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Elon Musk soutient Marine Le Pen : qui est donc le véritable « parti de l’étranger » ?

par | Juil 16, 2026 | Actualités nationales | 0 commentaires

Le 9 avril 2025, le média d’extrême droite Frontières sortait une « enquête » intitulée « LFI, le parti de l’étranger » . Ce dossier, basé sur aucun élément concret sérieux, s’inscrivait dans la droite ligne de la propagande fasciste moderne sur « l’islamo-gauchisme », successeur moderne du « judéo-bolchévisme » de la première moitié du XXème siècle. L’étranger était ici représenté par les musulmans, principale menace, selon eux, contre notre « civilisation judéo-chrétienne ». Mais comme le racisme sert toujours à fournir un bouc émissaire et à détourner le regard du peuple vers ses véritables ennemis, ce dossier servait à cacher cette vérité historique fondamentale : l’ennemi de la nation a toujours été la classe dominante, non une quelconque fraction des classes dominées désignée par sa religion, sa race, ou sa culture…

« Le dernier espoir de la France ». C’est ainsi qu’Elon Musk, milliardaire états-unien et propriétaire du réseau social X, a désigné Marine Le Pen le 15 juillet 2026. En quelques mots, l’homme le plus riche du monde s’est invité dans la campagne présidentielle française en apportant un soutien explicite à la candidate du Rassemblement national. Ainsi, la prétention du Rassemblement national à incarner l’indépendance nationale se heurte frontalement à la réalité de ses soutiens et de ses références internationales. Le RN s’inscrit en réalité dans des réseaux internationaux dont les principaux acteurs se trouvent précisément parmi ceux qui exercent une influence de premier plan sur l’ordre mondial et qui vassalisent la France depuis des décennies, c’est à dire le capital financier américain.

Cette contradiction touche au cœur du projet politique porté par l’extrême droite contemporaine. Derrière le vocabulaire de l’indépendance nationale se trouve en réalité une orientation entièrement soumise aux intérêts de l’hégémonisme états-unien.

Marine Le Pen et Elon Musk – Sipa Press

Le RN et le mythe d’une rupture avec l’ordre établi

Depuis sa création, le Rassemblement national a toujours cherché à se présenter comme une force de rupture. Son discours s’est progressivement éloigné des formes les plus ouvertement réactionnaires de ses origines pour adopter les thèmes de la défense des classes populaires, de la protection sociale ou encore de l’indépendance nationale, tout en conservant dans le fond le projet réactionnaire qui a toujours été le sien.

Mais la désindustrialisation, la perte de souveraineté économique, l’affaiblissement des services publics ou encore la précarisation d’une partie croissante du monde du travail ne sont pas nés de l’existence de travailleurs immigrés ou de politiques qui auraient été « trop ouvertes » (aux étrangers) comme l’affirme l’extrême droite. Ils sont le produit de décennies de politiques néolibérales menées au service du capital financier, des grandes entreprises et des intérêts impérialistes dans le cadre de la dite « construction » européenne.

Or toute la propagande et l’agitation du Rassemblement national vise à nous faire détourner le regard vers des boucs émissaires, et refuse de poser la question centrale : celle du pouvoir économique réel.

Car une nation n’est pas véritablement souveraine lorsque les choix essentiels concernant son industrie, son énergie, sa monnaie ou sa politique extérieure échappent à son peuple. La souveraineté ne peut être réduite à des questions identitaires, culturelles, « civilisationnelles » ou à une simple maîtrise – illusoire qui plus est au sein de l’UE et sous le capitalisme actuel – des flux migratoires.

Elle suppose que les travailleurs disposent réellement du pouvoir de décider de l’avenir collectif.

C’est précisément sur ce point que le RN se dévoile. Derrière son vocabulaire patriotique, il ne remet pas en cause les structures qui organisent la vassalisation de la France. Il critique certaines orientations de l’Union européenne, mais ne propose aucune rupture avec l’UE et l’ordre économique capitaliste qu’elle vise à soutenir. Il revendique davantage d’indépendance, mais ne remet jamais sérieusement en cause l’intégration militaire de la France dans l’OTAN et s’aligne stratégiquement sur Washington – soutenant, certes du bout des lèvres, les bombardements américano-israéliens contre l’Iran.

Ainsi, le soutien d’Elon Musk n’est pas un événement extérieur venant perturber l’image du RN. Il est au contraire révélateur de ce que cette image cherche à dissimuler.

MEGA : le projet de Trump pour une Europe fasciste

Le soutien d’Elon Musk à Marine Le Pen s’inscrit dans un mouvement plus large : la diffusion en Europe du courant politique porté par Donald Trump et ses alliés.

Le projet MEGA — « Make Europe Great Again » — reprend explicitement le slogan « Make America Great Again ». Derrière cette formule se trouve la volonté de promouvoir sur le continent européen une orientation proche de celle du trumpisme américain : défense d’une économie ultra-libérale sans garde-fou pour les travailleurs, antisyndicalisme et anticommunisme, obsessions morales anti « woke », haine des immigrés, obscurantisme religieux et conception essentialiste et réactionnaire de l’identité occidentale.

Mais une nouvelle contradiction apparaît ici encore. Les promoteurs de MEGA prétendent défendre l’indépendance des nations européennes alors même qu’ils cherchent l’appui politique de réseaux américains liés à Trump et au capital financier qui le soutient. L’histoire récente montre pourtant que la dépendance d’un pays ne prend pas toujours la forme d’une domination directe. Elle peut aussi passer par l’influence idéologique, économique et militaire d’une puissance étrangère sur les choix fondamentaux d’une nation.

Depuis plusieurs décennies, la France a vu son autonomie stratégique progressivement sapée par son intégration toujours plus forte dans le cadre euro-atlantique. L’OTAN, les politiques économiques européennes et l’alignement diplomatique sur Washington ont fait perdre au peuple français sa capacité à définir librement et de manière souveraine sa propre voie. La réponse apportée par le trumpisme ne vise qu’à intensifier et radicaliser cela, en lui retirant ses atours « democratiques » au bénéfice d’une politique plus ouvertement réactionnaire, antipopulaire, chauvine et impérialiste.

Le patriotisme des travailleurs n’est pas celui des milliardaires

L’intervention d’Elon Musk permet ainsi de poser une question essentielle : qu’est-ce que le patriotisme véritable ?

Est-ce défendre les intérêts d’une nation lorsque cela signifie accepter l’appui du plus grand milliardaire du monde issu de la plus grande puissance capitaliste et impérialiste mondiale ? Ou est-ce donner au peuple les moyens réels de maîtriser ses choix collectifs ?

L’histoire du mouvement ouvrier montre que la question nationale ne peut être séparée de la question sociale. La défense de l’indépendance d’un pays ne peut être abandonnée aux forces réactionnaires qui utilisent la nation comme un instrument de division et, in fine, accentuent l’asservissement de la nation.

Le patriotisme des travailleurs n’est pas celui qui oppose les peuples entre eux, et encore moins des citoyens de la même nation entre eux. Il est celui qui refuse que les décisions essentielles soient abandonnées à la classe capitaliste.

C’est également pourquoi la lutte contre l’extrême droite ne peut se limiter à la dénonciation de l’extrême droite. Elle doit aussi s’attaquer aux politiques qui ont nourri son développement : démantèlement de notre base industrielle, destruction des services publics, précarisation des travailleurs, perte de notre souveraineté économique, politique et militaire, le tout dans le cadre de l’UE et de l’OTAN. Car le fascisme prospère sur les ruines laissées par les politiques réactionnaires néolibérales.

Le peuple français n’a pas besoin qu’un milliardaire américain lui désigne son « dernier espoir ». Il n’a pas besoin davantage d’un nationalisme de façade qui masque la continuité avec les intérêts du grand capital.

Il a besoin d’une politique permettant aux travailleurs de reprendre la maîtrise de leur avenir. Sortons de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme !

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