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113ème anniversaire de José Martí (1853 – 1895)

par | Jan 28, 2026 | Histoire, Mémoire et Culture | 0 commentaires

Depuis 2016, la sépulture de José Martí se trouve à quelques mètres de celle de Fidel Castro, qui revendiqua dès le début de la Révolution Cubaine l’héritage de cet illustre prédécesseur. De petits malins trouvent sans doute à ricaner de ce rapprochement. Pensez-vous : il n’est pas gêné, le guerillero marxiste-léniniste (les plus convenus d’entre eux ajoutent : dictateur), d’invoquer la pensée de ce pauvre José ; attiré par les idées socialistes, peut-être, mais qui sut rester attaché au libéralisme politique et, surtout, eut le bon goût d’envisager une conception du socialisme indépendante des versions européennes et en particulier du socialisme scientifique. Soyons charitables et mettons ces appréciations au compte d’un contact pas encore pris avec le matérialisme historique le plus élémentaire. Dans la seconde moitié du 19e siècle, les idéaux humanistes et progressistes de la bourgeoisie révolutionnaire européenne sont à ramasser par terre : elle les a allègrement piétinés.

Et c’est ce que font de nombreux intellectuels latino-américains. Le souvenir d’un Simon Bolivar est encore vivace, et bien évidemment celui de la Révolution haïtienne ; deux repères qui ont en commun d’avoir pris au sérieux et jusqu’au bout les promesses de la Déclaration des Droits de l’Homme. José Martí est de ces intellectuels qui pensent, écrivent et animent le bouillonement patriotique qui agite le Mexique, Cuba, le Venezuela et les cercles d’éxilés à New York.

Après diverses pérégrinations, Martí finit enfin par prendre les armes sur son île natale qui s’est soulevée contre la domination espagnole. Il meurt lors de sa première bataille. Le genre de destin tragique qui fait les légendes ? Peut-être, mais il ne fait pas de doute que Martí se distingua bien de son vivant, par sa pensée remarquablement moderne et son impressionnante évolution. Né de parents espagnols, José Martí embrasse néanmoins très tôt la cause indépendantiste cubaine. C’est d’ailleurs pris en flagrant délit d’anti-colonialisme qu’il se retrouve éxilé en Espagne.

Dans ses jeunes années, il croit aux vertus du libéralisme tout en comprenant que le colonialisme est une entrave incontournable au développement – que l’on appelle progrès à l’époque. Ayant grandi dans une île essentiellement agricole, sa pensée économique s’intéresse prioritairement à la question de l’agriculture ; cette île étant celle de Cuba au XIXe siècle, il sait bien le désastre social et la brutalité que représente le système latifundaire et de mono-culture. Ainsi, bien que sa conception de la richesse nationale soit encore empreinte de celle des physiocrates, il penche résolument pour une réforme agraire, pour la répartition égale entre les paysans.

Ses déplacements forcés vont amener sa pensée à évoluer radicalement. En Espagne, d’abord, il se trouve en contact avec le mouvement ouvrier, qu’il soit de tendance socialiste ou anarchiste. Mais surtout, son séjour à New-York lui fait constater la réalité concrète du capitalisme, l’accumulation de misère à un pôle de la société et d’opulence à l’autre pôle. Il comprend du même coup le résultat prévisible d’une réforme agraire qui serait laissée aux mécanismes du libéralisme économique – une intuition qui n’est pas sans rappeler la collectivisation soviétique. Il en vient à la conclusion que cette réforme agraire devra s’accompagner d’une nationalisation de la terre, ensuite prêtée par la collectivité à ceux qui la travaillent. Plus étonnant, Martí entrevoit l’ampleur de la brutalité à venir de l’impérialisme nord-américain – qui n’en est certes pas à ses balbutiements, la doctrine Monroe date de 1824. Pour prémunir les futures indépendances d’une prédation plus que confirmée depuis, il avance que nationaliser la terre ne suffira pas et qu’il faudra nationaliser les chemins de fer et le télégraphe – les « monopoles publics naturels » comme on disait à l’époque.

Bien sûr, cette surprenante trajectoire intellectuelle ne le mènera pas jusqu’au socialisme scientifique et la dictature du prolétariat. On peut raisonnablement penser néanmoins que son attachement à l’idée d’émancipation et l’attention qu’il portait aux effets réels des systèmes économiques – disons, un peu facétieusement, à la logique spéciale de l’objet spécial – l’auraient encore plus radicalisé vers le socialisme s’il n’avait pas été fauché à l’âge de 42 ans. Étant données les conditions de son époque et géographiques, Martí avait atteint le maximum de radicalité possible ; les castristes ont su prolonger la ligne déjà tracée: « patria o muerte », c’est l’héritage de Martí, « socialismo o morir », son accomplissement.

Hubbard

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