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Encore un déchaînement de panique raciste dans les médias

par | Avr 10, 2026 | Actualités nationales | 2 commentaires

L’élection dès le premier tour, à la mairie de Saint-Denis (93), d’un candidat LFI, déjà, mais surtout afrodescendant, a été l’occasion d’un nouveau déchaînement de racisme décomplexé de la part des petits soldats médiatiques, éditorialistes et autres scribouillards de la bourgeoisie réactionnaire.

De nombreuses compilations de cette séquence qui est une preuve de plus de la fascisation des soi-disant « élites » circulent sur le net. Si l’on est guère surpris du niveau, il ne faudrait pas non plus s’habituer à ces manifestations d’une destruction de la raison encore (et toujours) recommencée ; du reste, d’aucuns auront peut-être manqué l’épisode, ou préfèrent l’écrit. Alors,

Petit florilège

On commence fort avec une bonne vieille infox. Née dans la fachosphère en ligne, elle n’en a pas moins été reprise allègrement, et vite encore avant que les plus élémentaires vérifications n’aient accompli ce que le simple bon sens aurait suffi à suggérer. Car en réponse à une question portant sur le fait qu’il devenait maire de la « ville des Rois » (il serait déjà bien instructif de vérifier si cette question avait été posée à ses prédécesseurs…), Bally Bagayoko aurait répondu : « c’est maintenant la ville des Noirs »… Improbable ? Pas que, puisqu’on entend clairement, dans l’extrait original, l’intéressé répondre : « la ville des rois et du peuple vivant ». Toute honte bue, Apoline de Malherbe n’hésitera pas le lendemain à questionner l’édile sur cette pseudo-citation. Du grand professionnalisme.

Sur LCI, puisque manifestement les médias privés d’extrême droite ne suffisent plus, petite blagounette de fin de (certains) repas trop arrosés :

C. Barbier : « – Quel symbole ! La ville des rois !

Une voix hors-champ : « – Ca a bien changé depuis. »

(Sourire entendu du décidément très courageux Darius Rochebin.)

BFMTV, quant à eux, avaient semble-t-il jugé indispensable d’inviter un obscur scribouillard de Valeurs Actuelles pour questionner Mr Bagayoko. L’occasion d’une petite démonstration des fantasmes angoissés de la réaction sur les banlieues, à savoir : noir + gauche + Saint-Denis = dealers. Le tout sur un mode insinuant – ce serait dommage d’assumer – il-paraît-que-peut-être-on-a-vu-des-incitations-louches-à-voter-ou-à-faire-des-procurations etc. Pour finir : « Vous êtes dans la main de qui Monsieur le Maire ? ».

Finissons ce florilège en franchissant un pas de plus dans l’abjection et, sans éxagérer, vers le nazisme. Sur Europe 1, on a ainsi pu voir un ancien du GUD disserter sur…la pureté du sang de Jean-Luc Mélenchon. In extenso : « Il est natif de Tanger au Maroc, il est né de parents espagnol et italiens, donc il faut toujours garder en tête le fait que Jean-Luc Mélenchon n’a pas une goutte de sang français. » Comme dit, pas besoin d’éxagérer…

Bally Bagayoko © Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA

Aveux et enseignements

De ce marécage visqueux il y a néanmoins quelques enseignements à tirer, voire de simples aveux, car dans la panique on ne se contrôle parfois plus. C’est le journaliste politique à Cnews Yohann Usai qui vend les mèches – il faut dire que ce n’est pas le plus affûté de ce tiroir de couteaux à beurre.

« Bally Bagayoko a dit qu’il ne voulait pas gentrifier Saint-Denis, en gros qu’il n’y voulait pas de blancs. » On espère que ça va mieux en le disant ! Donc : 1) les discriminations sociales et raciales se recoupent et 2) c’est un état de fait tout à fait conforme à leur vision du monde.

Un peu plus tard, il tente de remettre au goût du jour un concept (c’est beaucoup dire) un peu passé de mode depuis la disparition politique d’Eric Zemmour : « Il faut un message clair aux étrangers qui voudraient venir en France : vous n’êtes pas les bienvenus. Nous n’avons plus les capacités d’assimiler, l’assimilation ne se fait plus. » [1] Mais oui mais oui, la fameuse « assimilation ». Celle que Zemmour adore brandir pour faire retomber la responsabilité des discriminations sur les discriminés eux-mêmes. Éternelle sommation à atteindre un but inatteignable ; une arnaque pure et simple depuis l’époque coloniale. En l’occurance, si quelqu’un correspond plutôt bien à la notice standard de l’« assimilation », c’est Bally Bagayoko : Diplômé en géopolitique à Paris-VIII, Master en Sciences et Techniques, ancien sportif de haut niveau, cadre dans le public, actif dans le milieu associatif, etc. Même pas un soupçon d’accent ! Mais il est de gauche, et maintenant maire, c’est déjà trop.

Comme clamé par l’inévitable Finkelkraut (devant un A. Corbière très courtois…) : « Vous êtes en France, certains parmi vous sont français, c’est une responsabilité, vous devez de la gratitude à la France. » Traduction : le boût du boût de l’injonction à l’assimilation c’est : pas de critiques, pas de revendications, pas de luttes. En somme, la soumission.

Nous verrons dans les mois qui viennent si cette fumisterie qu’est l’assimilation s’invite de nouveau dans le débat public. Mais l’accélération de l’Histoire au niveau mondial, c’est à dire la remise en cause de tous côtés de l’impérialisme US-OTAN-UE et son affaiblissement, tout cela rend nécessaire pour les classes dominantes de passer à une radicalisation tous azimuts des diverses haines irrationnelles qui empoisonnent l’Europe depuis les débuts de la conquête coloniale.

Agenda impérialiste oblige, l’islamophobie avait depuis quelque temps pris toute la place, faisant presqu’oublier les charmes désuets et coloniaux de la négrophobie… Qu’on se rassure les fondamentaux sont toujours bien ancrés. On a beaucoup parlé de la non-dénazification de la France après 1945, mais les mêmes logiques ont prévalu pendant toute la période de décolonisation, et toutes les bandes de barbouzes parties en Indochine puis en Algérie et enfin en Afrique sudsaharienne combattre les indépendances et « défendre la civilisation blanche » (oui, déjà à l’époque) ont pu gentiment regagner le pays et reprendre une vie civile. Pour les plus fanatisés ou les moins malins (l’un n’excluant pas l’autre), ce fût immédiatemment l’engagement politique à l’extrême droite. D’autres plus stratèges surent se faire discrets pour mieux assurer la reproduction idéologique, qui dans les bureaux de rédaction, qui dans les cabinets de conseil, qui à la caserne ou encore au commissariat. La France étant depuis lors restée fermement insérée dans le système capitaliste-impérialiste mondial, le ménage avait peu de chances d’être fait ; l’OTAN du reste, qui depuis sa création a couvé en son sein les pires engences fascistes voire d’authentiques nazis, ne donnait pas un très bon exemple.

Dans ces conditions, la double crise du capitalisme et de l’impérialisme ne pouvait que faire ressurgir dans les grandes largeurs les vieux démons du racisme et du suprémacisme européen/blanc (dont le sionisme n’est d’ailleurs qu’un cas particulier). Et ils ont du pain sur la planche : entraver la conscience unitaire des travailleurs certes, mais aussi faire accepter les actions de l’impérialisme voire y faire adhérer, et faire accepter l’austérité et l’état de pénurie latent en faisant miroiter l’amortissement de leurs effets par la « préférence nationale ». En revanche, la tâche risque d’être un peu plus compliquée qu’au début du siècle dernier. A l’intérieur, les populations racisées sont plus importantes que la population juive de l’époque (qui jouait le même rôle de punching ball) ; à l’extérieur, les anciens peuples coloniaux sont, disons, mieux équipés… D’où peut-être une certaine fébrilité.

Les deux jambes de la fascisation

Il peut être instructif de mettre cette séquence en relation avec celle qui s’est conclue par l’adoption du budget Lecornu au mois de Janvier. Budget extrêmement brutal pour tous les secteurs de la vie nationale – hormis l’armement et les profits des monopoles bien entendu – Education, Santé, Culture, et tous les services publics. Budget qui a pu être décrété, rappellons-le, avec le consentement bienveillant du Parti Socialiste. Ces deux séquences constituent ainsi une foulée du processus de fascisation en marche. La fascisation avance sous nos yeux sur ces deux jambes : d’une part la guerre au salaire et l’austérité, de l’autre la propagation de moins en moins réprimée des haines irrationnelles et autre conceptions réactionnaires sur les rapports humains. Stopper ce processus, c’est entraver ces deux jambes, tous ensemble en même temps !

Hubbard


[1] – N’oublions pas le contexte ! Ces paroles venaient commenter une vidéo montrant….Bally Bagayoko porté en triomphe par son équipe. Brrrr.

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2 Commentaires

  1. GHERARDI épouse LEONARD

    Ces attitudes ethnocentristes pour préserver son travail et ses petits privilèges, en particulier envers les étranger leur refusant leur religion et parfois même certains droits civiques, ouvrant les portes de l’injustice et de l’exploitation, du travail dissimulé au bénéfice d’un système néolibéralisme .
    Ce protectionniste est le syndrome d’individus manquant de confiance en eux et permettant l’exploitation des plus vulnérables. Les êtres humains n’ont pas uniquement besoin de manger et de dormir mais de protégé leur communauté.
    Ces individus ethnocentriques sont souvent à la recherche d’un dépaysement exotique pendant leurs loisirs, voyages, repas … Aujourd’hui le monde à les yeux rivés sur la chute de ce système.

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  2. jonas

    Je ne comprend pas cette charge contre l’assimilation. Bien sur l’injonction à l’assimilation est déplacée mais il n’existe que deux modèles pour intégrer les immigrants: l’assimilation républicaine et le communautarisme anglo-saxon.

    En tant que communistes français je pense que nous devrions défendre le premier.

    Réponse

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