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Nouveau budget allemand : Idéologie allemande, structure nationaliste et militarisation

par | Mai 14, 2026 | International | 2 commentaires

L’Allemagne, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a été le lieu de cristallisation de la guerre froide. Un pays découpé en deux pour servir de différentes vitrines idéologiques pour les deux parties qui se font face. La RFA a été construite à grand coût d’investissement étranger dans des compagnies privées, la RDA par l’investissement soviétique dans les secteurs stratégiques avec l’organisation des travailleurs industriels. Depuis les années soixante, on nous vend en Occident « le modèle allemand », comme un exemple de réussite sociale et économique. Pourtant, ce modèle s’essouffle, avec de véritables problèmes structurels, notamment énergétiques. Ce « modèle allemand » dont on a continué de vanter les mérites tout au long des années 1990 et 2000, est en réalité faussé par sa phagocytation de la RDA et de son économie. Par exemple, le rail de la RDA a immédiatement été intégré, et donc privatisé, au système de la RFA. Cette « unification pacifique » n’est en réalité qu’une destruction du modèle de la RDA au profit du « modèle allemand » si performant ; qui ne représente que les intérêts des bourgeois de l’ex-RFA.

            Pourtant, la situation se dégrade, la natalité est au point mort (l’un des indicateurs de la qualité de vie), la crise énergétique les frappe de plein fouet depuis la guerre en Ukraine, et leur économie se dégrade de la même manière que dans le reste de l’Europe. Ce « modèle allemand » n’est en fait que de la poudre aux yeux, une formule tout à fait faite pour nous faire accepter les politiques néo-libérales les plus violentes, telles qu’elles ont été mises en place dans les années 2000 en Allemagne. Ainsi, ce « modèle allemand » si performant est en difficulté depuis la crise de 2008, et à l’agonie depuis la guerre en Ukraine. Malgré tout, le pays défait de la Seconde Guerre mondiale vote un budget de réarmement massif, qui est en train de dépasser celui de la France. Nous devons nous intéresser de plus près à ce nouveau budget, qui semble être l’expression de l’Union allemande, qui est historique, construite sur une politique militariste.

            En 2025, la CDU (parti union-démocrate-chrétien) gagne les élections législatives. Friedrich Merz est alors nommé chancelier, et remplace Olaf Sholz du parti social-démocrate (SPD). Cette coalition conservatrice à la solde des États-Unis est prête à défendre les intérêts d’Israël en accentuant la répression de l’expression de sa propre population, et sabote son économie par une politique d’austérité mais aussi une russophobie absurde qui écrase la population sous les dépenses de transport et d’énergie. L’économie du pays repose en grande partie sur l’industrie automobile, qui représente 19 % de son PIB, mais celle-ci est mise à mal depuis quelques années, notamment avec l’arrivée des Chinois sur le marché de l’automobile. Pour « relancer » son économie, le gouvernement allemand a voté en ce mois de mai un budget exceptionnel pour 2027. Celui-ci s’étend dans un plan financier jusqu’en 2029, qui prévoit des dépenses totales de 543,3 milliards d’euros, soit 3,6 % de plus que l’année précédente. Le projet prévoit un endettement total de 196,5 milliards d’euros, destiné notamment à renforcer les infrastructures et la défense. Tout ceci est accompagné d’une réforme des caisses publiques d’assurance maladie, avec notamment une baisse de 16,3 milliards d’euros par an sur les dépenses de santé, accompagné d’une réforme des retraites avant l’été. L’État allemand contracte une énorme dette, sur un déficit déjà grand, pour engager des réformes qui permettront de faire quelques maigres économies sur les secteurs les plus importants pour la population. La justification proposée est un classique réchauffé : les caisses d’assurance maladie afficheraient depuis plusieurs années une évolution inquiétante, avec un déficit, qui s’élevait à 6,57 milliards d’euros en 2024, devrait atteindre 12 milliards d’euros en 2026, en dépit d’une hausse des cotisations. Pour rappel, le PIB du pays s’élève à 5 100 milliards de dollars, quelques milliards d’économies ne résoudront rien, d’autant plus que des solutions sont facilement aménageables. Nous citons Le Monde, pour trouver une explication : « L’inquiétude des milieux économiques, en particulier, était vive au regard du renchérissement redouté du coût du travail.  La protection sociale est essentiellement financée par les cotisations sur les salaires, à parts égales entre le salarié et l’employeur. Or, les caisses d’assurance maladie affichent depuis plusieurs années une évolution inquiétante : le déficit, qui s’élevait à 6,57 milliards d’euros en 2024, devrait atteindre 12 milliards d’euros en 2026, en dépit d’une hausse des cotisations. » En somme, ce projet de budget veut détruire un peu plus les conditions matérielles et les acquis sociaux pour renforcer les intérêts de la bourgeoisie. Néanmoins, si l’objectif est de faire des économies, de rééquilibrer la balance budgétaire du pays, pourquoi réinvestir des centaines de milliards en accroissant le déficit ? La réponse se trouve dans le reste du budget : après les économies, les investissements.

            Au vu de la rhétorique classique qui a été servie pour justifier ce budget, je pense que les lecteurs et lectrices auront compris que l’objectif est d’investir dans des secteurs stratégiques, notamment l’armée. Le projet est loin d’être insignifiant avec des dépenses militaires qui devraient passer de 82,7 milliards en 2026 à 105,8 milliards d’euros pour 2027. Si l’on inclut les fonds alloués à l’Ukraine, les dépenses militaires devraient atteindre 144,9 milliards d’euros. Cette augmentation est d’autant plus significative par son accroissement rapide. Depuis les débuts du conflit en Ukraine, les gouvernements allemands ont trouvé le prétexte parfait pour augmenter leur budget militaire. Celui-ci était déjà passé à 50 milliards en 2023, en plus de toute l’aide fournie gracieusement aux gouvernements ukrainiens. Cependant, cette augmentation du budget militaire n’est pas une réaction à la guerre en Ukraine, mais avait commencé dès 2018, avec pour objectif de remplir 1,5 % du PIB d’ici 2025. Les hausses sont donc continues depuis plusieurs années. En outre, cette augmentation du budget militaire est accompagnée d’un fort investissement dans les infrastructures civiles, mais ne soyons pas naïfs. Une amélioration des infrastructures ferroviaires après une réduction du budget de santé n’est pas une politique de relance et de développement du pays. La guerre moderne, c’est-à-dire depuis le conflit franco-prussien de 1870, exige une très forte structure logistique pour le déplacement des troupes, du matériel, des munitions, des ravitaillements, etc. Avoir de bons équipements ne suffit pas, il faut des voies de logistique efficaces et résilientes. C’est pour cela que la stratégie de la guérilla est aussi efficace face à une grande armée, car elle permet de briser la structure d’une grande armée à moindre coût. L’investissement massif dans le rail est un moyen de renforcer l’ensemble de la logistique nationale tout en finançant directement un fort secteur privé. D’autant plus que les problèmes de logistique sont en partie responsables de la défaite allemande à l’est, ou plus récemment responsables du fiasco de l’opération militaire spéciale russe, qui s’est envenimé en une guerre de position interminable. Les conservateurs allemands n’ont pas soudainement compris l’importance d’une planification des secteurs stratégiques civils, mais ont un désir ardent d’agressivité. En témoigne cette nouvelle loi sur le service militaire : entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026, il est écrit, à l’article 3, que les hommes de 17 ans et plus qui souhaitent quitter le territoire pour une durée supérieure à trois mois doivent demander une autorisation préalable des forces armées allemandes. Un autre article précise que cette obligation ne concerne pas les hommes au-delà de 45 ans. Cette loi est certainement une réaction à la situation en Ukraine, où une grande partie de la population, ne voulant se battre dans cette guerre absurde, a fui le pays dans les premiers mois. L’Ukraine sans soldat recrute de force les prolétaires qui n’avaient pas les moyens de quitter le territoire.

            Ainsi, ce qui choque le plus est cet inquiétant silence médiatique et politique autour de ce réarmement allemand qui nous a déjà beaucoup coûté par le passé et qui est une conséquence de la censure de toute critique sur le conflit en Ukraine. Un seul narratif est fourni : les Russes sont les méchants, et ils vont nous envahir. Dans ce contexte, même de bonne foi, il est impossible d’écrire la moindre critique sur une préparation militaire qui semble légitime pour l’idéologie dominante. Comme si l’histoire allemande avait été miraculeusement lavée de toutes ses fautes, alors qu’il lui a déjà été interdit par deux fois de reconstituer son armée en l’espace d’un siècle. Le conflit en Ukraine traine depuis plus de quatre ans maintenant, mais la possibilité de voir des chars à Berlin rappelle de mauvais souvenirs aux élites allemandes. Il ne s’agit donc pas d’une angoisse absurde, ou d’un traumatisme que nous célébrons ce 8 mai 2026, mais d’une véritable stratégie qui s’inscrit dans une continuité historique de l’Allemagne. En cette période de commémoration, notre analyse de la situation doit s’accompagner d’une analyse de la singularité historique de l’Allemagne, un pays construit et justifié politiquement sur le ressentiment et l’agressivité militaire. 


             

Nous ne pourrons pas ici rentrer dans les détails, mais il est important de retenir que les intérêts des différentes élites (bourgeoisie et aristocratie) doivent être inclus dans une histoire, qui a nécessairement un impact sur la construction des systèmes politiques. J’en tiens pour preuve la diversité de systèmes politiques en Europe avant l’époque industrielle, malgré un même système de production basé sur de la propriété foncière et le servage. La Révolution française, par exemple, est une révolution populaire, et donc bourgeoise puisque c’est elle qui a dirigé l’insurrection contre la classe dominante aristocratique. Il s’agit d’un progrès, mais qui a amené les bourgeois à chercher le mode d’organisation qui correspondait le mieux à leurs intérêts. C’est ainsi qu’il y a eu d’abord l’envie de créer une fédération, puis le centralisme jacobin a pris le dessus, ensuite la « terreur » a été mise en place, supplantée par le Directoire pour finir sur le Consulat par le triumvirat de Napoléon, Sieyès et Ducos. Ainsi, il ne faut pas confondre la critique d’un système politique, en tant que résultat de l’évolution historique et économique d’une situation géographique donnée, avec la critique d’un peuple ou d’une culture, ce qui constituerait une faute grave. Une multitude d’organisations politiques sont possibles, mais avec toujours le poids de l’histoire dans l’orientation de sa construction pour répondre au mieux aux intérêts des classes dominantes, ou aux victoires de la lutte des classes d’un territoire donné. Dans ce cadre, l’histoire de l’Allemagne, en tant qu’entité politique, est très intéressante, parce qu’elle mélange à la fois ethnie, culture et structuration autoritaire.

            Si nous procédons à une comparaison rapide, l’Allemagne et la France s’opposent dans leur construction historique. Après la construction de l’empire de Charlemagne, les peuples germains ont continué de s’organiser selon un modèle régional et impérial jusqu’à la création du Saint Empire romain germanique par Otton Iᵉʳ en 962. La France quant à elle s’est structurée autour du bassin parisien par un centralisme monarchique, puis national, à partir de Hugues Capet à la même période, presque comme une réponse à Otton. Le territoire français était rempli de cultures, langues, ethnies différentes qui se sont progressivement regroupées, par intérêt ou par conquête, autour de ce qui deviendra le royaume de France. Ainsi, toute théorie raciste française est d’une stupidité sans nom, tant la France est diverse depuis des siècles ; non sans mal puisque c’est par la conquête que les Vikings se sont installés en Normandie, et par la croisade que le Sud-Ouest a été mâté.

Mais revenons sur l’Allemagne, qui s’est construite selon un modèle impérial, dans le sens féodal du terme. Le terme « empire » est souvent associé à une structure centralisée qui délègue les tâches administratives à des institutions régionales autoritaires. Pendant la féodalité, une telle structure n’était pas évidente, puisque l’économie était organisée autour de la propriété foncière des seigneurs. Dans ce cadre, l’empereur était élu, selon les anciennes lois germaniques, et devait représenter le pouvoir et la justice auprès des autres seigneurs. Il est en charge de la direction, mais il ne contrôle pas l’état ; notion qui n’était pas encore parfaitement structurée au temps du Moyen Âge. C’est ainsi que le Saint-Empire romain germanique s’est construit sur le regroupement gigantesque de territoires aux administrations, organisations politiques et lois bien différentes. Au moment le plus fort de l’empire, celui-ci était multiethnique, les Slaves tchèques de Bohême en faisaient autant partie que les Bourguignons et les Lyonnais, ou les Italiens du Nord. Toutefois, l’empire est une structure centralisée et organisée par une majorité d’ethnie germanique. La structure, devenue trop grande avec de trop fortes attaques internes et externes, sera mise à mal par les nombreuses guerres avec la France, la plus violente étant la guerre de Trente Ans qui ravagea l’entièreté de son territoire pendant des dizaines d’années au début du XVIIᵉ siècle. Napoléon donna le coup de grâce un siècle plus tard en proclamant la fin du Saint-Empire germanique, et en signant la création d’un ensemble de plus petits États.

Cette défaite marque le début d’une affirmation de l’idéologie germanique, c’est-à-dire la volonté de regrouper tous les territoires ethniquement germaniques sous une seule et même entité politique. C’est bien en réaction à cette destruction du Saint Empire romain germanique que s’est constituée l’idéologie pangermanique allemande. Rappelons aussi que c’est par la structuration de la bourgeoisie nationale et sa prise du pouvoir dans l’ensemble des pays d’Europe que s’est construite l’idéologie nationaliste. L’idéologie germanique est donc la volonté de construire un État, qui n’avait jamais existé, et qui regrouperait toutes les populations germaines. C’est alors que le neveu de Bonaparte, Napoléon III, lui-même devenu empereur de France, va lancer une guerre stupide contre la Prusse en 1870. Celle-ci, sous l’impulsion prussienne de Bismarck, va unir les territoires germains contre la France. La défaite militaire française signe alors la naissance du « Second Reich », c’est-à-dire l’Empire allemand. Pour autant, les particularismes politiques cultivés par les différents territoires restent extrêmement forts, et ne sont pas dépassés par cette nouvelle entité politique. L’Empire allemand s’est donc constitué par les armes pour répondre aux enjeux nationalistes du XIXᵉ siècle sur un territoire historiquement fédéraliste.

Bien entendu, le nationalisme idéologique cache et sert des intérêts ouvertement impérialistes. La Première Guerre mondiale est donc le résultat d’une concentration des capitaux dans des territoires nationaux qui n’avaient plus de débouchés pour s’exporter. Le marché national des différents belligérants de la Grande Guerre affronte le marché adversaire pour le conquérir. De fait, l’empire allemand en cinquante ans d’existence ne s’est structuré que par l’impulsion militaire du nationalisme, à l’origine de sa formation. En somme, les particularismes politiques régionaux, hérités des différents royaumes du Saint Empire romain germanique, viennent entrer en contradiction avec les intérêts nationaux. La structure a donc besoin d’une guerre extérieure pour se construire. La défaite inattendue de la Grande Guerre vient justement ébranler ce système et offrir aux communistes la possibilité d’une offensive sans pareille. La jeune constitution de Weimar, construite avec le sang des insurgés communistes par l’alliance des sociaux-démocrates avec la bourgeoisie, sera fortement bousculée. En effet, le nationalisme de l’empire peut permettre de dépasser la fédération grâce à la présence centrale de l’empereur. Or, cette jeune démocratie libérale peine à s’imposer dans un territoire récemment unifié et en proie à de violents combats idéologiques dus à sa multitude d’histoires politiques. Le pouvoir central en la personne du président conservateur Hindenburg, allié au centriste Von Papen, tente de garder le contrôle du pays en abusant de ses pouvoirs présidentiels malgré la minorité de son camp et de celui de son allié au parlement. Mais dans les années trente, le nationalisme allemand ne tient plus tout seul, et la bourgeoisie vacille. Pour maintenir l’Allemagne sur pied, Hindenburg et Von Papen s’allient aux nazis dans l’espoir de garder le contrôle du pays.

            L’Allemagne, en tant que structure politique, est alors sauvée par la violence militariste. Tout d’abord, les nazis se débarrassent de toutes les forces internationalistes. La république de Weimar ainsi que la dictature nazie sont rarement commentées comme des périodes de guerre civile, alors que cette période en possède une partie des caractéristiques. Les combats entre communistes et nationalistes sont constants et font des centaines de morts tout au long de cette période par des affrontements réguliers. D’autant plus que certaines régions étaient plus favorables à une idéologie qu’à une autre. Les tensions internes sont omniprésentes, et les nazis vont se servir de l’incendie du Reichstag en 1933 pour lancer leur offensive nationale grâce à leur milice paramilitaire. Ils vont tout d’abord reprendre le contrôle sur le territoire en associant la police, l’armée et les SS contre les SA et l’ensemble des groupes d’autodéfense marxiste. L’opposition politique est mâtée en quelques années, et les premiers camps de concentration sont ouverts pour se débarrasser de l’opposition marxiste et du camp internationaliste. Selon ce prisme d’analyse de l’histoire allemande, il est intéressant de comprendre l’obsession nazie sous le prisme du nationalisme ethnique. Les Juifs étant un peuple sédentaire mais historiquement présenté comme apatride, c’est-à-dire un corps extérieur à la communauté d’abord chrétienne puis nationale, ils se sont eux-mêmes structurés à l’échelle internationale. Les différentes communautés sont alors en contact les unes avec les autres via les routes commerciales. Cette forte structure de la population juive au sein de l’Europe est un problème pour tout nationalisme, mais d’autant plus pour un nationalisme sur des bases ethniques. Ainsi, les nazis justifient l’État allemand par la radicalité de leur positionnement ethnique, avec l’exclusion des juifs par la construction de leur théorie raciste. L’Allemagne des années trente se renforce dans un premier temps par un conflit interne, une militarisation de la société réorientée vers l’extérieur.

            Avant cela, les nazis ont dû constituer un arsenal militaire d’ampleur. L’objectif final était l’URSS : État « judéo-bolchévique » et donc représentante mondiale de ce que Hitler appelle dans son testament « la juiverie internationale » ; en somme l’ennemi désigné. Pour ce faire, le capitalisme mondialisé s’est précipité en Allemagne pour faire des affaires avec les fascistes allemands, qui ont si bien réussi à détruire dans le même temps les communistes et les syndicalistes les mieux organisés d’Europe. Grâce à ces investissements internationaux, les nazis font tourner à plein régime le complexe industrialo-militaire qui se développe à très grande vitesse. C’est alors qu’est lancé l’Anschluss, après 5 longues années d’oppression : l’Allemagne envahit l’Autriche. Quoi de plus normal pour un pays construit sur l’ethnie germanique que d’accomplir une union complète de tous les peuples de cette même culture et de même « race » d’après leur esprit malade. C’est ensuite au tour de la Tchéquie, puis de la Pologne, ce qui déclencha le début de la seconde grande guerre que nous connaissons tous.

            En cette période de célébration d’une victoire internationale contre le fascisme, nous ne pouvons pas écrire ces lignes sans évoquer notre admiration, notre respect et notre tristesse pour le sacrifice de tous ces jeunes, tous ces parents, tous ces vieux, qui ont donné leur vie dans la lutte contre la barbarie du fascisme. Pour tous les combattants de la liberté, pour tous les partisans, et par-dessus tout pour le sacrifice immense de l’URSS qui, malgré l’apocalypse qui s’est abattue sur elle, a réussi à tenir et renverser les nazis. Le fascisme défait, l’Allemagne n’existait de nouveau plus. La guerre froide a alors servi de remplacement à la structure nationale puisque ce territoire, et notamment la capitale Berlin, a été la cristallisation de la rivalité idéologique entre l’est et l’ouest. Au vu du partage territorial allemand, notamment à l’Ouest, où celui-ci a été découpé en trois parties (entre la France, l’Angleterre et les États-Unis), l’idéologie nationaliste allemande a été mise à mal. Ce n’est qu’avec la chute du mur, et l’épisode de la « réunification » allemande qu’elle s’est régénérée.


Nous le disions, la « réunification » s’est faite non sans mal. Il s’agit de l’absorption pure et simple de l’Allemagne de l’Est par l’Ouest. Deux États entièrement distincts par leur évolution politique, économique et sociale, ont été réunis de force. Les secteurs stratégiques privatisés, les usines récupérées puis délocalisées jusqu’à obtenir le taux de chômage que nous connaissons aujourd’hui pour les territoires de l’ex-RDA. Ce système présenté comme affreux a été pillé. Certaines statistiques allemandes, par la délimitation qu’elles font entre l’ouest et l’est, reprennent les frontières historiques de la RFA et de la RDA, ce qui nous démontre la violence sociale et politique de cette réunification. L’Allemagne régénérée, son idéologie politique est remise sur pied pour servir le capitalisme européen et atlantiste. Elle alimente le conflit en Ukraine pour ses propres intérêts sur les territoires de l’est. L’Empire allemand s’étant constitué trop tardivement au XIXe siècle, n’a pas pu constituer d’empire coloniale aussi fort que les bourgeois français et anglais. Les allemands se sont alors rabattus sur les territoires anciennement rivaux de l’est, qui subissaient un fort retard de développement. Le retour de l’Allemagne constitue donc un retour de cette politique d’accaparement économique de l’Est. Enfin, l’Allemagne a suivi toutes les guerres de l’OTAN et affiche un soutien inébranlable pour Israël dans la colonisation et le génocide des palestiniens. Cela ne doit être une surprise pour personne : les bourgeois n’ont plus de nation, ils n’ont que des intérêts internationaux communs. Israël fait partie de ces centres d’intérêts, et l’idéologie allemande étant à la fois une idéologie militaire et bourgeoise, elle soutient toute politique impérialiste mise en place par le camp atlantiste.

            Ainsi, cette augmentation rapide du budget militaire allemand doit nous inquiéter au plus haut point. La bourgeoisie de cet état a décidé d’arrêter d’être une simple suiveuse des opérations militaires pour devenir la chef de file de l’Europe militaire, bien que toujours au service des intérêts atlantistes. Les problèmes énergétiques de l’Allemagne auraient dû accélérer un processus de paix en Ukraine pour un retour des hydrocarbures russes, mais le pays se sabote en continuant une guerre qui ne lui sert pas et qui continue d’envoyer à la morgue des milliers de jeunes russes et ukrainiens. En bref, l’idéologie allemande, en tant que projet politique et économique d’unification des peuples germains, est un danger qu’il ne faut pas négliger dans la crise que traverse le capitalisme. Le 8 mai est certes la défaite de l’Allemagne nazie, mais nous devons affirmer toute notre fraternité avec le peuple allemand. En effet, l’objectif de cet article est de démontrer la manipulation militariste de la structure politique allemande qui efface les particularismes culturels, historiques et politiques de chaque région de ce territoire. Les allemands sont les premières victimes de cette histoire de la construction allemande qui détruit tous les particularismes politiques et historique qui se sont construit sur des centaines d’années. La bataille pour l’internationalisme est encore très longue, mais seul ce repère idéologique parviendra à résoudre l’ensemble des problématiques évoquées dans cet article, car lui seul permettra l’éclosion de l’entente entre tous les peuples. N’oublions pas, dans son poème « l’affiche rouge », ce que Aragon rapporte de la dernière lettre de Manoukian : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand. ».

Arno – JDM

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2 Commentaires

  1. Jules Mondoloni

     » « modèle allemand » si performant ; qui ne représente que les intérêts des bourgeois de l’ex-RFA.  »
    et les intérêts combinés des capitalistes « atlantistes » et des nazis qui n’y ont jamais quitté le pouvoir !

    Réponse
  2. GHERARDI épouse LEONARD

    REFLEXION:

    Le procès d’Eichmann a mis en lumière des vérités dérangeantes. Eichmann était, un homme ordinaire, un ami, un mari et un père dévoué. Dans le rouage de la machine nazie un bureaucrate débordant d’ambition un conformiste obéissant à l’autorité quoi qu’il en coute.

    Aujourd’hui la plupart des gens sont conformistes, une fois qu’un certain nombre d’idéologues s’imposent dans la société le troupeau ne fait plus que suivre. »

    «Benoît XVI. « La voix discrète de la conscience est étouffée par les cris de la foule. Le mal tire sa force de l’indécision et du souci du regard des autres. »

    L’écrivain Aleksandr Soljenitsyne a fait remarquer que la frontière entre le bien et le mal traverse le cœur de chaque être humain. Il se peut toutefois que les alliés les plus fidèles du mal ne soient pas la haine ou la malveillance, mais la faiblesse, la peur et le conformisme – ces forces silencieuses auxquelles les autorités ont recours pour imposer l’obéissance.

    MARTINIQUE le 24.05.26

    Réponse

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