Le mercredi 18 mars, la plus grande usine de liquéfaction de gaz au monde, le site de Ras Laffan situé au Qatar, a été touchée par des frappes iraniennes. Cette usine par laquelle transitent 51 milliards de milliards de mètres cubes de gaz a perdu 20 % de ses installations. Les destructions représentent une perte de plusieurs milliards par an, et exigent jusqu’à cinq ans de travaux pour remettre en état les infrastructures endommagées. Il faut garder en tête que ces frappes sont une réponse de l’Iran aux frappes israéliennes sur les infrastructures gazières iraniennes, une guerre déclenchée par Israël avec la complicité des États-Unis. Le lobby sioniste semble avoir entrainé les États-Unis dans un conflit absurde dont les conséquences seront peut-être la précipitation d’une crise majeure du capitalisme. Après plus de trois semaines de conflits, il nous faut analyser les faits et les conséquences d’une telle agression envers l’un des plus gros pays de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). En quoi ce conflit dans le golfe Persique signe-t-il le commencement de la crise majeure du capitalisme au XXIᵉ siècle qui entrainera la chute de l’empire états-unien ?
Le 28 février 2026, une opération militaire conjointe israélo-américaine est lancée contre la République islamique d’Iran dans le but de déstabiliser le régime, ou bien tout simplement de mener à sa chute. Mais ces objectifs de guerre sont flous, et la guerre se déroule dans un échange continu de missiles et de drones. Les États-Unis annoncent vouloir empêcher le régime iranien de posséder sa propre bombe nucléaire (ce qui serait toutefois légitime au vu des pressions extérieures auxquelles le régime fait face). Dans les faits, après l’assassinat ciblé de l’ayatollah Khamenei dès le début du conflit, l’objectif semble avoir été de faire chuter le régime, ou du moins de lui tordre le bras, une fois le corps décapité. Cependant l’Iran, sous pression extérieure depuis le début de sa révolution, se prépare à ce conflit depuis plusieurs dizaines d’années et a adopté un mode de commandement militaire et politique décentralisé afin de justement pallier toute tentative de déstabilisation de la chaine de commandement. Les objectifs militaires américains sont depuis très flous, dans la mesure où l’envoi d’hommes au sol semble impossible mais qu’aucun objectif concret ne pourrait être atteint sans cela. C’est pour cette raison qu’Israël et les États-Unis ont précédemment tenté de déstabiliser le pays de l’intérieur en l’étouffant économiquement et en attisant les feux d’une révolte. Celle-ci aurait été légitime si elle était embrassée et dirigée par le peuple et non par des puissances étrangères ; comme nous avions pu le voir avec la sortie de drapeaux israéliens et l’arrestation d’agents étrangers.
Les États-Unis sont à présent dans l’embarras après avoir sous-estimé leur ennemie, et sont coincés dans une guerre dont ils ne peuvent se retirer. Les bases américaines sont prises pour cible par l’Iran, ainsi que les infrastructures pétrolières, gazières et militaires des pays du Moyen-Orient (Koweït, Israël, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, etc.). Les États-Unis n’ont donc pas d’autre choix que de se maintenir dans ce conflit de par les accords de protection militaire et d’échanges commerciaux qui les unissent avec les pétromonarchies du Golfe et l’entité sioniste. Tout cela sans compter la folie sioniste, qui maintient ses frappes sur l’Iran, tout en lançant des opérations d’annexion de ses voisins libanais et syrien. Les Israéliens ont parfaitement compris comment profiter de la déstabilisation de la région et du maintien de la guerre sur le temps long. Le président des États-Unis a évidemment appelé l’OTAN à son secours (ce qui constitue une énième preuve que cette organisation a été créée pour répondre à des objectifs bellicistes). Mais les pays occidentaux dont la puissance militaire a été affaiblie pour de multiples raisons au cours des dernières décennies ont su rester lucides face à ce conflit, et n’ont pas rejoint les États-Unis dans leur suicide. C’est alors, dans un changement de ton spectaculaire, que Donald Trump a annoncé que les États-Unis et l’Iran avaient eu de « très bonnes et productives discussions pour une cessation totale des hostilités ». Il a fait part d’un report de 10 jours de toute frappe américaine sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran. Plusieurs hauts dirigeants iraniens ont nié l’existence de négociations entre Washington et Téhéran, estimant que de telle déclarations viseraient à alléger la pression sur les marchés de l’énergie et à gagner du temps. Une hypothèse très probable dans la mesure où les marchés financiers fonctionnent sur la confiance et non pas sur les données matérielles réelles.
Au-delà de l’intense niveau de destruction de la région, qui souffrira pendant des années des conséquences du conflit, c’est l’économie mondiale qui est mise en branle et qui effraie particulièrement les États-Unis. En effet, depuis la fin de l’indexation du dollar sur l’or dans les années soixante-dix, la puissance économique états-unienne se base sur le dollar par leur propre production mais aussi leur accord avec les pays exportateurs de pétrole. C’est ainsi que s’est formé le concept de pétrodollar, c’est-à-dire l’ensemble des dollars américains obtenus par les pays exportateurs de pétrole dans le cadre de leurs contrats libellés en dollars, qu’ils réinvestissent dans l’économie américaine. Cependant, dans le contexte actuel de tension économique dû à la concentration du capital, à la très forte spéculation sur l’IA mais aussi aux conséquences de la crise de 2008, une baisse de la production de pétrole pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’économie états-unienne, et donc mondiale. En effet, un ralentissement de la production de pétrole ou une raréfaction de ce produit entrainerai un ensemble de conséquence très grave qui dépasse la simple augmentation des couts à la pompe. Tout d’abord, cela accélèrerait le dépérissement de l’économie américaine qui survit sur son potentiel de spéculation sur les marchés financiers dans un contexte de très forte désindustrialisation. Une déstabilisation de l’économie américaine aurait ensuite pour conséquence la déstabilisation de l’ensemble des pays dont l’économie est rattachée à celle des États-Unis par effet domino et par conséquence de la dévaluation du dollar. Ensuite, outre ces caractéristiques spéculatives, le pétrole est une ressource de consommation, ce qui est un problème par rapport à l’or. En effet, le pétrole est nécessaire dans la majorité des pays du globe pour le fonctionnement des infrastructures énergétiques mais aussi de transport. Une augmentation des couts du pétrole pourrait donc avoir des conséquences très graves sur l’ensemble de la production internationale, surtout dans un contexte de forte désindustrialisation vers des territoires en manque de développement qui subiront donc de plein fouet la chute de leur production électrique, ce qui aurait des répercussions sur la production mondiale et donc entrainerait une crise majeure.
Pour autant, l’atteinte aux infrastructures pétrolières et gazières n’est en réalité qu’une partie du conflit. La principale réponse iranienne face à l’agression est le blocage du détroit d’Ormuz au sud-est de ses côtes. Il s’agit d’un passage très étroit, et donc facile à bloquer, par lequel transitent 39 % du pétrole mondial et 19 % du gaz. Ainsi, l’Iran ralentit la production mondiale et régionale, mais limite aussi les exportations internationales de la région. Pour l’instant il ne s’agit que d’un blocage, certains navires sont encore autorisés à traverser le détroit, ce qui ralentit la chute de l’économie mondiale Toutefois, l’Iran menace les États-Unis et Israël d’aller plus loin en minant le détroit, le rendant impraticable jusqu’à nouvel ordre. Total Énergies prédit une très forte hausse des prix du gaz si le détroit d’Ormuz n’est pas réouvert, mais une hausse des prix sera le cas de toute façon à cause des attaques sur les infrastructures de liquéfaction du gaz. Aussi, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié la crise au Moyen-Orient de « très grave », la jugeant pire que les deux chocs pétroliers des années 1970 et que l’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur le gaz, pris ensemble, et a ajouté après 3 semaines de conflits : « la gravité du problème n’a pas été bien comprise par les dirigeants du monde entier ». D’autant plus que l’Iran a déclaré vouloir mener une guerre sur le temps long.

Bien entendu, les pays occidentaux n’ont pas attendu pour tenter de trouver des solutions. Par exemple, face à la montée du prix de l’essence, l’Espagne réduit la TVA, avec une baisse significative de 15 à 30 centimes par litre, sachant que le cours du baril de pétrole est passé de 60 à 96 dollars. La Grèce quant à elle débloque plusieurs centaines de millions de fonds pour soutenir sa population et son économie (camionneur, agriculteur, etc.) face à la montée des prix de l’essence. L’ironie de la situation peut prendre des allures tragico-comiques : les Européens refusent d’alléger les sanctions sur le gaz et le pétrole russes. Le maintien de cette sanction se fait dans un cadre purement idéologique, et ne prend donc en compte aucune réalité matérielle pour la population après quatre années de conflits et de sanctions inefficaces. D’autant plus que les européistes se plaisent à imaginer une Europe indépendante et libérée des États-Unis alors que la plupart des armées européennes se fournissent en matériel américain et que nous avons drastiquement augmenté nos importations en gaz et en pétrole de schiste américains. Une incompétence crasse due à une idéologie fantaisiste. Comble de l’ironie : les États-Unis lèvent une partie des sanctions sur le pétrole iranien pour tenter d’endiguer la montée des prix.
Toutefois, la dégradation de la situation et les conséquences de ce conflit se feront sur le temps long. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui regroupe une trentaine de pays, dont la France, avait prévu une telle situation depuis le premier choc pétrolier de 1973. Des stocks stratégiques de pétrole ont donc été constitués depuis des dizaines d’années et pourraient être mis à contribution pour contrer la flambée de l’or noir. Pour chaque pays, ces stocks doivent correspondre à 90 jours d’importation nette, sous forme brute ou raffinée selon les capacités du pays. Ces réserves peuvent être gardées par les États, des pays étrangers, des entreprises ou par un tiers. Ces stocks stratégiques sont là pour être débloqués de manière collective en cas de « perturbation grave de l’approvisionnement en pétrole ». En novembre 2025, l’AIE faisait état de 140 jours d’importations nettes de pétrole en tenant compte de l’ensemble de ses membres importateurs, c’est-à-dire en excluant les quatre pays exportateurs nets (Norvège, États-Unis, Canada et Mexique). Avec de grandes disparités : L’Estonie détenait l’équivalent de 11 jours de ses importations nettes de pétrole à l’automne 2025, contre 345 jours pour le Danemark, 206 jours pour le Japon ou encore 113 jours pour l’Autriche. Les stocks de l’Australie représentaient l’équivalent de 47 jours, sous la barre imposée des 90 jours. En France, selon Bercy, le pays détient au total l’équivalent de 118 jours d’importations nettes. Les pays membres de l’AIE ont convenu le 11 mars de débloquer un volume record de 400 millions de barils de pétrole provenant des réserves stratégiques afin de lutter contre la flambée des prix mondiaux du brut. Selon le détail des données publiées par l’organisation, ce sont les États-Unis qui vont le plus contribuer avec plus de 172 millions de barils, devant le Japon avec près de 80 mb. Suivent le Canada (23,6 mb) et la Corée du Sud (22,5 mb). En Europe, les plus gros contributeurs sont l’Allemagne (19,5 mb), la France (14,6 mb) et le Royaume-Uni (14 mb). “La guerre au Moyen-Orient crée la plus large perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole”, a commenté l’AIE jeudi, se félicitant que sa libération de stocks ait constitué un amortisseur “significatif et bienvenu”. Ces mesures temporaires peuvent faire effet sur un temps court en réduisant l’augmentation du prix du baril et en permettant de faire fonctionner les infrastructures énergétiques malgré la pénurie. Il ne s’agit donc que d’une solution provisoire qui ne peut tenir dans le temps long, dans la mesure où les cours des marchés sont décorrélés des réalités matérielles. Il peut y avoir du pétrole, mais le marché fait tout de même monter le cours, ce n’est pas une garantie contre la hausse des cours. C’est uniquement une garantie d’avoir du pétrole à la pompe. Néanmoins, si la guerre s’étend sur plusieurs mois, voire plus, comme semble le souhaiter le régime iranien, ces mesures seront inefficaces pour endiguer la crise qui nous arrive dessus.
Malgré tout, Trump semble vouloir limiter les dégâts et arrêter l’escalade, mais pris dans les filets du sionisme, il ne peut plus faire marche arrière. Israël maintient ses frappes et son processus d’annexion du Liban et de la Syrie. L’auto-destruction impérialiste semble en marche, entraînée par l’idéologie eschatologique israélienne. Les États-Unis perdent des milliards de dollars dans cette guerre, leur allié ne leur font plus confiance et le pétrodollar est sur le déclin. Pendant ce temps, un axe de résistance à l’impérialisme et à l’hégémonie économique américaine se renforce. Plus de 80 % du pétrole iranien s’écoule vers la Chine. La coopération entre les deux pays se fait sur des marchés parallèles, notamment par des échanges en yuan. La Chine fournit en retour à l’Iran des composants et des technologies, ainsi que du matériel militaire, tout en gardant une position neutre à l’international. La guerre devient le moyen de rééquilibrer les forces internationales, à l’avantage d’un monde multipolaire orienté vers l’Asie, centré autour de puissances telles que l’Inde, la Chine, la Russie et l’Iran, ainsi que l’ensemble des pays en développement de la région qui concentre une immense partie des forces productives industrielles mondiales. L’Iran laisse passer les navires qui paient en yuan, et accorde des avantages aux compagnies chinoises. Si le trafic maritime dans ce passage crucial pour le commerce mondial a chuté de 95% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, 124 traversées ont toutefois été comptabilisées entre le 1er et le 21 mars. « Plusieurs gouvernements, dont la Chine, mais aussi l’Inde, le Pakistan, l’Irak et la Malaisie, sont en pourparlers directs avec Téhéran afin de coordonner les transits de navires » avec les Gardiens de la révolution iraniens, selon Richard Meade, de Lloyds List. Les navires approuvés par l’Iran passent près de l’île de Larak, au large des côtes iraniennes, pour y être inspectés par les autorités iraniennes. Aussi l’Iran propose de ne laisser passer certains pétroliers dans le détroit d’Ormuz uniquement si les transactions sont réglées en yuan. Cela apparaît comme une nouvelle étape dans une guerre monétaire qui dure déjà depuis plusieurs années.
Pour rappel, le dollar est plus qu’un avantage impérialiste ou qu’un outil monétaire, il est un outil à part entière de l’impérialisme car il permet de projeter le droit américain à l’international grâce à l’extraterritorialité du droit états-unien sur le dollar. Son omniprésence est donc une omniprésence du droit américain. La dédollarisation est donc une étape essentielle dans la chute de l’impérialisme et la construction d’un monde multipolaire, qui permettra ensuite la construction d’un véritable internationalisme. C’est bien pour cette raison que les BRICS ont progressivement encouragé les échanges commerciaux en monnaies locales et explorent même l’idée d’une monnaie commune. Derrière cette confrontation monétaire se cache en réalité une cible stratégique bien précise : la dette américaine. Celle-ci atteint aujourd’hui des niveaux historiques et sa soutenabilité repose largement sur la domination mondiale du dollar. Tant que la monnaie américaine reste la principale monnaie de réserve et d’échange dans le monde, les États-Unis peuvent continuer à financer leurs déficits à grande échelle. Le contrôle des transactions financières internationales donne à Washington la capacité d’imposer des sanctions extraterritoriales et de bloquer l’accès au système bancaire mondial. La fin de l’impérialisme passera nécessairement par la chute de la suprématie du dollar.
Pendant ce temps, la Chine adopte une neutralité de façade, en pleine connaissance de ses intérêts dans cette situation. Son quasi-monopole sur les terres rares lui permet de restreindre ses exportations de tungstène, un métal rare essentiel dans la confection des technologies modernes, et donc de l’armement. Les réserves seront bientôt à sec prévient le PDG de Rheinmetall, et il s’agit là d’une conséquence de la guerre commerciale qu’avait mené Donald Trump l’année dernière avec la Chine. Le déclin états-unien semble maintenant inévitable, puisque par cette guerre ils semblent détruire par eux-mêmes le dernier axe de leur puissance : le pétrodollar. C’est donc maintenant qu’il faut redoubler de vigilance et de sérieux dans l’analyse et les actes anti-impérialistes. Le poisson remue toujours plus lorsqu’il est en dehors de l’eau. L’accroissement des violences et des pressions américaines partout sur la planète (Iran, Vénézuéla, Cuba) sont des signes de la chute américaines, et donc des signaux de dangers. L’empire ne se laissera pas s’écrouler sans tenter d’emporter le monde avec lui.
Néanmoins, une guerre mondiale serait de fait intenable pour une bonne partie des pays capitalistes de part la déportation de leur production industrielle et de leur ressources naturelles à travers le globe. C’est ainsi que l’Iran brandit l’ultime menace du XXIᵉ, bien plus dévastatrice pour l’économie que le pétrole ou les bombes : internet. Ce gigantesque réseau sur lequel est bâti l’ensemble de la modernité ne tient que par quelques câbles sous-marins, essentiels à la tenue de cette infrastructure. Les conséquences de la coupe de ces câbles seraient alors désastreuses pour tous. Rassurons-nous, la dépendance internationale de l’économie mondialisé pourrait constituer l’un des freins ultimes à une guerre de grande échelle.
Arno – JDM












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