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Une mission d’observation sur les prisons « puits » brutalement interrompue

par | Fév 20, 2026 | International | 0 commentaires

Une délégation internationale composée d’avocats, de journalistes, de militants et de défenseurs des droits humains a été arrêtée le 19 février 2026 à Istanbul, alors qu’elle venait d’achever une réunion avec des avocats turcs du Bureau du droit populaire (Halkın Hukuk Bürosu). Les six membres de cette mission, venue documenter les conditions de détention dans les prisons de type « pit » (« fosse »), sont désormais menacés d’expulsion (1).

C’est un dénouement inacceptable pour une mission qui devait durer plusieurs jours. Arrivés le 18 février en Turquie, les six membres de la délégation internationale – originaires d’Espagne, d’Italie, de Russie, de Belgique et de France – avaient pour objectif de se rendre sur place pour constater le fonctionnement des nouveaux modèles pénitentiaires que les autorités turques déploient : les prisons dites de type « pit » (modèles S, R, Y et haute sécurité).

Le 19 février au matin, alors qu’ils venaient de rencontrer des avocats du Bureau juridique populaire (Halkın Hukuk Bürosu) dans les locaux de celui-ci, ils ont été interpellés dans la rue, immédiatement après leur sortie. Selon les informations diffusées par le Bureau international du People’s Law Office, les six personnes ont été transférées vers la Direction de la gestion des migrations, en vue d’une expulsion.

Les six personnes actuellement détenues et menacées d’expulsion sont :

  • Alejandra Matamoros Alexandrova, avocate, membre de la Plateforme contre la répression Barcelone (Espagne)
  • Andrea Lucidi, journaliste, Visione TV (Italie)
  • Tatyana Desyatova, coordinatrice de l’Interbrigade au CRCF (Russie)
  • Dr Nick Krekelbergh, docteur en sciences bio-ingénierie et représentant de Zannekinbond (Belgique)
  • Jean Pascal Graziani, représentant de la revue Supernova et de l’AIF-France (France)
  • Fernando Garcia, membre du Comité central du Parti communiste des peuples d’Espagne (PCPE)

Les prisons au cœur de cette mission d’observation sont des structures particulièrement abjectes. Ces établissements placent les détenus dans un isolement sévère, les privant totalement de lumière naturelle et de toute interaction sociale significative.

Prison de Silivri, en Turquie, connue pour ses conditions de détention particulièrement inhumaines et dans laquelle sont régulièrement incarcérés des opposants politiques

Selon le Bureau juridique populaire, ce modèle est incompatible avec les Règles Mandela des Nations Unies, qui établissent les standards minimaux pour le traitement des prisonniers. « Ce modèle constitue un régime d’exécution qui viole la dignité humaine », insiste-t-il dans son communiqué.

L’arrestation a suscité de vives réactions de solidarité dans plusieurs pays. En Espagne, le secrétaire général du PCPE, Julio Díaz Díaz, a exprimé sa « fierté » pour ces camarades « détenus pour le simple fait de tenter de documenter les violations des droits humains ». Il dénonce également la « complicité » des autorités espagnoles qui, selon lui, n’interviennent pas alors que la Turquie est un « partenaire privilégié de l’UE en matière de commerce, de frontières et de sécurité » (2).

En France, la rédaction de la revue marxiste-léniniste Supernova a immédiatement réagi à propos de l’arrestation de leur camarade Jean Pascal Graziani : « Leur crime est d’être solidaires avec les prisonniers politiques en Turquie et contre la torture. Résister n’est pas un crime, ce sont ceux qui torturent et exploitent le peuple qui sont criminels. » (3)

Des soutiens venus d’Allemagne, de Russie ou encore de Palestine se sont également manifestés, illustrant selon le PCPE « une fraternité révolutionnaire incommensurable ».

Le Bureau juridique populaire rappelle que la mission d’observation des conditions de détention est une activité légale, démocratique et légitime, conforme aux obligations internationales de la Turquie et à ses propres garanties constitutionnelles. Il estime que l’arrestation et la menace d’expulsion violent les articles de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) relatifs à la liberté d’expression et au droit à un recours effectif.

« La solidarité internationaliste ne s’enferme ni ne s’arrête », proclame le PCPE, tandis que le Bureau juridique populaire conclut : « Cette attaque contre les membres de la délégation est une tentative d’intimidation pour empêcher la divulgation au public mondial des violations des droits dans les prisons de type ‘puits’. Nous appelons tous nos amis, camarades et défenseurs des droits humains à prendre position contre cette attaque. »

Rappelons que cette affaire intervient alors que la Turquie est régulièrement épinglée par les organisations internationales pour sa gestion pénitentiaire et ses restrictions à l’encontre des observateurs étrangers.

Un camarade

(1) https://is4pp.org/2026/02/19/international-delegation-detained-in-turkey-during-fact-finding-mission/

(2) https://pcpe.es/la-solidaridad-internacionalista-ni-se-encierra-ni-se-detiene/

(3) https://revuesupernova.com/arrestation-des-membres-de-la-delegation-internationale-en-turquie/

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