Le 23 août dernier, la mairie de Saint-Raphaël a érigé un monument aux victimes du communisme (1). Une initiative saluée par l’ensemble de la droite classique au RN, qui rêverait de faire la même chose à Hénin-Beaumont (2). Il faut dire que ce ne serait pas la première fois que toute la droite parle d’une seule voix, après tout ils me font bien pour soutenir depuis deux ans le génocide du peuple palestinien. La décision de la mairie de Saint-Raphael rappelle aussi la tentative à Bordeaux de faire changer le nom de la place Stalingrad (3), fort heureusement arrêtée grâce à la pétition d’un camarade. La justification : un devoir de mémoire envers les « crimes » du communisme injustement oubliés dans la lutte contre le totalitarisme (dans la tête de certains, en tout cas). Devoir de mémoire qui ne s’applique pas à Roger Landini, frère de Léon Landini et résistant lui-même, dont la plaque a été enlevée par la même mairie. Certes, il a eu le défaut de participer aux seuls crimes du communisme en France : l’exécution des fascistes et des collaborateurs de l’Allemagne nazie.

Pour autant, ce genre de monument est-il une nouveauté ? Non, car sur le même principe on en trouve à Washington et à Prague. Le premier est situé non loin du Capitole et se compose d’une statue copiant la Déesse de la Démocratie réalisée par des étudiants pendant les manifestations de la place Tian’anmen. Elle a été inaugurée en 2007 par un certain George W. Bush, président des États-Unis, surtout connu pour sa guerre en Irak sous des prétextes fallacieux et l’usage massif de la torture (un défenseur de la liberté, soit). Le Mémorial parle par ailleurs de cent millions de morts du communisme en reprenant le fameux Livre noir, pourtant critiqué par des historiens et par les auteurs eux-mêmes du livre (très sérieux, donc).
Le Monument en mémoire des victimes du communisme à Prague est lui inauguré en 2002, grâce à la Confédération des anciens prisonniers politiques de Tchéquie (KPV). La description de Wikipedia en faisant la description vaut le détour :
« Le monument est dû au sculpteur Abraham Zoubek et aux architectes Jan Kerel et Zdeněk Holzel. Six statues, copies en bronze d’un même modèle, placés sur un escalier au flanc de la colline de Petřín, chaque statue figurant de bas en haut, un stade de plus en plus avancé de la destruction physique et morale de la personne représentée, à mesure qu’elle s’« élève » à reculons dans la « construction du communisme »
« Au centre du mémorial, une stèle en bronze détaille les estimations du nombre de citoyens de l’actuelle république tchèque (la Slovaquie ayant ses propres lieux de mémoire) impactés par cette dictature :
205 486 arrêtés et interrogés ;
170 938 chassés du pays ;
4 500 morts en prison ;
327 327 tués en essayant de s’évader ;
248 exécutés.
Ces chiffres peuvent paraître faibles en regard de ceux des autres pays communistes européens mais s’expliquent par le fait que la Tchécoslovaquie a eu, en dépit des violences de la mise en place du régime et de la répression après le printemps de Prague, une gouvernance moins brutale physiquement que dans les autres pays partageant le même sort. »
Loin de nous l’idée de dire que tous les pays communistes n’ont pas connu des dérives autoritaires qui auraient pu, tout en ne reniant pas le nécessaire combat contre les contre-révolutionnaires, se régler d’une autre façon, mais il apparait intéressant de noter que sur plus de 40 ans d’existence, les victimes sont au final peu nombreuses, en dehors de tout contexte et même probablement dans le détail, en effet bien des agents de la réaction. D’ailleurs, selon la même fiche Wikipedia, le monument ne fait pas l’unanimité en République tchèque à cause d’une certaine ostalgie prenant le pays. Ostalgie, c’est le terme utilisé pour parler de la nostalgie des habitants de la RDA suite à l’annexion de leur pays à la RFA, au saccage de leur territoire et de leurs acquis sociaux, dont parle Vladimiro Giacche dans son livre Le second Anschluss. Car au fond quelle est la réalité de la situation des pays de l’ancien bloc communiste suite à 91 ? Le chômage, l’exil de masse de la population (par exemple en Pologne et en Roumanie), la fin des acquis sociaux, notamment pour les femmes, le retour des pires courants réactionnaires, y compris nazis, et la vassalisation bien réelle aux États-Unis et à l’Union européenne.
Lorsqu’on parle des « crimes » du communisme, le but est de le mettre sur le même plan que l’Allemagne nazie (mais pas sur celui d’autres pays fascistes qui trouvent in fine grâce aux yeux de la bourgeoisie comme Franco ou Pinochet) et de faire oublier les victoires réelles du communisme. L’URSS a permis à un pays arriéré de se moderniser, de procéder à une alphabétisation et une éducation en masse, aux femmes d’obtenir des droits et l’égalité, de former des dirigeants des luttes nationales anticoloniales, de lancer la conquête spatiale et de permettre à l’humanité enfin d’aller au-delà de la Terre, sans parler du rôle écrasant des soviets dans la défaite du nazisme. On pourrait parler de la politique chinoise qui a permis de sortir le pays du sous-développement. De Cuba, pourtant sous blocus, qui est un modèle de respect du droit des enfants, en terme de santé et de solidarité internationale, plus un ferment culturel important dans la région, ce dont nous avons déjà pu parler sur ce site (4).
En réalité, ces monuments sur les victimes du communisme n’ont pour but que de ternir l’un des seuls mouvements politiques qui a tenu réellement tête au capitalisme durant le 20ᵉ siècle (et même encore aujourd’hui). C’est bien pour ça qu’on entend ces messieurs les bourgeois pleurer sur les pauvres victimes de la terreur rouge, mais n’avoir que faire des morts de la Commune de Paris, de la répression policière et judiciaire des Gilets jaunes (un certain Luc Ferry, « philosophe » de son état avait même appelé à leur meurtre à la télévision) et en général des grèves à travers le monde. On entend pas non plus messieurs les bourgeois pleurer, mis à part quelques militaires, sur le danger de guerre mondiale qui verrait les Français obligés de « sacrifier leurs enfants » dans une guerre meurtrière contre la Russie et la Chine. Normal, à condition de ne pas se faire atomiser à l’arme nucléaire, le capital impérialiste, principalement américain, a des intérêts financiers dans les guerres et dans l’accaparement des ressources de certains territoires.
En contre-attaque, nous devrions partout faire ériger des monuments pour la paix et pour les victimes de l’anticommunisme, ce qui comprend en France les morts de la Semaine sanglante, les grévistes victimes des balles de la police, les résistants morts sous Vichy, ceux qui se sont battu pour la libération des peuples d’Indochine et d’Algérie, et au niveau international de manière non exhaustive, des victimes de Franco, nos camarades camerounais morts dans la guerre impérialiste de la France des années 50 à 70, du génocide indonésien de 1965 et des victimes de Pinochet, dont le modèle néolibéral a servi de modèle à Emmanuel Macron. À l’heure où l’hégémonie de la réaction plane sur la France, il faut contre-attaquer à chaque coup porté au mouvement ouvrier. En cette triste année de la mort de Léon Landini, dernier résistant FTP-MOI, nous portons toujours la défense d’un monde pacifique et libéré de l’exploitation et des oppressions.
Ambroise
(1) https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/var/frejus-et-saint-raphael/le-devoir-de-memoire-c-est-le-devoir-de-reflexion-un-hommage-aux-victimes-du-communisme-fait-debat-a-saint-raphael-3200445.html
(2) https://www.humanite.fr/politique/henin-beaumont/a-henin-beaumont-le-maire-rn-steeve-briois-veut-falsifier-lhistoire-avec-une-stele-contre-le-communisme
(3) https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/stalingrad-hier-aujourdhui-demain-no-pasaran-un-succes-de-la-petition-a-amplifier/
(4) https://jeunessedumonde.fr/2018/10/08/leducation-socialiste-cubaine-un-exemple-pour-le-monde/
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La place de José Marti à Cuba
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