Nous publions ci-dessous l’intervention de William, secrétaire de la section de Dijon de l’OCF, qu’il a faite lors d’un rassemblement « contre le racisme, les discriminations et la haine de l’autre, contre l’islamophobie, l’antisémitisme, contre l’extrême droite et la xénophobie« ,organisé par LFI sur la base d’un appel signé par plusieurs organisations dont l’OCF Dijon, tenu le 3 mai à Dijon Place Darcy à Dijon. Environ une trentaine de personnes étaient présentes à ce rassemblement.
Intervention – Rassemblement du 3 mai 2026
Aujourd’hui, on est rassemblé contre le racisme, les discriminations, l’islamophobie, l’antisémitisme, l’extrême droite et la xénophobie.
Mais je voudrais insister sur un point : tout ça, c’est une question politique, ce n’est pas une question simplement morale – « le racisme, c’est mal », etc. Il y a une question politique de fond derrière : celle de la fascisation.
La fascisation, c’est quoi ? C’est l’État bourgeois en crise qui devient de plus en plus autoritaire, de plus en plus réactionnaire, de plus en plus chauvin, de plus en plus impérialiste. La fascisation, c’est le symptôme d’une crise systémique qui est telle que la classe dominante, la classe capitaliste, a de plus en plus de difficultés à gouverner comme avant selon les méthodes classiques de la démocratie bourgeoise.
Aujourd’hui, la classe capitaliste est en crise parce que l’impérialisme sur lequel sa domination de classe repose est en crise. L’hégémonie mondiale des grandes puissances capitalistes occidentales, les États-Unis et leurs vassaux européens, est de plus en plus remise en question, notamment par les puissances des BRICS+, et en particulier par la Chine. Cela contraint la classe capitaliste à être de plus en plus agressive sur tous les plans : social, politique, idéologique, international.
Concrètement, cela signifie qu’on détruit toujours plus les droits sociaux, les services publics, les salaires, etc. On réprime toujours plus que ce soit dans les quartiers, dans les manifs ou chez les militants politiques, syndicalistes et associatifs. On propage la haine de l’autre, le racisme, l’obscurantisme, tout cela pour diviser les classes populaires. Et on agresse toujours plus les autres pays. Tout cela non pas parce que nos gouvernant sont mauvais ou méchants, mais parce que le système capitaliste impérialiste qu’ils ont à gérer est en crise.
C’est pourquoi il faut absolument garder un point en tête : la montée du fascisme, c’est certes un symptôme de notre faiblesse, de nos difficultés à unir les classes populaires contre la classe dominante capitaliste et ses représentants, notamment à cause des multiples trahisons du PS au pouvoir.
Mais c’est aussi un signe de faiblesse de la bourgeoisie elle-même. Parce que si la bourgeoisie est de plus en plus autoritaire, anti-démocratique et belliciste, c’est parce que son pouvoir est de plus en plus fragilisé et qu’elle n’est plus à même de gouverner selon les méthodes classiques du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise. On l’a vu avec l’abstention massive pendant les municipales – l’État bourgeois n’est plus légitime aux yeux des classes populaires. La bourgeoisie ne peut donc plus gouverner comme avant, elle est contrainte de passer par la force pour imposer les mesures nécessaires à la sauvegarde de sa domination de classe sur le pays et sur le monde.
Ayons bien en tête que la fascisation n’a pas seulement lieu en France. Elle est généralisée au niveau européen. Et même au-delà de l’Europe jusqu’aux États-Unis qui sont, plus que jamais avec Trump – qui n’est pas un accident mais un aboutissement logique de la crise du capitalisme – les États-Unis dis-je qui sont, les chefs de file de tout ce qu’il y a de nuisible dans le monde : la réaction, l’obscurantisme, le fascisme, l’impérialisme. C’est donc tout à fait logiquement que ce qu’il y a aux États-Unis se renforce aussi en Europe :
- En Pologne le Parti communiste a récemment failli être interdit.
- En Angleterre, les mouvements identitaires se renforcent.
- En Italie, une nostalgique de Mussolini est au pouvoir.
- En Allemagne, les néonazis de l’AfD progressent.
- Etc.
Et cela fait suite à des dizaines d’années de destruction des conquis sociaux issus du front populaire, du Conseil National de la Résistance et des grandes grèves de mai 68 méthodiquement démantelés par la classe capitaliste dans le cadre de la dite « construction européenne », dont les traités néo-libéraux basés sur la notion de « d’économie de marché ouverte sur le monde » où la « concurrence est libre et non faussée » ont été pensés précisément pour détruire tous ces conquis, cela avec la complicité active de la fausse gauche PS de laquelle Macron est issu. C’est cela qui permet et prépare la montée du fascisme en Europe.
Et j’insiste aussi sur un point que j’ai déjà mis en avant : fascisation et marche à la guerre sont liés. Le fasciste Trump agresse tous les pays qui lui résistent : le Vénézuela avec l’enlèvement de Maduro, Cuba qui est renvoyée au Moyen-Age à cause du blocus américain renforcé par Trump, la Palestine qui subit un véritable génocide, et en ce moment l’Iran et le Liban bombardés par l’alliance américano-israélienne. Et les pays européens s’alignent sur Trump. Alors certes, il y a quelques tensions entre les États-Unis et leurs vassaux européens concernant l’Iran. Mais pourtant, Macron a envoyé le Charles de Gaulle dans la Méditerranée ainsi que des soldats et des drones à proximité des zones de tension au Moyen-Orient, et l’ensemble des pays membres de l’OTAN jacassent contre le régime des mollahs qu’ils voudraient bien voir remplacé par un régime plus « démocratique », c’est-à-dire un régime plus soumis aux intérêts des impérialistes occidentaux.
Et cela a lieu dans un contexte où Trump fait pression pour que les pays membres de l’OTAN augmentent leur budget militaire : au dernier congrès de l’OTAN Trump a obtenu un engagement des pays membres à augmenter leur budget militaire de 2 à 5% du PIB d’ici 2035, ce qui concernant la France nous fera passer d’un budget militaire d’environ 32 milliards en 2017 à 150 milliards en 2035, soit un quintuplement du budget militaire depuis le début du premier mandat Macron. Voilà l’hypocrisie : on nous dit d’économiser sur les services publics et les droits sociaux, mais en même temps on augmente de manière absolument faramineuse le budget militaire. Il y a donc en réalité un alignement stratégique fondamental des pays capitalistes européens sur les États-Unis.
Et si Trump impose cela, c’est pour une raison simple et tout à fait assumée : il veut que les « alliés » des États-Unis prennent en charge un certain nombre d’efforts militaires que les États-Unis prenaient jusqu’à présent en charge, notamment en Ukraine, afin qu’ils puissent concentrer leur propre effort militaire dans des zones plus cruciales dans le cadre de leur guerre froide contre la Chine.
C’est pour cette raison qu’on entend de plus en plus parler d’armée européenne, d’Europe de la défense, voir de dissuasion nucléaire européenne ! Parce que les capitalistes européens, dont les capitaux sont extrêmement concentrés et intriqués, et en premier lieu les capitalistes français et allemands par l’intermédiaire de Macron et du chancelier allemand Friedrich Merz, ont besoin de coordonner leur puissance militaire pour défendre leurs intérêts impérialistes. Donc marche à la guerre, OTAN, armée européenne, fascisation : tout ça est lié !












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