L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), fondée en 1949, est généralement décrite comme une alliance défensive face à la menace soviétique. Pourtant, une analyse matérialiste et critique révèle qu’elle a surtout fonctionné comme le bras armé du capitalisme occidental, perpétuant les logiques coloniales et néocoloniales. Cet article se propose de mettre en lumière le rôle de l’OTAN en tant qu’outil de domination impériale, tout en soulignant les contradictions et les ambiguïtés qui ont marqué l’action de la France au sein de cette alliance.
L’OTAN, entre fin du colonialisme et naissance du néocolonialisme
L’OTAN, dont l’objectif officiel était de s’opposer militairement à l’URSS, a été traversée dès les années 1950 par des tensions entre les anciennes puissances coloniales (notamment la France) et les États-Unis. Héritière des empires coloniaux, l’alliance comptait parmi ses 12 membres fondateurs 8 pays ayant possédé des colonies par le passé, et 7 en conservaient encore en 1949. [1]
Cependant, l’OTAN était pilotée par les États-Unis, qui voyaient dans les mouvements de décolonisation une opportunité de retirer les colonies aux empires historiques (France, Royaume-Uni) pour les placer sous leur propre influence. Dans cette dynamique, l’OTAN a peu soutenu la France en Indochine et en Algérie, ce qui causa l’agacement du gouvernement français [2]. Le Pentagone s’inquiétait également de voir les ressources de l’Alliance détournées au profit du soutien logistique aux armées françaises en Algérie, au détriment de l’équilibre des forces en Europe face au bloc de l’Est. [3]
On peut aussi noter que durant les premières années de l’OTAN, le sentiment d’impuissance de la France face à l’hégémonie américaine au sein de l’Organisation a nourri une volonté d’indépendance nationale plus forte, conduisant au retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966, sous l’impulsion de Charles de Gaulle.
Après la perte de ses colonies, la France a opéré une transition vers le néocolonialisme en recyclant les anciennes structures coloniales. Le néocolonialisme, forme moderne de domination politique, économique et militaire, utilise l’OTAN comme un outil clé pour servir les intérêts des multinationales occidentales. L’alliance atlantique sécurise l’exploitation des ressources stratégiques comme l’uranium au Niger (contrôlé par Orano, ex-Areva) ou le cobalt en RDC (exploité par des entreprises comme Glencore) tout en protégeant les routes commerciales essentielles. Des entreprises comme TotalEnergies (présent dans 38 pays en Afrique !) ou Bolloré (ports et logistique en Afrique de l’Ouest) bénéficient de contrats déséquilibrés, négociés sous la protection des accords militaires et avec la complicité des élites locales corrompues, souvent formées ou soutenues par les anciennes puissances coloniales.
L’OTAN et ses alliés s’appuient sur plusieurs mécanismes pour étendre leur influence en Afrique, perpétuant ainsi une domination néocoloniale sous couvert de « coopération » ou de « sécurité ».
L’un des principaux leviers est le déploiement de bases militaires et d’opérations de « stabilisation », qui permettent de contrôler des zones stratégiques tout en légitimant une présence permanente. Par exemple, la France intervient directement via des opérations comme Épervier au Tchad ou Licorne en Côte d’Ivoire, présentées comme des missions de maintien de la paix, mais qui servent en réalité à protéger des régimes complaisants (Hissène Habré au Tchad) et à réprimer les mouvements de souveraineté populaire. Les assassinats d’opposants politiques, comme celui de Thomas Sankara, ou le soutien à des dirigeants autoritaires illustrent cette logique : la présence militaire occidentale n’a jamais pour objectif de protéger les populations, mais soit de semer le chaos pour mieux exploiter les ressources, soit de protéger des gouvernements fantoches en échange de concessions économiques.
Un autre mécanisme clé est l’utilisation d’alliés régionaux, comme le Rwanda ou le Kenya, qui accueille des bases américaines et participe à des opérations en Somalie ou en RDC. Ces pays (Maroc, Tunisie, Kenya en Afrique), désignés par les USA comme « Allié majeur non-membre de l’OTAN », servent de relais aux intérêts occidentaux à travers le monde en échange de soutiens financiers et militaires.
Enfin, l’OTAN et ses partenaires conditionnent systématiquement l’aide au développement et les prêts du FMI à l’adoption de réformes libérales (privatisations, austérité, ouverture des marchés), verrouillant ainsi les économies africaines dans un piège de la dette et de la dépendance. Ces « plans d’ajustement structurel » imposés par le FMI, souvent présentés comme une condition pour obtenir des financements, affaiblissent les États africains en les forçant à réduire leurs dépenses sociales, à libéraliser leurs ressources stratégiques et à s’endetter davantage auprès des institutions occidentales. La dette devient alors un outil de contrôle politique, renforçant l’emprise de l’OTAN et de ses alliés sur le continent.
Ces dispositifs, qui reposent aussi sur la complicité d’élites locales corrompues, maintient les pays africains sous tutelle malgré leur indépendance formelle, tout en masquant cette domination derrière un discours humanitaire ou sécuritaire.
L’OTAN en Afrique aujourd’hui : déstabilisation et contrôle
L’OTAN s’inscrit dans la continuité des empires coloniaux, notamment français, alors que les indépendances africaines se profilaient. Elle perpétue une domination qui s’exerce aussi bien par des opérations indirectes — comme le soutien à des régimes autoritaires ou à des groupes armés — que par des interventions militaires directes.

Parmi les exemples les plus frappants figure le soutien apporté au M23 en République démocratique du Congo, un groupe armé lié au Rwanda, état surmilitarisé jouant le rôle de vassal régional des États-Unis. Ces conflits locaux, attisés par les puissances occidentales, permettent de justifier une présence militaire permanente et de piller les ressources naturelles du continent. [4]
L’intervention militaire directe la plus récente et la plus emblématique reste la guerre en Libye en 2011. Sous couvert d’un mandat de l’ONU, l’OTAN a mené une campagne militaire baptisée « Unified Protector », visant officiellement à protéger les populations, mais en réalité à renverser le gouvernement de Kadhafi pour contrôler les ressources pétrolières et éliminer un État souverain refusant de se soumettre aux intérêts occidentaux. Les conséquences de cette intervention ont été désastreuses : chaos politique, montée du jihadisme, crise migratoire et déstabilisation régionale. Cette opération illustre l’hypocrisie de l’OTAN, qui se revendique porteuse de paix et de démocratie tout en soutenant des régimes autoritaires alliés et en bombardant des pays souverains.
L’OTAN agit comme un paravent « international » légitimant la présence militaire occidentale. En diluant la responsabilité morale des pays agresseurs et en contournant la charte de l’ONU — notamment via des interprétations abusives du principe de la « Responsabilité de protéger » (R2P) —, l’Alliance viole les principes de non-ingérence et de souveraineté nationale. L’intervention en Libye, par exemple, a détourné la résolution 1973 de l’ONU, censée protéger les civils, pour justifier un changement de régime.
Le Concept Stratégique 2022 de l’OTAN [5] désigne explicitement l’Afrique comme une zone d’intérêt stratégique. Sous couvert de « stabilisation » et de « lutte contre le terrorisme », l’alliance atlantique renforce son emprise sur le continent, en coordination avec l’Union européenne et les États-Unis. La guerre en Ukraine et la montée en puissance économique de la Chine sont présentées comme des menaces, servant de prétexte à une militarisation accrue en Afrique pour contrer leur influence.
Mais face à cette domination, une vague de soulèvements populaires et de résistances civiles ou militaires a émergé, portant au pouvoir des forces politiques souverainistes déterminées à briser l’ingérence occidentale.
Résistances et alternatives : vers une Afrique souveraine
Des mouvements populaires, comme ceux qui ont chassé les troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger [6], démontrent que les peuples d’Afrique refusent désormais que leurs pays servent de terrain de jeu aux puissances occidentales. Cette nouvelle phase de décolonisation, ou plutôt de dénéocolonisation, est rendue possible, en pratique, par l’émergence de la Chine, et des BRICS plus généralement, comme partenaire économique et de développement. Pour la première fois depuis la chute de l’URSS, les pays africains ne sont plus contraints à un face à face avec l’ancien colon pour toute perspective de croissance économique.
Dans ce contexte, la solidarité internationale devient cruciale. Les partis communistes et anti-impérialistes européens doivent soutenir activement ces luttes et dénoncer sans relâche le rôle de l’OTAN, alors que s’enchaînent les agressions impérialistes. Ils doivent aussi contrer la propagande de la bourgeoisie et certains égarements gauchistes qui, en diabolisant systématiquement tout dirigeant résistant à l’impérialisme (comme ce fut le cas pour Maduro au Venezuela), créent un consentement passif à ces agressions. Il est urgent de briser ce discours manipulateur et de défendre une vision internationaliste, anti-impérialiste et souverainiste.
Oualid – JDM
Sources :
[1] Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Portugal, USA encore en 1949 et Italie par le passé.
[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1959/09/17/l-o-t-a-n-et-l-algerie_2143532_1819218.html
[4] Les minerais des Kivus aiguisent les appétits : Washington veut déloger Pékin du Congo https://www.monde-diplomatique.fr/2026/03/PIGEAUD/69329
[5] points 11 et 13 du document : https://www.nato.int/content/dam/nato/webready/documents/publications-and-reports/strategic-concepts/2022/290622-strategic-concept-fr.pdf












Henry David Thoreau est un philosophe, naturaliste et poète américain, nous y ajouterons un visionnaire.
En 1846 il condamnait La faillite morale de l’Amérique, obsédée par l’idée d’enrichissement. Dénonçant le mode de vie de ses contemporains, esclaves d’un système qui les dépossède de leur temps, leur âme et leur liberté et nous…..
À contre-courant de son temps, Thoreau ne s’est pas contenté à profiter simplement de la vie.
Rebelle dans l’âme, il commence par refuser de s’acquitter d’un impôt destiné à soutenir une guerre inique contre le Mexique sa résistance passive l’emmena sous les verrous…
« sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison ».
Gandhi, qui découvrit ses écrits alors qu’il était incarcéré en Afrique du Sud pour avoir de la même façon refusée de payer ses impôts, sensible à ces théories qui serviront de base à son propre combat. Guide des mouvements non-violents de Martin Luther King ou Nelson Mandela.
Toute la démarche de Gandhi découle de ce point de vue qui est de reprocher à la science économique de ne pas seulement être fausse, mais éminemment funeste, dangereuse, en justifiant les motifs d’actions les moins nobles. La violence dans les affaires n’est pas une fatalité ou une obligation, voilà un premier message de Gandhi. Ou pour reprendre une phrase souvent citée :
« La terre produit assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour l’avidité de tous ».
Sa pensée libertaire et sa passion pour la Nature ont également bénéficié d’un regain de popularité à travers les mouvements écologistes et la contre-culture des années 1960.
GHERARDI épouse LEONARD.
Marin le 14 avril 2025.