Du 21 février au 1ᵉʳ mars se tenait le traditionnel salon de l’agriculture à Paris. Il sert à la fois de vitrine à l’agriculture française, et de lieu de mise en valeur de la production des agriculteurs, notamment grâce aux concours agricoles. Toutefois, l’industrialisation du secteur et la concentration du capital dans le monde agricole en font la vitrine des inégalités et de l’exploitation de certains au profit d’autres. Il est aussi un lieu central des stratégies politiques partisanes, puisqu’y défilent tous les ans : président, députés et autres cadres de partis politiques, qui se servent de l’évènement pour des stratégies de communication, mais aussi pour entrer en contact avec une population qu’ils ignorent, et bien souvent méprisent. Au milieu de ces stratégies et inégalités, les agriculteurs apparaissent plus que jamais à l’avant-garde de la lutte des classes du XXIᵉ siècle.
L’édition de 2026 aura été bien différente des autres années. La fréquentation de l’évènement a chuté de 27,9 %, soit une baisse de plus de 150 000 visiteurs. Le salon a fait l’objet de nombreux boycotts, qui ont eu un effet significatif sur sa fréquentation. Des départements entiers l’ont boycotté, tel que l’Ariège qui n’a envoyé aucun éleveur, producteur ou commerçant. Ce qui n’a pas empêché les syndicats et représentants de la région de se rendre sur place pour maintenir le dialogue dans un climat de réorganisation de la PAC par l’Union européenne. Mais aussi, pour la première fois en 62 ans de salon, aucun bovin n’a été exposé. Cela fait suite à la crise politique et sociale de l’épidémie de dermatose nodulaire. Le protocole sanitaire particulièrement injuste et brutal du gouvernement avait enclenché en décembre 2025 une révolte du monde agricole. Cette épidémie et les restrictions qui l’accompagnaient ont notamment poussé l’organisation du salon à ne pas inviter les bovins. Et malgré la levée des restrictions depuis, les principaux syndicats ainsi que les éleveurs ont décidé de maintenir leur absence par solidarité et en signe de protestation. Cette absence exceptionnelle s’accompagne aussi du boycott par deux des trois principaux syndicats agricoles (Confédération Paysanne et Coordination Rurale) de l’inauguration du salon par Emmanuel Macron.
Tous ces évènements sont les indicateurs de la situation de forte lutte des classes au sein de l’agriculture française. Pour preuve, la présence de la FNSEA au discours d’inauguration de Macron, plus gros syndicat agricole mais aussi comprenant les plus gros exploitants. Le président néolibéral, bon soldat de la bourgeoisie, discute avec les siens pendant que le peuple lutte. Le 25 février, le syndicat de la Confédération Paysanne a envahi le stand de l’UE pour dénoncer les répercussions de ses décisions sur l’alimentation française et les difficultés de vie des agriculteurs. Ils dénoncent la doctrine libérale, fondement de l’Union Européenne, qui insuffle une dérégulation de l’agriculture au profit des grands patrons et exploitants.

En effet, la restructuration de la PAC qui favorise déjà les grandes exploitations a aussi été accompagnée d’un passage en force du traité de libre-échange du MERCOSUR par la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen, le 27 février en plein milieu du salon. Cet accord renforce la compétition entre les agriculteurs en mettant des exploitants, déjà injustement mis en concurrence entre eux au sein de l’Union Européenne, en concurrence avec les agriculteurs sud-américains. Le texte avait déjà été signé et les procédures validées par le Conseil européen, mais la surprenante opposition française à celui-ci avait provoqué des recours permettant de prolonger les négociations en gelant l’entrée en vigueur du texte. Les médias européistes ont alors mine d’être outrés devant une telle transgression de la démocratie, oubliant que l’Union Européenne est exactement l’inverse de la démocratie. Le parlement est fantoche, les décisions sont prises par le Conseil européen et les lobbyistes sont faiseurs de rois. L’entre-soi bruxellois n’a que faire des réalités concrètes des populations européennes, puisque l’ensemble de son architecture et de sa structure sont profondément antidémocratiques. Un antidémocratisme ancré dans l’ADN de l’Union européenne, puisque, pour rappel, les Français avaient refusé la constitution européenne en 2005, ce que Sarkozy s’était empressé de réparer avec le traité de Lisbonne en 2007, sans se soucier d’un quelconque plébiscite ou appui populaire.
L’édition 2026 du salon de l’agriculture nous montre donc que nos agriculteurs français sont à l’avant-garde de la lutte. Malheureusement, parce qu’ils subissent avec beaucoup de solitude les violentes politiques néolibérales de la bourgeoisie française et de la bourgeoisie internationale via l’Union Européenne. Aussi, les tentatives de notre président de nuancer le traité avec le MERCOSUR ne sont en réalité que des tentatives pour protéger et favoriser les grands exploitants français dans une logique de compétitivité au sein du libre marché. Le visage de l’Union Européenne se révèle dans toute sa splendeur : une institution aussi autoritaire que belliqueuse qui écrase les peuples pour les intérêts de la bourgeoisie. Elle sert d’autorité supérieure pour affaiblir les luttes. Nos agriculteurs sont alors bien démunis face à une institution supranationale protégée de tout danger ou remise en cause.
Arno – JDM












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