
Militant marxiste, historien et écrivain réputé pour être un excellent pédagogue, Parenti est devenu un incontournable pour tous les marxistes anglophones. Il est l’auteur de nombreux livres (dont trois publiés en français aux éditions Delga (Le visage de l’impérialisme ; Tuer une nation : l’assassinat de la Yougoslavie ; Le mythe des jumeaux totalitaires)) et articles.
Né en 1933 aux Etats-Unis dans une famille d’ouvriers, Parenti a vu de ses propres yeux les effets de la Seconde Guerre Mondiale, les luttes contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis (qui prend fin officiellement en 1964), le déploiement impérialiste effréné de ces derniers sur le monde avec l’avénement du néo-libéralisme à la fin des années 1970 et les différentes contre-révolutions “de velours” dans les pays de l’URSS, puis, une dizaine d’années plus tard, à travers les contre-révolutions “de couleurs” dans ces mêmes pays.
Il prit part aux mouvements anti-impérialistes et maintint une position résolument marxiste(-léniniste?), alors que la “gauche” succombait au “marxisme occidental”[1] et au réformisme devenus monnaie courante, dont l’anti-communisme a été mis à nu par des auteurs comme Gabriel Rockhill, à travers son tout dernier livre Who Paid the Pipers of Western Marxism? (Monthly Review Press, 2025) ou Domenico Losurdo, avec son Western Marxism: How it was Born, How it Died, How it can be Reborn (Monthly Review Press, 2024). Et cela sans compter les opérations anti-communistes massives et directes menées par le FBI et la CIA aux Etats-Unis notamment, comme l’Opération Cointelpro, la période du maccarthysme, et la criminalisation du communisme via tous les médias possibles et imaginables, largement possédés et/ou financés par la bourgeoisie étasunienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est coutume de le comparer à Noam Chomsky, dont l’engagement sans faille pour la cause progressiste a été de nouveau illustré par la révélation d’une photo le montrant en train de discuter avec le pédo-criminel international et chouchou de l’élite étasunienne Jeffrey Epstein. En effet, Chomsky a lui aussi exprimé des positions anti-impérialistes et, comme Parenti, analysé le rôle des médias dans la fabrication du mythe de la démocratie en régime capitaliste. Cependant, son anti-communiste caractéristique, signe d’une soumission zélée à l’idéologie de la nouvelle “gauche occidentale”, ne nous a pas échappé ; celui qui déclarait que le pouvoir des corporations émergeait du “même terreau totalitaire […] qui conduit au fascisme et au bolchévisme”, ne peut pas faire le poids face à un Micheal Parenti auteur du Mythe des jumeaux totalitaires (Editions Delga, 2013), dénonçant avec faits à l’appui l’assimilation mensongère et martelée du communisme au fascisme.
J’ai personnellement découvert Micheal Parenti à travers des extraits de sa “conférence jaune” publiés sur les réseaux sociaux, puis avec Blackshirts and Reds (non traduit en français), qui est un livre excellent pour comprendre la montée du fascisme dans les années 1930 en Europe, et notamment en Allemagne et en Italie, et dans lequel on peut aisément trouver des points communs avec la situation actuelle, que ce soit au niveau de la dette publique, de la crise économique systématique avancée du capitalisme-impérialisme, ou encore de l’augmentation drastique des budgets de l’armement. Il montre, justement, comment les ancêtres spirituels et pratiques de cette “gauche occidentale”, au marxisme sans la révolution, ont participé indirectement comme directement à l’installation des pouvoirs fascistes dirigés par les bourgeoisies dominantes occidentales.
Cette “gauche occidentale” qui n’a par ailleurs que faire des atrocités (ou trop peu) commises dans le monde par le capitalisme-impérialisme. Parenti, quant à lui, a toujours pointé du doigt ces endroits oubliés, conquis par le “marché libre” et la “démocratie libérale”, qui se trouvent pourtant dans des situations misérables et inhumaines[2]. Effectivement, qu’on songe un instant au Ghana, dont la dette publique représentait, en 2022, 85,7% de son PIB[3] ! Comment de tels pays peuvent-ils sortir du “sous-développement”, et offrir une vie digne à une population dont 25% (en 2025) vit sous le seuil de pauvreté, alors même que le Ghana est paradoxalement, en 2018, la “deuxième économie d’Afrique de l’Ouest”[4],[5] ?! A ce sujet, on ne peut que penser aux théoriciens de l’échange inégal, du centre et de la périphérie, comme Arghiri, Amin, Wallerstein, Franck ou encore Lauesen, qui ont montré – avec Parenti – comment le capitalisme de la “triade impérialiste” (États-Unis, Europe et Japon) conserve son hégémonie sur le monde et impose à la majorité de la population mondiale une existence indigne et infernale. Comme Parenti le disait très justement :
“Le Tiers Monde n’est pas pauvre. Vous n’allez pas dans les pays pauvres pour faire de l’argent ! Il y a très peu de pays pauvres dans le monde. La plupart des pays sont riches : Les Philippines sont riches ! Le Brésil est riche ! Le Mexique est riche ! Le Chili est riche ! Seulement les personnes sont pauvres. Mais il y a des milliards à faire là-bas, à extraire et à prendre. Il y a des milliards pour 400 ans au moins ! Les puissances capitalistes européennes et nord-américaine ont extrait et pris le bois, le lin, le chanvre, le cacao, le rhum, l’étain, le cuivre, le fer, le caoutchouc, le bauxite, les esclaves, et la main d’œuvre bon marché. Ils ont pris tout cela de ces pays. Ces pays ne sont pas sous-développés, ils sont surexploités ![6]”
Internationaliste conséquent, Parenti était, du même coup, un fervent patriote, connaissant le rôle tactiquement progressiste du patriotisme populaire. Il écrivait, dans Super patriotism, Real patriotism, and the Importance of Being Number One (City Lights Publishers, 2004), que “personne ne nous devance, nous, la gauche, dans notre patriotisme”[7] ; ou encore, dans Against Empire (City Lights Publishers, 1995), “nous n’attaquons pas notre nation et son peuple ; nous affirmons, plutôt, que l’on mérite mieux que les politiques qui violent sans arrêt nos intérêts en tant que peuple, et ceux-là des autres peuples”[8]. Inutile de préciser que n’importe quelle bonne personne de la “gauche occidentale” frémirait rien qu’à l’idée de lire ces lignes. De la même manière qu’elle frémirait en écoutant Parenti défendre avec acharnement le socialisme réel :
“Le communisme, mesdames et messieurs, je vous le dis franchement, en Europe de l’Est, en Russie, en Chine, en Mongolie, en Corée du Nord et à Cuba, a apporté des réformes agraires et des services publics, une amélioration drastique des conditions de vie de centaine de millions de personnes, dans une ampleur jamais connue dans l’histoire de l’humanité […]. Le communisme a transformé des pays désespérément pauvres en des sociétés où tout le monde dispose d’une nourriture adéquate, d’un toit, d’un accès à la santé et à l’éducation […]. Dire que le socialisme n’a pas marché, c’est oublier le fait qu’il a marché […] pour des centaines de millions de personnes !”[9].
Pour Parenti, le constat est sans appel : le capitalisme, pétri de contradictions, ne peut que conduire à la ruine et au désastre humain et écologique. Dans un article publié en 2009, il revient sur “l’autodestruction du capitalisme” :
“Dans le monde du « libre commerce » des multinationales, le nombre de milliardaires augmente à une vitesse jamais connue jusqu’à présent tandis que le nombre de personnes dans la misère augmente plus vite que la population mondiale. La misère se répand lorsque la richesse s’accumule”.
Une réalité qui perdure encore aujourd’hui en France, comme l’analyse Unité CGT en 2025 :
“Dans les années 90, les aides aux entreprises atteignaient l’équivalent de 30 milliards d’euros courants par an. Aujourd’hui. Nous sommes à plus de 270 milliards d’euros d’argent public versés chaque année, sans contrôle, au privé. […] Une conséquence logique de cette politique au service des plus riches et du Capital : le taux de pauvreté a atteint en 2023 un niveau jamais atteint depuis 30 ans, « selon les derniers chiffres de l’Insee. Près de 10 millions de personnes vivent désormais avec moins de 1288 euros par mois en France métropolitaine, soit quasiment 1 personne sur 6”[10].
Relire Parenti aujourd’hui, c’est donc se souvenir d’un grand marxiste dévoué, dont les écrits ont éclairé des millions de militants à travers le monde, mais aussi et surtout renforcer la lutte pour la paix et le socialisme.
Maxime – JDM
[1] Lire l’article du camarade Aymeric Monville, publié sur Jeunesse du Monde : Notre principale tâche théorique dans la Renaissance politique : surmonter le marxisme occidental. A https://jeunessedumonde.fr/2025/12/18/notre-principale-tache-theorique-dans-la-renaissance-politique-surmonter-le-marxisme-occidental/
[2] Lire https://www.legrandsoir.info/les-85-les-plus-riches-et-la-meilleure-moitie-common-dreams.html
[3] https://tradingeconomics.com/ghana/government-debt-to-gdp#:~:text=Government%20Debt%20to%20GDP%20in,percent%20of%20GDP%20in%202006.
[4] https://afrique-diplomatique.com/ghana-le-taux-de-pauvrete-recule-a-219-au-t3-2025/
[5] https://www.oxfam.org/fr/decouvrir/pays/ghana
[6] Yellow Parenti Lecture (1986) https://www.youtube.com/watch?v=s5oPFAfdrkU
[7] Traduction personnelle. Citation originale : “We on the left are second to no one in our patriotism” (non traduit en français).
[8] Traduction personnelle. Citation originale : “We are not attacking our nation and its people ; rather we are maintaining that we deserve something better than the policies that currently violate the interests of people at home and abroad” (non traduit en français).
[9] https://youtu.be/6Tmi7JN3LkA?si=VP29A9OJjEbO8wBy Parenti communism did work for millions of people












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