Jeunesse du Monde est aussi sur YouTube : Notre chaîne

La production de ces contenus nécessite des ressources. Pour garantir notre indépendance et soutenir le financement de notre studio, vous pouvez participer à notre cagnotte.

Jean-Luc Mélenchon pour une « 6e République écologique et sociale »

par | Juin 10, 2026 | Actualités nationales | 0 commentaires

Mélenchon en meeting pour sa campagne présidentielle à Saint-Denis le 7 juin 2026

Ce dimanche 7 juin, place Victor-Hugo, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), s’est tenu le premier meeting de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, rassemblant au total 26 000 personnes. Une démonstration de force réussie dont les images inondent les réseaux sociaux. Et ça, LFI le sait puisque Mélenchon n’a pas manqué de marteler : « Sans contestation possible, la première force politique de la gauche et du changement, la voici. La primaire est finie. C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne et bienvenue à tous ceux qui veulent participer à la bataille pour la 6ᵉ République écologique et sociale. »  Une république écologique et sociale, dans laquelle Mélenchon promet planification écologique, partage des richesses, services publics, retraite à 60 ans, lutte contre le racisme, conquête pour le droit des femmes et bien d’autres victoires encore pour lesquelles la gauche entière ne cesse de batailler.

Regorgeant de déclarations rassurantes contrastant  avec les discours haineux portés par la grande majorité des autres candidats, cette intervention de Jean-Luc Mélenchon soulève néanmoins quelques questions, peut-être pas très importantes pour les bourgeois-bohèmes mais fondamentales pour les travailleurs.

Aux peuples qui résistent contre un envahisseur

C’est à eux que Jean-Luc Mélenchon dédie son discours, en faisant l’énumération suivante : « …je dédie notre rassemblement aux peuples qui résistent contre un envahisseur, en Ukraine, au Congo, à Cuba, en Iran et au Liban. Je dédie notre rassemblement au peuple palestinien invaincu, martyr d’une invasion et d’un génocide ». Est à saluer ici le courage de Jean-Luc Mélenchon, qui n’hésite pas à mettre un coup de pied dans la fourmilière en utilisant le mot génocide pour la Palestine, en se positionnant explicitement sur la question de l’Iran que tant de gauchistes redoutent, mais aussi en attirant l’attention sur des peuples dont les souffrances sont quasi totalement occultées par les médias, notamment le Congo et Cuba. Mais ce qui saute le plus aux yeux dans cette déclaration est d’emblée l’ouverture sur la mention de l’Ukraine, en tant que « peuple résistant contre un envahisseur ».  Ce choix traduit les orientations idéologiques de Mélenchon sur l’Europe de la guerre. En mettant en scène l’Ukraine comme victime d’une invasion comparable à celles dont sont victimes l’Iran et la Palestine, Mélenchon attribue implicitement à la Russie les ambitions impérialistes des USA. Il acte ainsi son adhésion au narratif selon lequel l’Europe serait menacée par la Russie et devrait se préparer à se « défendre » contre une invasion venue de l’Est. Cela contraste étrangement avec le reste de son discours où il rejette l’économie de guerre en Europe et plus particulièrement en France : « Nous refusons l’économie de guerre ! » mais aussi avec toute sa diatribe contre le « suprémacisme » porté par Trump aux USA (et en Europe) et par le RN en France, dont l’économie de guerre serait le modèle.

La question est maintenant : quand Mélenchon dit que son programme est celui de « l’avenir de la jeunesse », entend-il par là un avenir où les jeunes de France font la guerre à la Russie pour « défendre les intérêts de l’Europe » ? Compte-t-il porter la suite des discours européistes et belliqueux de la Macronie aujourd’hui ?

« Les traités européens sont obsolètes ! »

Encore une fois, Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à prendre le taureau par les cornes. Il s’attaque de front à l’Europe, en promettant de décréter « un moratoire sur toutes les directives contraires au mandat que nous aura donné notre peuple », par exemple en bloquant l’accès en France au statut de travailleurs détachés et pour toutes les importations agricoles traitées avec des produits interdits en France.  Des problèmes qu’on ne mentionne pratiquement plus tellement l’Union européenne s’est imposée comme structure supranationale, portée et soutenue par les bourgeois opportunistes de France et d’ailleurs. Mais Jean-Luc Mélenchon semble s’être lui aussi empêtré dans le « réalisme européiste (1) », puisque malgré sa lucidité sur les dangers de l’Union européenne, il appelle à voir dans  «  la crise de l’Union européenne une opportunité pour proposer enfin une Europe débarrassée des principes mortifères du libéralisme. » Pas d’appel à sortir de l’Union européenne, pas même une seule mention de l’Union européenne en tant qu’entité propre, Mélenchon amalgame délibérément Europe et Union européenne, ne laissant même pas place au questionnement sur la légitimité de l’existence de l’UE. Si on suppose maintenant que pour Jean-Luc Mélenchon, l’Europe c’est l’Union européenne, on est en droit de se demander comment La France insoumise compte débarrasser du libéralisme une structure pensée par et pour le libéralisme ?

Corse et Kanaky : même combat ?

Un des mots d’ordre les plus applaudis lors du discours de Mélenchon est celui appelant à l’autodétermination des peuples appliquée aux populations composant le territoire français actuel. Il affirme sans détours dans son discours que la Kanaki « ira vers l’indépendance », un espoir que toute personne ou organisation se réclamant de l’anticolonialisme partage sans réserves. Si toutefois cette affirmation fait l’unanimité, elle est précédée par une déclaration un peu plus clivante concernant la Corse. En effet, Jean-Luc Mélenchon met sur pied d’égalité la Kanaky et la Corse, insistant : « Nous accompagnerons spécifiquement la Corse vers l’autonomie étendue que demande ce peuple. » La question de l’autonomie de la Corse contribue directement aux objectifs de domination de l’Union européenne, qui a tout intérêt à diluer la République en son sein. Quelle meilleure manière pour cela que de la découper en petits morceaux digestes ? C’est d’abord la Corse qui sera « indépendante », puis ensuite viendront l’Alsace (2), la Bretagne, les Pays basques… Bon courage ensuite à ces territoires pour lutter contre le rouleau compresseur idéologique et économique de l’UE.

Au cœur de la lutte

Enfin, un des grands absents de ce discours, est le positionnement des travailleurs du bassin industriel au cœur de la lutte. Aucune mention particulière n’est faite pour les travailleurs de l’industrie ou sur les industries en général, alors même que nous assistons en temps réel au démantèlement prémédité et méticuleux de l’industrie française (3).

La désindustrialisation n’est pas une fatalité technique ou économique, mais une stratégie politique de classe visant à détruire les lieux où les travailleurs ont le plus de pouvoir collectif (4). Le démantèlement des industries a pour effet objectif de transformer les ouvriers en travailleurs isolés, précaires, où les conditions d’une lutte organisée deviennent beaucoup plus difficiles : aucun lieu fixe de rassemblement, turn-over permanent, sous-traitance en cascade, peur du chômage. En effet, c’est par l’organisation en entreprise que les travailleurs peuvent inverser le rapport de force dans le capitalisme, et plus particulièrement, c’est dans les grands établissements industriels que leur pouvoir de nuisance est maximal.

Toute stratégie de développement social qui ignore les travailleurs en entreprise est vouée à l’échec, car c’est précisément sur le lieu de production que se joue la répartition primaire des richesses (salaires, cadences, conditions de travail, durée du travail) et que s’exerce le rapport de force le plus direct avec le patronat et l’État. Sans une organisation solide dans les usines, entrepôts et services, les avancées sociales obtenues par d’autres moyens (lois, négociations de branche, pressions électorales) restent fragiles, réversibles ou sans application réelle, faute de pouvoir les faire respecter au quotidien et de sanctionner les employeurs récalcitrants. En outre, les travailleurs en entreprise sont les seuls à détenir l’arme stratégique de l’arrêt de la production, la grève. Ainsi, une politique qui ne part pas des réalités concrètes de l’atelier, qui ne forme pas de militants capables d’enquêter, d’organiser et de bloquer, et qui néglige la reconstruction de la lutte  en entreprise, se condamne à être tributaire des bonnes volontés patronales ou des alternances électorales.

Quel espoir pour 2027 ?

Malgré les divergences fondamentales avec La France insoumise, tant sur les objectifs que sur la méthode, il appartient aux forces progressistes de garder en mémoire l’enjeu réel de 2027 : dégager un espace politique et social permettant le retour en force des luttes ouvrières, démocratiques et antifascistes.

Pour cela, il est absolument indispensable de venir à bout du Rassemblement National dans lequel les nazis et les fascistes placent tous leurs espoirs, mais aussi de la Macronie et de ses sournois héritiers.

Indépendamment du résultat des urnes, néanmoins, la lutte devra continuer, puisque prétendre transformer la France sans briser le verrou de l’UE, de l’Euro et de l’OTAN est une illusion que les travailleurs ne peuvent plus se permettre. (5)


(1) Référence au “réalisme capitaliste”, notion développée par Mark Fisher pour décrire l’idéologie omniprésente selon laquelle le capitalisme est le seule système économique et politique viable, rendant impossible d’imaginer une alternative cohérente.

(2) À propos de l’Alsace : Arno, Séparation de l’Alsace de la région Grand Est, le projet européen est un danger pour les travailleurs français, Jeunesse du monde, 16 avril 2026. https://jeunessedumonde.fr/2026/04/16/separation-de-lalsace-de-la-region-grand-est-le-projet-europeen-est-un-danger-pour-les-travailleurs-francais/

(3) Gilliatt de Staërck, Suppressions de postes chez ArcelorMittal : quand l’Union européenne organise la disparition de l’emploi industriel en France, Jeunesse du monde, 22 Mai 2025. https://jeunessedumonde.fr/2025/05/22/suppressions-de-postes-chez-arcelormittal-quand-lunion-europeenne-organise-la-disparition-de-lemploi-industriel-en-france/

(4) Julian Mischi, Le parti des communistes : histoire du Parti communiste français, Paris, Libertalia, 2010.

(5) La position de l’OCF sur la candidature de Mélenchon : https://jeunessedumonde.fr/2026/05/04/jean-luc-melenchon-candidat/

Vous Souhaitez adhérer?

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Ces articles vous intéresseront