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SEB : 500 licenciements au nom de la rentabilité

par | Mar 1, 2026 | Luttes | 0 commentaires

Le groupe SEB, fleuron historique du petit électroménager français, envisage la suppression de 2100 postes dans le monde, dont 500 en France. Derrière les formules lissées de « plan d’économies » et de « redressement de la rentabilité », il faut appeler les choses par leur nom : des centaines de familles ouvrières et employées vont payer le prix d’une logique économique qui les dépasse.

SEB n’est pas une entreprise en faillite. Ce n’est pas un groupe au bord de l’effondrement. C’est un acteur mondial solidement implanté, propriétaire de marques connues dans chaque foyer populaire. Pourtant, comme tant d’autres avant lui, il annonce qu’il faut « s’adapter », « optimiser », « rationaliser ». Autrement dit : réduire la masse salariale pour préserver les marges.

Cette annonce ne relève pas d’un accident conjoncturel. Elle s’inscrit dans un mouvement de long terme : celui de la désindustrialisation française et européenne.

Quarante ans de marché unique, quarante ans d’érosion industrielle

Depuis l’approfondissement du marché commun et la mise en place du marché unique, l’industrie française a été soumise à une mise en concurrence permanente. Libre circulation des capitaux, interdiction des protections nationales, primat du droit de la concurrence : tout est organisé pour que les entreprises arbitrent en permanence entre leurs zones d’implantation en fonction du « coût du travail » et du taux de profit à court terme.

Dans ce cadre, un site industriel français n’est plus un outil stratégique au service de la nation et du développement collectif. Il devient une ligne dans un tableau Excel, comparée à un site en Europe de l’Est ou en Asie. Si la rentabilité est jugée insuffisante, on supprime des postes, on ferme, on délocalise. L’Union européenne ne licencie pas directement les salariés de SEB. Mais elle a construit un cadre qui rend ces décisions quasi mécaniques. Toute politique industrielle ambitieuse est soupçonnée de « distorsion de concurrence ». La souveraineté économique est dissoute dans un grand marché où règne la loi du moins-disant.

Résultat : en quarante ans, la part de l’industrie dans le PIB français a été divisée par plus de deux. La France, qui était un pays de production, devient un pays de services précaires et de dépendance extérieure.

La logique du capital, pas l’intérêt des travailleurs

La direction de SEB invoque la nécessité de restaurer la rentabilité face à la concurrence internationale et à la stagnation des marchés occidentaux. Mais une question simple doit être posée : qui décide que la priorité absolue est la rentabilité actionnariale ? Les travailleurs n’ont pas demandé la compression des coûts. Les territoires industriels n’ont pas demandé à être mis en compétition les uns contre les autres. Les familles ouvrières n’ont pas demandé à servir de variable d’ajustement.

Dans le capitalisme contemporain, l’entreprise n’est plus d’abord une communauté de travail ni un outil de développement national. Elle est un actif financier. Sa mission première est de satisfaire les exigences de rendement des marchés. Si la marge baisse, on taille dans l’emploi. Si le cours de Bourse fléchit, on restructure. Le discours sur la « modernisation » masque mal une réalité brutale : ce sont toujours les salariés qui paient les fluctuations du marché mondial.

La responsabilité des gouvernants français

Il serait trop simple d’accuser uniquement la direction du groupe Seb. Le problème est plus profond. Depuis des décennies, les gouvernements français successifs ont accepté et accompagné un cadre européen qui prive la nation des instruments essentiels de politique industrielle : protection ciblée, planification, contrôle stratégique des filières.

Dans le même temps, les traités commerciaux négociés au niveau européen ont ouvert largement le marché à des productions issues de pays à bas coûts. Le petit électroménager est un secteur où la concurrence asiatique est intense. Face à cette pression, les groupes européens sont poussés à s’aligner sur les standards mondiaux de rentabilité, c’est-à-dire à réduire les coûts sociaux. Ce n’est pas un hasard si les annonces de suppressions d’emplois se multiplient dans des secteurs pourtant stratégiques. C’est le produit d’un modèle économique fondé sur la concurrence généralisée plutôt que sur la coopération et la planification.

Défendre l’emploi industriel, c’est défendre la souveraineté nationale

La question posée par SEB dépasse le cas d’une entreprise. Elle touche à un enjeu central : voulons-nous rester un pays producteur, capable de maîtriser ses filières industrielles, ou acceptons-nous la transformation de la France en simple marché de consommation ?

Chaque emploi industriel perdu affaiblit un territoire, un savoir-faire, une chaîne de sous-traitance. La désindustrialisation n’est pas seulement une statistique : c’est un recul concret de la souveraineté nationale et populaire. Face aux menaces de licenciements, la solidarité avec les salariés concernés est indispensable. Mais elle ne suffira pas si l’on ne remet pas en cause le cadre général qui rend ces plans sociaux structurels.

La défense de l’industrie suppose :

  • Le rétablissement de la souveraineté nationale de la France par la sortie de l’Union Européenne et de l’euro.
  • La subordination des logiques financières court-termistes à une politique de planification démocratique et centralisée de l’économie à l’échelle nationale.

Ces moyens ne peuvent être employés sans remise en cause radicale du pouvoir politique de la bourgeoisie, sans nationalisation des grands établissements de crédit et sans contrôle démocratique des entreprises. Tant que l’économie restera soumise à la dictature capitaliste de la rentabilité et à la concurrence sans frontières organisée par le marché unique, les annonces comme celle de SEB se répéteront.

Les salariés de SEB ne sont pas responsables de la crise de rentabilité. Ils en sont les victimes. Leur combat pour l’emploi s’inscrit dans une bataille plus large : celle pour le droit d’un peuple à produire, à décider et à planifier son développement au service de la majorité de la population.

Un camarade

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