Les résultats du vote interne pour choisir la base commune du 40e congrès du Parti communiste français sont tombés. Sans surprise, le texte du Conseil national, Un communisme de conquêtes, arrive largement en tête avec 14 810 voix, soit 61,38 % des suffrages exprimés. Il devient donc la base commune de discussion du congrès national qui se tiendra à Lille les 3, 4 et 5 juillet.
La direction du PCF peut évidemment revendiquer une victoire nette. Mais elle aurait tort d’y voir un plébiscite. Derrière le score majoritaire du texte rousseliste, le scrutin révèle au contraire plusieurs fragilités : une participation correcte mais loin d’être écrasante, un parti qui continue de perdre des cotisants, une opposition frontiste bien installée et des courants de reconstruction idéologique encore très minoritaires.

afp.com/Nicolas TUCAT
Une victoire nette, mais pas un plébiscite
Sur 37 288 communistes inscrits, 24 608 ont pris part au vote, soit 65,99 % de participation. 24 127 suffrages exprimés ont été recensés, après 481 bulletins blancs ou nuls. La participation est réelle, même pour un scrutin interne. Elle témoigne d’un parti qui débat encore, qui vote encore, qui reste traversé par des débats politiques importants.
Mais il faut savoir lire les chiffres jusqu’au bout. Un communisme de conquêtes obtient 61,38 % des exprimés. C’est une majorité large. Mais rapporté à l’ensemble des inscrits, le texte de la direction rassemble 14 810 voix sur 37 288 cotisants appelés à voter, soit environ 40 % du corps électoral interne.
Autrement dit : le rousselisme gagne nettement dans le parti votant, mais il ne mobilise pas majoritairement l’ensemble du parti inscrit. La nuance est importante. Elle interdit de transformer cette victoire en adhésion massive et enthousiaste de tout le PCF à la ligne de la direction.
D’autant que le score est en net recul par rapport au congrès précédent, où la base commune avait obtenu un résultat beaucoup plus massif, autour de 82 % selon plusieurs rappels militants. Même si les configurations de congrès ne sont jamais parfaitement comparables, Fabien Roussel et sa direction ne règnent plus sur un bloc interne incontesté.
Le rousselisme garde l’appareil
Le premier enseignement du scrutin est simple : le rousselisme reste majoritaire. Le texte de la direction s’impose dans la plupart des fédérations et domine très largement dans plusieurs bastions historiques du PCF.
C’est particulièrement net dans le Pas-de-Calais, où Un communisme de conquêtes dépasse 93% des suffrages exprimés. Le Nord, les Bouches-du-Rhône, l’Allier, la Haute-Garonne ou encore le Puy-de-Dôme confirment également la solidité de l’appareil rousseliste dans une partie du vieux PCF fédéral, municipal et populaire.
Cette géographie confirme que la ligne de la direction repose sur des fédérations structurées, des réseaux d’élus, des cadres partisans, des militants attachés à l’autonomie du PCF et à la réaffirmation d’un discours sur le travail, l’industrie, les services publics, la souveraineté et la paix.
C’est la force du rousselisme, mais c’est aussi sa limite. Le rousselisme veut sauver le PCF comme appareil autonome sans aller jusqu’à reconstruire un véritable parti communiste de classe. Il parle du « monde du travail », mais rarement du prolétariat. Il parle de « conquête des pouvoirs », mais pas clairement de prise du pouvoir. Il parle de socialisme, mais dans un cadre républicain et institutionnel. Il critique l’OTAN et l’Union européenne, mais sans poser jusqu’au bout les conditions d’une rupture anti-impérialiste conséquente.
La direction gagne donc. Mais elle gagne sur une ligne de stabilisation, pas de reconstruction révolutionnaire.
Les frontistes deviennent la principale opposition
Le deuxième enseignement est tout aussi important : le texte Pour battre l’extrême droite et ouvrir l’espoir – Communistes à l’offensive s’impose comme la principale opposition interne. Avec 6 117 voix, soit 25,35 % des exprimés, il rassemble un quart du parti votant. C’est loin d’être marginal.
Il faut donc parler avec précision. Ce courant n’est pas d’abord une opposition marxiste au rousselisme. Il s’agit d’un courant « frontiste » : priorité au rassemblement de la gauche, au Nouveau Front populaire, à l’unité antifasciste, à une stratégie de type union de la gauche pour 2027.
Ce courant est particulièrement fort dans certaines fédérations urbaines et en Île-de-France. Son résultat le plus spectaculaire se trouve en Seine-Saint-Denis, où Communistes à l’offensive arrive très largement en tête avec plus de 65 % des exprimés. Ce n’est évidemment pas un hasard. Cette sensibilité s’appuie sur des élus et des réseaux de la banlieue rouge, dont Stéphane Peu est l’une des figures les plus visibles.
Le cas de Stéphane Peu illustre bien la ligne frontiste : maintenir le PCF dans une dynamique de front large, travailler au rassemblement avec les autres forces de gauche, et relativiser la nécessité d’une candidature communiste autonome lorsque l’urgence électorale paraît imposer l’unité. Ce courant ne veut pas nécessairement liquider formellement le PCF. Mais sa logique politique tend à subordonner l’indépendance communiste à la recomposition de la gauche.
Le scrutin confirme donc la contradiction principale du congrès : le principal adversaire interne du rousselisme n’est pas une ligne de classe révolutionnaire, mais le retour de la stratégie frontiste. Le duel central n’oppose pas réforme et révolution. Il oppose deux formes d’adaptation : l’autonomie institutionnelle rousseliste d’un côté, le réarrimage à l’union de la gauche derrière LFI de l’autre.
Les courants de reconstruction restent faibles
Les deux autres textes obtiennent des scores nettement plus modestes.
Stratégie Communiste – La lutte des classes comme boussole, le socialisme comme programme rassemble 1 833 voix, soit 7,60 % des exprimés. Pour un texte outsider, plus jeune, moins adossé aux grands réseaux d’élus, ce n’est pas négligeable. Il confirme l’existence d’un courant qui remet sur la table les questions du parti de classe, de la formation idéologique, de l’implantation dans les entreprises, de la lutte des classes, de l’État et du socialisme.
Mais le résultat reste faible. Stratégie Communiste ne pèse pas encore nationalement comme une alternative organisée. Il dispose de poches locales intéressantes, notamment à Paris ou dans quelques fédérations où son score dépasse nettement sa moyenne nationale, mais il ne structure pas le rapport de force général.
Résister et construire, une nouvelle page du communisme recueille 1 367 voix, soit 5,67 %. Ce score confirme l’affaiblissement du courant eurocommuniste-économiste, attaché au secteur économique du PCF, à l’héritage Boccara, à la bataille sur l’argent, à la sécurité d’emploi et de formation, aux nationalisations et aux « pouvoirs nouveaux » des travailleurs. Cette sensibilité conserve une densité théorique réelle, mais elle apparaît aujourd’hui marginalisée.
À eux deux, Stratégie Communiste et Résister et construire ne totalisent que 13,27 % des suffrages exprimés. C’est peu. Cela signifie que les textes qui posaient le plus directement les questions de fond — nature du parti, rapport à l’État, socialisme, impérialisme, Union européenne, formation marxiste — restent périphériques.
Le PCF débat donc, mais le débat dominant reste enfermé dans une alternative limitée : stabiliser le rousselisme ou revenir au frontisme.
Un parti qui continue de se rétrécir
Le résultat doit enfin être replacé dans une tendance lourde : le PCF continue de perdre des cotisants.
Le nombre d’inscrits aux scrutins internes est passé de 69 227 en 2011 à 37 288 en 2026. Cela représente une baisse d’environ 46 % en quinze ans. Même depuis 2023, où le parti comptait 40 591 inscrits, le recul se poursuit. La visibilité médiatique retrouvée sous Fabien Roussel n’a donc pas inversé la crise terminale du PCF.
C’est un point décisif. Un parti peut gagner un vote interne tout en continuant de perdre sa base réelle. C’est précisément le paradoxe du PCF actuel : il débat, il vote, il produit des textes, il maintient un appareil, mais il continue de se contracter socialement.
Cette tendance relativise fortement la victoire de la direction. Le rousselisme conserve le contrôle du parti, mais dans un parti plus petit qu’hier. Il a permis au PCF de redevenir visible, mais pas de redevenir massivement implanté. Il a réaffirmé l’autonomie du parti, mais pas reconstruit son enracinement de classe.
Le congrès de Lille ne réglera donc probablement pas la crise stratégique du PCF. Il confirmera une majorité. Il organisera des compromis. Il répartira des places. Mais la question décisive restera posée : le PCF veut-il seulement survivre comme force autonome de la gauche française, ou redevenir un véritable parti communiste, implanté dans la classe ouvrière, formé idéologiquement, discipliné, anti-impérialiste et tourné vers la conquête du pouvoir ?
Le rousselisme conserve le PCF. Mais conserver le PCF n’est pas reconstruire un parti communiste.
Un camarade












0 commentaires