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Lordon accuse Mathieu Pigasse de préparer un poste de ministre dans un gouvernement LFI

par JdM | | Brèves | 2 commentaires

France | Présidentielle 2027

Dans une tribune publiée par Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon dénonce les ambitions politiques de Mathieu Pigasse. Le banquier d’affaires s’était installé dans le paysage médiatique comme un candidat pour réaliser la fameuse union des gauches à la présidentielle. Selon Frédéric Lordon, il révèle maintenant son véritable objectif.

Lordon décrit une stratégie en quatre phases : de l’amuseur radiophonique au « présidentiable » de pacotille, puis au « ministrable » et enfin au « ministré réel ». Le financier, propriétaire de la banque Lazard et actionnaire de médias, se présenterait comme le « truchement » indispensable entre LFI et le patronat, celui qui saura parler le langage du capital pour rassurer les milieux d’affaires. « Ministre du truchement, on ne le dira pas comme ça mais ce sera la réalité », écrit Lordon.

Lordon va plus loin : ce poste ne serait qu’une étape. Pigasse préparerait déjà l’après-2032, envisageant de quitter le gouvernement après deux ans pour revenir en « présidentiable sérieux » – celui qui a fait ses preuves aux côtés du capital avant de regagner les rangs de la droite « raisonnable ».

Ce n’est pas la première fois que Mathieu Pigasse, ancien conseiller du gouvernement grec pour la restructuration de sa dette, suscite la méfiance à gauche : en 2010 puis en 2015, il a été impliqué dans les plans d’austérité contre la Grèce. Le banquier est également intervenu au Venezuela pour restructurer une dette estimée entre 170 et 200 milliards de dollars, une mission qui lui a valu des accusations d’accointance avec l’administration Trump, dont il se défend.

Pour Lordon, le parcours de Pigasse illustre la porosité entre la finance et la politique : « Du capital financier au sommet de l’État : un raccourci de l’époque ».


Pour lire le billet de Lordon : https://blog.mondediplo.net/mathieu-pigasse-porte-beau

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2 Commentaires

  1. Lafleur

    Je trouve l’analyse de Lordon intéressante parce qu’elle met le doigt sur une contradiction réelle : celle de la porosité entre le capital financier, les médias et le pouvoir politique. En revanche, je serais plus prudent sur la personnalisation autour de Pigasse et surtout sur les scénarios à l’horizon 2032.

    Ce qui me paraît beaucoup plus important est ce que cette affaire révèle du rapport entre LFI et le capital.

    Car l’ambiguïté de LFI ne réside pas simplement dans le fait qu’un banquier puisse éventuellement se retrouver proche d’un futur gouvernement. Elle tient à une question beaucoup plus structurelle : une force politique peut-elle prétendre rompre avec les politiques néolibérales sans transformer les rapports de pouvoir qui permettent au capital de peser sur les décisions publiques ?

    Un gouvernement peut être élu sur un programme de rupture et se retrouver dès le lendemain confronté au capital financier, aux grands groupes, aux marchés, à la haute administration, aux institutions européennes et aux rapports de dépendance économique.

    La question décisive n’est donc pas seulement de savoir qui sera ministre, mais quels pouvoirs économiques, sociaux et institutionnels le gouvernement sera capable de conquérir pour appliquer son programme.

    Or, vous appelez à voter Mélenchon en 2027 tout en défendant la rupture avec l’Union européenne et la perspective socialiste. Je comprends cette articulation comme une distinction entre un choix électoral tactique et une stratégie de transformation qui ne se réduit pas à l’élection. Mais alors, il me semble que la question du lendemain de la victoire devrait être posée dès maintenant.

    Si une victoire de Mélenchon constitue un point d’appui pour la rupture, comment empêcher que le capital récupère les capacités de décision que le vote populaire aura permis de conquérir ? Comment éviter qu’une partie de la bourgeoisie financière ne devienne précisément l’intermédiaire permettant de rendre la rupture compatible avec les intérêts du capital ?

    Comment sortir notre peuple d’une nouvelle désillusion sociale-démocrate et populiste?

    Pourquoi enfiler à nouveau la chemise sale proposée par Mélenchon avec toutes ses ambiguïtés particulièrement de ses Vieux ?

    Et je crois qu’il faut aller plus loin encore : le Frexit ne peut pas, à lui seul, constituer la réponse à cette contradiction. La sortie de l’Union européenne peut permettre de récupérer des marges de souveraineté monétaire, budgétaire, industrielle ou commerciale. Mais elle ne supprime ni le capital financier, ni les multinationales, ni la propriété privée des moyens de production, ni le pouvoir du crédit, ni la lutte de classes.

    Autrement dit : sortir de l’UE peut être une condition de la reconquête de pouvoirs ; cela ne constitue pas encore la conquête du pouvoir économique par le travail. Cela n’est pas du tout le programme LFI depuis 2019.

    C’est précisément là que je vois une question commune entre l’OCF, le PCF et, plus largement, toutes les forces communistes : que faisons-nous des capacités de souveraineté ou d’autonomie reconquises ?

    Si nous voulons réellement ouvrir une transition socialiste pour des jours heureux, comme le propose le PCF, il faut dès lors réfléchir aux instruments : contrôle public du crédit, pôles publics, conditionnement des aides aux entreprises, droits nouveaux des salariés dans les entreprises, planification démocratique, maîtrise publique de l’énergie, des transports et de l’eau, sécurité de l’emploi et de la formation, nouvelles formes de pouvoir populaire et territorial. Vous devriez être plus proche de ça que de la LFI 2026.

    C’est peut-être là que la notion de « communisme de conquête » peut apporter quelque chose au débat. Il ne s’agit pas d’attendre une rupture globale et abstraite, mais de conquérir progressivement des pouvoirs réels, de modifier les rapports de forces et de rendre les transformations cumulatives et durables. Et cela passe par de la formation et un double ancrage fort.

    La question que pose l’affaire Pigasse pourrait donc être beaucoup plus féconde que « qui sera ministre en 2027 ? » :

    Comment faire pour qu’une victoire électorale contre les politiques néolibérales ne se transforme pas en simple changement de gouvernement, mais devienne le point de départ d’une conquête durable de pouvoirs par le monde du travail et la population ?

    Et c’est précisément sur ce point que j’aimerais beaucoup connaître la réflexion de l’OCF. Non pas pour remettre en cause votre choix tactique de 2027, mais parce que si nous considérons réellement que cette échéance peut ouvrir une crise politique permettant une rupture, il faut aussi penser les forces sociales, les institutions et les organisations capables de transformer cette crise en transition socialiste.

    À mon sens, c’est là que se trouve le véritable enjeu : ne pas seulement gagner une élection, ne pas seulement sortir de l’UE, mais conquérir les conditions matérielles et institutionnelles permettant au peuple de France de décider réellement de l’usage de cette autonomie retrouvée par l’exercice de la souveraineté populaire et contre le Capital.

    Répondre

    1. Jonas

      Je suis d'accord avec le commentaire précédent que fera l'OCF si JLM est élu ?
      Formation de comités de soutien populaire à la révolution citoyenne ?

      Répondre

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