Un blocage de l’école de Monthieu, en plein cœur de Saint-Étienne, a été organisé par les parents de l’école primaire et maternelle ce jeudi 4 juin 2026. Des revendications extrêmement claires et particulièrement légitimes ont été portées par le collectif en lutte, composé de parents d’élèves, avec le soutien des professeurs et des syndicats.
La situation de cette école fait malheureusement écho aux autres établissements dans la Loire en lutte pour l’obtention de moyens supplémentaires. On peut citer le collège et lycée Honoré d’Urfé à Saint-Étienne, le collège Ennemond Richard à Saint-Chamond ou encore le collège Les Bruneaux à Firminy.



Concrètement, que demandent ces établissements et les parents mobilisés ?
Ils réclament le passage de leurs écoles en REP et/ou REP+. Dans les faits, cela représente des améliorations dans le traitement des écoles (classes moins chargées), avec plus de budgets alloués et des réglementations plus à l’écoute d’un public dit prioritaire.
Qu’est-ce qui bloque ?
Le classement en REP ou REP+ obéit théoriquement à des critères objectifs : on peut citer l’indice de position sociale (IPS) et la continuité pédagogique des écoles primaires, c’est-à-dire dans quel collège vont être accueillis ces enfants. L’IPS est le reflet du profil social de l’école, autrement dit de la réalité sociale des habitants du quartier bénéficiant de l’école pour leurs enfants.
C’est important car aujourd’hui, à l’école primaire de Monthieu, le principal débouché, c’est le collège Jules-Vallès, classé en REP+. La question est donc posée : pourquoi l’école primaire de Monthieu n’est-elle pas classée en REP+ aussi ?
D’autant plus que son indice de position sociale est de 78,7. La moyenne départementale dans la Loire est supérieure de 21 points, la moyenne nationale est supérieure de 24,4 points : la différence est sidérante. L’école de Monthieu accueille des enfants ne parlant pas le français, ainsi que des familles précaires. Son classement en REP+ semble donc évident ; pourtant, ce n’est pas le choix fait par l’Éducation nationale.



Les parents d’élèves, les établissements scolaires ainsi que les syndicats réclament tous, unitairement, la révision immédiate des cartes de l’éducation prioritaire pour répondre aux besoins urgents. Car, objectivement, il y a d’énormes dysfonctionnements dans l’attribution des REP et REP+ (découpage arbitraire au possible). Ces situations inacceptables sont pudiquement appelées « situations aberrantes » par l’académie.
Il y a un phénomène de convergence actuellement à l’œuvre à Saint-Étienne : la même réalité mène au même ras-le-bol dans de nombreuses écoles et de nombreux collèges. Nous ne pouvons que saluer l’ensemble des acteurs à l’œuvre pour lutter contre l’exclusion qui découle du sous-investissement des écoles fréquentées par les classes populaires. La revendication du classement en REP et/ou REP+ n’est rien de plus qu’une demande de justice sociale auprès des acteurs qui se targuent en permanence de l’égalité des chances. Désormais, il faut pousser le plus fort possible, tous ensemble et en même temps, pour qu’enfin l’Éducation nationale sorte de ses discours hypocrites et agisse en direction de la justice sociale. La situation est urgente !
L’exemple a été donné avec le blocage de l’école primaire de Monthieu. Les parents avaient, en amont, distribué des tracts afin d’expliquer le blocage appelé « opération école morte ». Ils avaient également collé des affiches devant les écoles afin de renforcer la communication autour du blocage, en justifiant l’action. Tôt le matin, les portes d’entrée ont été bloquées avec des antivols et des banderoles ont été déployées afin d’exprimer la colère et les revendications des parents. Le tout dans une ambiance fraternelle, festive mais combative. J’ai pu être témoin de la grande pédagogie des parents sur place pour expliquer à la fois aux adultes mais également aux enfants le but de ce blocage. Tout s’est absolument déroulé dans le calme. On peut souligner la grande efficacité de l’organisation de ce blocage par les parents de l’école de Monthieu, qui démontre avec force que l’on peut lutter et faire du bruit en partant du terrain et des premiers concernés. Par cette action, ils réaffirment leur rôle politique dans les choix liés à l’enseignement et aux conditions d’enseignement de leurs enfants.
Des tables avec du café ou du thé ainsi que de la nourriture ont été installées afin de permettre aux camarades présents de partager un moment de lutte convivial. À noter la présence de nombreux enfants avec leurs parents, symbole ultime de la lutte dans l’Éducation nationale : c’est pour leur offrir les mêmes chances qu’ailleurs que tout le monde était réuni aujourd’hui. Enfin, un barbecue était programmé pour le repas de midi afin de continuer à construire l’entraide et la solidarité militante autour de moments informels.
Objectivement, ce blocage a été une belle réussite, qui ne doit pas être prise pour acquis. Car, comme expliqué dans l’article, une dynamique de convergence peut advenir. Si les parents concernés, les établissements scolaires, les syndicats et les militants communistes avancent dans le sens du tous ensemble en même temps, chaque foyer de lutte pourra en alimenter un autre. Le rapport de force qui se construit en cette fin d’année ne va pas s’arrêter avec la fin de l’année scolaire. La rentrée sera chaude, très chaude. A priori, l’Éducation nationale n’est pas prête à réviser la carte de l’éducation prioritaire dans la Loire. Alors même que la Loire est devenue le département le plus mal évalué dans l’attribution des REP et REP+ en France.

Le blocage est-il d’ordre budgétaire ?
Si la raison évoquée est budgétaire, il faut dénoncer le mensonge absolu du manque d’argent. Pour rappel, l’État a voté 413 milliards d’euros pour la loi de programmation militaire (LPM) sur la période 2024-2030. Récemment, une rallonge de 36 milliards a été accordée, ce qui porte le budget des armées à 449 milliards sur 7 ans : soit 64,14 milliards par an, une augmentation d’au moins 52 % par rapport à l’ancien budget : [(449-295)/295] × 100 = 52,2 % (ancien budget 295 milliards).
À côté de cela, les chiffres les plus récents budgétisent le coût des REP et REP+ à 2,5 milliards par an. Donc du pognon, il y en a quand il s’agit de s’armer jusqu’aux dents, d’investir dans les technologies de mort et de préparer la grande confrontation mondiale au profit des capitalistes à l’horizon 2030, comme ces enfoirés aiment le dire. Quand il s’agit d’éduquer, d’émanciper nos enfants, de leur offrir un cadre d’enseignement digne et égalitaire, les mêmes va-t-en-guerre qui « gèrent » les finances de ce pays s’alarment, s’alertent, s’inquiètent sur les coûts budgétaires (Ils sont visiblement très inquiets à l’idée que nos enfants étudient dans de bonnes conditions ; beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’envoyer de la viande au front)…
Nous ne livrerons pas nos enfants au projet de militarisation de la société, et cela commence par un refus catégorique de la militarisation de l’école qui démarre à bas bruit avec la mise en place des classes « défense ». L’école doit servir à construire l’esprit critique de nos enfants, à construire des citoyens éclairés qui pourront, au moment voulu, s’opposer aux projets exterminateurs de guerres généralisées de nos élites en crise de valorisation capitaliste.
Enfin, vous pouvez soutenir les parents mobilisés de l’école primaire de Monthieu en signant leur pétition disponible juste en dessous. N’hésitez pas à leur envoyer un maximum de force et de soutien dans le combat.
https://julienbugli-cell.github.io/petition_monthieu

KR












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