenus du gaz et des matières premières ont diminué, les contradictions accumulées ont ressurgi avec violence. L’arrivée au pouvoir de Rodrigo Paz, représentant d’une ligne ouvertement pro-marché, a accéléré cette offensive contre les acquis sociaux.

Aujourd’hui, les classes populaires boliviennes refusent de payer le prix de la crise. Malgré les tentatives du gouvernement de criminaliser les mobilisations et de présenter les grévistes comme des « fauteurs de troubles », le mouvement conserve une forte assise populaire.

La situation bolivienne montre une nouvelle fois les limites des compromis avec la bourgeoisie nationale et avec le capitalisme extractiviste. Tant que les secteurs stratégiques de l’économie restent soumis aux logiques du marché mondial et à la domination des intérêts privés, les conquêtes populaires demeurent fragiles et réversibles.

Les travailleurs boliviens rappellent aujourd’hui une vérité fondamentale : aucune stabilité durable ne peut être construite contre les intérêts des masses populaires. Face à l’austérité, à la répression et aux politiques néolibérales, la seule issue progressiste réside dans l’organisation indépendante du mouvement ouvrier et populaire, dans l’unité des travailleurs des villes et des campagnes, et dans la lutte pour une transformation socialiste de la société.

La Bolivie entre ainsi dans une nouvelle période de confrontation sociale dont l’issue dépendra du rapport de forces entre le peuple organisé et les classes dominantes soutenues par l’impérialisme.

(1) https://jeunessedumonde.fr/2026/01/13/greve-en-bolivie-partout-les-travailleurs-en-lutte-contre-lausterite/

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2 Commentaires

  1. Jacqueline Lavy

    Évoquer la situation sociale et politique en Bolivie sans parler du colonialisme, du racisme et de l’impérialisme (qui marchent ensemble), ce n’est pas faire une analyse communiste.
    Les peuples n’oublient pas le passé.
    Donc, du passé parlons-en.
    https://www.youtube.com/watch?v=OWCUsXtvFHI

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  2. GHERARDI epouse LEONARD

    Le poète chilien Pablo Neruda écrivait dans son Canto para Bolívar « se réveille tous les cent ans quand le peuple se réveille ». Comme référence anticoloniale, Bolivar ne mourra jamais. Cavalier d’un autre âge, cape au vent, sabre au poing, juché sur son cheval, prêt à charger dans une hypothétique bataille.

    Le symbole, reste puissant. La revendication de la souveraineté sur les ressources naturelles et le rejet de toute tutelle étrangère.

    Simon Bolivar (1783-1830) est le socle de la nation Vénézuélienne . 1825 la BOLIVIE adopte son nom.

    Il lui a également valu l’épithète «El Libertador» et a inspiré les puissantes saveurs de chaque Bolivar cigare cubain et c’est pourquoi ils sont si corsés et robustes en saveur.

    En 1829 Simon Bolivar dit « Les États-Unis semblent destinés par la Providence à répandre la misère en Amérique au nom de la liberté »

    Karl Marx , portait un jugement très sévère sur Bolivar. Quand une divergence d’opinion vous irrite, méfiez-vous : vous verrez peut-être, après examen, que votre croyance va au-delà de ce que justifient les preuves. Pour se débarrasser de certains dogmatismes, rien de tel que de se confronter aux opinions qui ont cours dans d’autres sociétés que la nôtre « Bertrand Russell »

    L’ historique, accentuant certains aspects de Bolivar et en effaçant d’autres.
    La révolution cubaine rétablit Bolivar à gauche, en articulant héritage national et lutte anti-impérialiste, aux côtés de fJosé Marti (1853-1895 le fondateur du Parti révolutionnaire cubain.

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