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Santé et militarisation

par | Avr 4, 2026 | Vie locale | 1 commentaire

Texte prononcé le vendredi 3 avril 2026, à Limoges, dans le cadre de la campagne nationale de l’OCF à l’occasion de l’anniversaire de l’OTAN.

Pourquoi combattre l’OTAN ?

Pourquoi est-ce qu’on combattrait ce qui, sur les chaînes de télé mainstream et dans les médias bourgeois, est censé nous protéger ? Cette soi-disant alliance défensive qu’est l’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, devrait donc nous protéger. Nous protéger du risque maintenant de plus en plus proche de guerre nucléaire entre les « démocraties » et les « dictatures ».

En réalité, nous devons combattre l’OTAN car, sous couvert de défense, c’est une organisation au service de l’impérialisme occidental, et plus particulièrement de l’hégémonie américaine. Elle a été créée en 1949, sous la direction des États-Unis, et la sert très fidèlement, comme nous le montre le secrétaire général Mark Rutte en appelant Trump « Daddy » (25/06/2025).

Et depuis, les États-Unis ne cessent de pratiquer une ingérence massive dans les affaires des autres pays pour les dominer économiquement, politiquement, militairement et idéologiquement, que ce soit par le chantage à la dette, les exportations massives de marchandises aux droits de douanes importants, l’établissement de bases militaires à l’étranger, etc.

Les États-Unis profitent de cette alliance, qui est en réalité ultra-belliciste, pour se garantir l’exclusivité sur le droit à attaquer les autres pays : eux n’ont pas le droit de contre-attaquer.

Et le pire dans tout ça, c’est que ça ne bénéficie même pas aux états-uniens ! Sous prétexte d’assurer la puissance des États-Unis, en réalité c’est la grande bourgeoisie internationalisée qui en tire profit. Parce qu’avec l’expansionnisme que permet l’OTAN vient forcément la militarisation de l’économie. Et cette transformation de l’économie est possible, non seulement grâce à l’exploitation des ressources d’autres pays victimes de l’impérialisme, mais aussi, au sein même des pays impérialistes, par les impôts élevés, l’inflation, l’augmentation du coût de la vie et du prix des logements, la diminution de la part du budget de l’État accordée aux services publics et aux dépenses sociales, par la domination des petites entreprises et petits commerces par les monopoles capitalistes et financiers, par la diminution des salaires réels des travailleurs, par l’augmentation du taux de chômage avec le ralentissement des secteurs industriels, agricoles et de consommation, et par les petits agriculteurs qui peinent à vendre leurs produits et sont coulés par les monopoles du secteur agricole.

Et nous avons même la chance d’avoir un exemple local. Parce qu’ici à Limoges, nous avons l’entreprise Arquus, une entreprise française de défense spécialisée dans les véhicules militaires à roues, historiquement issue de Renault (Trucks Defense). Elle a d’ailleurs été rachetée, soit dit en passant, en 2024, par un groupe industriel belge contrôlé majoritairement par l’homme d’affaires français Bernard Serin. Et cette entreprise pèse dans le game : elle produit environ 90 % des véhicules à roues de l’armée de Terre. De 2020 à 2023, il y a plus de 8,5 millions d’euros qui ont été investis sur le site de Limoges. Mais bon, ce n’est qu’une faible part dans l’énorme enveloppe de 413 milliards d’euros prévus pour les Armées (loi de programmation 2024-2030). On pourrait d’ailleurs facilement se demander où va l’argent, parce que derrière la com’ sur « l’économie de guerre », la réalité c’est que notre armée est incapable de soutenir dans la durée les aventures impérialistes de Paris, avec notamment des délais de livraison de missiles neufs qui atteignent deux ans.

Tandis que s’opèrent ces coups de com’ qui ne bernent personne, on diminue la part du budget de l’État accordée aux services publics et aux dépenses sociales. Mais en fait, on nous vole notre argent ! La valeur de ce que nous produisons est captée par l’État bourgeois pour être redirigé vers l’industrie militaire. Il serait légitime de se demander si ça sert nos intérêts. Sans surprise, non.

Ça sert aux profits de la grande bourgeoisie internationalisée, qui est nourrie aux subventions et à l’argent public. L’objectif est vieux comme Hérode, mais fonctionne toujours : rentabiliser du capital et tirer profit de l’exploitation des travailleurs. Alors que nous nous sommes battus pour créer le régime général de la Sécurité Sociale de la santé, que les caisses de cotisation ont été instaurées par les travailleurs eux-mêmes, et gérées majoritairement par eux, l’État bourgeois s’est peu à peu réapproprié le financement de la Sécu pour l’endetter et transformer sa dette en un instrument financier, acheté par des fonds d’investissement, des compagnies d’assurances, des banques privées, qui en récupèrent les intérêts financiers. On nous ment à longueurs de journées, pour nous faire croire que la sécu est déficitaire et qu’il faut diminuer la dépense publique, tandis qu’il faudrait investir dans le secteur militaire pour nous protéger du danger que l’OTAN lui-même a créé.

Il y a donc tout un narratif issu de l’idéologie bourgeoise qu’on nous sert sur un plateau pour nous faire accepter que notre argent, l’argent public, est utilisé pour engraisser le complexe militaro-industriel. L’idée c’est qu’on diminuerait le budget de nos soins, pour aller soigner ailleurs. Ça paraît bien sur le papier, mais en réalité ça passe notamment par les ONG humanitaires, qui servent de vitrine à l’impérialisme. Par exemple : le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Son budget annuel dépasse les 2 milliards d’euros, et il est financé massivement par les États membres de l’OTAN (États-Unis, Allemagne, France) et la Commission européenne. Il intervient entre autres à Gaza et en Ukraine, où ces mêmes pays alimentent les conflits et tirent profit de la vente des armes. Il faudrait donc qu’on accepte de fermer nos urgences, pour que ces grands pays de l’OTAN puissent montrer patte blanche en envoyant les ONG soigner les millions de victimes des conflits armés (quand ils ne les en empêchent pas), histoire de surtout ne jamais remettre en question les causes structurelles de ces conflits.

La pilule est d’autant plus difficile à avaler que, en plus de nous faire accepter la mort de millions d’êtres humains, de risquer nos vies dans un conflit ouvert, de risquer aussi nos vies à cause du manque de soignants ou de soins de mauvaise qualité, la course à l’armement permet aussi de poursuivre la guerre sociale en Europe. Il faudrait se serrer la ceinture, et accepter les économies sur l’hôpital public, sur l’éducation, sur les allocations chômage, sur les retraites pour faire front face à l’ennemi. Car il y a toujours un ennemi, nouveau ou recyclé, en tous cas il permet de justifier un état d’urgence permanent, fascisant et liberticide. Comme le rappelle Pierre Rimbert dans Le Monde Diplomatique, « pour transmuter l’or de la protection sociale en plomb et en canons, il convient que l’angoisse de la guerre dépasse le mécontentement populaire ».  Au nom de l’effort de guerre, on oublie la lutte des classes. L’idée, vous l’aurez compris, est de rendre la force de travail plus facilement exploitable.

Mais évidemment, entre guerre et santé, on ne peut pas vraiment choisir. Enfin, les capitalistes ne peuvent pas vraiment choisir de sacrifier entièrement le système de santé au profit de l’industrie militaire.  Il est important de rappeler qu’une des raisons pour lesquelles l’État a accepté la création du régime général de la sécurité sociale était de garantir la reproduction de la force de travail, à savoir que les travailleurs soient en assez bon état pour aller travailler aux usines et dans les champs. C’est après la Première Guerre mondiale que la création d’assurances sociales par l’État, qui seront fusionnées dans le régime général en 46, devient nécessaire tant les corps sont abimés et handicapés. Même si aujourd’hui le soin a une fonction qui est devenue plus large que de rabibocher les corps pour qu’ils puissent aller travailler, et qu’il permet même de rentabiliser du capital comme on l’a vu, il n’empêche que la bourgeoisie a toujours besoin de maintenir un minimum la santé à flots, pour que nous puissions toujours servir, autant de chair à patrons que de chair à canons.

Et quelque part, même si, comme je le disais, aujourd’hui le soin a une plus large mission que de servir les profits de la bourgeoisie, une partie des soignants est complètement imbibée de cette idéologie bourgeoise, et y adhère, et cela, au-delà même de leurs opinions politiques. Souvenons-nous lors des mobilisations des gilets jaunes, et peut-être même avant, comment des soignants avaient facilité l’arrestation de manifestants, en donnant leurs affaires personnelles avant même qu’ils/elles soient conscients. Quelle dénonciation y avait-il des répressions policières, qui ont été à ce titre de véritables terrain d’entraînement militaire, comme à Lille lors des émeutes en soutien à Nahel, où les forces de l’ordre ont sorti notamment des véhicules blindés, déployés pour la première fois dans des opérations de maintien de l’ordre urbain avec un arsenal prévu les opérations extérieures, quelle dénonciation donc, des travailleurs hospitaliers qui voyaient défiler les blessés sous les coups de la police ? Et les pompiers qui ont obéi à l’ordre pourtant illégal des forces de l’ordre de ne pas secourir les manifestants des méga bassines à Sainte-Soline, pendant qu’ils continuaient à les charger ?

Une personne blessée lors de la répression des Gilets jaunes à Paris, le 15 décembre 2018 | CHRISTOPHE ARCHAMBAULT, AFP

Bien sûr et heureusement, les travailleurs du soin ne sont pas tous acquis à la cause de l’impérialisme. Beaucoup résistent, continuent à soigner sans distinction, refusent de collaborer avec l’appareil répressif. Rappelons-nous de Farida, cette infirmière de 52 ans qui manifestait en juin 2020, à Paris, pour réclamer plus de moyens pour l’hôpital public, et qui a été violemment interpellée par la police. Elle réclamait sa Ventoline pour son asthme, et a fini le visage en sang, tirée par les cheveux. Et il y a ceux qui, par soumission à l’autorité ou par adhésion à l’idéologie sécuritaire, deviennent les rouages d’une médecine de contrôle. L’État bourgeois joue sur cette division. Il instrumentalise les soignants pour mieux réprimer les mouvements sociaux, tout en les privant des moyens nécessaires pour soigner dignement. Là aussi, la logique est vieille comme Hérode, diviser les travailleurs, diviser la classe ouvrière, pour mieux régner.

Finalement, et je conclurai là-dessus, nous savons très bien que, pour être tranquilles, les capitalistes n’ont qu’à nous diviser, et nous raconter des histoires. Pour nous faire accepter, entre autres, le désinvestissement de notre argent dans les services publics, la privatisation du soin qui va avec, la précarisation grandissante, et la mort de millions de prolétaires de tous les pays, on nous berce une jolie mélodie à l’oreille et on nous monte les uns contre les autres. Alors, plutôt que de courir après des ennemis fantômes inventés par l’OTAN, rappelons-nous ce que disait Karl Liebknecht : l’ennemi principal est dans notre propre pays. C’est ici, dans nos usines d’armement, dans nos ministères, dans nos conseils d’administration, que se prennent les décisions qui nous envoient à la guerre et qui vident nos hôpitaux. Notre devoir, c’est de sortir de l’OTAN, de l’UE et de tous leurs relais et c’est la condition principale pour que l’argent public serve enfin à soigner, à loger, à former, et non plus à tuer. L’ennemi n’est pas à l’Est. Il n’est pas au Sud. Il est dans la bourgeoisie qui nous gouverne et qui nous prépare à la guerre pour sauver ses profits. À nous de la désigner, de la combattre, et de construire la paix par la lutte des classes.

Joanna – Secrétaire de la section de Limoges de l’OCF

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1 Commentaire

  1. GHERARDI épouse LEONARD

    L’histoire se répète: La fin de l’Empire en Romain, le territoire subit de fortes disparités. La méfiance entre administrateurs achève sa fragile unité. Le trésor, alimenté par les butins militaires et le commerce, devient menacé. L’entretien d’une armée , des infrastructures et une hausse brutale de l’inflation. La bureaucratie incapable d’assurer la gestion. A cela s’ajoute la corruption des élites et des magistrats aggrave sensiblement la situation.Chantage, fraude, arrangements financiers et extorsions de fonds gangrènent le sommet de la pyramide administrative. Vautrés dans la débauche, le luxe et la paresse, les Romains causent leur propre perte.
    La faute aux migrants, souhaitant intégrer et jouir d’un niveau de vie élevé, de la sécurité des institutions, du confort. D’autres veulent échapper aux désordres climatiques, à la guerre.
    La faute aux Chrétiens, Néron, qui les accusa d’avoir incendié Rome.

    Envisageons autre chose.

    « Le libéralisme est une doctrine qui s’incline devant la réalité au lieu de s’entêter à faire plier la réalité » ALBERT EINSTEIN En 1947, Einstein écrivait : « Je crois de tout mon cœur que le système mondial actuel » ne mènera qu’à « la barbarie, la guerre et l’inhumanité et que seul le droit international peut garantir le progrès vers une humanité civilisée et pacifique. » Il en vint à la conclusion que la gravité de la situation exigeait des mesures plus radicales et que l’établissement d’un « gouvernement mondial » était la seule solution logique.

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