Vers un passage en force au service d’une agriculture destructrice de la nature et de la santé humaine ?
L’été dernier, dans le sillage d’une vaste mobilisation citoyenne, le Conseil constitutionnel censurait partiellement la loi Duplomb, plus précisément, la nouvelle autorisation qu’elle aurait accordée à l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes. Las, le sénateur réactionnaire, ancien dirigeant du syndicat patronal agricole FNSEA, revient à la charge en proposant derechef, par un nouvel projet de loi, la réautorisation de deux pesticides interdits en France en raison de leur toxicité, toujours l’acétamipride, et le flupyradifurone.
Une nouvelle pétition, après celle de l’été dernier qui avait recueilli plus de deux millions de signatures, appelle à s’y opposer : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103.
Malgré ses nombreuses insuffisances, nous appelons à la signer et plus généralement à lutter contre ce projet de loi mortifère au service d’un modèle agricole, celui de la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne, qui détruit les écosystèmes, la santé humaine… et les agriculteurs eux-mêmes (dont le nombre a fondu sous l’effet de la PAC, sans parler des revenus de misère de grand nombre d’entre eux, du taux de suicide alarmant de la profession), hors de quelques gros exploitants capitalistes qui bénéficient d’une industrialisation et d’une uniformisation des champs qui leur apporte de juteux profits, mais épuise à terme les terres et sélectionne sans cesse de nouvelles résistances aux pesticides, mettant en danger la souveraineté et l’avenir alimentaires de notre pays.

Une loi mortifère et obscurantiste
Comme le rappelle le syndicat CGT de l’INRAE, la science est claire quant à la toxicité des substances dont M. Duplomb veut imposer le retour, indiquant dans un communiqué récent que « ce sont pourtant plus de 30000 publications scientifiques en 30 ans qui ont démontré la nocivité de ces insecticides ». Mais les lois de la concurrence « libre et non faussée » qui fondent l’UE sont tout aussi claires (le funeste accord de libre-échange UE-Mercosur le rappelle encore récemment) : quels que soient leurs coûts pour l’environnement ou la santé, les marchandises doivent pouvoir circuler et s’échanger sans entraves. Comme les pesticides permettent en général, au moins à court terme, de produire à plus bas coût, si les agriculteurs y renoncent, ils risquent de se trouver en difficulté sur le marché dérégulé. L’existence de marchés « de niche » (production bio par exemple) çà et là, reposant sur d’autres pratiques agricoles, n’y change rien : tant qu’on restera dans l’UE, la masse des produits alimentaires produits et consommés en France restera soumise aux poisons que promeuvent les monopoles des pesticides. Ceux-ci sont largement liés au complexe militaro-industriel, comme le rappelle le sinistre « agent Orange », herbicide déversé en masse par l’impérialisme états-unien dans les années 1970 sur le Vietnam pour tenter d’empêcher les résistants anticolonialistes et communistes d’y contrarier ses intérêts. La lutte contre la guerre à la nature et à la santé humaine que mènent les industriels des pesticides n’est donc pas sans lien avec le crucial et vital combat contre la guerre tout court !
Mortifère, le modèle agricole du « tout-pesticides » est également obscurantiste : contrairement à ce qu’affirme M. Duplomb, les agriculteurs peuvent très bien, techniquement parlant, se passer de ces poisons. Un rapport de 2019 de l’INRAE indiquait que « Les résultats d[‘une] enquête approfondie montrent qu’une solution de rechange efficace à l’utilisation des néonicotinoïdes est disponible dans 96 % des cas » et que « dans 78 % des cas, au moins une méthode alternative non chimique peut d’ores et déjà remplacer les néonicotinoïdes ». L’agroécologie constitue une solution d’avenir et de long terme, que Cuba a mise en place : l’île socialiste est par exemple un grand producteur de miel, dont les productions se sont effondrées presque partout ailleurs, notamment sous l’effet des néonicotinoïdes, grâce à ses pratiques agricoles respectueuses des écosystèmes. C’est bel et bien le refus politique de mettre en place un autre système agricole, sous la pression des diktats de l’UE, et non une quelconque obligation incontournable de production qui conduit à cet acharnement pour les funestes néonicotinoïdes.
Rétablir une agriculture et une alimentation productives et saines en sortant de l’UE
Pour mettre en place un véritable changement de paradigme agroécologique en lieu et place du système agricole destructeur imposé par l’impérialisme et son Union Européenne, il faut donc soutenir les luttes immédiates impulsées par les mouvements et syndicats de gauche (MODEF et Confédération Paysanne pour les agriculteurs), mais aussi aller beaucoup plus loin, sans quoi aucune avancée durable ne sera possible. C’est bien ce qu’illustre cette tentative de deuxième retour de pesticides dont il avait été si difficile d’obtenir l’interdiction malgré les preuves scientifiques accablantes de leur haute nocivité et les mobilisations populaires. Dire « Non c’est Non » à M. Duplomb comme le proclame cette pétition est utile, mais insuffisant : le premier Non démocratique piétiné par nos gouvernements « français » au 21ᵉ siècle est celui du refus de 2005, massivement ouvrier et paysan, à la Constitution Européenne, bafoué par l’adoption deux ans plus tard de son clone, le traité de Lisbonne, par Sarkozy avec l’aide du Parti « Socialiste ». C’est bien parce que la « construction » européenne est intrinsèquement anti-démocratique, anti-ouvrière et anti-paysanne (la paysannerie n’est pas, dans sa masse, celle que représente le sénateur Duplomb mais celle des petits exploitants et des ouvriers agricoles !) qu’elle ose sans vergogne ses passages en force permanents. Cette U.E., dont les généraux appellent à sacrifier nos enfants sur le front pour ses sales guerres contre la Russie et demain la Chine, est la même U.E. qui sacrifie à petit feu nos terres fertiles et nos écosystèmes, et empoisonne nos corps avec des produits chimiques innombrables qu’elle juge plus rentables que l’agroécologie. Face à la menace d’extermination militaire comme écologique, il faut en sortir !
Adrien Delaplace












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