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Présidentielle 2027 : soutenir Jean-Luc Mélenchon et mener campagne pour la rupture avec l’Union européenne

par | Juil 8, 2026 | Positions | 8 commentaires

Déclaration du Comité exécutif central de l’Organisation communiste de France.
Le 08/07/2026

Réunie en Conférence nationale les 27 et 28 juin 2026, l’Organisation communiste de France a décidé d’intervenir pleinement dans la séquence présidentielle et législative de 2027. Elle le fera par une campagne politique indépendante, centrée sur la rupture avec l’Union européenne et l’OTAN, et articulée tactiquement au soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

Ce choix n’est ni un ralliement ni une parenthèse dans notre combat communiste. Il vise au contraire à donner une expression politique claire à la colère populaire, à disputer le vote ouvrier et populaire à l’extrême droite, à faire reculer le bloc bourgeois et fascisant, et à renforcer, dans le même mouvement, la nécessité d’une organisation communiste indépendante en France.

Le constat saute aux yeux de quiconque vit de son travail en France : le quotidien est devenu une lutte permanente contre l’effondrement des services publics, l’explosion des factures et la stagnation des salaires. Depuis plus de trois décennies, et plus précisément depuis la signature du traité de Maastricht qui accompagne la victoire atlantiste sur l’URSS et l’ensemble du camp socialiste et antifasciste, notre pays subit une offensive capitaliste méthodique et ininterrompue.

35 ans de saccage social et industriel

Ce bilan, c’est d’abord celui de 35 ans d’austérité budgétaire, où la santé, l’éducation et les infrastructures publiques sont sacrifiées sur l’autel des critères de déficit européens. C’est le bilan de 35 ans de désindustrialisation massive, menée dans le cadre du marché unique, qui a brisé notre outil productif, condamné des régions entières au déclin et livré la classe ouvrière aux délocalisations. C’est, enfin, le bilan de 35 ans d’offensive capitaliste continue contre le Code du travail, le système de retraite par répartition, nos conventions collectives, nos diplômes et qualifications, ainsi que notre modèle de protection sociale largement issu des conquêtes du Front populaire et du Conseil national de la Résistance.

Fascisation : le bouclier du capital face à la gronde populaire

À cette destruction économique s’ajoute la fascisation galopante du régime. Le pouvoir macroniste, fer de lance depuis 10 ans des classes dominantes, à bout de souffle et minoritaire, utilise des politiques de plus en plus réactionnaires et autoritaires pour imposer ses politiques. Ce durcissement fait directement le lit du Rassemblement National. Mais cette montée de l’extrême droite n’est pas un accident électoral. Elle émerge avant tout comme un besoin vital pour les classes dominantes. Face à une gronde populaire de plus en plus forte, face à la colère légitime des travailleurs, des ouvriers et des paysans qui relèvent la tête, la bourgeoisie capitaliste a besoin de verrouiller l’appareil d’État. Quand la démocratie bourgeoise ne suffit plus à garantir ses profits et l’ordre capitaliste, le grand capital n’hésite jamais à armer la réaction pour briser la contestation sociale et diviser les travailleurs.

Le nouveau visage de l’UE : l’économie de guerre

À ce sombre tableau s’ajoute désormais une menace existentielle majeure : la guerre. L’Union européenne ne se cache plus derrière de simples objectifs commerciaux ; elle s’affirme aujourd’hui comme la tête de pont de l’atlantisme en Eurasie et le bras de plus en plus armé d’une intégration militaire supranationale. Entre les projets d’« armée européenne » et la soumission totale aux logiques d’escalade de l’OTAN, les budgets nationaux sont sommés de s’orienter vers l’armement. C’est une économie de guerre qui se met en place, et ce sont une fois de plus les travailleurs qui sont appelés à en payer le prix fort, tant sur le plan financier que humain.

Face à un régime irréformable : la nécessité de la rupture

Face à cette impasse historique, que d’aucuns comme Jean-Luc Mélenchon ont déjà correctement ciblée par le passé, la question doit être posée sans faux-semblants : l’Union européenne, on la change ou on la quitte ?

La social-démocratie et les illusions réformistes prétendent qu’une « Europe sociale » ou qu’une réorientation de l’intérieur des traités de marbre serait possible. L’histoire démontre le contraire. L’UE n’est pas une structure neutre qu’on pourrait gauchir au gré des élections ; elle est, par essence, l’outil de domination de la grande bourgeoisie capitaliste conçu pour interdire toute souveraineté populaire et briser toute velléité de transformation sociale réelle.

Puisqu’on ne peut pas la changer, et puisqu’elle est l’expression même de la mondialisation capitaliste, l’alternative progressiste et patriotique se clarifie par l’expérience des faits : il faut la quitter. Le Frexit, la sortie de l’Euro, de la Banque centrale européenne et de l’OTAN ne sont pas des options techniques mais des batailles politiques obligatoires pour conscientiser les travailleurs et le peuple, dynamiser les luttes sociales, patriotiques et démocratiques, conquérir la souveraineté populaire et l’indépendance nationale, rebâtir notre industrie et, par tout cela, construire à terme un État démocratique dirigé par les travailleurs, classe ouvrière en tête.

À l’approche des échéances présidentielles et législatives de 2027, cet enjeu est donc plus que jamais de taille. Et ces échéances de la Vᵉ République bourgeoise doivent être prises pour ce qu’elles sont et dans les limites de ce qu’elles peuvent réellement apporter.

Nous nous souvenons de la dynamique de 2017 où le mot d’ordre « L’Europe, on la change ou on la quitte », formulé par Jean-Luc Mélenchon, avait permis de disputer le vote ouvrier au Front National en donnant une perspective politique cohérente aux secteurs les plus combatifs du monde du travail et de la classe ouvrière.

C’est dans cette perspective que l’OCF a décidé d’engager ses forces dans la bataille politique de 2027. L’OCF portera son propre mot d’ordre : « 35 ans d’austérité, de désindustrialisation, d’offensive capitaliste, et maintenant la guerre… Alors, l’UE on la change ou on la quitte ? ».

Nous voulons placer la nécessité de la sortie de l’UE au cœur du débat public. Dans le cadre de la présidentielle de 2027, cette orientation s’articulera tactiquement au soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Celle-ci apparaît non seulement comme le vote le plus efficace pour faire reculer Attal, Bardella, Le Pen, Retailleau et autres Glucksmann, mais aussi comme la dynamique la plus à même d’insuffler de la force aux luttes.

Ce double choix s’inscrit dans une démarche tactique claire : mener une campagne indépendante d’agitation et de propagande dans les secteurs ouvriers et populaires combatifs, renforcer l’ancrage de l’OCF dans ces secteurs, et soutenir la candidature Mélenchon comme le seul point d’appui électoral aujourd’hui capable d’infliger, par le vote populaire, une défaite politique à la droite et aux forces fascisantes. Voter Mélenchon ne suffit pas : notre objectif reste la reconstruction du parti communiste en France, condition nécessaire au rétablissement de l’indépendance politique de la classe ouvrière.

Aucune posture gauchiste ni dérive opportuniste n’ouvrira de chemin vers la victoire, car la lutte, pour être victorieuse, se mène à fond. Rejoignez-la ! Adhérez à l’Organisation communiste de France !

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8 Commentaires

  1. pzorba75

    Le vote Mélenchon s’imposera si C. Lagarde, E. Philippe ou plus dangereux encore R. Glucksmann sont mis sur orbite présidentielle pour prolonger la soumission à l’UE, l’OTAN et à l’euro. Les autres candidats guignols du cercle mondialiste, wokiste écologiste ne tiendront pas la durée du mandat et la crise les balaiera, avec ou sans Mélenchon.

    Réponse
  2. GHERARDI épouse LEONARD

    Aujourd’hui il n’y a pas 36 solutions pour mettre un terme à une oligarchie internationale qui règne à Bruxelles, l’armée, la magistrature ou Monsieur Jean-Luc Mélenchon, coprésident de l’Institut La Boétie.

    Son introduction du 27 juin 2026 laisse entrevoir, la liberté civile par un réajustement de l’article 2 de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Tout particulièrement la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme la propriété privé lieux d’habitation et le lieu de son travail (boulanger, boucher, garagiste, la liste n’est pas exhaustive) mais non les lieux de production et d’exploitation de la plèbe. Que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre.

    La renaissance du contrat social de Jean-Jacques ROUSSEAU semble envisageable. Si la liberté politique est soumise à la volonté générale en faisant fi de ses exigences personnelles.

    Allons vers liberté morale d’une décision volontaire de fraternité. Or c’est uniquement sur cet intérêt commun que la société doit être gouvernée.

    La souveraineté populaire, faculté d’exercer librement un choix gouverné par la raison.

    Regardons les coulisses de notre décadence ensuite méditons et prenons la bonne décision.

    Ces deux commentaires expliquent les intérêts d’une oligarchie principalement américain et allemande pour les meilleurs terres du monde d’UKRAINE (1/3 du blé mondial) des terres collectives le plus souvent arrachées à la paysannerie locale. Ces oligarques avec le sang des autres mettront un terme à la paysannerie française de la même manière que le MERCOSUR et les spoliations des indiens d’amérique du nord.

    1°) CE QUE DIT VRAIMENT LE 14 JUILLET OMERTA 14 juillet 2026 Général Henri ROURE https://www.youtube.com/watch?v=SizWwZxCc3Y&t=1341s

    2°) L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne n’avancera que si l’agriculture est une priorité des négociations LA QUOTIDIENNE PUBLIC SENAT Par Alexandre Poussart Publié le 15/07/2026 à 16:53

    Concernant l’euthanasie volontaire lorsque peut-être on n’a plus les moyens de se soigner correctement. Dans une période économique de réarmement cela pose des questions morales !!!!!Nous vous conseillons de lire les médecins de la mort. Comment les nazis ont irradié les handicapés, les improductifs, les non aryens. Dans une période économique de réarmement cela pose des questions morales !!!!!

    Après que TRUMP arbitre ELON MUSK va nous dire pour qui voter ?

    « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ». – Une citation d’Albert Einstein.

    Marin le 17 juillet 2026.

    GHERARDI épouse LEONARD.

    Réponse
  3. GHERARDI épouse LEONARD

    le MERCOSUR et les spoliations des indiens d’amérique du sud et non du nord.

    Réponse
  4. Lafleur

    Merci pour cet article et pour le débat qu’il ouvre. Je crois cependant qu’il faut, fraternellement, prolonger la réflexion sur plusieurs points, car la question posée dépasse largement le seul choix d’un candidat à la présidentielle.

    Je partage plusieurs constats de l’OCF : la nécessité de combattre l’extrême droite, de contester les politiques européennes qui organisent la mise en concurrence des travailleurs, de défendre les nationalisations et de poser la question de la réindustrialisation. Le débat sur ArcelorMittal est à cet égard particulièrement intéressant : nationaliser est une chose, mais encore faut-il savoir pour quoi produire, avec quels objectifs sociaux et sous quel contrôle.

    C’est précisément là que je crois que le 40e Congrès du PCF nous donne une autre boussole : celle de la conscience de classe, de la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail, de la réindustrialisation et de la transformation socialiste de la société.

    Sur l’acier, la critique de l’OCF envers LFI mérite d’être entendue. La question des besoins matériels et énergétiques est évidemment essentielle. Mais il me semble qu’il faut éviter d’opposer mécaniquement écologie et développement des forces productives. La question communiste n’est pas simplement de savoir s’il faut produire plus ou moins d’acier, mais quel acier, pour quels besoins, produit par qui et sous quel régime de propriété.

    Produire moins de véhicules individuels peut être souhaitable, mais cela peut aussi signifier produire davantage de trains, de tramways, de transports collectifs, de logements sociaux, de réseaux électriques et d’infrastructures publiques. Tout cela demande de l’acier. De même, rénover massivement les logements et réindustrialiser le pays implique des capacités productives importantes.

    C’est pourquoi je pense qu’Empreinte 2050 et la réindustrialisation doivent être placées au cœur de notre conception communiste de la transition écologique. Il ne s’agit pas de reproduire le productivisme capitaliste, mais de transformer les forces productives pour répondre aux besoins sociaux et écologiques. Le problème n’est pas seulement la quantité produite : c’est la finalité de la production, sa propriété et le pouvoir de décision sur celle-ci.

    Sur ArcelorMittal, la nationalisation ne doit donc pas être une fin en soi. Elle doit s’inscrire dans une politique industrielle globale : maîtrise publique de l’énergie, investissements, décarbonation, maintien des emplois, développement du ferroviaire et des transports collectifs, logement, et surtout intervention réelle des travailleurs dans les choix de production et d’investissement.

    C’est aussi pour cela que je suis plus réservé sur la stratégie consistant à faire de Jean-Luc Mélenchon le principal point d’appui électoral de la reconstruction communiste.

    Il ne s’agit évidemment pas de nier sa capacité à mobiliser une partie importante de l’électorat populaire, ni de refuser par principe l’unité d’action avec LFI. Nous pouvons et devons nous retrouver sur de nombreuses batailles : contre l’extrême droite, pour les salaires, les services publics, les nationalisations, la paix ou encore certaines ruptures avec les politiques européennes.

    Mais unité d’action ne signifie pas effacement politique.

    La question que je poserais fraternellement est donc la suivante : est-ce que le soutien à une candidature présidentielle renforce réellement l’organisation indépendante de la classe ouvrière et la conscience de classe, ou risque-t-il progressivement de placer le mouvement communiste dans une position d’auxiliaire d’une dynamique politique construite autour d’une personnalité ?

    Le problème n’est pas la personne de Mélenchon. Il est stratégique.

    Mélenchon a connu une évolution importante sur l’Europe : après avoir soutenu Maastricht en 1992, il s’est opposé au traité constitutionnel européen en 2005 et a ensuite défendu la logique du « Plan A / Plan B ». Il serait donc injuste de réduire toute son histoire politique à son positionnement de 1992. Mais cette évolution n’interdit évidemment pas aux communistes d’interroger la cohérence actuelle de sa stratégie européenne et surtout son rapport entre souveraineté, propriété et transformation sociale.

    De même, notre internationalisme doit rester cohérent. La défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne peut être à géométrie variable. Les positions prises par Mélenchon sur le Maroc et le Sahara occidental méritent donc d’être discutées fraternellement, tout comme la question des derniers rapports de domination coloniale française. L’anti-impérialisme doit s’appliquer à tous les peuples et à toutes les puissances.

    Au fond, je crois que le désaccord essentiel se situe ici : le communisme doit-il se construire autour d’une candidature capable de rassembler électoralement, ou autour de la reconstruction d’une conscience et d’une organisation de classe capables de transformer durablement les rapports de pouvoir ?

    Le 40e Congrès du PCF nous invite, me semble-t-il, à privilégier la seconde perspective.

    Cela ne signifie ni sectarisme, ni refus des alliances, ni isolement. Cela signifie que nous devons pouvoir marcher avec d’autres lorsque nous avons des objectifs communs, tout en conservant notre propre boussole.

    Nous pouvons voter ensemble sans penser exactement la même chose.
    Nous pouvons lutter ensemble sans nous dissoudre.
    Nous pouvons construire des fronts sans renoncer à notre projet communiste.

    Et c’est peut-être justement ce débat qu’il faut avoir fraternellement au sein du mouvement communiste en France : comment faire de la lutte électorale un moyen de renforcer la conscience de classe et l’organisation du monde du travail, plutôt que de faire de l’organisation communiste un moyen au service d’une dynamique présidentielle ?

    À mon sens, c’est là que se trouve la véritable question stratégique pour 2027.

    Réponse
  5. Lafleur

    Quelques remarques fraternelles à nos camarades de l’OCF : pour une candidature communiste et une véritable stratégie de classe

    Merci aux camarades de l’OCF pour cet article et pour le débat qu’ils contribuent à ouvrir. Il y a dans leur texte des éléments que nous pouvons partager : la critique de l’Union européenne comme cadre de mise en concurrence des travailleurs, la nécessité de défendre les nationalisations, de réindustrialiser, de combattre l’extrême droite et de ne pas renoncer à une perspective de rupture avec le capitalisme.

    Mais précisément parce que nous partageons une partie de ces constats, je crois nécessaire de discuter fraternellement du choix stratégique proposé : soutenir Jean-Luc Mélenchon en 2027 tout en prétendant reconstruire parallèlement une force communiste indépendante.

    À mes yeux, c’est là que se situe le principal désaccord.

    ### Le problème n’est pas Mélenchon comme individu, mais le mélenchonisme comme stratégie

    Il faut reconnaître à Jean-Luc Mélenchon une capacité réelle à mobiliser électoralement une partie importante des classes populaires et de la gauche. Mais il faut aussi regarder la nature politique de cette mobilisation.

    Le mélenchonisme n’est pas une stratégie communiste de construction de la conscience de classe. C’est une forme de populisme de gauche, qui tend à substituer à la centralité de la classe ouvrière une catégorie beaucoup plus large et politiquement hétérogène : « le peuple ».

    Or « le peuple » n’est pas une classe.

    Il rassemble potentiellement salariés, ouvriers, employés, petits indépendants, professions intermédiaires, fonctionnaires, petits entrepreneurs, intellectuels et autres catégories sociales dont les intérêts ne sont pas nécessairement identiques.

    La question marxiste fondamentale est donc toujours :

    quelle classe dirige l’alliance populaire ?

    C’est ici que la différence avec le communisme devient essentielle.

    Le communisme ne cherche pas seulement à agréger électoralement une majorité. Il cherche à construire une conscience de classe, une organisation durable du monde du travail et une capacité collective à conquérir des pouvoirs sur l’économie et sur l’État.

    Autrement dit, il ne suffit pas de gagner des voix. Il faut construire une force sociale capable de transformer les rapports de production.

    ### Rassembler électoralement n’est pas construire l’hégémonie culturelle

    C’est également là que je vois une faiblesse importante de la stratégie mélenchoniste.

    Une campagne électorale peut produire une dynamique spectaculaire autour d’une personnalité. Elle peut agréger des colères, des aspirations et des catégories sociales différentes.

    Mais une transformation socialiste exige davantage : elle exige de conquérir les esprits, les représentations, les lieux de travail, les quartiers populaires, les syndicats, les associations, les intellectuels et les institutions.

    C’est ce que l’on peut appeler, avec Gramsci, une bataille pour l’hégémonie culturelle.

    La bourgeoisie ne conserve pas son pouvoir uniquement par la propriété économique ou par la coercition de l’État. Elle le conserve également parce que ses représentations du monde deviennent dominantes : individualisme, concurrence, mérite individuel, marchandisation, résignation, impossibilité supposée de sortir du capitalisme.

    Face à cela, nous ne pouvons pas nous contenter d’une campagne présidentielle tous les cinq ans.

    Nous devons reconstruire une autre représentation du monde :

    le travail contre le capital ;
    la coopération contre la concurrence ;
    la propriété sociale contre la propriété lucrative ;
    la planification contre l’anarchie du marché ;
    les besoins humains contre la rentabilité ;
    l’internationalisme contre le chauvinisme ;
    le socialisme contre la résignation capitaliste.

    C’est précisément pourquoi le travail du PCF autour du 40e Congrès est important.

    ### Le 40e Congrès nous donne une autre boussole

    Le 40e Congrès du PCF remet au centre la conscience de classe, la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail et la perspective de sortie du capitalisme.

    Cette orientation ne doit pas être sacrifiée au seul impératif électoral.

    Le PCF dispose aujourd’hui de propositions qui permettent d’articuler concrètement classe, industrie, écologie et socialisme : nationalisations, planification, réindustrialisation, services publics, maîtrise publique de l’énergie et projet climatique Empreinte 2050.

    C’est précisément cette cohérence qu’il faut opposer au populisme de gauche.

    Prenons ArcelorMittal.

    L’OCF a raison de demander : nationaliser pour quoi faire ?

    Mais la même question doit être posée à toutes les forces de gauche.

    Pour nous, la réponse doit être claire : nationaliser la sidérurgie doit permettre de garantir l’emploi, de décarboner la production, de développer les capacités industrielles nécessaires à la transition écologique et à la réindustrialisation, et surtout de soustraire les décisions stratégiques à la logique du profit.

    Il ne suffit donc pas de changer le propriétaire juridique de l’entreprise.

    Il faut transformer qui décide, pour quoi produire et selon quels besoins.

    ### Produire moins ou produire autrement ?

    C’est également ici que la confrontation avec la planification écologique de LFI doit être approfondie.

    Je partage avec l’OCF le besoin d’interroger certaines propositions de l’Institut La Boétie concernant la diminution des besoins matériels.

    Mais je pense que nous devons aller au-delà de la seule opposition entre « produire plus » et « produire moins ».

    La question communiste est :

    que produisons-nous, pour qui, comment et sous quel régime de propriété ?

    Nous pouvons parfaitement produire moins de véhicules individuels surdimensionnés et produire davantage de trains.

    Nous pouvons construire moins de logements spéculatifs et davantage de logements sociaux.

    Nous pouvons réduire certaines consommations inutiles tout en développant massivement les transports collectifs, le ferroviaire, les réseaux électriques, la rénovation thermique et les infrastructures publiques.

    Et tout cela demande des forces productives.

    Cela demande notamment de l’acier.

    C’est pourquoi la perspective communiste n’est ni le productivisme capitaliste ni une décroissance indifférenciée : c’est la transformation socialiste des forces productives afin de répondre aux besoins sociaux et écologiques.

    C’est là qu’Empreinte 2050 peut devenir une véritable proposition de civilisation.

    ### Le PCF a une cohérence que nous devons davantage défendre

    Il existe une différence fondamentale entre dire :

    > « Il faut réduire la production matérielle »

    et dire :

    > « Il faut réorienter radicalement la production pour répondre aux besoins humains. »

    Cette seconde conception permet d’articuler écologie et réindustrialisation.

    Nous avons besoin d’acier pour le ferroviaire, de cuivre pour les réseaux électriques, de matériaux pour la rénovation des logements, de machines-outils pour reconstruire notre appareil productif, d’équipements pour les hôpitaux, les écoles et les services publics.

    Le problème n’est donc pas la production en elle-même.

    Le problème est la production pour le profit.

    Voilà une distinction profondément marxiste que le mouvement communiste doit porter avec force.

    ### Pourquoi alors soutenir Mélenchon plutôt qu’un candidat communiste ?

    C’est ici que mon désaccord avec l’OCF devient plus important.

    Si nous considérons réellement que le problème central est la reconstruction de la conscience de classe et d’une force politique communiste indépendante, pourquoi faire de la candidature d’un dirigeant réformiste et populiste le principal point d’appui de notre intervention électorale ?

    Je comprends l’argument tactique : Mélenchon dispose d’une audience, il est capable de rassembler une partie de l’électorat populaire et il peut apparaître comme le candidat le mieux placé à gauche.

    Mais précisément : une stratégie communiste ne peut pas être déterminée uniquement par les sondages ou par le potentiel électoral immédiat.

    Le rôle d’un parti communiste n’est pas simplement de choisir le candidat qui semble aujourd’hui le mieux placé.

    Il est de construire les conditions politiques et culturelles permettant à la classe ouvrière de devenir une force dirigeante.

    Si nous soutenons systématiquement la personnalité qui dispose déjà de la meilleure audience, nous entretenons mécaniquement cette dépendance.

    Nous ne construisons pas notre propre hégémonie.

    Nous contribuons à celle d’un autre.

    ### Le problème des positions à géométrie variable

    Il faut également pouvoir discuter, sans procès d’intention, des évolutions successives de Mélenchon.

    Il a soutenu Maastricht en 1992.

    Il s’est ensuite opposé au traité constitutionnel européen de 2005 et a développé la stratégie du Plan A / Plan B.

    Il a évolué sur la question européenne.

    C’est un fait qu’il faut reconnaître.

    Mais cette trajectoire montre aussi pourquoi les communistes doivent conserver leur propre boussole stratégique.

    La question n’est pas de condamner quelqu’un pour avoir évolué.

    La question est de savoir si notre ligne politique peut dépendre des évolutions successives d’une personnalité.

    Sur l’Europe, la souveraineté, l’internationalisme, la politique industrielle, le rapport à l’OTAN ou les questions internationales, nous devons pouvoir avoir une position communiste cohérente, indépendamment de celle de tel ou tel dirigeant.

    ### L’internationalisme ne peut pas être à géométrie variable

    Cela vaut également pour la question du Sahara occidental.

    On peut partager avec Mélenchon des positions critiques envers l’impérialisme américain, l’OTAN ou certaines interventions occidentales, tout en considérant que certaines de ses prises de position internationales méritent une critique communiste.

    La question du Sahara occidental est de celles-là.

    Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne peut pas être défendu dans un cas et relativisé dans un autre.

    Notre internationalisme doit être conséquent : aucun État, y compris la France, le Maroc, les États-Unis ou toute autre puissance, ne doit décider à la place d’un peuple de son avenir.

    C’est aussi pourquoi notre anticolonialisme doit être cohérent avec notre propre histoire nationale.

    ### Et si la stratégie Mélenchon échoue ?

    Il y a enfin une question que je crois que l’OCF doit prendre très au sérieux.

    Que se passera-t-il si Mélenchon ne parvient pas à atteindre le second tour ?

    Nous aurons alors mobilisé une partie de nos forces derrière une candidature qui n’aura pas atteint l’objectif recherché, tout en ayant contribué à renforcer une dynamique politique qui n’est pas la nôtre.

    Et s’il atteint le second tour, rien ne garantit qu’il puisse l’emporter.

    Pire encore : une victoire électorale ne garantit en elle-même aucun rapport de forces social permettant de transformer la société.

    L’expérience historique devrait nous rendre prudents.

    On peut gagner une élection et perdre le rapport de forces.

    On peut conquérir l’État sans conquérir l’économie, les médias, les représentations culturelles et les institutions sociales.

    On peut avoir un gouvernement progressiste et se retrouver paralysé par le capital, les marchés, les institutions européennes, les médias dominants et l’absence de mobilisation populaire organisée.

    Voilà pourquoi la construction de l’hégémonie culturelle et sociale est indispensable.

    ### Une candidature communiste ne signifie pas l’isolement

    Soutenir un candidat communiste ne signifie pas refuser toute unité.

    Au contraire.

    Nous pouvons défendre un candidat communiste tout en proposant des fronts communs sur les revendications sociales.

    Nous pouvons travailler avec LFI contre l’extrême droite.

    Nous pouvons voter ensemble pour des nationalisations.

    Nous pouvons lutter ensemble pour les salaires, les services publics, la paix, la réindustrialisation et la défense des travailleurs.

    Mais nous devons pouvoir dire fraternellement :

    nous ne sommes pas la force d’appoint d’une candidature présidentielle.

    Nous voulons construire notre propre force.

    Nous voulons faire grandir notre propre projet.

    Nous voulons reconquérir notre propre hégémonie culturelle.

    Nous voulons que les travailleurs deviennent eux-mêmes un sujet politique.

    ### Le choix communiste devrait être celui de l’indépendance

    C’est pourquoi, personnellement, je serais plutôt favorable à ce que l’OCF, comme le PCF et plus largement les communistes qui partagent cette perspective, travaillent à la construction et au soutien d’une candidature communiste.

    Non par sectarisme.

    Non pour refuser l’unité.

    Non pour faire comme si LFI n’existait pas.

    Mais précisément parce que LFI existe et occupe une partie importante de l’espace politique populaire.

    Si nous voulons que le communisme retrouve une influence idéologique, culturelle et politique, nous devons être capables de porter notre propre conception du monde.

    Nous devons montrer que le communisme n’est pas simplement une variante plus radicale de la gauche existante.

    Il est une autre conception de la société.

    ### Une candidature communiste doit être le point d’appui d’une bataille beaucoup plus large

    Une candidature communiste ne devrait surtout pas être une campagne électorale traditionnelle.

    Elle devrait être le prolongement politique d’un travail de terrain :

    dans les entreprises,

    dans les quartiers populaires,

    dans les syndicats,

    dans les services publics,

    dans les territoires industriels,

    dans les luttes écologiques,

    dans les combats pour le logement,

    dans la bataille culturelle et intellectuelle.

    La présidentielle doit être l’occasion de poser partout les mêmes questions :

    Qui possède ?

    Qui travaille ?

    Qui décide ?

    Qui profite ?

    Pourquoi l’industrie est-elle organisée selon la rentabilité plutôt que selon les besoins ?

    Pourquoi les travailleurs ne décident-ils pas davantage de ce qu’ils produisent ?

    Pourquoi les médias et les grands groupes culturels appartiennent-ils à une poignée de milliardaires ?

    Pourquoi les travailleurs devraient-ils accepter que leur avenir soit décidé par les marchés ?

    C’est cela, construire l’hégémonie culturelle.

    ### Un communiste peut faire front sans devenir suiveur

    Je crois donc que notre débat avec l’OCF devrait rester fraternel, mais qu’il doit être clair.

    Nous pouvons partager le refus de l’Union européenne telle qu’elle fonctionne.

    Nous pouvons partager la nécessité des nationalisations.

    Nous pouvons partager l’objectif de réindustrialisation.

    Nous pouvons partager le combat contre l’extrême droite.

    Nous pouvons partager la nécessité de sortir de l’OTAN et de défendre une politique de paix.

    Mais cela ne nous oblige pas à faire de Jean-Luc Mélenchon le centre de notre stratégie.

    Le front commun n’est pas l’effacement communiste.

    L’unité d’action n’est pas la subordination politique.

    Le rassemblement populaire n’est pas le remplacement de la lutte des classes par le concept abstrait de « peuple ».

    Et surtout :

    > Nous ne reconstruirons pas une force communiste en demandant aux travailleurs de voter pour quelqu’un d’autre en attendant que le communisme renaisse plus tard.

    Nous devons reconstruire maintenant.

    Avec nos propositions.

    Avec nos militants.

    Avec nos intellectuels.

    Avec nos syndicats.

    Avec nos élus.

    Avec nos luttes.

    Avec notre histoire.

    Avec notre projet socialiste.

    ### Pour conclure

    Camarades de l’OCF, je crois que nous avons intérêt à poursuivre ce débat.

    Mais si notre objectif commun est réellement de reconstruire une perspective communiste, je vous soumets cette question :

    ne serait-il pas plus cohérent de soutenir une candidature communiste, de faire entendre nos propositions et de construire notre propre hégémonie culturelle, tout en restant disponibles pour toutes les formes d’unité nécessaires dans les luttes et dans le combat contre l’extrême droite ?

    Car le risque n’est pas seulement de perdre une élection.

    Le risque est de perdre politiquement le sens même de la bataille.

    Si Mélenchon n’atteint pas le second tour, nous aurons misé sur une stratégie qui aura échoué sur son propre terrain électoral.

    S’il y parvient mais perd au second tour, nous aurons de nouveau à constater qu’une dynamique électorale ne suffit pas à créer un rapport de forces.

    Et s’il gagne, la question fondamentale restera entière : quelle force sociale organisée sera capable de le pousser à aller au-delà du réformisme, de résister au capital et de transformer réellement les rapports de propriété ?

    C’est pourquoi je préfère une autre perspective :

    un candidat communiste pour porter une alternative socialiste ;

    une organisation communiste indépendante pour organiser la classe ;

    une bataille culturelle pour reconquérir l’hégémonie idéologique ;

    des fronts unitaires pour combattre l’extrême droite et le capital ;

    et une stratégie de long terme pour que les travailleurs deviennent non seulement une force électorale, mais une force dirigeante de la transformation sociale.

    Nous pouvons marcher ensemble sur certaines batailles.

    Mais il faut savoir où nous voulons aller.

    Et, pour ma part, je pense que le chemin du communisme ne peut pas passer par l’effacement du communisme derrière une personnalité, aussi importante soit-elle électoralement.

    Réponse
  6. Lafleur

    Quelques remarques fraternelles à nos camarades de l’OCF : pour une candidature communiste et une véritable stratégie de classe

    Merci aux camarades de l’OCF pour cet article et pour le débat qu’ils ouvrent. Nous partageons plusieurs constats : critique de l’UE, défense des nationalisations, réindustrialisation, lutte contre l’extrême droite et nécessité d’une rupture avec le capitalisme. Mais un désaccord stratégique demeure : le soutien à Jean-Luc Mélenchon en 2027 tout en voulant reconstruire une force communiste indépendante.

    1 Classe ou “peuple” : une divergence centrale

    Mélenchon peut mobiliser électoralement, mais le mélenchonisme repose sur la notion de « peuple », qui agrège des intérêts sociaux contradictoires.

    Or, dans une usine comme ArcelorMittal, les intérêts d’un cadre dirigeant, d’un ingénieur et d’un ouvrier ne sont pas identiques. Parler de « peuple » masque cette réalité.

    Pour les communistes, la question reste : qui dirige et dans l’intérêt de quelle classe ? Sans réponse claire, l’unité électorale ne se transforme pas en pouvoir social.

    2 L’exemple d’ArcelorMittal : nationaliser ne suffit pas

    Nationaliser une entreprise comme ArcelorMittal n’a de sens que si cela change réellement les choix de production.

    Par exemple :
    – produire de l’acier pour la transition écologique (rails, éoliennes, infrastructures publiques)
    – garantir l’emploi et la formation des salariés
    – orienter les investissements selon des besoins sociaux, pas la rentabilité

    Sinon, on change seulement de propriétaire, pas de logique économique.

    3 Élection et rapport de forces réel

    Une campagne électorale peut exprimer une colère, comme on l’a vu avec les Gilets jaunes ou certaines mobilisations sociales, mais cela ne suffit pas à transformer la société.

    Sans organisation dans les entreprises, les syndicats et les quartiers, un gouvernement reste dépendant du capital, des marchés et des institutions. C’est là que la bataille d’hégémonie est décisive : il faut imposer une autre logique que celle du profit, par exemple :
    – coopération plutôt que concurrence
    – planification écologique plutôt que marché
    – besoins sociaux plutôt que rentabilité

    4 Le risque d’une stratégie d’appoint

    Soutenir une candidature déjà dominante peut sembler efficace, mais cela empêche de construire une force communiste autonome.

    Une stratégie communiste ne peut pas dépendre des sondages ou des équilibres électoraux : elle doit viser l’organisation durable de la classe ouvrière. Sinon, on risque de se retrouver dans une logique d’accompagnement, même critique.

    5 Une candidature communiste comme outil de construction

    Une candidature communiste n’est pas seulement électorale. Elle doit servir à structurer :
    – les luttes dans les entreprises
    – les liens avec les syndicats
    – les mobilisations locales
    – la bataille idéologique

    Elle permet de poser clairement les questions de fond : propriété, pouvoir, production, besoins sociaux.

    6 Europe, Ukraine, colonialisme : une cohérence internationale à interroger

    Il faut aussi interroger la cohérence de la ligne de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe et l’international. Après avoir soutenu Maastricht en 1992, il est devenu partisan du « non » en 2005, puis du « Plan A / Plan B » et de la formule « l’UE, on la change ou on la quitte », avant de privilégier progressivement une stratégie de désobéissance aux traités plutôt que la rupture. Sur l’Ukraine, il a condamné l’invasion russe, mais défendu une ligne de non-alignement, refusé certaines sanctions énergétiques et accepté le principe de livraisons d’armes sous conditions. Ces évolutions ne sont pas condamnables en elles-mêmes, mais elles montrent pourquoi les communistes doivent disposer de leur propre ligne internationale plutôt que de suivre les inflexions d’une personnalité.

    La même question se pose sur le colonialisme. Mélenchon a incontestablement tenu des discours anticoloniaux sur plusieurs dossiers, notamment la Palestine et l’histoire coloniale française. Mais un internationalisme communiste se juge à sa constance : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes doit valoir pour la Palestine comme pour le Sahara occidental, et ne peut être adapté aux circonstances électorales ou aux rapports diplomatiques. Ses prises de position sur le Maroc et le Sahara occidental, comme la question plus large des territoires encore administrés par la France, invitent donc à interroger la cohérence de cet anticolonialisme. S’il est juste de parler d’opportunisme électoral, c’est précisément comme hypothèse politique à démontrer par la comparaison de ses positions, et non comme procès d’intention.

    C’est finalement là que se trouve notre désaccord stratégique : nous ne pouvons pas construire une politique communiste sur les variations d’un dirigeant réformiste, aussi populaire soit-il. Nous devons défendre une ligne indépendante : sortie de la logique impérialiste, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, paix, souveraineté populaire, solidarité internationale des travailleurs et lutte contre toutes les formes de domination. Nous pouvons faire front avec LFI lorsque nos intérêts convergent, mais le mouvement communiste doit conserver sa propre boussole.

    7 Conclusion

    Nous pouvons agir ensemble sur de nombreuses luttes, et des fronts communs sont nécessaires face à l’extrême droite ou pour les combats sociaux.

    Mais cela ne doit pas se faire au prix de l’effacement politique.

    Le front commun n’est pas la subordination.

    Si l’objectif est de reconstruire une perspective communiste, alors il faut assumer une stratégie d’indépendance, capable de transformer les rapports de force réels, pas seulement les résultats électoraux.

    Le communisme ne se reconstruit pas en se diluant dans une logique d’accompagnement, mais en organisant patiemment une force de classe autonome.

    Réponse
  7. Lafleur

    Je partage largement le constat développé par l’OCF sur le rôle de l’Union européenne, de l’OTAN, de la désindustrialisation, de la fascisation du pouvoir et sur la nécessité de reconstruire une organisation communiste indépendante. C’est précisément parce que ce diagnostic me paraît sérieux que je reste perplexe devant la conclusion politique proposée.

    En effet, si l’Union européenne est jugée irréformable, si la souveraineté populaire suppose une rupture avec les traités européens, si la reconstruction industrielle exige de retrouver la maîtrise de notre politique économique, monétaire, énergétique et internationale, pourquoi appeler à soutenir un candidat qui ne défend plus explicitement cette orientation ?

    La tactique ne peut pas durablement contredire la stratégie.

    Soutenir Jean-Luc Mélenchon tout en menant une campagne pour la sortie de l’Union européenne revient à demander aux travailleurs de voter pour un projet qui ne porte pas l’objectif que l’on considère pourtant comme décisif. Cette contradiction mérite d’être discutée sans détour. L’expérience accumulée depuis 2012 devrait également nous conduire à un bilan matérialiste.

    Les résultats électoraux de Jean-Luc Mélenchon ont été importants, mais ont-ils réellement renforcé l’indépendance politique de la classe ouvrière ? Non. Ont-ils permis une progression de la conscience de classe, du syndicalisme de lutte ou de la reconstruction d’un parti communiste de masse ? Non. En tout cas pour ces deux questions : rien ne permet de l’affirmer avec évidence.

    À l’inverse, la personnalisation croissante de la vie politique autour des échéances présidentielles semble avoir accentué une logique de délégation électorale plutôt que d’organisation durable des travailleurs.

    Une stratégie communiste ne peut pas mesurer son efficacité uniquement au score électoral d’un candidat, aussi utile puisse-t-il paraître dans un rapport de forces conjoncturel. Elle doit d’abord apprécier sa capacité à élever la conscience de classe, à développer l’organisation autonome des travailleurs et à préparer les conditions d’une transformation révolutionnaire de la société.

    Je m’interroge également sur la cohérence internationale de cette orientation.

    Si la rupture avec l’OTAN et l’Union européenne est considérée comme une nécessité stratégique, il paraît difficile de soutenir durablement une candidature insoumise dont les positions sur les questions internationales, européennes ou sur certains enjeux de souveraineté ne convergent pas toujours avec cette perspective (Sahara Occidental, Îles éparses etc.). Une campagne communiste indépendante risque alors d’être constamment ramenée derrière les ambiguïtés du candidat qu’elle soutient.

    Sans un parti communiste fort, ce candidat ira vers le « centre » (PS et Ecologistes) d’autant que s’il est victorieux : il aura la pression du capital pour une parenthèse à son populisme. Ce sera comme le président « normal » une nouvelle désillusion pour notre classe.

    Enfin, je crains que cette tactique ne reproduise un mécanisme déjà observé à plusieurs reprises par le PCF « mutant » de Hue à Laurent : les organisations révolutionnaires consacrent une grande partie de leur énergie militante à renforcer une force réformiste, en espérant que cette dynamique profitera ensuite à la reconstruction communiste. Jusqu’à présent, cette hypothèse n’a pas réellement été confirmée par les faits. Les organisations révolutionnaires ne sont pas sorties renforcées des précédentes séquences présidentielles, tandis que l’électoralisme continue de structurer la vie politique au détriment du travail d’organisation dans les entreprises, les quartiers populaires et les syndicats. Cela devrait être notre priorité et non le crétinisme électoraliste.

    Ce débat est évidemment fraternel. Il ne porte ni sur la sincérité des militants de l’OCF, ni sur la nécessité de combattre la droite, l’extrême droite et les politiques néolibérales. Il porte sur une question stratégique fondamentale. Une tactique électorale doit-elle d’abord chercher le « vote utile », sur une candidature néo trotskiste dans le verbe et le ni-ni et cyniquement mitterrandiste dans le style et le fond, ou contribuer avant tout à construire l’indépendance politique et idéologique de la classe ouvrière ?

    À mes yeux, c’est sur ce dernier critère que toute tactique devrait être appréciée. La reconstruction d’un véritable parti communiste marxiste-léniniste ne pourra pas résulter d’une succession de soutiens critiques à des candidatures dont les orientations demeurent fondamentalement et ouvertement réformistes. Elle exige un patient travail d’organisation, de formation et d’élévation de la conscience de classe, afin que les travailleurs deviennent eux-mêmes les acteurs conscients de leur propre émancipation.

    Mélenchon ne veut pas du socialisme. Il ne cédera pas le pouvoir qu’il aura tant attendu pour une nouvelle République et tout délai dans la reconstruction d’un parti communiste (marxiste et léniniste) renforce la fausse conscience et la démagogie populiste.

    Réponse
  8. Lafleur

    Bonjour,

    Je viens de prendre connaissance du tweet du 4 août 2026 de Jean-Luc Mélenchon. Votre comité centrale devrait bien l’analyser. En effet, il met le doigt sur une contradiction stratégique réelle chez Mélenchon bien loin d’un « Frexit progessiste ».

    Son message du 4 août accomplit simultanément trois choses :
    -Il condamne une ingérence russe (quid des ingérences des Etats-Unis etc.).
    -Il se solidarise avec Raphaël Glucksmann, qui est précisément l’un de ses concurrents directs dans l’espace de la gauche social-démocrate (anti-communiste et opposé au socialisme comme projet politique).
    -Il propose une coopération avec l’ensemble des forces politiques pour protéger la présidentielle de 2027.

    Et cette troisième dimension est nouvelle. Le mot important est « front commun ». Le trotskiste anti PCF Mélenchon est donc près au « recul » comme son vieux sur les libertés individuelles et publiques. C’est donc tout sauf une perspective contre la fascisation.

    Mélenchon semble désormais intégrer dans sa stratégie la possibilité qu’il lui faille, pour conquérir l’Élysée, disposer d’une relation politiquement praticable avec une partie du bloc central. Il prend d’ores et déjà un virage « cocardier » européiste opportuniste.

    S’il arrive au 2ème tour, il lui faudra obtenir une masse considérable de voix qui ne seront pas spontanément radicales. Il devra alors convaincre les atlantiques, n’ayant construit aucun rapport de classe et produit aucune conscience de classe :
    une partie de l’électorat socialiste ;
    une partie des écologistes ;
    une partie des classes moyennes ;
    une partie de l’électorat républicain modéré ;
    et probablement une partie de l’électorat du centre.

    Or son problème est précisément que son discours de rupture avec le « système », qui est pourtant très réformiste et très modéré par rapport au PCF. Il est juste construit pour mobiliser et épuisé la gauche au 1er tour et la livrer ensuite au Capital son 2ème tour.

    Mélenchon est d’ores et déjà engagé dans une stratégie d’élargissement du périmètre de sa légitimité présidentielle : après la NUPES, le NFP et le « front républicain », voici désormais le « front commun » contre les ingérences, jusqu’à l’affichage d’une solidarité avec Raphaël Glucksmann et les forces du centre. Le message est limpide : « Vous ne nous avez pas soutenus quand nous étions attaqués ; nous, nous vous soutenons maintenant. » C’est à la fois une main tendue et un rappel de dette. Surtout, cela installe Mélenchon dans la posture du candidat capable de dépasser ses intérêts électoraux immédiats au nom d’une règle commune, précisément pour devenir acceptable au-delà de son propre socle. Mais cette prétention à l’« anti-impérialisme » mérite d’être confrontée à ses choix réels : le 4 octobre 2023, il soutenait la position de Rabat sur le Sahara occidental, alignée sur celle de Washington et participant à la dynamique de rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv. Son appropriation opportuniste de la cause palestinienne pour les élections européennes de 2024 ne saurait davantage masquer l’absence de rapports politiques avec les forces progressistes israéliennes et palestiniennes. Alors que le bloc Washington-Tel-Aviv-Rabat se trouve aujourd’hui en opposition avec Madrid sur plusieurs de ces questions, Mélenchon risque d’être, s’il arrive en tête, politiquement plus à droite que Pedro Sánchez. Car son objectif n’est plus seulement de conquérir la gauche : il est désormais de devenir acceptable pour les forces qui lui permettront d’exercer le pouvoir. Et pour cela, il lui faudra faire ce que font tous les gouvernements confrontés au réel des rapports de force : rassurer le Capital, rassurer les institutions européennes, rassurer l’appareil d’État, rassurer l’OTAN et rassurer les marchés. Cela signifie qu’une fois la victoire acquise, il lui faudra se débarrasser de ce qui, à gauche, pourrait encore entraver cette liberté de manœuvre — à commencer par les communistes — pour disposer d’un espace politique entièrement dégagé. Le précédent de Mitterrand est ici éclairant : après avoir dénoncé le « coup d’État permanent » et promis la « rupture avec le capitalisme », il a accompagné l’intégration européenne et l’ancrage atlantique et il a opéré le tournant de la rigueur. Les rapports électoraux, institutionnels et économiques l’avaient finalement conduit à appliquer une politique du Capital contre le Travail. Mélenchon nous prépare-t-il à la même conversion ? Tout indique en tout cas que son pari présidentiel porte déjà en lui cette contradiction : conquérir le pouvoir au nom de la rupture pour pouvoir ensuite gouverner au nom de l’acceptabilité. Après Mitterrand, belote et rebelote. Marx disait que l’histoire se répète : une première fois comme tragédie, une seconde comme farce.

    Fraternellement,

    Réponse

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