Le projet de holding de l’audiovisuel public ne sera pas inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Faute de majorité suffisante et en l’absence du soutien nécessaire pour en assurer l’examen, le texte porté par le gouvernement (et plus particulièrement la ministre Dati) est, pour l’heure, mis de côté.
Ce recul constitue un sursis pour l’audiovisuel public. Il est le fruit de près de deux années de mobilisation des salariés du secteur et de leurs organisations syndicales, au premier rang desquelles la CGT, qui ont multiplié les initiatives, les argumentaires, les interpellations de parlementaires et les mobilisations pour empêcher la mise en place de cette réforme.
Il ne s’agit pas d’un abandon définitif, mais d’un coup d’arrêt imposé par le rapport de force.

Une réforme lourde de conséquences
Présenté comme une mesure de « simplification » et de « cohérence », le projet visait à regrouper sous une direction unique France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA. En réalité, cette holding aurait concentré un pouvoir considérable entre les mains d’un PDG unique nommé par le chef de l’Etat, renforçant mécaniquement la dépendance de l’ensemble de l’audiovisuel public à l’exécutif.
Derrière la réorganisation administrative se profilait également une nouvelle phase de restrictions budgétaires. Fusion de structures, mutualisations forcées, suppressions de postes, fermetures de bureaux locaux : la logique de « rationalisation » signifiait concrètement la réduction des moyens humains et matériels.
Depuis des années, les gouvernements successifs affaiblissent progressivement le financement de l’audiovisuel public. Au nom de la maîtrise des dépenses publiques et des contraintes fixées par les traités européens, les services publics sont sommés de se restructurer, de se concentrer, de se « moderniser » — c’est-à-dire, bien souvent, de réduire leur périmètre. Cette orientation répond à une logique plus large de mise en concurrence et d’ouverture aux intérêts privés, au bénéfice de la grande bourgeoisie médiatique et financière.
Un enjeu démocratique dans un contexte de tensions accrues
Au-delà des questions sociales et budgétaires, la création d’une holding unique posait un problème démocratique majeur.
Concentrer l’ensemble des médias publics sous une direction unique étroitement liée au pouvoir politique, dans un contexte de présidentialisation accrue des institutions, ne peut être considéré comme neutre. Alors que le gouvernement engage la France dans une augmentation massive des dépenses militaires, participe à l’escalade des tensions internationales et multiplie les dispositifs de lutte contre la « désinformation », la question du pluralisme réel et de l’indépendance de l’information devient centrale.
L’histoire montre que les périodes de militarisation et de durcissement politique s’accompagnent souvent d’une volonté de resserrer le contrôle de l’information. La centralisation de l’audiovisuel public aurait constitué un outil supplémentaire dans cette dynamique.
La vigilance reste de mise
Le fait que le projet ne soit pas inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale montre que la mobilisation peut imposer des reculs au pouvoir. Rien n’était « inévitable ». La détermination des salariés, l’action syndicale et le travail d’explication mené auprès des élus ont pesé.
Mais le texte n’est pas enterré. Les logiques qui l’ont inspiré — austérité budgétaire, concentration des pouvoirs, adaptation des services publics aux exigences du marché et aux orientations européennes — demeurent.
Défendre l’audiovisuel public, ce n’est pas défendre le statu quo. C’est refuser sa transformation en variable d’ajustement budgétaire et en simple relais des orientations gouvernementales. C’est affirmer qu’un service public de l’information doit disposer de moyens suffisants, garantir le pluralisme et servir l’intérêt populaire plutôt que les impératifs du capital et la politique de guerre de l’OTAN.
Pour l’heure, l’audiovisuel public respire. Mais ce sursis n’a été arraché que par la lutte — et seule la mobilisation permettra de le transformer en victoire durable. Et à long terme, il faudra rompre avec la logique de destruction du secteur public au nom de la « concurrence libre et non faussée » des traités européens, et donc rompre avec l’UE.
Un camarade
Source : https://snrt-cgt-ftv.org/liste-communiques/1716-le-projet-de-holding-de-laudiovisuel-public-tourne-court-une-victoire-pour-la-cgt












Il faut défendre notre audiovisuel public contre les Bolloré, Saadé, Bouygues…..