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Premier débat de la présidentielle : séduction et mise au diapason du futur président devant la classe bourgeoise
par JdM | | Actualités nationales | Une | 0 commentaires

Bien qu’une nouvelle période électorale attise l’effervescence dans le monde politique français, le premier débat entre les candidats déclarés à la présidentielle, organisé le 27 août par le Medef à Roland-Garros, a surtout révélé les limites dans lesquelles reste enfermée la politique économique française. Pendant près de trois heures, sept candidats ont été interrogés par des chefs d’entreprise sur la dette, les retraites, la réindustrialisation, le « coût du travail », les normes et la fiscalité.
Le cadre du débat était révélateur. Devant un parterre de dirigeants d’entreprise, les candidats étaient en quelque sorte invités à passer un entretien d’embauche pour la présidentielle. Chacun devait démontrer qu’il était capable de répondre aux difficultés du capitalisme français tout en rassurant ceux qui en détiennent les principaux leviers économiques.
À droite et au centre, le discours consiste essentiellement à chercher les moyens de rendre le capitalisme français plus « compétitif ». Cela passe, selon les cas, par la baisse des dépenses publiques, la réduction des prélèvements, la flexibilisation du travail, la réforme des retraites ou encore la recherche d’une meilleure « attractivité ». Raphaël Glucksmann, de son côté, a défendu des hausses de salaires et une réorientation sociale et écologique de l’économie, tout en maintenant une perspective résolument européenne.
Les candidats de gauche présents au débat se sont davantage démarqués de cet exercice de séduction patronale, mais de manière différente. Jean-Luc Mélenchon a notamment assumé devant les chefs d’entreprise qu’une hausse des salaires et des cotisations était nécessaire, allant jusqu’à les avertir qu’ils seraient responsables d’une éventuelle récession s’ils refusaient d’augmenter les salaires. Marine Tondelier a elle aussi défendu une hausse importante du salaire minimum et un soutien particulier aux petites et moyennes entreprises.
Ces différences méritent d’être relevées. Elles ne dispensent cependant pas les communistes d’aller plus loin. Car derrière les différentes propositions avancées pendant ce débat se trouvent quelques questions fondamentales : celle de la dette et de la souveraineté monétaire, celle du pouvoir d’achat et des salaires, celle du rôle des entreprises dans l’économie, celle de la réindustrialisation, celle du rapport entre l’État et l’économie et, enfin, celle de l’indépendance de la France dans un monde marqué par la confrontation entre puissances.
Dette, souveraineté monétaire et économie de guerre : sortir du piège de l’austérité
La dette aura été l’un des sujets centraux du débat. Marine Le Pen a notamment défendu une forte réduction des dépenses publiques et promis de rétablir la discipline budgétaire. Édouard Philippe a de son côté défendu le report de l’âge de départ à la retraite, tandis que Jean-Luc Mélenchon a proposé l’annulation d’une partie de la dette française détenue par la Banque centrale européenne.
Mais derrière cette opposition apparente se trouve une même question rarement posée : pourquoi la dette doit-elle nécessairement conduire à l’austérité ?
Depuis des années, le même raisonnement est répété. Il faudrait réduire les dépenses publiques, faire des économies sur les services publics, limiter les dépenses sociales, travailler plus longtemps et contenir les salaires afin de respecter les engagements budgétaires de la France.
Cette logique ne tombe pourtant pas du ciel. Elle est inscrite dans les règles européennes. Les critères de convergence adoptés à Maastricht fixent notamment une référence de 3 % du PIB pour le déficit public et de 60 % pour la dette publique. Ces règles ont ensuite été prolongées et renforcées par le Pacte de stabilité et de croissance et les différents mécanismes de surveillance budgétaire de l’Union européenne.
La France en fait aujourd’hui directement l’expérience. Elle fait l’objet d’une procédure concernant les déficits excessifs et s’est vu fixer une trajectoire de réduction du déficit jusqu’en 2029, avec des limites à la croissance de ses dépenses nettes.
Autrement dit, les gouvernements français ne décident pas seuls de la politique budgétaire qu’ils peuvent mener. Une partie essentielle de leurs choix est encadrée par des règles européennes auxquelles ils ont accepté de se soumettre. C’est cette mise sous contrainte des choix budgétaires nationaux qu’il faudrait remettre en cause.
C’est dans ce cadre qu’est posée la question des retraites. Faut-il travailler plus longtemps ? Faut-il réduire les dépenses ? Faut-il diminuer les prestations ? Ces questions sont présentées comme des nécessités économiques alors qu’elles découlent d’abord du choix politique de considérer les règles budgétaires européennes et le remboursement de la dette comme des contraintes supérieures aux besoins sociaux.
La sortie de l’Union européenne et de l’euro permettrait précisément de sortir de ce carcan. En retrouvant sa souveraineté monétaire, la France pourrait reprendre la maîtrise de sa monnaie, de sa banque centrale et du financement de son économie. La dette ne disparaîtrait évidemment pas matériellement du jour au lendemain, mais elle cesserait d’être une contrainte extérieure servant à imposer perpétuellement l’austérité. La France pourrait alors décider elle-même de son traitement, de sa politique monétaire et des moyens consacrés à l’investissement public.
C’est pourquoi la question de la dette est inséparable de celle de la souveraineté. Tant que la France reste enfermée dans l’euro et dans les traités européens, elle accepte de limiter ses propres instruments d’action économique. Sortir de l’UE et de l’euro permettrait donc de résoudre politiquement le problème de la dette en reprenant les moyens de décider de notre politique économique.
Cette question apparaît d’autant plus importante que les gouvernements successifs demandent des économies sur les services publics et les dépenses sociales tout en augmentant les moyens consacrés à la défense et en préparant la population à une économie de guerre.
Une politique réellement souveraine pourrait au contraire chercher à mobiliser les forces productives pour répondre aux besoins du pays : réindustrialisation, énergie, transports, logement, santé, agriculture, recherche et transition écologique. Il faudrait alors pouvoir planifier les investissements et réorienter progressivement la production vers les besoins sociaux plutôt que vers la seule rentabilité.
Pouvoir d’achat : augmenter les salaires plutôt que vider la Sécurité sociale
Le pouvoir d’achat pourrait bien devenir l’un des grands sujets de la campagne présidentielle. Le débat du Medef l’a montré : derrière les discussions sur les cotisations, le coût du travail et la fiscalité se trouve une question très concrète pour les travailleurs, celle du niveau des salaires.
Jean-Luc Mélenchon a eu raison, sur ce point, de dire directement aux patrons que les salaires doivent augmenter. Il leur a également répondu sur la question du « coût du travail » en rappelant que diminuer les cotisations ne fait pas disparaître la dépense, mais la déplace.
Une grande partie de la droite propose en effet de rapprocher le salaire net du salaire brut en diminuant les cotisations et les prélèvements. Marine Le Pen s’inscrit notamment dans cette logique, en défendant une baisse des prélèvements pesant sur le coût de la force de travail et en promettant parallèlement de réaliser d’importantes économies.
Le problème est évident : les cotisations sociales ne sont pas une ponction inutile. Elles financent la Sécurité sociale, les retraites et une partie de la protection collective des travailleurs. Les supprimer ou les réduire fortement reviendrait donc à affaiblir ces droits.
Il faut distinguer augmenter les salaires et réduire les cotisations pour augmenter artificiellement le salaire net. La première solution consiste à augmenter la part de la valeur créée qui revient au travail. La seconde peut donner un gain immédiat sur la fiche de paie tout en réduisant les ressources collectives.
Mais cette question doit également être reliée au rapport aux entreprises. Toutes les entreprises ne sont pas dans la même situation.
Grandes entreprises et PME : ne pas mettre tout le patronat dans le même sac
Le débat du Medef a beaucoup parlé de « l’entreprise », comme si les intérêts d’un artisan, d’une PME industrielle et d’une multinationale étaient identiques.
Ils ne le sont évidemment pas.
Les grands groupes disposent d’une puissance financière et commerciale considérable. Ils peuvent délocaliser, imposer leurs prix à leurs fournisseurs, bénéficier d’aides publiques et organiser leur activité en fonction de la rentabilité du capital. Lorsqu’ils refusent d’augmenter les salaires ou menacent de délocaliser, un gouvernement populaire ne pourrait simplement leur demander de faire preuve de bonne volonté.
Dans une perspective communiste, on pourrait donc envisager de contraindre les grands groupes à respecter certaines obligations sociales et économiques, et, lorsque les intérêts fondamentaux du pays l’exigeraient, de remettre en cause leur propriété et de placer certains secteurs stratégiques sous contrôle public.
Les petites et moyennes entreprises se trouvent dans une situation différente. Nombre d’entre elles subissent elles-mêmes la pression des grands groupes, des banques, des centrales d’achat et des donneurs d’ordre. Elles pourraient donc avoir intérêt à une transformation profonde des rapports économiques.
Un gouvernement populaire pourrait notamment envisager de leur proposer des crédits à taux avantageux, de faciliter leur accès à la commande publique, de garantir leur approvisionnement énergétique et de combattre les pratiques de concurrence déloyale des grands groupes.
La fiscalité pourrait également être davantage progressive selon la taille et la puissance économique des entreprises. Les petites entreprises qui en auraient réellement besoin pourraient bénéficier d’un allègement, tandis que les grands groupes et les grandes fortunes pourraient être davantage mis à contribution.
Cette distinction est essentielle. Le combat communiste contre le grand capital ne consiste pas à considérer indistinctement chaque petit entrepreneur comme un ennemi de classe. Il s’agit de s’attaquer au pouvoir économique des monopoles et de construire une alliance populaire suffisamment large pour transformer l’économie.
Une anecdote révélatrice : promettre sans vouloir financer
Le débat a d’ailleurs fourni une illustration assez révélatrice de la contradiction dans laquelle se trouvent plusieurs candidats.
Bruno Retailleau a beaucoup insisté sur la nécessité de réduire les dépenses publiques et sur l’absence supposée de marges financières de l’État. Mais, au cours de la même intervention, il a également défendu une mesure concernant les familles nombreuses : l’État pourrait prendre en charge les intérêts des crédits immobiliers des familles ayant des enfants, avec une prise en charge intégrale des intérêts à partir du troisième enfant. Il a parallèlement promis de ne pas augmenter les impôts et dénoncé le fait de « taxer tout ce qui bouge ».
L’anecdote est révélatrice. Pour la droite, il faudrait réduire les dépenses parce qu’il n’aurait « plus d’argent dans les caisses ». Mais dès qu’il s’agit de promettre certaines mesures dans le cadre de leur campagne, ils retrouvent soudainement des moyens dans les caisses de l’État !
Réindustrialisation : produire en France, mais dans quel cadre ?
La réindustrialisation constitue un autre thème important du débat. Mais il faut distinguer les différentes réponses apportées par les candidats.
À droite, le raisonnement est relativement clair. La réindustrialisation passerait largement par l’amélioration de la « compétitivité » française : réduction des charges, baisse des impôts de production, assouplissement des règles et diminution du coût du travail. Bruno Retailleau a notamment défendu un allègement des charges pesant sur les entreprises, tandis qu’Édouard Philippe a proposé une réduction massive des impôts de production.
Derrière cette politique, la logique est connue. Puisqu’on refuse de contrôler les mouvements de capitaux et les échanges, il faut rendre le territoire français suffisamment « attractif » pour les entreprises. Et pour être plus attractif, il faut réduire leurs coûts. La pression risque alors de retomber sur les salaires, les cotisations, les droits sociaux et les conditions de travail.
Glucksmann propose autre chose, mais son raisonnement conduit à une impasse différente.
Le candidat social-démocrate affirme vouloir réindustrialiser la France, augmenter les salaires, financer la transition écologique et construire une Europe capable de défendre ses intérêts. Il entend notamment promouvoir une transformation écologique et sociale à l’échelle européenne.
Le problème est que l’Union européenne repose précisément sur des règles qui limitent la capacité des États à mener une politique économique indépendante : libre circulation des capitaux, concurrence, marché unique et encadrement des politiques budgétaires.
On ne peut donc pas sérieusement promettre une réindustrialisation au service des travailleurs tout en refusant de remettre en cause le cadre européen qui organise leur mise en concurrence.
C’est là toute la contradiction de la prétendue « Europe sociale ». Il ne suffit pas de vouloir changer les politiques européennes. Il faut se demander qui possède les leviers permettant de les changer et dans quel rapport de forces. Tant que les traités demeurent, les intérêts du capital européen disposent d’un cadre juridique commun qui limite les possibilités d’une politique industrielle véritablement souveraine.
À droite, on veut donc adapter directement la France à la concurrence européenne en faisant peser l’effort sur le coût du travail. Chez Glucksmann, on cherche au contraire à rendre cette même construction européenne plus sociale sans rompre avec ses fondements.
Pour les communistes, une autre voie pourrait être envisagée. Une véritable réindustrialisation populaire supposerait de reprendre le contrôle des secteurs stratégiques, de planifier les investissements, de protéger les capacités productives essentielles et de sortir du cadre européen qui empêche une politique industrielle pleinement souveraine.
Énergie et écologie : planifier plutôt que laisser le marché décider
L’énergie, également abordée pendant le débat, illustre parfaitement cette contradiction.
La France dispose d’atouts industriels et énergétiques considérables, mais l’organisation européenne du marché de l’énergie limite la capacité de l’État à organiser durablement la production et les prix en fonction des besoins nationaux.
L’énergie ne peut pourtant pas être traitée comme une marchandise ordinaire. Elle conditionne l’industrie, les transports, le logement et l’ensemble de l’activité économique.
La transition écologique pose le même problème. Une véritable transformation écologique ne pourrait pas reposer uniquement sur la culpabilisation des consommateurs ou sur des mécanismes de marché.
Elle nécessiterait une planification de long terme : développement des transports collectifs et du ferroviaire, rénovation thermique, production d’énergie, transformation industrielle, agriculture, recherche et aménagement du territoire.
Sur ce terrain, la planification écologique défendue par Mélenchon constitue un point de départ intéressant. Mais elle ne pourrait être pleinement réalisée sans remettre en cause les rapports de propriété et les contraintes institutionnelles qui empêchent l’État de planifier librement la production.
Normes et rapport entre l’économie et l’État : qui doit décider ?
Le débat du Medef a également consacré une séquence entière aux normes et à la simplification administrative. Ce sujet pourrait sembler technique. Il est pourtant profondément politique, car il pose une question essentielle : quel doit être le rapport entre l’État, les entreprises et l’intérêt général ?
Une grande partie de la droite a présenté les normes comme des obstacles à la production et à l’investissement. Bruno Retailleau a notamment promis de supprimer rapidement une centaine de normes qu’il juge « stupides », tandis qu’Édouard Philippe et d’autres candidats ont défendu une simplification de la réglementation.
Raphaël Glucksmann a apporté une nuance utile en rappelant que toutes les normes ne se valent pas et que certaines protègent la santé ou l’environnement.
Il serait en effet absurde de considérer toutes les normes comme des entraves bureaucratiques sans distinction.
Les normes qui protègent les travailleurs, garantissent la sécurité des produits, préservent l’environnement ou empêchent les entreprises de contourner leurs obligations sociales ne sont pas des obstacles à combattre. Elles constituent au contraire des instruments par lesquels la collectivité impose des règles à la puissance économique privée.
La question n’est donc pas simplement de savoir s’il faut « moins de normes », mais quelles normes, au bénéfice de qui et décidées par qui.
Lorsqu’une petite entreprise croule sous des démarches administratives inutiles, il peut être légitime de simplifier. Mais lorsque les normes servent à empêcher une multinationale de polluer, d’exploiter ses salariés ou de contourner la législation, leur suppression ne constitue pas un progrès : elle renforce le pouvoir du capital.
Cette distinction permet également de comprendre le rôle que devrait jouer l’État dans l’économie.
Pour les libéraux, l’État doit principalement créer un environnement favorable à l’entreprise et laisser le marché organiser la production. Dans une perspective communiste, il devrait au contraire disposer des moyens d’intervenir directement lorsque les intérêts privés entrent en contradiction avec l’intérêt général.
Cela pourrait notamment passer par le renforcement des services publics, le maintien d’un secteur public puissant et le contrôle des secteurs stratégiques. L’État pourrait également être amené à imposer certaines obligations aux grands groupes, à contrôler les investissements et à orienter le crédit, lorsque cela serait nécessaire.
L’État ne devrait donc être ni un simple guichet au service du patronat, ni un spectateur du fonctionnement du marché. Il devrait pouvoir devenir un instrument permettant au peuple de reprendre la maîtrise de l’économie.
Le programme du CNR : une référence pour reconquérir l’économie
Cette conception n’est pas étrangère à l’histoire politique française.
Le programme adopté par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944 ne se limitait pas à organiser la Libération politique du pays. Il prévoyait également une profonde réorganisation économique et sociale de la France libérée. Le CNR réunissait alors mouvements de Résistance, syndicats et partis politiques, dont le Parti communiste français.
Son programme entendait notamment placer l’économie sous le contrôle de la collectivité et proposait « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ».
Le programme du CNR défendait également le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, la création d’une véritable démocratie économique et sociale, ainsi que la mise en place d’un système de Sécurité sociale.
Il ne s’agit évidemment pas de reproduire mécaniquement en 2026 un programme élaboré dans les conditions particulières de la Libération. Mais son principe reste une référence essentielle : les intérêts particuliers du grand capital ne doivent pas pouvoir décider seuls de l’organisation de l’économie nationale.
C’est précisément l’inverse de la logique actuelle, dans laquelle l’État se retrouve souvent sommé de rassurer les marchés, d’attirer les capitaux et de répondre aux exigences de compétitivité.
Le retour à une politique économique souveraine supposerait donc de renouer avec cette tradition française de maîtrise collective des grands instruments économiques.
La Chine : pourquoi accepter la confrontation voulue par Washington ?
La Chine constitue un autre sujet sur lequel le débat a révélé les limites du discours dominant.
Dans une grande partie du champ politique français, la Chine est présentée avant tout comme une menace industrielle, commerciale ou stratégique. Cette hostilité accompagne la confrontation croissante entre Washington et Pékin.
Il faut pourtant poser une question simple : quel intérêt la France a-t-elle à participer à une guerre économique contre la Chine ?
Les États-Unis constituent aujourd’hui la principale puissance militaire du bloc occidental et utilisent leur puissance économique, financière et diplomatique pour maintenir leur influence mondiale. La France n’a aucun intérêt à aligner automatiquement ses intérêts sur ceux de Washington.
La Chine, au contraire, pourrait être considérée comme un partenaire économique avec lequel la France pourrait rechercher des accords mutuellement avantageux.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait être naïf à l’égard de la Chine ou remplacer une dépendance par une autre. Cela signifie que la France devrait pouvoir commercer avec les pays qu’elle choisit et développer des coopérations internationales sans subir les injonctions américaines.
La position consistant à rechercher la coopération avec la Chine plutôt que la confrontation serait donc cohérente avec une politique de souveraineté nationale. Elle permettrait également à la France de diversifier ses relations internationales et de participer à l’émergence d’un monde réellement multipolaire.
Mélenchon : une rupture partielle, à soutenir sans renoncer à la critique
Il faut enfin distinguer Jean-Luc Mélenchon du reste du plateau.
Alors que la majorité des candidats ont cherché à rassurer le patronat, Mélenchon a choisi de lui tenir un discours relativement plus conflictuel. Il a assumé la nécessité d’augmenter les salaires et les cotisations, contesté le discours permanent sur le « coût du travail » et défendu une remise en cause d’une partie de la dette. Cette attitude tranche avec les candidats qui proposent essentiellement de réduire les dépenses publiques et les prélèvements.
Il serait donc absurde de mettre toutes les candidatures sur le même plan.
Mais soutenir cette orientation lorsqu’elle va dans le bon sens ne signifie pas renoncer à la critique communiste.
Lorsque Mélenchon explique aux patrons qu’ils ont eux-mêmes intérêt à augmenter les salaires parce qu’une baisse du pouvoir d’achat provoquerait une récession, il cherche encore à les convaincre que les intérêts des travailleurs et ceux du capital peuvent être conciliés. Or, sur le long terme, ils ne le sont pas.
L’augmentation des salaires ne devrait pas seulement être présentée comme une mesure permettant de relancer la consommation ou de sauver le capitalisme de la récession. Elle doit aussi être défendue comme une revendication légitime des travailleurs sur la valeur qu’ils produisent.
De même, l’annulation d’une partie de la dette constitue une mesure intéressante pour ouvrir une brèche dans le dogme de l’austérité, mais elle ne suffit pas à elle seule. Tant que la France reste enfermée dans l’Union européenne et dans l’euro, elle conserve les contraintes institutionnelles qui ont contribué à faire de la dette un instrument de pression permanent.
Il faudrait donc aller plus loin : sortir de l’Union européenne, sortir de l’euro, retrouver la souveraineté monétaire, contrôler les secteurs stratégiques et s’attaquer au pouvoir économique des grands monopoles.
Reprendre le contrôle de l’économie
Dette, salaires, retraites, réindustrialisation, énergie, écologie, entreprises et relations internationales peuvent sembler constituer autant de dossiers séparés. Ils renvoient pourtant à une même question : qui contrôle l’économie française ?
Tant que les grandes orientations économiques sont déterminées par les intérêts des marchés financiers, des grands groupes et des institutions européennes, les gouvernements successifs ne peuvent qu’aménager les conséquences du système.
La dette sert alors à justifier l’austérité. La concurrence sert à justifier la pression sur les salaires. La réindustrialisation devient une course à l’attractivité. L’écologie devient une affaire de comportements individuels. La politique énergétique est soumise au marché. Et la politique extérieure française reste enfermée dans l’Alliance atlantique.
Une autre voie pourrait être ouverte.
Elle pourrait notamment supposer de reprendre le contrôle de la monnaie et du budget, de sortir de l’Union européenne et de l’euro, de renationaliser certains secteurs stratégiques, de planifier les investissements, d’augmenter les salaires et de protéger les petites et moyennes entreprises contre la domination des grands monopoles.
C’est dans cette perspective qu’un gouvernement populaire pourrait commencer à transformer profondément les rapports économiques. Les grandes féodalités économiques et financières ne pourraient continuer à décider seules de l’avenir du pays, tandis que les travailleurs et les petites entreprises supporteraient le poids de leurs choix.
Le premier débat présidentiel aura finalement montré une chose essentielle : derrière les divergences entre candidats se trouve une même difficulté à sortir du cadre économique qui produit la crise.
Pour les communistes, l’enjeu est précisément de poser les questions que ce cadre interdit de poser. Quelle souveraineté voulons-nous ? Qui doit contrôler les richesses produites ? Qui doit décider de l’industrie, de l’énergie, du crédit et de la monnaie ?
Répondre à ces questions, c’est commencer à dessiner une politique véritablement indépendante et populaire, dont l’horizon ne soit plus l’adaptation permanente au capitalisme, mais la conquête du pouvoir économique par les travailleurs et la préparation des conditions permettant de renverser le capitalisme.
William et Erol – JDM


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