Six jours. C’est le temps qu’il aura fallu à l’usine Lustucru Frais de Saint-Genis-Laval pour rouvrir ses portes, après la mort tragique d’un jeune intérimaire de 22 ans, happé par un laminoir à pâtes dans la nuit du 17 au 18 avril. Dès ce jeudi 23 avril, à 5 heures du matin, les premiers salariés ont repris le travail. Une reprise express, validée par l’inspection du travail dès le lundi suivant le drame, et saluée par le maire de la commune.

Interrogé par France 3, Jules Guillemot (Divers droite), édile de Saint-Genis-Laval, s’est déclaré « content » de cette réouverture, car elle « évite que les gens soient au chômage trop longtemps ». Une satisfaction qui interroge, alors qu’une enquête pour « homicide involontaire par personne morale dans le cadre du travail » est en cours. Le maire, qui avait visité l’usine en 2022, assure n’avoir « rien remarqué de particulier », la trouvant même « très qualitative au niveau sanitaire ». Un regard bienveillant qui contraste avec les alertes répétées des salariés.
De son côté, la direction du groupe, propriété du géant espagnol Ebro Foods et dirigée par Xavier Riescher Tuczkiwicz, se retranche derrière un dispositif de soutien psychologique et affirme que la priorité est « une opération de nettoyage des lignes de production ». Pourtant, la CGT Agro-alimentaire dénonce depuis des années des conditions de travail dégradées, avec « des cadences qui augmentent, un turn-over de salariés en intérim, des problèmes physiques », et une direction qualifiée de « méprisante ». Le syndicat exigeait, comme préalable à toute reprise, « la mise en conformité de toutes les machines » et « les réparations de toutes les non-conformités présentes dans l’usine ». Des exigences balayées en quelques jours.
Alors que les salariés reprennent le travail dans une « ambiance lourde », et que la direction et les syndicats refusent de s’exprimer davantage, la seule voix qui s’élève pour se satisfaire de cette reprise est celle du maire. Une position qui donne le sentiment que, pour l’élu comme pour l’entreprise, la continuité de la production prime sur l’urgence de tirer les leçons d’un nouveau drame industriel.












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