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Pérou : la crise profite aux forces réactionnaires

par | Avr 21, 2026 | International | 0 commentaires

Keiko Fujimori (Photo Bruno Elias/AP/Sipa)

Le premier tour de l’élection présidentielle péruvienne de 2026 confirme l’enlisement du pays dans une crise politique profonde. Arrivée en tête avec environ 17 % des voix, Keiko Fujimori — héritière directe de la dictature fujimoriste — ne rassemble qu’une majorité très relative de l’électorat. Derrière elle, plusieurs candidats se tiennent dans un mouchoir de poche autour de 10 à 12 %, illustrant une fragmentation extrême du paysage politique.

Ce résultat traduit avant tout une défiance massive du peuple envers les institutions défaillantes de la république du Pérou. Depuis la destitution de Pedro Castillo en 2022 et la répression sanglante des mobilisations populaires, le pouvoir apparaît largement discrédité. Aucun bloc n’est aujourd’hui en mesure de s’imposer durablement, et le futur président, quel qu’il soit, partira sans véritable base populaire solide.

Si la droite domine globalement ce premier tour, elle le fait de manière éclatée. Entre le fujimorisme et des courants encore plus réactionnaires, la bourgeoisie péruvienne cherche une issue autoritaire à la crise politique que traverse le pays. L’arrivée en tête de Keiko Fujimori n’est pas anodine : elle signale le retour au premier plan d’un courant historiquement lié à la répression, à la corruption et à la soumission aux intérêts étrangers.

Dans ce paysage fragmenté, la qualification de Roberto Sánchez pour le second tour constitue néanmoins un fait politique notable. Issu des forces de gauche et porté en partie par les dynamiques populaires héritées de la séquence ouverte avec Pedro Castillo, il apparaît pour une partie de la population comme un possible vecteur d’alternative. Sa présence témoigne de la persistance d’un rejet du modèle de développement porté par la droite, notamment dans les régions rurales et parmi les classes populaires.

Mais cette dynamique se heurte à un obstacle majeur : la configuration issue des élections législatives organisées en parallèle. Celles-ci confirment, elles aussi, une forte fragmentation, mais surtout une prépondérance des forces de droite et du centre au Congrès. Aucun bloc n’y dispose d’une majorité claire, ouvrant la voie à des alliances instables, des blocages institutionnels… et potentiellement à de nouvelles crises politiques.

Cette situation est déterminante. L’expérience de Pedro Castillo l’a déjà montré : au Pérou, un président sans majorité parlementaire solide est extrêmement vulnérable face à un Congrès hostile, capable de paralyser l’action gouvernementale, voire de provoquer sa chute. Dans ces conditions, même en cas de victoire de Roberto Sánchez, les marges de manœuvre d’une politique réellement favorable aux intérêts des classes populaires apparaissent extrêmement limitées.

À l’inverse, une victoire de Keiko Fujimori, combinée à un Congrès où la droite est influente, pourrait accélérer un tournant autoritaire, sous couvert de “stabilité” et de “retour à l’ordre”.

Dans tous les cas, le second tour opposera non seulement deux candidatures, mais aussi deux perspectives antagonistes : d’un côté, le retour assumé d’une ligne autoritaire et pro-oligarchique ; de l’autre, une tentative encore fragile d’expression politique des aspirations populaires.

Quelle que soit son issue, cette séquence électorale ne suffira pas à résoudre la crise profonde que traverse le Pérou. Elle en confirme au contraire les contradictions profondes qui traversent le pays : un peuple en colère, un système politique discrédité, et une bourgeoisie prête à recourir aux solutions les plus réactionnaires pour préserver ses intérêts.

Un camarade

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