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Renault et l’économie de guerre : quand l’industrie civile est réquisitionnée pour l’armement

par | Jan 22, 2026 | Actualités nationales | 0 commentaires

Le groupe Renault s’apprête à produire en série un drone militaire multiusages, baptisé Chorus, dans ses usines du Mans et de Cléon, dans le cadre d’un projet piloté par la Direction générale de l’armement. Selon L’Usine Nouvelle, ce programme pourrait déboucher sur un juteux contrat d’environ un milliard d’euros sur dix ans, largement financé par des fonds publics[1].

Présenté comme une réponse au « retard français » en matière de drones militaires, le projet Chorus illustre une mutation préoccupante des restes de notre appareil industriel : des sites historiquement dédiés à la production automobile civile sont désormais appelés à participer à la fabrication de munitions téléopérées, conçues pour des frappes à longue portée et comparables, dans leur logique d’emploi, aux drones kamikazes utilisés sur le théâtre ukrainien.

Une réorientation industrielle dictée par les impératifs guerriers

À l’origine, le projet s’inscrit dans le cadre du « Pacte drones », initiative lancée par l’État début 2025 pour accélérer la production de drones militaires. Renault a été sollicité non comme acteur de défense, mais pour appliquer ses méthodes de production de masse. Conçu initialement par Turgis Gaillard, « start up » de l’industrie de la mort, le drone Chorus a été profondément remanié par Renault afin d’être industrialisable à grande échelle : matériaux issus de l’automobile, procédés d’assemblage standardisés, chaînes dédiées. La production pourrait atteindre jusqu’à 600 drones par mois, mobilisant entre 100 et 200 salariés sur la base de leur « volontariat » au Mans, tandis que le site de Cléon fabriquerait les moteurs thermiques destinés à propulser ces engins.

Cette réorientation pose une question politique grave : à quoi sert l’industrie française, et dans quel but est-elle mobilisée ?

L’appareil productif national, en réalité, ne s’est toujours pas relevé de la crise de 2008. Malgré une « croissance » affichée, la production manufacturière n’atteint que péniblement les niveaux de l’an 2000, et c’est encore pire dans le secteur automobile dont la production a été divisée par trois en deux décennies[2]. C’est dans ce contexte délétère que l’État, aux ordres de l’Union Européenne, choisit d’orienter le peu de  capacités productives restantes, via l’usage massif d’argent public, vers la préparation d’un conflit armé avec la Fédération de Russie. C’est bien l’exemple du conflit en Ukraine qui est évoqué pour justifier cette nouvelle orientation donnée aux sites de production de Renault pour illustrer la « nécessité » d’« aller plus vite ».

Au demeurant, il est difficile de prendre au sérieux les ambitions guerrières de Macron telles qu’elle s’expriment dans ce potentiel contrat. 600 drones par mois nous dit-on ? L’Ukraine, à elle seule, prétendait l’an dernier en produire 200 mille sur la même période[3]. Comment ne pas mettre en parallèle ces chiffres avec le rapport d’information parlementaire publié l’an dernier pointant les niveaux incroyablement bas des stocks de munitions affectés aux forces armées françaises[4] ? Il est clair que l’armée française ne poursuit pas un but de défense nationale, mais qu’elle est bel et bien pensée comme un supplétif de l’OTAN, mobilisable à des fins de mercenariat impérialiste comme l’a jusqu’à récemment illustré l’opération Barkhane.

Une impasse politique et sociale

La participation de Renault au « Pacte drones »  illustre tout de même un mouvement plus large de militarisation de l’industrie civile, dans lequel les grands groupes sont mis à contribution dans l’orientation générale de soumission de notre appareil productif aux priorités stratégiques de l’OTAN. Derrière les discours sur la « souveraineté industrielle », ce sont les logiques impérialistes qui dictent les choix d’investissement.

Pour les salariés concernés, la question n’est pas seulement technique ou contractuelle. Elle est profondément politique : produire pour répondre aux besoins de la population ou produire pour la guerre ? L’argument du volontariat ne saurait masquer le fait que cette orientation est imposée d’en haut, sans débat public, ni consultation démocratique. La presse bourgeoise est trop occupée à commenter la dernière outrance de Trump ou le fait divers sordide du moment pour permettre un débat sur ce sujet pourtant central de l’orientation générale de l’industrie de notre pays.

En transformant ses usines automobiles en maillons de la chaîne de l’armement, Renault devient l’un des symboles d’un choix de société telle que la conçoit la grande bourgeoisie française inféodée à l’OTAN : préparer les boucheries impérialistes de demain plutôt que répondre aux urgences sociales d’aujourd’hui.

Un camarade


[1] https://www.usinenouvelle.com/aero-spatial/defense/un-contrat-potentiel-dun-milliard-deuros-renault-va-fabriquer-des-drones-militaires-dans-ses-usines-du-mans-et-de-cleon.K2HXUXWKLZD4NM73TRHGMV64BA.html

[2] https://elucid.media/analyse-graphique/production-ventes-voitures-france/industrie-automobile-voitures-france-03-2024-fleuron-national-abattu-libre-echange-ue       

[3] https://www.kyivpost.com/post/55897 

[4] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b1356_rapport-information#

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