
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a revendiqué une « victoire historique » aux élections législatives du 7 juin. Son parti, Contrat civil, arrive largement en tête avec près de 50 % des voix et conserve la majorité absolue au Parlement. L’opposition, divisée entre Arménie forte, conduite par l’entourage de l’oligarque russo-arménien Samvel Karapetian, et l’Alliance arménienne de l’ancien président Robert Kotcharian, reste loin derrière.
Ce scrutin confirme moins un enthousiasme populaire massif qu’un choix géopolitique contraint. Depuis la défaite au Haut-Karabakh et l’exode des Arméniens de la région, Pachinian a accéléré le rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis, tout en prenant ses distances avec Moscou et l’Organisation du traité de sécurité collective. Sa victoire prolonge donc l’orientation actuelle d’Erevan : recherche d’un accord durable avec l’Azerbaïdjan, normalisation régionale et intégration progressive dans le dispositif occidental.
Mais cette ligne ne règle aucune des contradictions profondes du pays. L’Arménie reste économiquement liée à la Russie, militairement vulnérable, entourée de puissances régionales hostiles ou concurrentes, et traversée par une forte polarisation interne. L’opposition conteste déjà les résultats, tandis que Pachinian ne dispose pas d’une majorité constitutionnelle lui permettant d’imposer seul les concessions exigées dans le cadre d’un accord définitif avec Bakou.
Sous couvert d’« indépendance » et de « souveraineté », l’Arménie risque ainsi de passer d’une dépendance à une autre. Le recul de l’influence russe ne signifie pas l’émancipation du pays, mais son insertion croissante dans les stratégies de l’Union européenne, des États-Unis et de la Turquie dans le Caucase. Pour le peuple arménien, la question centrale demeure entière : comment préserver l’existence nationale et la paix sans devenir un simple pion dans l’affrontement entre grandes puissances.












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