Gilliatt De Staërck – 16 janvier 2026
Alors que notre organisation produit ses premiers balbutiements et que nous oeuvrons à reconstruire la dynamique nécessaire lui permettant de franchir les différentes étapes menant à la reconstruction concrète du parti communiste en France, les débats sur la manière de faire fonctionner notre organe central — c’est à dire la manière d’articuler la « Jeunesse du monde » au reste de l’organisation (et à fortiori à la direction politique de l’OCF), de lui donner l’élan nécessaire en hommes, en femmes, en moyens techniques et en exigences pour son propre développement — deviennent de plus en plus pressants tant ils impliquent, au bout du bout, une certaine manière de fonctionner au quotidien pour l’ensemble des communistes de l’OCF. Je donnerai ici ma vision des choses, de ce qui doit être notre fonctionnement, voire même notre « culture militante » sur ce sujet.
Durant des années, nous avons été pétris des fonctionnements de l’articulation de la direction du PRCF — à laquelle certains d’entre nous, dont l’auteur de ces lignes, participaient activement — avec la rédaction d’Initiative-communiste, la première se confondant entièrement dans la seconde au lieu de les distinguer tout en subordonnant la seconde à la première, tant et tant confondues que les actes officiels du PRCF, tout autant que les brèves les plus insignifiantes, étaient nivelés — non pas dans leur présentation mais dans la culture militante et de fonctionnement de l’organisation — et ne permettaient plus de mesurer l’importance de ce qui avait été tranché démocratiquement par des instances par rapport à ce qui relevait de la prospective ou de l’avis d’un camarade sur une question sans grande importance. En témoignent ces innombrables réunions durant lesquelles les actes du PRCF normalement en débat n’étaient pas même relevés par des membres du Comité central, contrairement à tel ou tel article ou tel ou tel sujet, dirons-nous, de seconde zone et d’initiative personnelle.
Ce fonctionnement avait tant confondu l’organe central avec le Secrétariat national (la direction politique du PRCF) qu’il était inévitable, en pleine croissance de la renaissance communiste (et non pas « du PRCF »), que les critiques même sur des articles dérisoires étaient vues, au mieux, comme de la perte de temps inconsciente qui obstruait la « dynamique du PRCF » et qu’elles ne correspondaient pas à ce qu’on attendait de « militants disciplinés », au pire comme une remise en cause de son auteur membre à coup sûr de la « direction du PRCF et dument mandaté et légitime ». Comment de telles pratiques ne pouvaient pas créer un climat de tension insoutenable pour qui formulait un simple avis ? On voudrait ainsi produire des esprits ankylosés malgré la formidable production théorique qui y était menée par quelques-uns qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Ce sont de ces réflexes et pratiques dont je souhaitais parler et dont il nous faut, je crois, nous émanciper si l’on veut assurer à la renaissance communiste un organe central médiatique, tout autant visible et reconnu des révolutionnaires de France qu’indépendant des partis de la bourgeoisie, des syndicats opportunistes et de collaboration de classe, des organes trotskysants et des tendances droitières.
Depuis notre premier congrès, nous nous sommes attelés en premier lieu à remettre en place un comité de rédaction pour la Jeunesse du monde, sous le contrôle politique de la direction de l’OCF. Cela était nécessaire pour assurer une rédaction régulière et collective, s’appuyant sur la ligne politique tracée par le premier congrès. Mais il me paraît nécessaire de préciser que, étant donné que la communication politique immédiate est du ressort de la direction de l’OCF, reste à la rédaction de la JDM de se saisir des sujets d’actualité, d’histoire et de société entre autres, pour les interroger, les analyser à fond et ouvrir des voies de compréhension à l’ensemble de l’organisation, de ses sympathisants et des lecteurs de la JDM. Voilà la tâche de notre JDM dont les équipes et sa direction doivent fonctionner dans la meilleure des harmonies avec la direction politique de l’OCF.

Ces travaux d’analyse, souvent écrits individuellement mais coordonnés, relus et approuvés par la direction du comité de rédaction de la JDM qui assume alors à la fois individuellement et collectivement l’ensemble de ses productions — charge cependant aux membres de la rédaction et à sa direction de prévenir voire de stopper à temps les éventuelles charges politiques contraires à nos principes politiques et à l’expression fraternelle qui doit avoir cours entre communistes —, interrogeront peut-être de temps à autre des camarades, qui ne seront pas d’accord sur tel ou tel point d’analyse, ou sur l’approche générale d’un texte de fond. Il est tout à fait primordial que ceux de nos meilleurs camarades qui feront sans doute déjà l’effort régulier de prendre la plume, et qui souhaiteraient émettre des critiques argumentées quant à tout ou partie d’un texte produit par la rédaction de la Jeunesse du monde, ou simplement approfondir de manière critique un sujet, ne soient pas stoppés net dans leur démarche par crainte de débordements en tous genres, car le véritable débordement serait de croire la rédaction de la JDM infaillible et que la justesse émane toujours de la majorité qui ne se trompe jamais et adopte « la meilleure ligne ». Si tant est, et afin de faire animer les débats par les meilleurs d’entre nous, que la critique soit fraternelle et surtout réellement argumentée, alors il n’y a aucune raison de craindre la publication de cette critique, et la rédaction de la JDM a le devoir de l’accepter et de la faire publier. Du même coup, la rédaction de la JDM, et à fortiori l’auteur du texte concerné, dans l’exact même esprit, doivent pouvoir réécrire sur ce sujet et répondre au camarade. Et c’est au contrôle politique de s’assurer de la bonne tenue du débat et d’y mettre fin si ces règles de bienséance entre communistes n’étaient pas respectées.
D’aucuns — ces messieurs Gastaud père et fils, Flament, Houseaux et consorts, divisions fantômes de « rédac’chefs » et de directeurs politiques n’ayant jamais fait rapport de leurs activités à ce sujet — vous assureront que cela a toujours été ainsi, mais qu’un vrai bolchévique, sur une question qui aurait été tranchée démocratiquement, doit appliquer ensuite la décision. Certes, mais cette manière de présenter les choses révèle surtout que, derrière l’application de la décision se cache le souhait de mettre, sur la question précise qui aura été tranchée, son cerveau de côté. Car il faut cesser de nous raconter des histoires camarades. Aucun d’entre nous, mis en minorité, ou même majoritaire sur un vote, ne cessera d’un coup d’un seul d’y réfléchir, d’affiner et de critiquer même sa propre position une fois l’expérience faite. Le léninisme sur cette question ne consiste pas en l’arrêt des réflexions et des débats entre camarades une fois le vote passé, mais bien d’assurer malgré tout la bonne application des conséquences concrètes de la décision prise majoritairement, sans que l’avis et les arguments des minoritaires ne viennent lui mettre de bâton dans les roues. Sur ce point, autant pour la bonne application des décisions prises que pour le respect du droit des minoritaires de continuer à penser ce qu’ils pensent s’ils le souhaitent, c’est toute l’organisation qui doit être vigilante, et pas seulement la direction politique. Il apparaît donc évident, dans ce cas, une fois les débats et le vote passés, de ne pas rouvrir immédiatement les colonnes de la JDM à cette question, afin que le débat ne se transforme pas en polémique destructrice, mais plutôt qu’elle puisse bénéficier du retour d’expérience concrète pour, quelques temps plus tard, en tirer des conclusions constructives.
Ainsi devrions-nous fonctionner le plus simplement du monde — oserais-je dire en personnes civilisées qui disposent, grâce à la « révolution numérique », de formidables moyens de communication, d’organisation et de recherche ! —pour assurer d’un même élan la vitalité des débats, la bonne application des décisions prises majoritairement, mais aussi cultiver la fraternité réelle entre camarades qui se disent les choses, tout autant que d’encourager la recherche et la réflexion sur toutes les questions avant de prendre part au débat.
Ainsi poserons-nous efficacement les bases, dans nos conditions actuelles, de « l’organisateur collectif du Parti ».
Gilliatt De Staërck












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