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Notre travail « syndical »

par | Jan 25, 2026 | Théorie-débats | 0 commentaires

Gilliatt De Staërck
Secrétaire général de l’Organisation communiste de France
24 janvier 2026

Syndicats et communistes

Nombreux aujourd’hui sont les militants communistes qui, à défaut de lectures et débats clarifiants sur la question, se contentent, souvent livrés à eux-mêmes, de scinder ainsi leurs « activités militantes » : être syndicaliste dans l’entreprise, être communiste à l’extérieur de l’entreprise.

Lénine décrit à plusieurs reprises et avec justesse le rôle mais aussi les limites, quand les travailleurs sont abandonnés à eux-mêmes, d’abord du « trade-unionisme » puis du syndicalisme — « qui constitue un immense progrès sur le trade-unionisme » (Thèses sur l’action communiste dans le mouvement syndical, IVème congrès de l’Internationale communiste). Dans ces conditions, où les travailleurs sont cantonnés — à l’exception de quelques dirigeants qui confondent syndicat et parti politique — à des revendications quotidiennes sur les salaires et l’amélioration des conditions de travail, c’est-à-dire à un simple ajustement de l’organisation capitaliste en leur faveur, ils ne peuvent développer par eux-mêmes une pensée révolutionnaire communiste. Celle-ci ne peut leur venir que « de l’extérieur », par le travail des militants révolutionnaires. Seule cette intervention permet de faire émerger, chez un maximum d’entre eux, la conscience des enjeux de la lutte contre le capitalisme mondialisé et contre l’appareil d’État, aux mains de la bourgeoisie, qui en garantit chaque jour les intérêts.

Lénine défend ainsi, en conséquence, l’absolu devoir pour les communistes de militer là où sont les masses. De gagner la confiance des travailleurs en général, et en particulier de la classe ouvrière, là où ils travaillent, où l’exploitation capitaliste est la plus redoutable et où celle-ci provoque en contrepartie plus facilement l’unité des travailleurs et l’émergence de déclencheurs organisationnels ainsi que de « chefs ». Parce qu’il est du devoir des révolutionnaires d’apporter « de l’extérieur » l’horizon révolutionnaire à la masse des travailleurs, il est donc du devoir des communistes d’oeuvrer, dans tous les syndicats où ils se trouvent, à gagner la lutte pour la direction et pour l’unité syndicale, toutes deux se subordonnant au Parti qui reste le quartier général des communistes, et non une simple organisation militante en-dehors de l’entreprise là où le syndicat serait l’organisation militante à l’intérieur de l’entreprise.

L’étude des rapports entre l’organisation communiste — le Parti in fine — et les syndicats dirigés par ses militants communistes devra être selon moi travaillée à la lumière de toujours plus d’expérience pratique accumulée par notre organisation dans les mois et années qui viennent. Cela pourrait faire l’objet d’une première approche, peut-être, lors du 2ème congrès de l’OCF. Cela étant, pour relancer la réflexion et la pratique à très grands traits sur les grands principes de ces relations :

  1. L’activité syndicale en entreprise (ou sur quelque lieu de travail que ce soit et quel que soit le périmètre pertinent : entreprise, inter-entreprise, groupe, activité de service public, etc.) des militants communistes auprès des masses est toujours subordonnée aux décisions du Parti.
  2. Les militants communistes convainquent avec honnêteté et franc-parler leurs collègues et les syndiqués sur toutes les questions qui intéressent ces derniers. Ils ne pratiquent pas le mensonge ni la tromperie mais cherchent à entraîner derrière eux tous les salariés de bon sens et ceux révoltés par leurs conditions. Ils doivent gagner progressivement la direction des affaires syndicales, par leur légitimité conquise auprès des salariés et syndiqués qui sont dans cette affaire les seuls souverains, et d’aucune manière le Parti ne doit dicter d’en haut qui doit diriger le syndicat.
  3. Les militants communistes s’organisent en cellule active pour coordonner leurs efforts dans les différents syndicats en présence, afin de rendre compte de l’agitation qu’ils mènent et des points gagnés pour la direction et l’unité syndicale, et afin d’organiser la diffusion de la propagande communiste aux travailleurs les plus conscients. L’agitation et la propagande de ces militants s’appuient sur des productions écrites, audiovisuelles et sur des mots d’ordre qui sont définis par le Parti.
  4. Ces cellules font régulièrement rapport au Parti de leurs activités et, surtout, font rapport des ajustements qu’ils jugent nécessaires pour la continuité de leurs activités.

Cette ligne de conduite me semble être le fil conducteur qui doit donc guider notre action que je détaillerai plus bas. Mais la pratique réelle permettra certainement d’affiner les rapports « modernes » que peuvent entretenir le Parti avec les syndicats qui lui sont subordonnés, notamment par l’intégration dans l’équation des nombreux outils numériques aujourd’hui à notre disposition et qui ne viennent pas simplement nous faciliter la vie, mais bousculent en conséquence nos manières de faire et d’organiser.

Fédérations syndicales et enjeux de classe

C’est en ayant l’ensemble de ce paysage en tête qu’il nous faut penser, pour aujourd’hui comme pour l’avenir, le rôle des sections syndicales sur le terrain, mais aussi à l’échelle nationale celui des fédérations organisées autour des branches (cimentées en France par les conventions collectives) et non pas seulement autour des métiers : dans la continuité de la concentration du capital en des mains de plus en plus restreintes, la grande-bourgeoisie et la grand-patronat tentent de monopoliser, de tenir et d’organiser l’ensemble des activités nécessaires à l’activité « primaire ». Extraction, production, logistique, bureautique, finance, distribution etc, toutes ces activités sont de plus en plus concentrées par des grands groupes qui doivent maîtriser tous ces secteurs s’ils veulent tenir la course mondiale aux profits. En conséquence, le patronat s’est depuis très longtemps organisé en syndicat « de branche ». Il serait tout à fait erroné que les travailleurs, pour espérer y faire face, multiplient leurs syndicats, et donc leurs divisions, en les restreignant aux seuls salariés d’un seul métier.

Il convient également de noter que, dans de nombreuses grandes entreprises, les conditions de travail et de rémunération dépassent souvent le « minimum conventionnel » – un seuil issu principalement des conventions collectives et des statuts nés des grandes luttes de la CGT avant et après-guerre pour les « contrats collectifs ». Ces accords qui permettent à tous les travailleurs relevant d’une même convention de bénéficier des mêmes avantages, trouvent aussi leur origine, dès le début du XXe siècle, dans la volonté des gouvernements bourgeois d’harmoniser l’organisation du travail et de contrôler, par la « démocratie sociale » – cette aile gauche du régime capitaliste –, les relations entre patronat et syndicats. Il s’agissait ainsi de désamorcer par avance les syndicats, en les réduisant à intégrer le régime et à y participer.

Toutefois, la tendance actuelle – du fait d’une résistance syndicale trop faible et d’une banalisation de l’« aristocratie ouvrière » qui étouffe tout mouvement de grève – est davantage au rattrapage : les conventions collectives tendent désormais à aligner vers le bas les conditions de travail, en ramenant les salariés jusque-là les mieux lotis vers des standards moins favorables.

Nous disons à ce sujet ceci :

  1. Il est tout à fait normal que le patronat, soumis plus que jamais à une concurrence féroce portée à l’échelle continentale si ce n’est mondiale pour de nombreux secteurs, tirant donc davantage d’intérêt à s’appuyer sur les négociations nationales de branche — et s’organisant depuis fort longtemps désormais en conséquence —, cherche à freiner les disparités d’entreprise qui ralentissent ses opérations d’échelle ;
  2. Ces disparités d’entreprise, issues parfois d’âpres négociations, parfois d’âpres luttes, mais aussi parfois d’une culture interne d’achat de la « paix sociale », ont alimenté le corporatisme et l’isolationnisme de nombreux syndicats estimant avoir « fait leur job » et rechignant désormais de porter réellement la lutte à l’échelle nationale, si ce n’est pour manifester une fois de temps en temps derrière une banderole. Elles confinent également d’autres syndicats, légitimement soucieux de réussir à gagner des batailles contre le patron de leur propre entreprise, à ces luttes locales dont les éventuels bénéfices acquis de hautes luttes sont très rapidement absorbés par l’inflation ;
  3. Les limites d’action et de développement du syndicalisme dirons-nous « d’entreprise » sont ainsi rapidement atteintes et elles démontrent par elles-mêmes la nécessité de porter, dans les entreprises mais organisé et coordonné à l’échelle nationale, à minima des luttes de branche incluant tous les salariés impliqués dans les activités définies par les conventions collectives ;
  4. Les luttes de branches, correctement organisées et coordonnées, doivent permettre aux militants syndicalistes et aux salariés mobilisés de s’émanciper des seules revendications locales de faible portée. Celles-ci tournent vite en rond et ne constituent que le degré primaire de « l’école du communisme », nécessaire mais insuffisante pour mener la lutte contre le régime capitaliste et l’Etat de la classe bourgeoise dominante (voire grande bourgeoise aujourd’hui). Car dans le cadre de la mondialisation capitaliste et de l’organisation internationale du travail qui en découle, les luttes de branches intéressent les salariés et les syndiqués aux questions d’organisation nationale et internationale de leurs activités. Ils sont ainsi mis en condition d’atteindre le degré secondaire de « l’école du communisme », bien plus intéressant pour des communistes tant il ouvre à une masse plus considérable de travailleurs ces questions d’organisation nationale et internationale du travail, mais aussi la perspective de conflits économiques importants — et son lot de répression — permettant de soulever devant les travailleurs la question de la Révolution, de passer du « contrôle de l’industrie en une lutte pour la conquête du pouvoir par la classe ouvrière » (IIème congrès de l’IC, Juillet 1920, Le mouvement syndical, les comités de fabrique et d’usines). Et cela les prépare donc à leur propre gestion des activités du pays, à leur propre dictature, la dictature du prolétariat et à l’organisation socialiste de la France.
  5. Chemin faisant, ces luttes de branches de portée nationale qui intéressent grandement les travailleurs, d’autant plus quand ils sont découragés par des état-majors syndicaux défaillants et mous, ou par d’autoproclamés petits chefs syndicalistes plus opportunistes qu’autre chose et limitant ouvertement le pouvoir d’action des ouvriers, permettent d’épurer ces profiteurs du mouvement ouvrier, de faire le tri entre ceux qui s’intéressent à l’organisation nationale du travail et ceux que n’intéressent que les heures de délégation et l’incommensurable prestige que ces postes apportent, au moins à la mesure de leur incommensurable lâcheté.
  6. Enfin, étant donné les limites intrinsèques du syndicalisme en général — et plus encore du syndicalisme d’entreprise — qui apparaissent désormais clairement, et compte tenu de la dynamique en cours de réorganisation capitaliste du travail en France, elle-même largement motivée par l’appartenance de notre pays à la mortifère « construction européenne » et par ses critères et diktats de nature capitaliste qui figent les salaires et appauvrissent les services publics pour financer les prochaines guerres de l’axe impérialiste UE-OTAN, une évidence doit s’imposer à tout militant communiste : la conquête ou la simple défense d’avantages salariaux au sein d’une seule entreprise ne saurait constituer un objectif suffisant. Ces conquêtes, de toute façon susceptibles d’être effacées en six mois par l’inflation galopante, doivent plutôt servir de support à une démarche stratégique : elles doivent permettre aux militants communistes impliqués de gagner en influence, d’œuvrer à l’unité syndicale, de s’ériger en dignes représentants des syndiqués et des salariés, et de les accompagner dans ce que j’appelle « le degré primaire de l’école du communisme ». Il s’agit de les aider à ouvrir les yeux sur les limites des luttes parcellaires et de ceux qui les mènent aveuglément, retardant ainsi l’offensive générale qui exige, à tout le moins, une mobilisation à l’échelle d’une branche professionnelle entière et au niveau national. Les militants communistes investis et rigoureux n’ont donc pas à rougir d’une lutte ultra-locale perdue, tant celle-ci s’inscrit dans un rapport de forces défavorable, marqué par l’ascendant formidable que les capitalistes ont repris sur le monde du travail depuis les années 1990 et par la faible résistance nationale qui leur est opposée depuis lors, y compris par ceux qui, au niveau du pays, sont pourtant mandatés pour le faire. Pour autant, il reste primordial de remporter des succès dans les domaines évoqués plus haut.

En définitive, c’est bien une question de cohérence de classe qui s’impose à nous et que nous devons prendre en main. D’un côté la cohérence capitalistique du patronat et de ses petits serviteurs — ouvriers corrompus pour quelques miettes — qui cherchent quotidiennement à désintéresser les travailleurs des questions qui les regardent, les renvoient au supposé degré précaire de compréhension qu’ils ont de la société, alimentent la division corporatiste et ne s’attaquent jamais à la construction européiste ainsi qu’à la désorganisation du travail à l’échelle nationale et internationale qu’elle provoque par ses politiques supranationales. De l’autre la cohérence communiste, qui doit être le moteur de l’unité salariale et syndicale à des degrés d’échelle toujours plus hauts, qui doit cimenter cette unité par une politique d’agitation et de propagande communiste toujours plus importante tournée contre l’Etat, le grand-patronat (et l’Etat-patron pour les agents des services publics), l’UE, l’euro et l’OTAN, et doit chemin faisant laisser sur le bord de la route les agents corrompus de la classe ouvrière et du monde du travail en général qui se mettent au service du Capital. Ainsi nous permettrons d’incroyables bonds dans l’élévation de la conscience de classe et dans l’organisation générale du « mouvement ouvrier ». Cette lutte de cohérence nous intéresse également quant à l’état des lieux des unions syndicales départementales et locales que nous allons maintenant évoquer.

Union syndicales départementales et locales

Trop de fois ces structures, offrant opportunément des mandats et s’érigeant en directions politiques des syndicats, ont attiré des camarades pensant y trouver des leviers pour soulever les masses locales et dépoussiérer les vieilles méthodes et slogans naphtalisés que personne ne remet jamais en question. Force est de constater, aux vues des rapports de force qui se sont exprimés clairement lors du 53ème congrès de la CGT, qu’une fracture existe aujourd’hui dans cette confédération historique — nous passons volontairement au silence les autres confédérations syndicales qui ont de moins en moins de structure locales et où la lutte interne est aujourd’hui peu saillante — entre des fédérations aux prises dans les luttes et négociations avec le patronat de branche, et développant des réflexions de classe voire l’adhésion à la Fédération syndicale mondiale (FSM), et des unions départementales et locales bien plus enclines au conservatisme et à la continuité des politiques syndicales issues de l’adhésion de la CGT à la Confédération européenne des syndicats (CES), véritable courroie de transmission syndicale des politiques issues des traités européistes. Nous dessinons à gros traits cette fracture que peu ont remarquée, et qui n’est évidemment pas aussi nette que cela. Le cas de l’Union départementale des Bouche-du-Rhône, adhérente à la FSM et fer de lance de la contestation interne à la CGT en 2023 pourrait démentir ce que nous avançons, quoi que les récents putschs internes qu’a vécus cette UD prouveraient au contraire qu’elle n’était pas si solide que cela.

Les causes sont à chercher, me semble-t-il justement, dans le fait que les fédérations de branche ont un rôle de premier plan, que ce soit pour la collaboration de classe ou pour mener la lutte des classes, dans les négociations nationales « paritaires » entre syndicats de salariés et syndicats patronaux. C’est le travail et son organisation à l’échelle nationale, comme le quotidien de millions de travailleurs, qui sont directement impactés par ce qui ressort de ces négociations et luttes de branche. Les discussions sont techniques et âpres, les rapports de force politiques subtils.

Loin de tout cela les unions départementales et locales, perdant petit à petit leur rôle d’échelon davantage logistique qui servait à coordonner localement la diffusion des appels, des analyses et des positions de l’Etat-major syndical de classe et d’impulser en conséquence les évènements et manifestations syndicales en tous genres, lui ont préféré, dans l’élan de l’intégration de la CGT aux institutions de l’Etat et à la déroute mondiale du camp socialiste des années 90, celui d’une organisation syndicalo-politique locale où se jouent de piètres rapports de forces entre militants de gauche, « communistes », anarchistes et trotskistes locaux. Ces « unions », plutôt que de cultiver ce rôle de plateforme locale logistique et évènementielle pour les syndiqués d’une même confédération — en s’appuyant pour fonctionner sur les meilleurs syndicalistes ayant démontré leurs capacités organisationnelles et de luttes —, captent aujourd’hui, dans le contexte de faible syndicalisation que nous connaissons, des syndicalistes déjà peu nombreux et qui auraient fort à faire dans leur propre entreprise ou service public. Cette « activité syndicale » sort finalement de l’entreprise. Le militant représente son syndicat mais ne construit aucune action dans son domaine ni à fortiori en s’appuyant sur la littérature professionnelle de sa branche. Il ne gagne pas une once de confiance auprès de ses collègues, s’impose en conséquence des difficultés même à mener des élections professionnelles avec son syndicat qui, s’il les gagnait, permettrait d’améliorer la représentativité de sa fédération dans les négociations paritaires nationales.

Ici et là on me rétorquera que tel secrétaire d’union locale est pourtant combatif, que d’importants enjeux liés à un prochain congrès se jouent dans cette union départementale. Fort bien ! Ce secrétaire d’union locale combatif, sans doute hyperactif et sur tous les fronts, a-t-il permis l’organisation combative et le renforcement combatif de sections syndicales tout aussi combatives sur son territoire en oeuvrant à la diffusion d’appels combatifs et de textes d’analyses combatifs ? Et ce prochain congrès, pour lequel se jouent de formidables enjeux dans cette union départementale, sera-t-il tourné vers le monde du travail ou vers le règlement temporaire de positionnements politiques entre militants politiques ?

Ce que je veux dire — et j’y reviendrai ensuite plus largement en traitant du travail que nous avons à mener sur tous ces sujets — c’est que ces structures locales et départementales, si non seulement elles ne jouent pas leur rôle prioritaire de relais logistique et évènementiel auprès des syndicats de leurs territoires respectifs, mais qu’elles se prêtent, le plus souvent sous l’égide d’un « PCF » local plus enclin à ménager ses accords avec la mairie PS qu’à s’ancrer dans le monde du travail, à sur-jouer les champs de bataille politique, et que de surcroit nous-même nous nous prêtons avec trop d’énergie à ces luttes desquelles sont d’office exclus les travailleurs, alors c’est que nous participons nous-même à faire perdre du temps au monde du travail et à la classe ouvrière. Vous l’aurez compris, il n’est pas question ici de braquer les camarades engagés en parallèle dans le monde syndical, mais plutôt de les aider à définir leur travail. Et sur ce sujet, la bataille politique qui vaut le coup d’être menée dans ces structures consiste à les remettre, avec l’appui des salariés instruits de la bonne utilité et nécessité de ces unions, sur les rails de leur raison d’être pour qu’enfin elles ne soient plus des concurrentes des fédérations de branche mais bien des appuis logistiques locaux à l’action syndicale de classe et aux travailleurs.

Notre rôle au quotidien

Les militants communistes ouvriers, salariés et agents du secteur public, cherchant comme tous leurs camarades et en tous domaines à gagner la confiance des travailleurs et des citoyens et à s’ériger partout en « chefs » de masse, défendant et diffusant les idées, analyses et programmes politiques construits démocratiquement par le Parti — qui reste à reconstruire en France — ; mais oeuvrant aussi avec énergie à articuler, et non confondre, luttes syndicales et ancrage communiste dans le monde du travail, ont donc aujourd’hui une quintuple « besogne » :

  1. Dénoncer et combattre le dévoiement fonctionnel et politique des unions locales et départementales par ceux qui jouent davantage le rôle de contremaître du « syndicalisme rassemblé » (rassemblé derrière la collaboration de classe) que celui de coordinateur, d’amplificateur et d’unificateur des luttes ouvrières et salariales.
  2. Lire, connaître, étudier, diffuser et critiquer, dans leur syndicat — quel qu’il soit — mais aussi auprès des collègues, la presse, les analyses et les revendications fédérales de branche. Celles-ci doivent prendre le pas sur la mauvaise habitude d’élever au rang de revendications d’importance capitale nécessitant tracts, débrayages, grèves et aide extérieure, des demandes de salariés que l’intervention directe du délégué syndical normalement constitué aurait déjà réglées. Pas de perte de temps ! Il nous faut élever aux enjeux nationaux et internationaux, à l’organisation du travail à l’échelle nationale et internationale, l’ensemble du monde du travail et de la classe ouvrière, et non dévaluer nos objectifs.
  3. Renforcer l’action et l’aura de leur syndicalisme sur la base de ce travail, mêlant agitation de masse sur les questions brûlantes et propagande communiste auprès des travailleurs les plus conscients.
  4. Rassembler les éléments communistes de l’entreprise — ou d’une zone industrielle/artisanale si l’occasion se présente et que cela permet un travail « inter-entreprise » pertinent — en cellule active leur permettant de coordonner leurs actions, leurs positions et d’oeuvrer efficacement à l’unité syndicale de classe que veulent et dont ont besoin les travailleurs, conscients des retards qu’ont provoqués les divisions syndicales largement encouragées par le patronat lui-même et les syndicats jaunes qui ne veulent pas de troubles.
  5. Oeuvrer à gagner la direction syndicale de classe unifiée et à la subordonner à l’OCF dans le cadre de la reconstruction du Parti.

Ce qu’il importe en tous points, et c’est là l’essence de notre programme, pour neutraliser les syndicalistes corrompus par les miettes du Capital financier, pour en finir avec la division syndicale et pour élever le degré de conscience de classe des travailleurs, c’est de ne souffrir d’aucune honte, d’aucune timidité ni d’aucun mépris pour intervenir directement et le plus souplement du monde auprès de ces derniers. Car les agents corrompus de la classe ouvrière et du monde du travail sont les pires renards qui puissent exister. Leur bonhommie, leur ancienneté dans l’entreprise et leur sens populiste du contact trompent sans cesse quantité de salariés qui se font convaincre qu’un recul de leur pouvoir d’achat est toujours mieux que plus de pouvoir d’achat du tout. Car de tous nos travaux « syndicaux » et de lutte pour la conquête du pouvoir par les travailleurs, aucun ne saurait se faire… sans les travailleurs, classe ouvrière en tête. C’est en eux que se trouvent les ressources nécessaires permettant à la direction révolutionnaire — le Parti, un pas mais seulement un pas devant les masses — d’établir, par l’apport de la théorie révolutionnaire, une direction stratégique au mouvement révolutionnaire et d’esquiver les mille et un pièges et obstacles qui se dressent devant nous :

  1. En oeuvrant avec énergie à être les « meilleurs salariés », de ceux qui connaissent et pratiquent à bien leur métier et dans les règles de l’art, les militants communistes se prémunissent ainsi d’attaques faciles de la part de leur direction patronale et de sanctions en tous genres qui viennent pénaliser la vie quotidienne.
  2. En diffusant, en critiquant ouvertement si nécessaire, en convainquant et en échangeant avec les travailleurs sur les revendications en cours dans leur activité et quant à leurs enjeux nationaux — voire internationaux —, alors on s’ancre dans la classe ouvrière et le monde du travail, on gagne la sympathie, le respect et la confiance des salariés contre les mensonges des « aristocrates ouvriers » qui visent les militants révolutionnaires. De même en sachant diffuser les mots d’ordre du Parti en lien avec l’actualité nationale et internationale qui intéresse les travailleurs.
  3. Fort de cette confiance et cherchant à connaître le maximum de salariés, gagnant de plus en plus de terrain sur ces « aristocrates ouvriers » et ne donnant plus aucune prise à leurs mensonges, les militants communistes — coordonnés en cellule s’ils sont plusieurs —, dans leurs syndicats respectifs, peuvent et doivent encourager la syndicalisation sur la base de leur propre discours défendant l’unité syndicale, les revendications de branche les plus pertinentes, ainsi que la bonne intelligence face aux pratiques bureaucratiques pour régler les problèmes locaux les plus dérisoires — et pas seulement, tant les dérives bureaucratiques font perdre un temps précieux, de l’énergie et surtout de la crédibilité aux communistes qui s’y frottent (l’auteur de ces lignes en sait quelque chose) et qui pensent nécessaire de rendre compte par un formulaire dédié de la moindre activité, s’attelant davantage à mettre sur plan des structures qui ne verront jamais le jour faute de prendre ce temps pour convaincre des paires de bras et des cervelles fraiches et disponibles, et au final consignant un document d’autocritique qui n’ouvre pas la voie à la fin des pratiques bureaucratiques mais bien à leur continuité, puisque le problème n’est pas le bureaucratisme mais seulement les mauvais ajustements du plan précédent…
  4. Chemin faisant les syndicalistes jaunes, refusant l’unité syndicale qu’appellent pourtant de leurs voeux la masse des travailleurs dans toutes les entreprises, seront désavoués et les militants communistes auront alors un boulevard pour prendre la direction d’un syndicalisme unifié et plus fort au sein de l’entreprise, mais aussi au sein de la fédération et même de la ville où, gagnant en poids, il devient plus aisé de bouter les comportements opportunistes et anarchistes en tous genres des unions locales et départementales, qui sont à la racine de leurs dévoiements. Ainsi s’ouvrira la voie d’une redéfinition révolutionnaire de ces outils locaux devant servir à la coordination et à la montée en puissance des luttes sur le territoire, et plus à quelques militants politiques de trouver une assise et une activité, certes parfois louable, mais n’ayant d’autres finalités fort peu révolutionnaires que de passer le temps.

Voilà le plan d’action que je soumets à la réflexion de l’ensemble de l’organisation, afin d’affiner progressivement, par la pratique militante puis par le retour critique d’expérience, notre travail de communiste dans les syndicats, dans les luttes syndicales, et en entreprise. Il en va de l’ancrage et de l’aura de notre organisation dans le monde du travail, ainsi que de la diffusion et de la montée en puissance dans notre pays du mot d’ordre de « Sortie de l’Union européenne, de l’euro, de l’OTAN et du capitalisme », véritable levier révolutionnaire permettant d’établir un rapport de force nécessaire contre l’Etat, l’UE, l’euro, l’OTAN et la mondialisation capitaliste, rapport de force dont la principale ressource se trouve dans ce monde du travail et à fortiori dans la classe ouvrière qu’il nous faut tirer vers le haut. la principale ressource se trouve dans ce monde du travail et à fortiori dans la classe ouvrière qu’il nous faut tirer vers le haut.

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