Jeunesse du Monde est aussi sur YouTube : Notre chaîne

La production de ces contenus nécessite des ressources. Pour garantir notre indépendance et soutenir le financement de notre studio, vous pouvez participer à notre cagnotte.

Réponse à Anasse Kazib au sujet de la culpabilité de Léon Trotsky

par | Jan 29, 2026 | Histoire, Mémoire et Culture | 1 commentaire

On aurait presque honte pour un dirigeant politique comme Anasse Kazib de le voir s’estimer fondé à répondre par le mépris à la présentation de sources archivistiques concernant une question historique. Cette publication relayée par Jeunesse du monde commentait un document d’archives fourni par William Chase en 1995, soit le dossier FBI concernant Léon Trotsky, document qui, depuis trente ans, n’a pourtant fait l’objet d’aucune tentative de réfutation. 

La donation de Constantin était, elle, un faux de l’époque carolingienne, comme Lorenzo Valla l’a démontré par la critique interne au XVe siècle. L’ordre d’assassiner les officiers polonais à Katyn était un faux, et même un faux grossier, comme le montre, sur le document déclassifié par Gorbatchev, le tampon anachronique PCUS, nom que le parti communiste soviétique ne prendra qu’en 1952 et qu’il ne pouvait, bien sûr, pas porter en 1940.

Mais faute de pouvoir réfuter ici par l’argument, M. Kazib préfère nous renvoyer à ses bons auteurs, comme l’historien trotskyste Pierre Broué. Hélas pour lui, Broué savait parfois ne pas oublier qu’il était d’abord historien avant que d’être trotskyste, ce qui n’est certainement pas le cas de M. Kazib qui reste trotskyste en toutes circonstances. Et c’est à Broué, en effet, qu’on doit, suite à l’ouverture des archives Trotsky en 1980, la confirmation de l’existence d’un bloc conspirationniste trotsko-zinoviéviste jusqu’à au moins 1932 (P. Broué, « Trotsky et le Bloc des oppositions de 1932 », Cahiers Léon Trotsky, n° 5, 1980, pp. 5-37), mais encore la mention que l’un des deux principaux accusés du second procès de Moscou, Karl Radek, faisait passer dans la presse des articles anti-Staline au sujet de la guerre d’Espagne, alors qu’il s’était hissé au plus haut de l’appareil d’Etat (note 11 du chapitre LV de sa biographie de Trotsky). De plus, on sait depuis 1985, grâce à l’historien bien connu Archibald Getty, que Trotsky était toujours en lien avec Radek (on a retrouvé des coupons d’envois postaux dans les archives Trotsky), alors que Radek se faisait passer pour un rallié à Staline.

Pour les sabotages, M. Kazib aimerait bien que l’on crût à la version aussi ridicule que celle qu’il présente concernant les boulons dans le potage. L’ingénieur américain, totalement apolitique, John Littelpage a publié un long témoignage sur le sabotage massif dans l’industrie lourde dont il a pu être témoin à cette époque.

Si M. Kazib préfère lire Trotsky lui-même, qu’il commence par les quatre articles datés de 1939 et prônant l’indépendance de l’Ukraine (après les accords de Munich et au moment où Hitler fonce vers l’Est…). Il verra que ces documents incontestables confirment ce que nous apprend par ailleurs ce dossier du FBI : vers la fin de sa vie, Trotsky n’essayait même plus d’effacer les traces de ce qui avait bien été perçu, dès le second procès de Moscou de janvier 1937, comme une alliance tactique avec les Etats ennemis jurés de l’URSS. On lira à ce sujet avec profit la somme Le Vol de Piatakov. La collaboration tactique entre Trotsky et les nazis par Burgio, Leoni et Sidoli. Où l’on apprend également que Trotsky a séjourné quelque temps dans l’Italie fasciste…

A cette menace bien réelle, la direction soviétique a jugé nécessaire de répondre d’une façon indiscriminée, bien au-delà du noyau dirigeant trotskyste. V. Molotov parlera même dans ses Mémoires d’élimination préventive de toute Cinquième colonne, ce qui est évidemment injustifiable au plan juridique. Nous espérons d’ailleurs qu’aucun Etat socialiste n’aura à revivre la période des purges de 1937-1938. Néanmoins le caractère aveugle de la répression contre les menées trotskystes est un argument que M. Kazib usera, on l’a bien compris, jusqu’à la corde, et jusqu’à faire, de façon grotesque, de Staline le seul survivant d’une époque, et surtout jusqu’à faire de Trotsky, de façon encore plus grotesque, une sorte de saint laïc. Il n’empêche que pour la seule question qui nous occupe à présent – l’implication de Trotsky dans une trahison de l’URSS révélé au second procès de Moscou, et non la résurrection du culte de la personnalité de Staline que personne ne prône –, il va bien falloir répondre sur les faits.

M. Kazib pense qu’il lui suffit de répondre par l’indignation (« personne ne ment plus que l’homme indigné », disait un philosophe allemand) ou la calomnie la plus basse, comme l’attestent ses propos sur la CGT. On n’en attendait pas moins de celui qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de s’en prendre récemment au président vénézuélien kidnappé lors d’une manifestation de soutien au Venezuela. Ce trotskysme atemporel, qui s’exprime ici avec les moyens du bord, a au moins, cette fois-là place de la République, reçu la désapprobation publique et les huées qu’il méritait. Preuve que si le trotskysme est toujours vivant, il est bien mal en point.

Aymeric Monville, 26 janvier 2026

Vous Souhaitez adhérer?

1 Commentaire

  1. Franck Vandeputte

    Merci. Toujours parfait Aymeric Monville.

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Ces articles vous intéresseront