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La grève des médecins nous concerne-t-elle ?

par | Jan 20, 2026 | Luttes | 0 commentaires

C’est un spectacle surprenant de les voir arpenter les rues, pancartes à la main, clamant leurs revendications. Et pourtant, les médecins libéraux, à l’appel de plusieurs syndicats, ont organisé un mouvement de grève du 5 au 15 janvier 2026.

Ont-ils lancé une intersyndicale plus large avec d’autres travailleurs du soin ?

Réclamaient-ils une augmentation des effectifs de tous les corps médicaux et paramédicaux ?

Étaient-ils prêts à organiser des blocages tant qu’un plan de réouverture des urgences n’aura pas été proposé ?

Non, leur grève s’est organisée au sein de leur corporation, et concernait des points du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS) et de la loi anti-fraude sociale ne touchant que leurs pratiques (1). Ils se sont notamment prononcés contre :

  1. Les quotas d’arrêts de travail : car s’ils les dépassent, les médecins doivent soit diminuer le nombre d’arrêts de travail de 20 à 30% sous peine de recevoir une amende pouvant atteindre 16 020€, soit voir leurs arrêts de travail soumis à l’accord du médecin-conseil de la CPAM (2).
  2. La modification du montant des tarifs d’actes médicaux par l’Assurance maladie sans accord avec les syndicats (3).
  3. Les potentielles baisses autoritaires (par décret) du montant des tarifs, risquant de fragiliser les cabinets libéraux.
  4. Une majoration de surcotisation des revenus issus des dépassements d’honoraires (passage de 3,25% à 13% du revenu issu du dépassement qui est redirigé vers les caisses de la Sécu) (4).

Mais leurs réclamations nous concernent-elles ?

1.       Les quotas d’arrêts de travail

Nous avons, d’une part, tout intérêt à ce que les médecins ne doivent pas choisir à qui ils accorderont leur dernier arrêt de travail avant d’atteindre le quota, entre un patient récemment amputé et un patient atteint d’une infection neuroméningée. Mais ces deux exemples ne suffisent pourtant pas à saisir toute la perversité de la manœuvre. Faisons donc plaisir à ceux qui se complaisent dans le récit idéologique bourgeois, véhiculé à longueurs de journées par les médias mainstream, en affirmant que le réel problème c’est que de plus en plus de gens sont en arrêt. Et oui, voici le réel cauchemar du grand capital, lui qui nous exploite jusqu’à la moelle et retire le peu de sens que nous trouvons encore dans notre travail. Voilà l’une des principales contradictions du capitalisme, constituant la base de la baisse tendancielle du taux de profit : il nous pousse tellement à bout, qu’il ne reste plus grand monde à exploiter. Comme le corps médical reconnaît de plus en plus les maux causés par le capitalisme (burn-out entre autres), le capitalisme utilise l’État bourgeois pour restreindre les arrêts de travail.

2.       La diminution du tarif d’actes médicaux par décrets

L’enjeu qui se situe derrière ce point est très simple et peut se résumer comme suit : poursuivre la libéralisation de la Sécurité Sociale.

En effet, un argument majeur est avancé pour nous faire accepter que des décrets fixent désormais les tarifs – c’est-à-dire les montants versés par la Sécu pour tel ou tel acte : celui de la crise que nous traverserions. Parce que la Sécu serait déficitaire et qu’elle aurait un « trou » à combler, il faudrait diminuer l’argent déversé depuis ses caisses, aux praticiens qui produisent du soin. Or, accepter cette diminution des tarifications par l’État revient donc à légitimer le récit idéologique de la bourgeoisie, puisqu’il ne s’agit bien là que d’un récit. Comment démontrer que le trou de la Sécu est une fiction ? Rien de plus simple. Prenez n’importe quel budget, pour qu’il soit dans le rouge, il faut que les entrées d’argent ne soient plus assez importantes pour couvrir les dépenses. C’est exactement ce qui est fait dans les caisses de la Sécu. L’État bourgeois organise notre pillage collectif en diminuant les « charges patronales » (à savoir les cotisations sociales qui sont les entrées d’argent de la sécu) et en diminuant la part de l’argent public (impôt sous forme de la CSG principalement) qui va à la sécu pour le réinvestir dans des cadeaux aux grandes entreprises. Pire, il utilise ces dettes qu’il a lui-même créées pour les revendre sur le marché (via la CADES) à des investisseurs privés.

Nous faire avaler ce récit permet donc de rendre légitime la diminution des tarifications. Et cet argument sera utilisé en retour : puisque les actes coûteront moins cher, il sera possible de diminuer les charges patronales.

3.       L’augmentation des prélèvements sur les dépassements d’honoraires

Cette mesure ainsi que la précédente ne vont qu’accélérer la privatisation rampante de la santé. En rendant l’exercice conventionné moins viable financièrement par la baisse des tarifs, sans concertation avec les syndicats, et en prélevant davantage les dépassements, l’État bourgeois pousse mécaniquement les médecins vers le déconventionnement. Pour les patients, cela signifie un recul de l’accès aux soins, un reste à charge alourdi et une Sécurité sociale fragilisée au profit d’une médecine à deux vitesses. Derrière cette réforme se profile la même logique : faire de la santé une marchandise comme une autre, où la capacité à payer prime sur le besoin de soin.

La réalité de la crise que nous traversons est toute autre que ce que veulent nous faire croire les médias mainstream. La seule crise que nous traversons est celle du capitalisme, qui nous exploite et nous raconte des histoires pour survivre. Mais nous ne sommes pas dupes, nous sentons bien le vent tourner et il nous faut nous emparer de combats a priori corporatistes comme celui-ci pour faire progresser notre lutte.

C’est donc une petite victoire à célébrer que le gouvernement ait plié sur ces points-clés. Cependant, il faut transformer des avancées sectorielles en progrès durable pour toute la classe laborieuse, et il est impératif de dépasser les luttes corporatistes. Nous devons unir les revendications de tous les travailleurs, des hôpitaux aux usines, pour porter un combat commun contre l’exploitation et pour la socialisation de tous les moyens de production, dont la santé. L’unité de la classe est la seule force capable d’imposer des conquêtes sociales bien plus larges que la défense d’un seul secteur.

Joanna – JDM

1.           CIABRINI D. D’après Stéphanie Rist, “Il n’y a pas de quotas sur les arrêts de travail” – Fédération des Médecins de France [Internet]. [cité 20 janv 2026]. Disponible sur: https://www.fmfpro.org/dapres-stephanie-rist-il-ny-a-pas-de-quotas-sur-les-arrets-de-travail/

2.           Neymond P. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 est promulguée ! [Internet]. LEXplicite. 2026 [cité 20 janv 2026]. Disponible sur: https://www.lexplicite.fr/la-loi-de-financement-de-la-securite-sociale-pour-2026-est-promulguee/

3.           Santé. Les médecins libéraux suspendent leur grève après les annonces du gouvernement [Internet]. [cité 20 janv 2026]. Disponible sur: https://www.ledauphine.com/sante/2026/01/16/les-medecins-liberaux-suspendent-leur-greve-apres-les-annonces-du-gouvernement

4.           Caducee.net [Internet]. [cité 20 janv 2026]. PLFSS 2026 : les députés enterrent la surcotisation des dépassements d’honoraires. Disponible sur: https://www.caducee.net/actualite-medicale/16691/plfss-2026-les-deputes-enterrent-la-surcotisation-des-depassements-d-honoraires.html

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