Nous publions ci-dessous l’intervention de notre camarade William, secrétaire de la section dijonnaise de l’OCF, à l’occasion de la conférence publique « Ni OTAN, ni armée européenne : pour une rupture anti-impérialiste conséquente » organisée par l’OCF à Dijon le vendredi 3 avril 2026. Nous faisons suivre cette intervention par le texte d’appel qui avait été envoyé aux différentes organisations invitées à la conférence.
Ni OTAN, ni armée européenne : pour une rupture anti-impérialiste conséquente
Introduction
Camarades,
Je vous remercie d’être présents aujourd’hui pour aborder un sujet qui est au cœur de l’actualité la plus brûlante, mais aussi au cœur des enjeux stratégiques pour les décennies à venir. Le titre de notre conférence est : « Ni OTAN, ni armée européenne : pour une rupture anti-impérialiste conséquente. » Et nous allons voir ensemble pourquoi cette position est non seulement légitime, mais absolument nécessaire si nous voulons construire une véritable alternative anti-impérialiste.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de planter le décor. Nous sommes en 2026. Cela fait maintenant quatre ans que la guerre ouverte en Ukraine oppose la Russie à l’OTAN – oui, je dis bien l’OTAN, pas seulement l’Ukraine, car l’OTAN est directement engagée via les livraisons d’armes, les conseillers militaires, le renseignement, les sanctions économiques, etc. Quatre ans de guerre, des centaines de milliers de morts, des villes rasées, et toujours aucune perspective sérieuse de paix.
Mais ce n’est pas tout. Au même moment, l’Iran est bombardé par les États-Unis et Israël, avec la complicité de fait de plusieurs pays membres de l’OTAN. La France a déployé son porte-avions Charles de Gaulle avec ses Rafale, frégates et systèmes de défense dans la Méditerranée orientale et au Moyen-Orient à proximité des opérations, soi-disant pour défendre les intérêts de la France et soutenir les pays auxquelles elle est liée par des traités de défense. Mais en réalité cela constitue un alignement stratégique sur les intérêts américains, par un engagement de fait dans le conflit et par une défense de fait des forces américaines et des bases alliées situées dans la région. Le Royaume-Uni et l’Allemagne fournissent un soutien logistique et opérationnel, notamment via l’usage de bases à Chypre et en Allemagne, qui servent de hubs pour la coordination et la protection des opérations américaines. D’autres pays assurent la sécurité des États alliés du Golfe, facilitent le transit et la coordination des forces alliées, ou déploient des moyens pour protéger les infrastructures stratégiques. Ces contributions, bien qu’elles n’impliquent pas de frappes directes, permettent aux États-Unis et à Israël de conduire leurs opérations dans de meilleures conditions et constituent un engagement réel et structurel dans le conflit, montrant que l’OTAN et ses membres, même sans action officielle, jouent un rôle matériel et stratégique majeur dans la guerre contre l’Iran… La guerre en Iran est en train de devenir l’une des crises majeures du XXIe siècle, pouvant dégénérer en une guerre mondiale potentiellement nucléaire. Et cette guerre n’est pas un accident : elle est le fruit d’une stratégie délibérée de l’impérialisme états-unien et de leur « allié modèle » israélien pour d’une part éliminer un de leurs derniers grands adversaires au Moyen-Orient et d’autre part pour attaquer indirectement la Chine en la coupant d’une grande partie de ses importations de pétrole et de gaz.
Pendant ce temps, Cuba est sous tension maximale, menacée d’une intervention directe et soumise à un blocus et des sanctions économiques catastrophiques pour son économie. Le Venezuela a vu son président Maduro enlevé par les forces spéciales américaines en janvier 2026. La Syrie continue d’être saignée. La Palestine subit un génocide en cours. La Chine est encerclée par des bases militaires de l’OTAN dans le Pacifique. Et dans l’Arctique, les États-Unis tentent de militariser la région pour freiner la Russie et la Chine.
Quel est le point commun ? L’OTAN. L’Organisation du traité de l’Atlantique nord, présentée par nos médias et nos gouvernements comme une « alliance défensive » garante de la paix et de la démocratie. Un mensonge énorme, répété depuis 1949, mais qui ne tient pas une seconde face aux faits.
Aujourd’hui, pour couronner le tout, on se dirige de plus en plus vers une armée européenne. Sous prétexte que les États-Unis se désengageraient progressivement de l’Europe pour se concentrer sur la Chine, il faudrait que l’Europe se dote de sa propre force militaire. Certains y voient un progrès, une « autonomie stratégique », et une occasion de sortir de la tutelle américaine. Mais nous, Organisation Communiste de France (OCF), nous disons : attention, piège ! L’armée européenne ne sera pas une force de souveraineté. Elle sera le prolongement, le supplétif, le bras armé de l’OTAN en Europe. Elle ne remplacera pas l’OTAN, elle la complétera. Et elle servira les mêmes intérêts : ceux des monopoles, de la finance, de l’hégémonie occidentale. Et nous ce qu’on observe en ce moment, c’est la formation d’une « nouvelle Union sacrée » derrière l’OTAN et le projet d’armée européenne, qui rassemble des forces politiques de « gauche » et de droite autour d’un même objectif militariste et euro-atlantiste.
Notre réponse est donc claire, sans concession, sans illusion : Ni OTAN, ni armée européenne !
Dans cette conférence, nous allons procéder en quatre grandes étapes.
Premièrement, je ferais un rappel historique : comment l’OTAN a été construite, comment l’Union européenne s’est progressivement militarisée, et pourquoi ces deux institutions sont les deux faces d’une même médaille impérialiste.
Deuxièmement, Je vais analyser le rôle stratégique actuel de l’OTAN et de l’armée européenne en gestation : à qui font elles-face et quels intérêts servent-elles.
Troisièmement, je vais critiquer les positions portées par une certaine gauche qui prône des mots d’ordre « ni-nistes » du genre « ni OTAN ni Poutine », « ni États-Unis ni Mollahs », « ni Trump ni Maduro » – en montrant pourquoi ce genre de positions est contre-productif, voire dangereux, car elle affaiblit la résistance à l’impérialisme, qui est l’ennemi principal.
Quatrièmement, j’expliquerais pourquoi nous estimons nécessaire de combattre l’OTAN et l’armée européenne et de ne pas se limiter à des mots d’ordre plus immédiats et en apparence plus urgents tels que des mots d’ordre sur le retour du Charles de Gaulle, le retrait des troupes françaises, le refus de l’envoie d’argent, d’armes et d’hommes, la solidarité avec les peuples…
Enfin, nous conclurons en ouvrant des perspectives : que faire concrètement, ici et maintenant, pour contribuer au démantèlement de l’OTAN et à la construction d’un monde multipolaire libéré du joug impérialiste ?
Je vous propose de commencer sans plus attendre.
Première partie – La construction de l’UE et de l’OTAN, deux faces d’une même pièce impérialiste
A. La naissance de l’OTAN : un pacte d’agression déguisé en alliance défensive
Pour comprendre ce qu’est l’OTAN aujourd’hui, il faut remonter à sa naissance. L’OTAN a été créée le 4 avril 1949 par le traité de Washington. Les douze membres fondateurs sont les États-Unis, le Canada, la Belgique, le Danemark, la France, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Islande et le Luxembourg.
Officiellement, l’OTAN est une « alliance défensive ». Son article 5 stipule qu’une attaque armée contre un ou plusieurs de ses membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous les membres. C’est la fameuse clause de défense collective.
Mais derrière cette façade, quelle est la réalité ? En réalité, l’OTAN est une organisation au service de l’impérialisme occidental, et plus particulièrement de l’hégémonie américaine. Elle a été créée sous la direction des Etats-Unis, principalement au bénéfice des Etats-Unis, en vue d’établir leur hégémonie et d’endiguer toute contestation de celle-ci.
« Garder les Russes en dehors, les Américains dedans, et les Allemands à terre », disait Lord Hastings Ismay, premier secrétaire général de l’OTAN.
L’OTAN est née dans le contexte du début de la guerre froide, et sa véritable fonction était de contenir l’Union soviétique tout en verrouillant l’Europe occidentale dans la sphère d’influence des États-Unis. La propagande de l’époque évoquait la menace soviétique pour justifier la constitution de l’OTAN. Or en 1949, l’Union soviétique était exsangue : elle venait de perdre 27 millions de personnes dans la Seconde Guerre mondiale. Elle n’avait ni la capacité ni l’intention d’attaquer l’Europe. La fameuse « menace soviétique » était une construction idéologique destinée à justifier le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest et l’installation de bases militaires américaines sur tout le continent européen. L’OTAN n’a jamais été une alliance défensive : elle a été dès le départ une alliance agressive, dont le seul objectif a été d’étendre et de consolider l’hégémonie des États-Unis sur l’Europe et, progressivement, sur le monde entier.
En réalité, l’article 5 du traité de l’OTAN ne protège pas les pays membres contre une agression extérieure : il garantit aux États-Unis l’impunité. Il implique que les pays agressés par les États-Unis n’ont pas le droit de s’émanciper ou de résister, sous peine d’être militairement anéantis par l’OTAN tout entière. Telle est sa véritable nature. L’OTAN est en réalité une alliance expansionniste, comme le prouvent les bombardements de l’ex-Yougoslavie en 1999, le réseau tentaculaire de bases américaines, la militarisation croissante de l’économie euro-atlantique et la vassalisation des États membres.

B. L’Union européenne : du marché commun au partenaire stratégique de l’OTAN
Parallèlement à l’OTAN, l’Union européenne a connu une évolution profonde. Partie d’un projet économique au bénéfice des américains qui avaient besoin d’écouler leurs marchandises en Europe après la Seconde Guerre mondiale – la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, puis la Communauté économique européenne (CEE) en 1957 – l’UE s’est progressivement transformée en un projet politique, puis militaire. Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et l’OTAN constituent un partenariat stratégique. Cela signifie concrètement que l’UE et l’OTAN coordonnent leurs politiques de défense et leurs opérations. Les sommets conjoints UE-OTAN sont réguliers. Les échanges de personnel, de renseignement, de technologie sont constants.
Cette relation de partenariat stratégique a été officialisée par des déclarations communes à plusieurs reprises, notamment en 2002, 2016, 2018, 2022 et 2025. Concrètement, cela signifie que l’UE, sous couvert d’« autonomie stratégique », aligne en réalité sa politique de défense sur les objectifs de l’OTAN. La fameuse « boussole stratégique » de l’UE, adoptée en 2022, est un copier-coller des priorités de l’OTAN : confrontation avec la Russie, containment de la Chine, stabilisation du voisinage méridional.
Les grandes étapes de cette militarisation de l’UE :
- 1992 : traité de Maastricht. Création de l’Union européenne et de la citoyenneté européenne. Lancement de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
- 1999 : traité d’Amsterdam. Création du Haut représentant pour la politique étrangère. Début de la coopération structurée permanente dans le domaine militaire.
- 2009 : traité de Lisbonne. Création du Service européen pour l’action extérieure. Clause de défense mutuelle (article 42.7) qui est une copie de l’article 5 de l’OTAN.
- 2016 : stratégie globale de l’UE. Lancement de la coopération structurée permanente (PESCO) en matière de défense.
- 2022-2026 : accélération brutale. Après l’invasion russe de l’Ukraine, l’UE débloque des milliards d’euros pour l’armement. La Commission européenne crée un fonds européen de la défense. On parle ouvertement d’une « armée européenne » ou d’une « Europe de la défense ».
C. Le nouveau tandem Macron-Merz : accélérateurs de l’armée européenne
Cette accélération a un visage concret : celui du président français Emmanuel Macron et du chancelier allemand Friedrich Merz. Depuis l’arrivée de Merz à la tête de l’Allemagne, un nouveau tandem s’est formé avec un « projet de conseil commun de défense et de sécurité ».
Quels sont les axes de ce nouveau tandem ?
Premier axe : la relance du projet d’armée européenne. Harmonisation des doctrines militaires, standardisation des équipements, création d’un état-major européen, mutualisation des budgets de défense.
Deuxième axe : l’extension de la dissuasion nucléaire française. Macron propose d’ouvrir le parapluie nucléaire français aux autres pays européens, et Merz soutient cette idée. Cela signifie que l’arme nucléaire française, jusque-là strictement nationale, deviendrait une arme « européenne ». C’est une escalade majeure, qui ancre l’Europe encore plus dans la logique de l’OTAN.
Troisième axe : la militarisation de l’espace. Le tandem Macron-Merz pousse pour une « défense spatiale européenne », avec des satellites militaires, des capacités anti-satellites, et une participation accrue aux programmes de l’OTAN dans l’espace.
Ce tandem est d’autant plus inquiétant qu’il vient après des années de rivalités franco-allemandes sur les questions de défense : l’Allemagne défendait le parapluie militaire américain tandis que la France défendait plutôt une autonomie stratégique europénne. Aujourd’hui, Macron et Merz s’accordent de plus en plus sur un objectif commun : faire de l’Europe une puissance militaire capable d’intervenir aux côtés de l’OTAN, ou même à sa place, sur tous les théâtres d’opération.
Ce tandem est d’autant plus dangereux qu’il bénéficie d’un large soutien médiatique et politique. En France, la droite, le centre et une partie de la « gauche » sont alignés. En Allemagne, la CDU de Merz a fait de l’armée européenne une priorité. Les sociaux-démocrates allemands, les libéraux et même les Verts ne sont pas farouchement opposés. On assiste à une véritable « Union sacrée » des élites européennes autour du projet militariste.
Pourquoi cette accélération soudaine ? Les États-Unis, confrontés à la montée en puissance de la Chine, cherchent à se recentrer sur l’Indo-Pacifique. Ils exigent donc que l’Europe prenne en charge sa propre défense – non pas pour devenir indépendante, mais pour continuer à servir les intérêts atlantistes sans que les Américains aient à envoyer trop de troupes. L’armée européenne est donc conçue comme une force supplétive de l’OTAN. Elle ne remplacera pas l’OTAN, elle la complétera. Et elle servira les mêmes intérêts : ceux des monopoles, de la finance, de l’hégémonie occidentale.
D. OTAN et UE : deux têtes du même monstre, unies par un partenariat stratégique
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’OTAN et l’UE sont les deux têtes d’un même monstre, officiellement liées par un partenariat stratégique. La preuve : 23 pays membre de l’UE sur 27 sont membres de l’OTAN.
Ensemble, l’UE et l’OTAN forment un bloc impérialiste cohérent, dirigé par les États-Unis, mais avec des relais européens puissants : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni. Le partenariat stratégique UE-OTAN se concrétise par des réunions régulières, des échanges de renseignement, des opérations conjointes (notamment en Méditerranée avec l’opération Sea Guardian), et une coordination étroite sur les sanctions économiques.
Deuxième partie – Le rôle stratégique de l’OTAN et de l’armée européenne aujourd’hui
A. Contre qui l’OTAN est-elle déployée ?
Nous l’avons dit, l’OTAN est une machine de guerre. Mais contre qui exactement ? Pour le comprendre, il faut regarder la carte du monde.
L’OTAN intervient aujourd’hui sur trois grands théâtres :
1. Le front européen : contre la Russie. Depuis 2014, l’OTAN mène une guerre hybride contre la Russie, qui est devenue une guerre ouverte par procuration en Ukraine. L’OTAN arme, finance, forme l’armée ukrainienne. Des militaires de l’OTAN sont présents en Ukraine sous statut de « volontaires » ou de « conseillers » et des frappes ukrainiennes avec des armes occidentales ont eu lieu en Crimée et à Belgorod, sur le territoire russe. La Russie est considérée comme l’ennemi principal sur le flanc est.
2. Le front moyen-oriental : contre l’Iran. La guerre en Iran est en train de devenir l’une des crises majeures du XXIe siècle. Assassinat du guide suprême, bombardements des sites nucléaires, frappes sur les bases militaires, tentatives de déstabilisation du régime en place. Les États-Unis et Israël, avec l’appui assumé ou non des alliés de l’OTAN, tentent de déstabiliser définitivement la République islamique d’Iran.
3. Le front asiatique : contre la Chine. L’OTAN a officiellement déclaré en 2022 que la Chine représentait une « menace systémique ». Des bases militaires américaines sont présentes au Japon, en Corée du Sud, aux Philippines, en Australie. Des exercices militaires conjoints sont menés en mer de Chine méridionale. L’objectif est d’encercler la Chine et de l’empêcher de devenir la première puissance mondiale.
Mais ce n’est pas tout. L’OTAN est également active en Afrique pour la défense de la domination impérialiste euro-atlantiste sur l’Afrique, et dans l’Arctique, où les États-Unis tentent de militariser la région pour contrer la Russie et la Chine.
B. Le rôle de l’armée européenne dans ce dispositif
L’armée européenne, telle que la préparent Macron et Merz, n’aura pas pour fonction de remplacer l’OTAN. Elle aura pour fonction de prendre le relais sur certains théâtres où les États-Unis ne veulent plus engager leurs troupes. En particulier en Ukraine et dans les Balkans contre la Russie. L’armée européenne, c’est donc l’OTAN avec un visage européen. C’est la même politique impérialiste, mais avec des soldats européens plutôt qu’américains.
C. Une guerre économique et financière
L’OTAN n’est pas seulement une alliance militaire. C’est aussi une alliance de guerre économique. Les sanctions, les blocus, les gels d’avoirs, les expulsions de banques du système SWIFT, tout cela est coordonnée entre les pays membres de l’OTAN et de l’UE. La guerre contre la Russie, contre l’Iran, contre le Venezuela, c’est aussi une guerre économique.
L’explosion des prix de l’énergie, de l’essence, du gaz, est directement liée aux sanctions et aux menaces de guerre. Ce sont les travailleurs, les classes populaires, qui paient la facture. La hausse des prix des carburants, consécutive aux tensions dans le détroit d’Ormuz provoquées par l’agression contre l’Iran, est payée par les travailleurs, tandis que les monopoles pétroliers et les actionnaires s’enrichissent. Pendant que les actionnaires de Total, Shell, BP s’en mettent plein les poches, les gens galèrent à remplir leur réservoir ou à chauffer leur logement.
C’est un point essentiel : la guerre impérialiste n’est pas seulement meurtrière, elle est aussi socialement régressive. Elle ruine les peuples, creuse les inégalités, détruit les services publics. L’argent qui part dans les missiles, les Rafale, les porte-avions, les bases militaires, c’est de l’argent qui manque pour les hôpitaux, les écoles, les retraites, l’environnement.
D. Le coût humain et écologique
Parlons chiffres. Le budget militaire cumulé des pays de l’OTAN a dépassé les 1 500 milliards de dollars en 2025. Soit environ 55 % des dépenses militaires mondiales. Pour donner une idée : avec 1 500 milliards de dollars, on pourrait nourrir tous les affamés de la planète pendant 30 ans, éliminer la dette extérieure de tous les pays d’Afrique subsaharienne, financer la transition énergétique mondiale, construire des hôpitaux, des écoles, des logements par millions. Mais l’OTAN préfère construire des bombes.
Le coût humain est encore plus effroyable. Depuis 1990, les guerres impliquant l’OTAN ont causé :
- En Irak : plus de 600 000 morts.
- En Afghanistan : 240 000 morts, dont plus de 70 000 civils.
- En Libye : entre 20 et 50 000 morts.
- En Syrie : plus de 350 000 morts.
- En Ukraine : on parle de 300 000 à 400 000 morts des deux côtés depuis 2022.
- En Iran : les frappes récentes ont déjà fait des milliers de victimes.
Et ce ne sont que les morts directs. Les morts indirectes – par manque de médicaments, destruction des infrastructures, famine, maladies – se comptent par millions.
Troisième partie – Contre les positions « ni-nistes » : pour un soutien sans ambiguïté à la résistance anti-impérialiste
A. Qu’est-ce que la position « ni-niste » ?
J’en viens maintenant à une question politique cruciale. Je parle de ce qu’on appelle les positions « ni-nistes » – « ni A, ni B », « ni l’un, ni l’autre », « ni ce camp, ni cet autre camp ». « Ni Poutine, ni Biden » ; « Ni OTAN, ni Poutine » ; « Ni Trump, ni Maduro » ; « Ni États-Unis, ni Mollahs » ; « Ni Shah, ni Mollahs » ; « Ni Russie, ni OTAN »
À première vue, ces formules peuvent paraître raisonnables. Après tout, qui voudrait prendre parti pour Poutine, un dirigeant autoritaire et nationaliste ? Qui voudrait défendre Maduro, dont on nous dit qu’il est un dictateur ? Qui voudrait soutenir le régime iranien, avec sa répression interne et sa théocratie ?
Mais justement, c’est là que le bât blesse. Cette apparente raison cache en réalité une impasse politique et, pire, un renforcement objectif de l’impérialisme.
B. Pourquoi la position « ni États-Unis, ni Mollahs » est contre-productive
Prenons l’exemple de l’Iran. Dans un conflit où l’un des camps – les États-Unis et leurs alliés – mène une guerre d’agression, de bombardements, de sanctions, d’assassinats contre l’Iran, se déclarer « contre les deux camps » revient en pratique à affaiblir le camp de la résistance. Cela démobilise ceux qui voudraient soutenir l’Iran contre l’agression américaine. Et cela donne des arguments à l’agresseur.
Quand on dit « Ni États-Unis, ni Mollahs », on met sur le même plan d’un côté une superpuissance impérialiste qui bombarde, assassine, affame des peuples entiers, et de l’autre côté un régime certes autoritaire, mais qui résiste à cette agression. L’équivalence est fallacieuse. Elle est politiquement aveugle.
Si l’on souhaite réellement la souveraineté du peuple iranien, si l’on souhaite que ce soit le peuple iranien qui décide librement de son avenir, alors on ne peut pas tenir une position qui, en pratique, soutient l’agresseur contre l’agressé. La priorité absolue, aujourd’hui, est de faire échouer l’agression impérialiste contre l’Iran. Les critiques du régime iranien, aussi légitimes soient-elles, ne doivent pas être faites au moment où l’ennemi frappe, parce qu’elles servent objectivement l’ennemi.
C. L’exemple du Venezuela : quand des « révolutionnaires » refusent de soutenir Maduro
Prenons un autre exemple. En janvier 2026, les forces spéciales des États-Unis ont enlevé le président du Venezuela, Nicolás Maduro. Cet enlèvement, contraire à toutes les règles du droit international, était accompagné de frappes aériennes sur Caracas et d’une tentative de débarquement de mercenaires.
Face à cette situation, la position élémentaire de solidarité internationaliste exige de condamner l’agression états-unienne et de soutenir le peuple vénézuélien dans sa résistance.
Malheureusement, certaines organisations comme Révolution Permanente, qui se disent pourtant révolutionnaires, ont dit en substance : « Nous n’avons jamais été du côté de Nicolás Maduro. C’est un gouvernement autoritaire et profondément anti-ouvrier. Nous ne le soutenons pas. »
C’est, pour le dire franchement, une honte. Au moment même où l’impérialisme états-unien porte un coup terrible au Venezuela, au moment où le peuple vénézuélien a besoin de toute la solidarité internationale, ces « camarades » trouvent le moyen de critiquer le gouvernement vénézuélien. Ils le font peut-être de bonne foi, par cohérence avec leurs principes. Mais l’effet est désastreux : ils affaiblissent le camp anti-impérialiste, ils donnent des arguments aux agresseurs, ils démobilisent les militants qui voudraient soutenir le Venezuela.
D. Le principe fondamental : l’ennemi principal, c’est l’impérialisme
Derrière cette problématique, il y a un principe fondamental de la pensée anti-impérialiste : celui de l’ennemi principal. Pour les peuples du monde, pour les classes opprimées, pour les travailleurs, l’ennemi principal n’est pas « la Russie de Poutine » ou « l’Iran des Mollahs » ou « le Venezuela de Maduro ». L’ennemi principal, c’est l’impérialisme états-unien et ses alliés (OTAN, UE, Israël, etc.).
Pourquoi ? Parce que l’impérialisme est le système mondial qui exploite et opprime les peuples. Parce que c’est l’impérialisme qui mène les guerres, qui impose les sanctions, qui organise les coups d’État, qui contrôle les institutions financières internationales. Parce que sans l’impérialisme, la Russie, l’Iran, le Venezuela, la Chine, Cuba, etc., seraient des pays comme les autres, avec leurs défauts, leurs contradictions, mais sans la menace constante d’invasions, de bombardement, de déstabilisation.
Une position anti-impérialiste conséquente soutient tout pays qui résiste à l’impérialisme, quel que soit son régime politique. Cela ne signifie pas qu’on soutient la politique intérieure menée par le pays en question. Cela signifie qu’on soutient sa résistance à l’impérialisme, qui est l’ennemi principal. Quand bien même ce régime politique ne nous convient pas, dans la mesure où il résiste à l’impérialisme, nous le soutenons sur ce terrain. Les critiques internes viendront après, quand la menace extérieure sera écartée, et elles devront être faites par les peuples eux-mêmes, pas par des organisations occidentales qui, en les faisant au mauvais moment, jouent objectivement le jeu de l’impérialisme.
E. Ne pas confondre soutien à la résistance et adhésion au régime
Certains pourraient objecter : « Mais alors, où est la limite ? Faut-il soutenir tous les dictateurs anti-américains ? Même les pires ? »
La réponse est claire : la limite, c’est l’impérialisme. Notre critère est simple : tout pays, tout mouvement, toute organisation qui lutte contre l’impérialisme mérite notre soutien dans cette lutte, même si par ailleurs nous désapprouvons certaines de ses actions. Cela ne signifie pas une alliance inconditionnelle. Cela signifie une solidarité critique : nous soutenons la résistance à l’agresseur, nous n’approuvons pas tout le reste. Et nous faisons cette distinction très clairement. Si demain un régime encore plus réactionnaire que celui d’aujourd’hui résistait à l’impérialisme, nous le soutiendrions sur ce point précis, tout en le combattant en temps voulu sur les autres. C’est une question de stratégie, pas de morale.
Nous pouvons critiquer la répression politique en Iran, l’oppression des femmes, l’exécution de mineurs. Mais nous ne le faisons pas au moment où l’impérialisme bombarde Téhéran. Nous le faisons en temps de paix, et nous le faisons en soutenant les forces progressistes iraniennes qui luttent pour un Iran démocratique, anti-impérialiste et souverain, pas en nous alignant sur la propagande occidentale.
F. Affaiblir l’impérialisme ici, c’est renforcer la lutte des peuples là-bas
Toute victoire contre l’impérialisme, où qu’elle ait lieu, profite à l’ensemble des peuples opprimés. Inversement, toute défaite de la résistance quelque part affaiblit la lutte partout.
C’est pourquoi notre devoir, en France, en Europe, est de démanteler les instruments de l’impérialisme chez nous : non seulement combattre l’État impérialiste français mais aussi l’OTAN, l’UE et l’armée européenne en projet. Chaque recul de l’impérialisme ici est une victoire pour les peuples d’Iran, du Venezuela, de Cuba, de Palestine, d’Ukraine (oui, même d’Ukraine, car les travailleurs ukrainiens n’ont rien à gagner à une victoire de l’OTAN).
L’ennemi principal, c’est l’impérialisme, pas les régimes qui lui tiennent tête.
Quatrième partie – Les mots d’ordre insuffisants et comment les dépasser
Les exigences immédiates telles que le retour du Charles de Gaulle, le retrait des troupes françaises, le refus de l’envoie d’argent, d’armes et d’hommes, la solidarité avec les peuples…, bien qu’ils soient justes en principe, sont insuffisants, car le point crucial est de donner une stratégie politique au mouvement de la paix, au mouvement anti-impérialiste et d’une manière générale au mouvement progressiste, permettant d’entamer un processus conscient vers la rupture complète et définitive avec l’impérialisme et le capitalisme. Il s’agit de ne pas simplement rassembler les pacifistes sur des revendications ponctuelles, mais de rassembler largement et durablement le peuple de France autour d’une stratégie de rupture et de faire front contre la domination impérialiste et capitaliste qui détruit notre propre pays.
Je dis que ces mots d’ordre sont justes en principe.
En effet, le Charles de Gaulle, les troupes françaises envoyées en Méditerranée et au Moyen-Orient, l’envoi d’armes et les dépenses militaires visent en réalité, comme nous l’avons expliqué, à défendre les intérêts impérialistes non seulement français mais de l’ensemble du monde impérialiste dominé par les États-Unis dans la guerre contre l’Iran. Exiger leur retrait, c’est exiger que la France cesse de participer à cette agression. Et exprimer sa solidarité envers les peuples agressés, c’est la moindre des choses pour des pacifistes et anti-impérialistes.
Mais je dis que ces mots d’ordre sont insuffisants.
Parce que le Charles de Gaulle n’est qu’un symbole. Ce qui compte, c’est la politique générale de la France : membre de l’OTAN, alignée sur les États-Unis, participant à des guerres depuis des décennies. Exiger le retour d’un seul navire, c’est ne pas remettre en cause le reste. Le navire peut revenir, mais la politique reste la même. D’ailleurs, le Charles de Gaulle était déjà en Méditerranée en 2011 pour bombarder la Libye. Il est revenu, puis reparti. Le problème est structurel.
Le retrait des troupes et la fin des envois d’armes sans remise en cause de l’alliance atlantique, pourrait être compensé par le déploiement d’autres troupes de l’OTAN. La France n’est qu’un maillon de la chaîne. Si la France se retire mais que l’Allemagne ou le Royaume-Uni restent, l’OTAN continue.
Enfin, les mots d’ordre sur la solidarité envers les peuples agressés sont trop abstraits. « Solidarité » – oui, mais quelle solidarité concrète ?
La solidarité doit s’exprimer concrètement en combattant notre propre impérialisme. Car c’est notre propre impérialisme qui agresse ces peuples. « L’ennemi est dans notre propre pays », disait Karl Liebnecht. A quoi j’ajoute : Affaiblir l’impérialisme ici, c’est renforcer la lutte des peuples là-bas.
Notre devoir de militants pacifistes, anti-impérialistes et progressistes est donc de nous attaquer franchement à notre propre impérialisme et à ses institutions non seulement nationales mais aussi transnationales comme l’OTAN, l’UE et l’armée européenne en gestation.
Conclusion – Pour une politique anti-impérialiste conséquente
Camarades, nous arrivons au terme de cette conférence. Je vais résumer l’essentiel.
Premier point : l’OTAN n’est pas une alliance défensive. C’est l’organisation la plus dangereuse de la planète. Elle a causé des millions de morts, détruit des pays entiers, et menace aujourd’hui de déclencher une guerre mondiale contre la Russie, la Chine et l’Iran.
Deuxième point : l’Union européenne est officiellement le partenaire stratégique de l’OTAN. Loin d’être une alternative à l’alliance atlantique, l’UE en est le prolongement politique et économique. L’armée européenne, poussée par le tandem Macron-Merz, ne sera qu’un supplétif supplémentaire, une force militaire au service des mêmes intérêts impérialistes. Nous disons ni OTAN, ni armée européenne – et nous exigeons le démantèlement de toutes les alliances militaires impérialistes.
Troisième point : les positions « ni-nistes » qui consistent à condamner aussi bien l’impérialisme que les régimes qui lui résistent sont contre-productives. Elles affaiblissent le camp anti-impérialiste, elles démobilisent, elles font le jeu de l’ennemi. Notre position est claire : soutien à toute résistance à l’impérialisme, quel que soit le régime politique de ceux qui résistent. Cela ne signifie pas nécessairement approuver leur politique intérieure. Cela signifie faire face à l’ennemi principal : l’impérialisme états-unien et ses alliés.
Quatrième point : ce que j’ai appelé les mots d’ordre immédiats sont justes en principe mais insuffisants. Il faut les dépasser par des revendications offensives, radicales, qui visent à détruire la machine de guerre impérialiste et à construire des solidarités concrètes avec les peuples en lutte.
Cinquième point : notre combat ici, en France, en Europe, est indissociable des combats là-bas, en Iran, en Palestine, au Venezuela, à Cuba, en Ukraine, en Chine. Affaiblir l’impérialisme ici, c’est renforcer la lutte des peuples là-bas.
Alors, que faire concrètement ? Faire front sur des bases politiques à la fois rassembleuses et claires, avec des mots d’ordre qui s’attaquent à la racine du mal et ne se limitent pas à la partie visible de l’iceberg.
Je conclurai par une remarque sur l’hypocrisie occidentale. L’Occident parle de droits de l’homme quand il bombarde, de démocratie quand il installe des dictatures, de paix quand il prépare la guerre. Il applique systématiquement deux poids, deux mesures : les mêmes actes sont qualifiés de « terrorisme » quand ils sont commis par les résistants, et de « frappes chirurgicales » quand ils sont commis par l’OTAN. Ne tombons pas dans ce piège. Ayons une seule mesure : celle de la lutte contre l’impérialisme, partout, toujours, sans compromis.
Ni OTAN, ni armée européenne !
Solidarité concrète avec tous les peuples qui résistent à l’impérialisme !
Vive la lutte anti-impérialiste internationale !
Merci à toutes et à tous.
William – Secrétaire de la section de Dijon de l’OCF
Appel « Contre la guerre impérialiste, pour la paix et la souveraineté des peuples ! Ni OTAN, ni armée européenne !«
Le monde se trouve dans un engrenage dangereux. Alors que le génocide se poursuit en Palestine, nous assistons depuis le 28 février 2026 à une extension dramatique du conflit avec les frappes massives américano-israéliennes contre l’Iran.
Et Macron engage la France dans cette guerre. Le Président de la République a déployé des forces militaires soi-disant pour « protéger les intérêts français » et ceux de ses « alliés » dans la région. Des soldats français ont déjà subi les conséquences de cet engagement, engendrant un risque d’escalade militaire qui pourrait embarquer notre pays dans une guerre ouverte.
Cette attaque contre un pays souverain s’inscrit dans la continuité historique de ce que les États-Unis ont toujours fait : tenter de déstabiliser, avec l’appui de leurs alliés, des gouvernements qui ne leur conviennent pas. Aujourd’hui, les frappes contre l’Iran s’inscrivent dans cette même logique : maintenir l’emprise sur la région, défendre le dollar et verrouiller l’accès aux ressources dans un contexte de tensions exacerbées entre les États-Unis et la Chine. Loin d’être des crises isolées, toutes ces guerres sont les maillons d’une même chaîne : celle de la domination impérialiste menée par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN.
Pendant ce temps, la propagande de guerre sévit en Europe. Sous prétexte d’une « menace russe » et d’un discours sur « l’autonomie stratégique », on prépare l’opinion à une nouvelle escalade belliciste : la constitution d’une armée européenne. Cette armée ne sera jamais un outil de paix ou d’indépendance. Elle est conçue pour épauler l’OTAN, pour permettre à Washington de se décharger sur le front européen et de concentrer ses forces vers son véritable objectif : la confrontation avec la Chine pour le maintien de sa mainmise sur le monde. Nous dénonçons ce piège grossier !
Alors que l’on nous parle de faire des économies sur les droits sociaux et les services publiques, la France décuple son budget de guerre. Emmanuel Macron a, depuis qu’il est au pouvoir, quasiment doublé le budget militaire de la France. Et ce n’est pas fini : sous la pression de Washington, les pays de l’OTAN se sont engagés à porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB d’ici 2035, soit à terme pour la France un budget d’environ 150 milliards d’euros par an ! Ce sont des centaines de milliards d’euros qui seront pris aux services publics, à la protection sociale, aux retraites et aux salaires, pour alimenter la machine de guerre au profit des États-Unis.
Et pour couronner le tout, Macron tend à européaniser la doctrine nucléaire française. Le 2 mars 2026, le président a annoncé une augmentation du nombre d’ogives nucléaires, la fin de la transparence, et une « dissuasion avancée » : une doctrine qui associe plus étroitement plusieurs pays européens à des exercices, à l’accueil potentiel de forces nucléaires françaises sur leur sol et à des coopérations capacitaires. Sous couvert de « défense européenne », c’est en réalité l’intégration de l’arme nucléaire française dans le dispositif atlantiste qui se prépare, cela au détriment de la paix et de la souveraineté des peuples.
Le 3 avril, réunissons-nous pour exprimer clairement et publiquement notre position : sortie immédiate de l’OTAN et rejet franc de l’armée européenne en gestation. Notre mot d’ordre est clair et sans concession : Ni OTAN, ni armée européenne !
OCF – Section de Dijon, le 14 mars 2026.












Montrez-moi qui sont vos amis et je vous dirai qui vous êtes. LENINE
Les Etats-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation. OSCAR WILDE
Envisageons l’EURASIE et ensuite un GOUVERNEMENT MONDIAL.