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Népal : la fin d’une époque pour le mouvement communiste ?

par | Mar 9, 2026 | International | 1 commentaire

Les élections législatives qui viennent de se tenir au Népal marquent un tournant majeur dans la vie politique du pays. Le Rastriya Swatantra Party (RSP), formation portée par l’ancien rappeur et maire de Katmandou Balendra “Balen” Shah, a remporté une victoire écrasante, bouleversant l’équilibre politique qui prévalait depuis près de deux décennies. Dans les circonscriptions élues au scrutin majoritaire, le RSP a remporté 122 sièges sur 165, reléguant très loin derrière les partis traditionnels, dont les principales formations communistes du pays.

Au-delà du résultat électoral lui-même, ce scrutin semble marquer la fin d’un cycle politique ouvert dans les années 1990. Pendant près de trente ans, le mouvement communiste a été l’acteur central de la transformation politique du Népal. Aujourd’hui, il apparaît fortement affaibli dans les urnes pour la première fois depuis 1991 et le rétablissement du système parlementaire népalais.

Vote d’une femme à l’occasion des législatives à Katmandou, au Népal, le jeudi 5 mars 2026. Niranjan Shrestha Associated Press 

Un mouvement communiste au cœur de la vie politique

Le mouvement communiste népalais est né en 1949 avec la création du Parti communiste du Népal. Malgré de nombreuses scissions et une fragmentation constante, il s’est progressivement imposé comme une force politique majeure.

Le véritable tournant intervient dans les années 1990. Après la chute du système monarchique absolu en 1990, les partis communistes deviennent des acteurs centraux de la vie politique. Mais c’est surtout avec la guerre populaire prolongée lancée en 1996 par le Parti communiste du Népal (maoïste) que le mouvement prend une dimension historique.

Pendant dix ans, la guérilla maoïste s’implante profondément dans les campagnes et remet en cause l’ordre social traditionnel. Le conflit s’achève en 2006 par un accord de paix qui ouvre une nouvelle phase de la vie politique du pays. Deux ans plus tard, en 2008, la monarchie vieille de plus de deux siècles est abolie et le Népal devient enfin une république. Les militants maoïstes jouent alors un rôle déterminant dans la transformation du régime politique et dans la rédaction de la nouvelle constitution. Pendant près de vingt ans, les forces communistes — notamment le CPN-UML et le Centre Maoïste — constituent ainsi l’un des piliers du système politique népalais.

De la révolution à l’intégration dans l’État

L’intégration progressive des maoïstes dans la vie parlementaire transforme profondément le mouvement. La dissolution de l’Armée populaire, les alliances électorales et les rivalités internes conduisent peu à peu à une normalisation politique des anciens partis révolutionnaires. Cette évolution permet la stabilisation institutionnelle du pays et la fin de la monarchie, mais elle s’accompagne aussi d’une perte progressive de la dynamique politique qui avait porté la guerre populaire.

Au fil des années, les partis communistes deviennent eux aussi associés aux difficultés du système politique népalais : instabilité gouvernementale chronique, coalitions fragiles et incapacité à répondre aux attentes sociales d’une population confrontée à de fortes inégalités et à une émigration massive de travailleurs. Depuis la fin de la monarchie, le Népal a connu une succession rapide de gouvernements, alimentant un mécontentement croissant dans la population.

Une jeunesse en rupture avec les élites politiques

Ce mécontentement s’est exprimé avec force ces dernières années, notamment à travers un mouvement de protestation porté par une nouvelle génération de jeunes Népalais dénonçant la corruption, l’instabilité politique et l’absence de perspectives économiques.

C’est dans ce contexte qu’émerge la figure de Balendra « Balen » Shah, déjà devenu célèbre en 2022 après son élection surprise comme maire « indépendant » de Katmandou. Ancien rappeur et ingénieur, Shah s’est construit une image d’outsider opposé aux partis traditionnels et défenseur d’une gestion « efficace » et « moderne » de l’État.

Son ascension politique a été largement relayée par la presse internationale, notamment occidentale. De nombreux médias européens ont multiplié les portraits le présentant comme l’incarnation d’une nouvelle génération politique débarrassée des « vieilles idéologies ». Cette mise en avant médiatique n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un récit bien connu : face à des partis structurés et porteurs d’une tradition politique forte — en particulier ceux issus du mouvement communiste — les élites médiatiques et économiques valorisent volontiers des figures présentées comme « pragmatiques », « technocratiques » et « post-idéologiques ».

Sous couvert de renouvellement politique, ce type de discours tend à promouvoir une vision de la politique réduite à la gestion administrative et à la modernisation économique, laissant de côté les questions de transformation sociale qui avaient été au cœur des luttes politiques népalaises des décennies précédentes.

Les résultats du scrutin illustrent l’ampleur de cette recomposition. Le Rastriya Swatantra Party remporte une victoire historique, tandis que les partis traditionnels sont sévèrement sanctionnés.

Le Congrès népalais n’obtient qu’un nombre limité de sièges, tandis que les formations communistes enregistrent un recul particulièrement marqué. Le CPN-UML ne conserve qu’une poignée de sièges dans les circonscriptions majoritaires, tandis que le Centre Maoïste, autrefois force dominante de la vie politique, subit également un revers sévère.

La fin d’une époque ?

Ces élections pourraient marquer la fin du cycle politique ouvert à la fin du siècle dernier par le déclenchement de la guerre populaire prolongée. Le mouvement communiste, qui avait joué un rôle déterminant dans la transformation du régime politique népalais et dans l’abolition de la monarchie, apparaît aujourd’hui affaibli et divisé.

Pour autant, il serait prématuré de conclure à sa disparition. Les contradictions sociales qui avaient nourri l’essor du mouvement communiste — pauvreté rurale persistante, fortes inégalités sociales et dépendance économique — demeurent largement présentes dans la société népalaise.

La victoire du RSP traduit avant tout une crise de confiance envers les partis traditionnels plutôt qu’une stabilisation durable du paysage politique et un « recentrage » de ce dernier.

L’histoire récente du Népal montre au contraire combien les équilibres politiques peuvent évoluer rapidement. Si ces élections semblent bien clore une période, elles ouvrent aussi une nouvelle phase d’incertitude politique dans un pays où les tensions sociales restent particulièrement vives.

Un camarade

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1 Commentaire

  1. RUBENS

    Pour quelle date l’implantation de bases militaires nord-américaines au Népal est-elle envisagée? L’insistance des médias dominants sur ce résultat électoral ne me semble pas innocente!

    Réponse

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